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Le patrimoine financier brut des ménages français atteint, selon l’étude de la Banque de France, « Epargne et Patrimoine financiers des ménages – T4 2025 » publiée le 20 mai 2026, un niveau historique de 6 590,5 milliards d’euros à la fin de l’année 2025, contre 6 415,3 milliards un an plus tôt, soit une progression de 175,2 milliards d’euros en douze mois. Ce montant représente près de deux fois et demie le produit intérieur brut national. Cette progression ne provient pas seulement des effets de valorisation boursière. Sur les 175,2 milliards d’euros supplémentaires enregistrés en 2025, 128,4 milliards résultent directement de nouveaux flux d’épargne financière tandis que 46,8 milliards proviennent des effets de réévaluation des actifs et des autres variations de volume.
Un niveau d’épargne exceptionnel
Les ménages ont maintenu en 2025 un niveau d’épargne exceptionnellement élevé. L’épargne brute, la part du revenu disponible qui n’est pas consommée, a atteint 353 milliards d’euros après 348,8 milliards en 2024. Ce niveau est très supérieur à la moyenne observée avant la crise sanitaire. Le taux d’épargne des ménages français s’élève à 18 % du revenu disponible brut contre 14,9 % dans la zone euro. Même au quatrième trimestre 2025, période marquée logiquement par la hausse des dépenses, le taux d’épargne français s’est élevé à 17,5 %, soit plus de trois points au-dessus de la moyenne européenne. Cette singularité française traduit à la fois une capacité d’épargne élevée et une inquiétude persistante face à l’avenir.
Les flux de placements financiers demeurent eux aussi considérables avec 128,4 milliards d’euros en 2025, quasiment au même niveau que les 129,3 milliards de 2024. Derrière cette stabilité globale se cache toutefois une profonde recomposition des comportements patrimoniaux.
Moins d’épargne réglementée, plus d’assurance vie, de dépôts à vue et de numéraire
Le premier enseignement du document de la Banque de France est le net recul des dépôts bancaires rémunérés. Ceux-ci enregistrent un flux négatif de 1,4 milliard d’euros en 2025 après une collecte positive de 33,9 milliards en 2024. Ce retournement provient principalement de l’épargne réglementée. Le Livret A, le LDDS et le LEP subissent ensemble une décollecte nette de 8,2 milliards d’euros après avoir encore attiré 20,1 milliards en 2024. La baisse progressive des taux réglementés a réduit leur attractivité. Les ménages réorientent une partie de leur épargne vers des supports plus rémunérateurs. En revanche, les comptes à terme et livrets ordinaires restent positifs avec 6,8 milliards d’euros de collecte, contre 13,8 milliards en 2024.
Paradoxalement, alors même que les produits réglementés se contractent, les ménages augmentent leurs encaisses liquides. Les flux de numéraire et dépôts à vue atteignent 21,3 milliards d’euros en 2025 après une décollecte de 4,6 milliards en 2024. Les ménages ne font pas l’effort de placer leurs liquidités sur leur livret A considérant qu’il ne rapporte pas assez. Les encours de numéraires et de dépôts à vue culminent à 763 milliards d’euros témoignant l’importance donnée à l’épargne de précaution.
L’assurance-vie apparaît comme la grande bénéficiaire des réallocations d’épargne. Les contrats en euros et les droits à pension en euros enregistrent une collecte nette de 47 milliards d’euros en 2025 contre 28,2 milliards en 2024. Les encours atteignent désormais 1 570,6 milliards d’euros. Le redressement des rendements obligataires a permis aux assureurs d’améliorer progressivement la rémunération des fonds euros, redonnant de l’attractivité à ces supports sécurisés. Cette dynamique bénéficie également aux produits de retraite. Les unités de compte poursuivent également leur progression. Les flux vers l’assurance-vie et les droits à pension en unités de compte atteignent 33,8 milliards d’euros en 2025 après 25,6 milliards l’année précédente. Les encours montent à 606,7 milliards d’euros contre 538,9 milliards un an auparavant. Cette évolution témoigne d’une acceptation plus large du risque financier par les ménages, mais à travers des véhicules collectifs et fiscalement connus et attractifs.
Méfiance persistante vis-à-vis des actions en direct
Les placements en produits de fonds propres restent robustes avec 44,1 milliards d’euros de flux en 2025 après 43,8 milliards en 2024. Mais la structure de ces placements montre la faiblesse persistante de l’actionnariat direct. Les actions cotées détenues directement affichent un flux négatif de 0,5 milliard d’euros après une collecte de 2,6 milliards en 2024. Les ménages restent méfiants à l’égard des marchés actions en direct. En revanche, les actions détenues indirectement via des Organismes de Placements Collectifs (OPC) enregistrent une collecte positive de 7,4 milliards d’euros. Les supports collectifs apparaissent plus rassurants. Quant aux actions non cotées et autres participations, elles attirent encore 3,5 milliards d’euros, portant les encours à plus de 1 507 milliards d’euros. Les OPC monétaires, après avoir retrouvé de l’intérêt avec la remontée des taux courts, ralentissent nettement. Leur collecte tombe à 2,2 milliards d’euros en 2025 contre 8,1 milliards en 2024. Les encours demeurent faibles, à 25,7 milliards d’euros. Les ménages ont utilisé ces supports essentiellement comme solutions temporaires d’attente dans un environnement de taux élevés.
Le patrimoine financier français reste ainsi dominé par les produits de taux. Ceux-ci représentent 3 911 milliards d’euros d’encours à la fin de 2025 contre 2 576 milliards pour les produits de fonds propres. La culture financière française demeure marquée par la recherche de sécurité, même si la diversification progresse lentement.
Un endettement en légère hausse
Dans le même temps, l’endettement des ménages se redresse modérément. Les flux nouveaux d’endettement auprès des institutions financières atteignent 16,6 milliards d’euros en 2025 après seulement 2,9 milliards en 2024. Le mouvement reste limité au regard des standards historiques. La hausse des taux d’intérêt a durablement freiné le crédit immobilier et modifié les comportements d’acquisition.
La France souffre moins d’un manque d’épargne que d’une difficulté à orienter cette épargne vers le financement direct des entreprises productives et de l’investissement de long terme. L’Etat est en partie responsable de cette situation, les produits de court terme comme le Livret A ou le LDDS bénéficiant d’avantages fiscaux conséquents (exonération des prélèvements).
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