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Les arbres qui cachent la forêt

Retraite 10 février 2020

L’édito de février de Jean-Pierre Thomas, Président du Cercle de l’Epargne

D’un côté, un Gouvernement rêve de parachever le processus de prise de contrôle par l’État de la sphère sociale ; de l’autre, de nombreux Français pensent que le statu quo est le meilleur des remèdes. La réforme des retraites concentre en un seul texte toutes les contradictions qui transcendent le pays depuis plusieurs décennies. Par son entremise, l’administration veut placer tous les régimes de retraite sous la coupe réglée de la loi de financement de la Sécurité sociale. Cette mise à l’équerre n’est en rien justifiée par une défaillance des gestionnaires des caisses de retraite qu’elles soient de base ou complémentaire. Un très grand nombre d’entre elles sont excédentaires et disposent des réserves que les pouvoirs publics rêvent de préempter. Celles qui sont déficitaires sont, en règle générale, les plus proches des pouvoirs publics. La réforme des retraites que le Gouvernement d’Édouard Philippe entend faire adopter est un gigantesque jeu de bonneteau. Avec ce texte, la charge des pensions publiques est, ni vu ni connu, transférée sur le régime universel. Les cotisations de l’État employeur passeront de 74 % (taux fictif car l’État n’acquitte pas de cotisations employeurs à l’heure actuelle) à 28,12 % (mais sur une base élargie car les primes seront prises en compte). Le jeu de bonneteau ne s’arrête pas là. Pour faire passer sa réforme, le Premier Ministre a accepté des concessions à un grand nombre de professions (policiers, enseignants, infirmières, danseuses, personnel navigant, marins…). De dérogations en compensations, l’universel devient pluriel ou polyphonique avec un risque élevé de dissonances.

Le Gouvernement éprouve les pires difficultés à masquer le fait que son objectif soit avant tout financier. Le principe de la modernisation de la couverture, en optant pour le système par points, est mis au second plan. Le projet de loi est construit autour du concept d’équilibre qu’il soit lié à l’âge ou aux comptes financiers. Même s’il est nécessaire de se préoccuper de la situation financière du futur régime, le recours aux systèmes par points offre des avantages qu’il conviendrait de mieux mettre en avant comme la possibilité de choisir son âge de départ et d’évaluer son montant de pension. La focalisation du débat sur l’âge pivot, d’équilibre, de l’âge légal ou de l’âge de la retraite à taux plein est d’un autre siècle. Au temps de l’économie flexible, digitalisée, ces barrières semblent bien désuètes.

Le rejet de toute réforme par une partie de la population correspond à la stratégie de l’autruche. Notre système de retraite est touché et le sera encore durant deux décennies par le vieillissement de la population. D’ici 2060, il devra verser des pensions à 25 millions de personnes contre 17 millions actuellement. Certes, il est de bon ton de penser que les entreprises pourront y subvenir. C’est oublier que taxer les entreprises, c’est taxer les emplois. Il est également répété que les entreprises peuvent financer au vu des bénéfices qu’elles réalisent. Cette idée est assez surprenante de la part de personnes qui récusent bien souvent la capitalisation. En effet, celle-ci permet justement de réorienter une partie des fruits du capital vers les retraités. Aujourd’hui, les entreprises françaises qui ont besoin de capitaux pour se développer font appel à des fonds de pension étrangers. Ainsi, nos entreprises financent les pensions des Américains, des Allemands ou des Britanniques. Au lieu de vilipender BlackRock, il conviendrait bien mieux d’étudier les moyens de développer des fonds de pension à la française. En 2018, les prestations d’épargne retraite représentent moins de 2,5 % des pensions versées aux retraités français quand, en moyenne, ce taux est de 17 % au sein de l’OCDE. Afin de donner plus de souplesse, tant sur le montant que sur l’âge de sortie du monde du travail, le recours aux suppléments d’épargne retraite permettrait de s’affranchir du débat un peu stérile sur l’âge pivot ou d’équilibre.

A lire dans le Mensuel de février du Cercle de l’Epargne

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