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L’épargne responsable s’est imposée dans la gestion d’actifs sans encore entrer dans les habitudes des Français. Sensibles aux enjeux environnementaux, les épargnants restent freinés par le manque d’information, la crainte du « greenwashing » et la priorité donnée à la sécurité et au rendement. La réglementation structure l’offre ; la confiance et le conseil doivent encore faire émerger la demande.
En 2025, selon l’AMF, 63 % des Français jugent importants les enjeux de développement durable et 76 % considèrent que les effets des placements sur l’environnement constituent un sujet important. Dans le même temps, 53 % déclarent prendre en compte, au moins de temps à autre, ces enjeux dans leurs choix de placements. Cette disposition favorable se heurte à une connaissance encore très superficielle. Seuls 12 % des Français disent connaître précisément les placements responsables, tandis que 10 % savent précisément qu’ils peuvent recouvrir des objectifs et des modes d’investissement différents. Les épargnants pressentent que leur épargne peut être un moteur de la transition écologique, mais ils ne savent pas toujours comment cela se mesure, ni quels instruments le portent effectivement.
La détention de produits « verts » par les épargnants demeure faible. L’AMF relevait qu’en 2021, 17 % des Français détenaient au moins un placement responsable ou durable. Cette proportion montait à 19 % en 2023 avant de revenir à 18 % en 2025. Le niveau reste donc globalement stable autour d’un Français sur cinq. La moitié des détenteurs ont souscrit dans les trois dernières années, ce qui atteste un certain renouvellement. Dans 84 % des cas, ces placements représentent moins de la moitié de l’épargne globale des détenteurs. L’ISR progresse davantage comme une poche complémentaire que comme un principe directeur de l’allocation patrimoniale.
Les chiffres du Forum pour l’Investissement Responsable (FIR) confirment cette montée prudente. En 2025, 14 % des épargnants déclarent avoir investi dans un fonds d’investissement responsable ; cette proportion atteint 18 % chez les épargnants qui ne se limitent pas aux seuls livrets. Dans le même temps, 55 % des Français disent accorder une place importante aux effets environnementaux et sociaux dans leurs décisions de placement. L’écart entre les 55 % qui se disent attentifs à ces critères et les 14 % qui déclarent détenir un fonds responsable donne la mesure de l’écart entre intention et passage à l’acte.
Une gestion d’actifs engagée dans le vert
Selon l’Association Française de Gestion, à la fin de l’année 2025, les encours de l’investissement responsable géré en France atteignaient 2 971 milliards d’euros, contre 2 701 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 4,8 % à périmètre constant. Dans cet ensemble, les produits classés article 8 (constitués de fonds prenant en compte des critères ESG) représentaient 2 850 milliards d’euros, tandis que les produits classés article 9 (rassemblant les fonds en faveur de l’investissement durable) totalisaient 121 milliards d’euros. Au total, 59 % des encours de fonds et de mandats gérés en France relevaient ainsi des catégories article 8 ou article 9 au sens du règlement SFDR. 72 % de ces encours sont détenus par des investisseurs institutionnels.
Les particuliers progressent, notamment via les labels, avec le label ISR (investissement socialement responsable), l’épargne salariale et les plans d’épargne retraite, mais ils restent minoritaires. L’ISR s’est imposé plus vite dans l’architecture de la gestion d’actifs que dans l’univers mental de l’épargnant français. En 2025, 64 % des Français disent connaître l’existence, au moins de nom, des placements responsables, mais seuls 12 % affirment les connaître précisément. Quant au label ISR, sa notoriété demeure modeste. 28 % des Français disent en avoir déjà entendu parler en 2025, contre 29 % en 2023. Le label « Greenfin » est encore moins identifié, à 18 %. L’étude réalisée pour le comité du label ISR au printemps 2025 renforce ce diagnostic. Elle indique que seulement un Français sur cinq a déjà entendu parler de l’épargne responsable et que 73 % des Français se jugent mal informés sur ces produits. 12 % seulement déclarent avoir déjà investi dans un produit d’épargne responsable.
Le problème de l’information
La connaissance de ces produits est fortement corrélée au niveau de revenu et au patrimoine financier. L’AMF montre que la connaissance précise est plus élevée chez les moins de 35 ans, mais aussi chez les détenteurs d’un patrimoine financier d’au moins 150 000 euros, parmi lesquels 34 % disent connaître précisément les placements responsables, contre 12 % en moyenne. L’enquête du label ISR aboutit à une conclusion analogue : la familiarité avec l’épargne responsable monte à 30 % chez les foyers disposant de 4 000 euros nets par mois ou plus.
Les obstacles à la diffusion des produits « verts »
Les obstacles à la diffusion de l’épargne verte sont multiples. Le premier est d’ordre financier. En 2025, selon l’AMF, parmi les non-détenteurs n’envisageant pas de souscrire à court ou moyen terme, 42 % invoquent d’abord le manque de moyens. L’ISR se heurte à la hiérarchie classique des priorités patrimoniales des Français : sécurité, liquidité, rendement. L’étude commandée par le label ISR rappelle d’ailleurs que 81 % des Français détiennent un livret réglementé, 43 % une assurance vie et 21 % seulement des titres financiers.
Le deuxième frein tient à la crainte du « greenwashing ». Dès 2021, l’AMF relevait que la peur de l’écoblanchiment figurait parmi les principaux obstacles à la souscription, avec le manque d’information et l’insuffisance des moyens financiers. Ce facteur a même justifié un durcissement du label ISR. Les épargnants attendent des preuves concrètes, une traçabilité, et non des promesses générales. Le débat sur l’intégration des entreprises de la défense dans les fonds verts devenant ainsi « vert kaki » a pu ainsi choquer les épargnants les plus engagés en matière de protection de l’environnement.
Le troisième frein est la complexité de l’offre et de son langage. Les études qualitatives menées pour l’AMF montraient déjà en 2021 que les notions de placement durable, responsable ou ISR demeuraient floues pour les non-experts, que le vocabulaire ESG apparaissait opaque et que les documents commerciaux étaient jugés techniques. En 2025 encore, l’AMF constate que le recueil des préférences de durabilité reste complexe en pratique, malgré l’obligation faite aux conseillers, depuis août 2022, d’interroger leurs clients sur ces préférences. L’épargne responsable repose sur de nombreux concepts, sigles, réglementations peu lisibles pour de nombreux épargnants : taxonomie, SFDR, double matérialité, exclusions ou alignement, etc.
Dans ce contexte, le rôle du conseiller bancaire ou financier demeure central. Toutes les études convergent sur ce point. En 2025, selon l’AMF, 69 % des Français jugent important que leur conseiller leur demande s’ils souhaitent réaliser des placements responsables, soit cinq points de plus qu’en 2023. Parmi les personnes intéressées, 72 % préfèrent recevoir cette information via leur banque ou leur conseiller, loin devant les médias, internet ou les réseaux sociaux. Le FIR aboutit à une conclusion proche. 66 % des épargnants considèrent que le conseiller bancaire est l’intermédiaire le mieux placé pour les informer sur l’investissement responsable. Ce souhait reste assez virtuel. La proportion de Français déclarant avoir été interrogés sur leurs préférences de durabilité atteint 16 % en 2025, contre 10 % en 2023. Ce niveau demeure faible au regard des exigences réglementaires issues de MIF 2. De même, 12 % seulement des personnes interrogées indiquent que leur conseiller leur a déjà proposé de souscrire un placement responsable ou de renforcer leur épargne responsable.
La réforme du label ISR s’est inscrit dans cette recherche de crédibilité. Entrée en application en 2024 puis rendue obligatoire au 1er janvier 2025 pour les fonds concernés, elle a durci les exigences, notamment sur le climat et sur la cohérence extra-financière des portefeuilles. Les effets ont été immédiats sur le nombre de fonds labellisés. Au moment de la transition, 939 fonds ont conservé le label soit 70 % des 1 342 fonds labellisés fin novembre 2024. Quelques mois plus tard, le label annonçait 1 008 fonds labellisés au 31 août 2025. Cette contraction, suivie d’une remontée partielle, témoigne davantage d’un assainissement du périmètre que d’un effondrement du marché. En d’autres termes, la réforme a sans doute coûté en volume apparent, mais elle a gagné en crédibilité potentielle. Ce renforcement de la crédibilité institutionnelle ne s’est pas encore transformé en notoriété populaire.
L’ISR demeure perçu comme secondaire dans la décision d’épargne. L’étude du label ISR rappelle que les deux critères dominants dans le choix d’un placement restent la sécurité et la rentabilité. Tant que l’ISR sera perçu comme une qualité additionnelle, et non comme une manière normale d’investir compatible avec ces deux exigences cardinales, l’épargne solidaire et responsable peinera à changer d’échelle. C’est sans doute ici que réside la limite profonde du marché français. L’ISR ne s’est pas encore imposé comme une épargne ordinaire, et reste, dans l’esprit des épargnants, simplement mieux orienté.
Les gestionnaires de l’épargne doivent depuis plusieurs années proposer à leurs clients des produits répondant à des objectifs environnementaux et sociaux. Sous l’effet de la loi PACTE et de la réglementation européenne, les contrats d’assurance vie, plus de 2 100 milliards d’euros d’encours, intègrent désormais quasi systématiquement des supports ESG, et une part croissante des unités de compte est investie dans des fonds ISR ou assimilés. Or, pour le moment, les assurés recourent peu à cette possibilité. Le verdissement concerne aussi les fonds en euros, les assureurs ayant progressivement intégré des obligations vertes et des critères ESG dans leurs portefeuilles.
Le rôle de l’épargne salariale
L’épargne salariale constitue, en France, un cas à part dans la diffusion de l’investissement responsable. À la fin de l’année 2025, les encours atteignent près de 230 milliards d’euros, pour plus de 13 millions de bénéficiaires et environ 430 000 entreprises équipées. Cette masse financière s’accompagne d’un niveau d’intégration de l’ISR particulièrement élevé. Les données de l’AFG montrent que les fonds durables représentent désormais une part majoritaire des supports proposés, avec plus de 100 milliards d’euros d’encours et une diffusion très large au sein des fonds diversifiés.
Cette spécificité tient à la structuration même de l’offre. Dans de nombreux dispositifs, les supports intégrant des critères ESG sont proposés par défaut, notamment dans les profils de gestion pilotée ou dans les gammes standards des plans d’épargne entreprise. L’ISR s’y diffuse ainsi largement, sans nécessairement faire l’objet d’un choix explicite de la part des épargnants.
Le Plan d’Épargne Retraite (PER) prolonge cette logique. Avec plus de 140 milliards d’euros d’encours, il intègre lui aussi des supports ESG, notamment dans la gestion pilotée.
La finance verte : une finance réglementée ?
Les évolutions de la finance verte doivent beaucoup au cadre réglementaire. La loi PACTE, la loi industrie verte, le règlement SFDR et la réforme du label ISR ont profondément structuré le marché. Le nombre de fonds labellisés ISR est ainsi passé d’environ 1 300 à près de 1 000 après la réforme de 2024, traduisant un durcissement des critères destiné à répondre aux critiques sur le greenwashing. La réglementation organise l’offre ; elle ne crée pas mécaniquement la demande.
Les Français ne sont ni hostiles à la transition écologique ni indifférents à l’épargne responsable. Ils y sont plutôt favorables en théorie, sensibles à ses promesses, mais retenus par quatre obstacles principaux : l’accès à une information fiable, la priorité donnée à la sécurité et au rendement, la crainte du « greenwashing » et l’insuffisance de la médiation commerciale. 12 % à 18 % seulement déclarent une détention effective d’un produit responsable selon des enquêtes et 28 % connaissent le label ISR de nom. 12 % seulement disent connaître précisément les placements responsables, mais 53 % à 55 % affirment tenir compte, au moins en partie, des enjeux environnementaux et sociaux dans leurs choix de placements.
LE CHIFFRE CLÉ
18,0 % : part des Français déclarant détenir au moins un placement responsable ou durable en 2025, selon l’AMF. Une proportion presque inchangée depuis 2021, malgré l’intérêt affiché pour ces produits.
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