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Le plan d’épargne retraite (PER), instauré par la loi Pacte en 2019 afin d’unifier et de moderniser les anciens dispositifs d’épargne retraite, poursuit sa montée en puissance à un rythme soutenu. Selon les données communiquées par le ministère de l’Économie et des Finances, près de 13 millions de Français détenaient un PER à la fin de l’année 2025, pour un encours total dépassant désormais 150 milliards d’euros. Ce seuil, hautement symbolique, témoigne de l’ancrage progressif de ce produit dans le paysage patrimonial français.
En 2025, l’encours du PER a progressé de 20 %. Depuis 2024, la hausse atteint même près de 46 %. Cette belle progression repose en grande partie sur le PER individuel. Ce compartiment, commercialisé sous forme assurantielle ou compte-titres, concentre à lui seul près de 88,5 milliards d’euros d’encours, en hausse de 21 % en un an. Les PER collectifs et obligatoires, proposés dans le cadre de l’entreprise, affichent également une croissance soutenue, même si leurs volumes demeurent plus modestes, avec respectivement 34 et 28 milliards d’euros d’actifs gérés.
Le PER s’est installé dans le paysage de l’épargne en France. Il reste malgré tout loin de l’assurance vie et du Livret A dont les encours respectifs s’élèvent à 2 100 et 446 milliards d’euros (2025). Le PER demeure donc encore un produit relativement récent, mais sa progression rapide souligne l’émergence d’un véritable 3e pilier de préparation de la retraite en France.
Cette évolution reflète avant tout les inquiétudes croissantes des Français face à l’avenir du système de retraite par répartition. Le vieillissement démographique, le ralentissement de la croissance potentielle et les déficits publics nourrissent un sentiment de fragilité du modèle social. Les réformes successives des retraites, loin d’apaiser les inquiétudes, ont renforcé l’idée selon laquelle chacun devra, à terme, compléter sa pension par une épargne individuelle. Les enquêtes d’opinion montrent ainsi une forte montée des préoccupations liées au niveau futur des pensions et à la soutenabilité financière du système. La préparation de la retraite s’impose désormais parmi les principaux motifs d’épargne des ménages, juste derrière la constitution d’une épargne de précaution. Le succès de ce produit est également imputable à sa fiscalité attractive. Les versements volontaires peuvent être dans certaines limites, déduits du revenu imposable, ce qui en fait un instrument particulièrement recherché par les ménages fortement fiscalisés. Ce mécanisme de déduction a largement contribué à l’essor du produit auprès des cadres et des travailleurs indépendants.
Au-delà de la question des retraites, le développement du PER répond également à un objectif macroéconomique plus large : orienter davantage l’épargne des ménages vers le financement de long terme des entreprises. Depuis plusieurs décennies, la France se caractérise par une abondance d’épargne liquide ou peu risquée mais par un financement insuffisant des fonds propres des entreprises, en particulier pour les investissements de long terme et les entreprises innovantes.
Les pouvoirs publics souhaitent donc transformer progressivement une partie de cette épargne de précaution en épargne productive. La loi Industrie verte de 2023 s’inscrit dans cette logique en encourageant les gestionnaires à investir davantage dans les actifs non cotés : capital-investissement, dette privée, infrastructures ou financement de la transition énergétique. Cette orientation répond également aux ambitions européennes formulées dans le rapport de Mario Draghi, qui plaide pour une mobilisation accrue de l’épargne européenne afin de financer la compétitivité industrielle et technologique du continent.
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