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Le temps des enfants gâtés a-t-il une fin ?

Economie 5 août 2020

L’édito de juillet de Jean-Pierre Thomas, Président du Cercle de l’Épargne

Dans le passé, après de difficiles terribles événements, les Français ont réussi à se mobiliser, à se rassembler afin de reconstruire le pays et améliorer leurs conditions de vie. En 1871, comme en 1918 ou en 1945, par leur travail, par leur énergie, ils ont, pierre après pierre, effacé les stigmates des guerres. L’épidémie de covid-19, la première de cette ampleur, en un siècle, provoque une récession sans précédent pouvant conduire à la destruction de millions d’emplois, à la liquidation de très nombreuses entreprises, à la remise en cause de nos habitudes de vie. Ces prédictions sont vécues comme des fatalités. Les Français sont partis en vacances en essayant d’oublier ces lourdes menaces.

La spirale du déclin est tout autant physique que mentale. La France, depuis quarante ans, est en souffrance. La désindustrialisation qui est des symptômes du mal qui ronge notre économie s’est accélérée depuis 2003. Nous sommes des enfants gâtés qui ne veulent sacrifier aucun de leurs jouets. Les prestations sociales n’en finissent pas d’augmenter même s’il est de bon ton d’affirmer que les gouvernements démantèlent les droits sociaux. En parallèle, la France est devenue le pays dont les prélèvements obligatoires sont les plus élevés d’Europe.

La crise économique actuelle ne sera vaincue que par l’association du travail, du capital et du progrès technique. Elle ne le sera que par un élargissement de nos horizons et non par leur rétrécissement. L’augmentation de la productivité constitue une de nos priorités. Elle ne sera rendue possible que par un investissement accru. L’économie française a une ardente nécessité de se moderniser. Il convient de rattraper nos retards dans le digital, dans les robots, dans l’énergie, dans les transports, dans l’éducation. Ce rattrapage est une condition sine qua non pour industrialiser notre pays, pour attirer des talents, des entreprises, Cette modernisation suppose que l’épargne qui est abondante s’oriente vers les entreprises. Aujourd’hui, elle prend trop le chemin des livrets bancaires, de l’épargne réglementée, des fonds euros gorgés d’obligations d’État, voire le marché secondaire des actions. Les entreprises françaises, les PME, les ETI, ont un réel besoin de fonds propres pour innover, grandir et contribuer ainsi à renouveler notre tissu productif. Les entreprises allemandes peuvent compter sur des banques locales, régionales qui drainent l’épargne des ménages. Aux États-Unis, la profondeur du marché et le goût du risque permettent le financement des sociétés du digital. En Chine, le capitalisme d’État y pourvoit également. En France, la reconstruction post-Covid passe par l’essor d’une économie de la proximité, reposant sur des liens forts et réels entre les investisseurs et les entrepreneurs. Donner du sens à l’épargne ne se limite pas à la question de la transition énergétique, qui n’en demeure pas moins essentielle. L’essor d’une région, d’un territoire, la création de bassins d’emplois, de nouvelles activités supposent une mobilisation de tous les acteurs, de l’épargnant au chef d’entreprise en passant par les représentants des partenaires sociaux et les dirigeants publics.

Jean-Pierre Thomas

A lire dans le Mensuel n°76 d’août 2020

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