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Si les marchés ont été fortement touchés par l’enclenchement d’un conflit de grande ampleur en Iran, vendredi 6 mars, la statistiques sur le chômage aux Etats-Unis a été par ailleurs froidement accueilli par les investisseurs. En effet, aux Etats-Unis, en février, 92 000 emplois ont été perdus dans le secteur privé. Une surprise totale pour les marchés financiers. Le consensus Bloomberg tablait sur 55 000 embauches, après les 126 000 de janvier. Le taux de chômage est passé de 4,3% à 4,4% de la population active de janvier à février. Avec l’inflation en hausse, l’économie américaine est menacée de stagflation ce qui rend la tâche de la banque centrale difficile. La hausse du chômage pourrait inciter la FED à réduire ses taux directeurs mais les menaces inflationnistes renforcées par l’augmentation du cours de l’énergie pourrait la conduire au contraire à les relever.
Sur la semaine, le Cac 40 a perdu près de 7%. Il est repassé en-dessous de la barre des 8000 points. Les autres indices ont, en moyenne abandonné plus de 6 %. Les indices européens ont plus souffert que ceux des Etats-Unis. L’exposition de l’’Europe au gaz et au pétrole moyen-orientale est plus marquée que pour les Etats-Unis. Par ailleurs, au niveau des exportations, le Moyen Orient est une région importante pour de nombreuses européennes dont celles du luxe.
Après le Covid, la guerre en Ukraine, les droits de douane et différentes foucades de Donald Trump, l’économie mondiale doit faire face à une guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran depuis le 28 février 2026, guerre qui menace d’embraser l’ensemble du Proche-Orient. Par rapport à la guerre de 12 jours du mois de juin 2025, celle-ci est d’une tout autre ampleur, tant par les moyens militaires engagés que par la volonté de l’Iran d’impliquer dans le conflit un grand nombre de pays du Golfe, accusés d’être des alliés des États-Unis. La guerre est devenue ainsi rapidement régionale. En raison de la présence d’un grand nombre de ressortissants européens au Proche-Orient et des accords de coopération militaire liant des États européens comme la France à des pays de la région, la guerre en Iran tend à se mondialiser. La Russie et la Chine, qui ont noué des relations avec le régime de Téhéran, ont dénoncé l’intervention américaine mais dans des termes pour le moment mesurés.
Une déstabilisation du marché du pétrole temporaire ?
Avec le déclenchement de la guerre en Iran, le cours du baril de pétrole (Brent) est passé de 65 à plus de 90 dollars ; de son côté, le prix du gaz a doublé. Cette hausse est imputable aux menaces qui pèsent tant sur la production de pétrole et de gaz dans les pays du Moyen-Orient en raison des combats qu’à la difficulté de l’exporter avec le blocage potentiel du détroit d’Ormuz.
Le Moyen-Orient représente 30 % de la production pétrolière mondiale et 17 % de celle du gaz naturel. En matière de réserves, les chiffres respectifs sont de 48 % et 40 %. Les trois premiers pays en matière de réserves pétrolières sont le Venezuela, l’Arabie saoudite et l’Iran. Ce dernier possède la deuxième réserve mondiale de gaz derrière la Russie.
Le pétrole et le gaz du Moyen-Orient ont comme principales caractéristiques d’être peu chers à extraire et d’être aisés à raffiner. Le coût d’extraction du pétrole se situe en moyenne entre 3 et 10 dollars le baril contre 40 à 60 dollars pour le pétrole de schiste américain. Le pétrole iranien est l’un des moins chers, avec celui d’Arabie saoudite, à extraire.
Pas de risque d’approvisionnement pour l’Europe
En matière d’exportation, le pétrole et le gaz du Moyen-Orient sont en premier lieu destinés aux pays d’Asie (70 % des exportations). L’Europe est moins dépendante du pétrole du Moyen-Orient qu’elle ne l’était dans les années 1970-1980. Le pétrole moyen-oriental assure entre 15 et 20 % de la consommation pétrolière européenne. Pour la Chine, cette proportion atteint 45 %, avec une forte dépendance à l’Iran. Le Japon, de son côté, s’approvisionne à 80 % au Moyen-Orient. Au total, près de 70 % des exportations du Moyen-Orient vont vers l’Asie.
Pour le gaz, la dépendance à la région est moindre. Celle-ci assure environ 8 % de la consommation de l’Europe (le Qatar est le premier fournisseur), 10 % de celle du Japon et de 12 à 15 % de celle de la Chine.
Le blocage du détroit d’Ormuz : un problème d’assurance
La hausse du cours du baril est liée aux menaces qui pèsent sur les gisements et sur les ports ainsi que sur le détroit d’Ormuz par lequel transite plus de 20 % du pétrole mondial. La Chine et le Japon sont les principaux pays touchés par le blocage du détroit.
Une semaine après le déclenchement des hostilités, ce détroit n’est pas réellement bloqué. L’Iran ne l’a pas miné ou fermé comme lors de la guerre avec l’Irak mais la simple menace suffit à empêcher les navires d’y passer. Les assureurs refusent que les armateurs prennent le risque d’exposer leurs bateaux à des attaques éventuelles.
Face à ce risque, les États-Unis se sont dit prêts à garantir la sécurité des navires, voire à indemniser les armateurs en cas de perte du bateau et de son chargement. Pour le moment, une centaine de navires restent bloqués en amont du détroit. Les armateurs préfèrent par ailleurs éviter la zone moyen-orientale en contournant l’Afrique, ce qui conduit à des surcoûts et des délais de transport plus importants.
D’autres produits victimes du conflit
L’aluminium a enregistré une forte hausse de son cours. La tonne d’aluminium est ainsi passée de 3 140 dollars vendredi à 3 300 dollars, son plus haut niveau depuis 2022. Les pays du Golfe persique sont des producteurs importants de ce métal. Ils représentent 8,3 % de la production mondiale d’aluminium primaire et 14,5 % des exportations mondiales selon l’International Aluminium Institute.
Cette production exige une quantité importante d’énergie, ce qui explique l’implantation de nombreuses usines d’aluminium au Moyen-Orient. Entre 13 MWh et 16 MWh d’électricité sont nécessaires pour produire une tonne de métal.
Par ailleurs, les fonderies doivent être alimentées en alumine, ingrédient de base du métal. L’industrie de la région en consomme environ 13 millions de tonnes par an, dont plus des deux tiers sont acheminés par le détroit d’Ormuz. Les fonderies disposent en moyenne de trois à quatre semaines de stocks d’alumine, ce qui leur permet d’absorber des perturbations de courte durée, mais des contraintes prolongées se traduiraient rapidement par un risque pour la production.
Une augmentation temporaire des cours
Un regain d’inflation du fait de la hausse de l’énergie et des produits importés est craint. Si la hausse est réelle, elle pourrait n’être que temporaire.
Ce conflit n’est pas de même nature que celui concernant l’Ukraine et la Russie. En 2022, ce dernier a conduit les pays occidentaux, et en premier lieu les Européens, par application de sanctions, à bannir le pétrole et le gaz russes. Or l’Union européenne était alors en situation de forte dépendance vis-à-vis de la Russie : ce pays représentait alors 40 % des importations de gaz et 25 % pour le pétrole.
Aujourd’hui, la crise au Moyen-Orient ne met pas en danger l’approvisionnement européen en énergie. Elle peut certes être un réel problème pour la Chine et le Japon.
Ces deux pays pourraient compenser une partie du gaz et du pétrole passant par le détroit d’Ormuz en recourant davantage aux pipelines saoudiens et émiratis vers la mer Rouge ou l’océan Indien, en augmentant les importations russes (pour la Chine) et en diversifiant leurs approvisionnements (Afrique et États-Unis).
Les pays de l’OPEP ont indiqué être disposés à augmenter leur production. La relative modération de la Russie peut également s’expliquer par son souhait de profiter de la hausse des cours afin de financer plus aisément son effort de guerre.
La guerre en Iran ne devrait être relativement courte. Pour des raisons politiques, avec les élections de mi-mandat en perspective, Donald Trump souhaite sans nul doute un conflit limité dans le temps, quelques mois. Les États-Unis et Israël ont a priori comme objectifs la destruction de tous les centres de recherche sur le nucléaire, des lanceurs de missiles ainsi que le changement de régime ou du moins de sa politique. Vendredi 6 mars, Donald Trump a annoncé qu’il n’arrêterait les combats qu’après la capitulation de l’Iran.
La fin de la guerre devrait se traduire par une forte baisse du cours de l’énergie, surtout si les sanctions à l’encontre de l’Iran sont levées. Le cours du baril de pétrole pourrait ainsi rapidement revenir autour de 60 dollars, qui est son prix d’équilibre actuel hors événement.
Une vague inflationniste limitée ?
Une hausse du cours de l’énergie se répercute rapidement sur les coûts de production de l’industrie, de l’agriculture et des transports. Les ménages peuvent être également touchés par la hausse du prix du chauffage. Avec l’arrivée du printemps, cet effet sera limité.
Si les prix du gaz et du pétrole restaient à leur niveau actuel jusqu’à la fin de l’année, le surcroît d’inflation pourrait être de 4 à 5 points en se fondant sur les données de 2022. Cela pourrait porter l’inflation entre 5 et 7 % en Europe. Or il est peu probable que les cours se maintiennent toute l’année à ce niveau.
L’augmentation sur l’année de l’inflation pourrait être de 1 à 2 points avec un conflit de deux mois.
Quel effet sur la croissance ?
Une hausse du cours de l’énergie provoque une diminution du pouvoir d’achat des ménages, une augmentation des coûts pour les entreprises et une dégradation de la balance commerciale. Selon l’OCDE, une hausse de 10 dollars du pétrole réduit l’activité d’environ 0,2 % dans les pays développés. Une augmentation de 20 dollars ponctionnerait 0,4 point de croissance. Pour le gaz, le doublement du prix réduirait la croissance de 0,5 à 1 point. Au total, la croissance sur l’année pourrait être amputée de 0,7 à 1,2 point. De ce fait, l’Europe entrerait en stagnation.
Il est toutefois probable que les effets de la guerre soient plus limités car, a priori, elle s’achèvera avant la fin de l’année. Une perte de croissance de 0,2 à 0,3 point est possible pour l’Europe.
Les conséquences pour les finances publiques
La guerre en Iran a plusieurs effets sur les finances publiques des pays occidentaux. La possible réduction de la croissance pèsera sur les recettes quand, dans le même temps, les dépenses augmentent, en particulier celles liées à la défense. Il en résulte une possible aggravation des déficits publics. Les taux d’intérêt des obligations souveraines pourraient ainsi augmenter. Ceux-ci sont déjà orientés à la hausse depuis le déclenchement des opérations militaires, les investisseurs intégrant la hausse des prix. Ils ont pris en moyenne 30 points de base durant la première semaine de conflit. Cette hausse des taux accroît le service de la dette, or celui-ci est déjà en forte augmentation compte tenu du niveau élevé d’endettement d’un grand nombre d’États occidentaux. Comme pour l’inflation, un recul des taux pourrait intervenir avec la fin du conflit.
Des marchés financiers touchés mais pas coulés
Le déclenchement du conflit a provoqué un recul des indices actions sur toutes les grandes places sans provoquer de krach. Les investisseurs craignent une hausse des prix et une réduction de la croissance. Le Moyen Orient est pour certains secteurs une région clef : luxe, aéronautique, infrastructures, énergie. De ce fait, de nombreuses valeurs sont touchées par le conflit en cours. L’évolution des marchés dépendra à terme de celle du conflit et surtout de sa durée. Les valeurs de l’industrie de l’armement devraient poursuivre leur hausse.
L’indice Nikkei a reculé lors de la première semaine de conflit de près de 3 %. Le principal indice de la bourse de Hong Kong, le HK50, a baissé de 3,5 %. La chute de l’indice parisien, le CAC 40, est plus forte, près de 6 %, quand le recul du S&P 500 américain est plus limité, autour de 1 %.
Le cours de l’or varie peu depuis le conflit et reste nettement en dessous de son record de début d’année. Vendredi 6 mars, l’once s’échangeait contre un peu plus de 5 000 dollars. Les investisseurs privilégient les liquidités pour rester mobiles.
De son côté, le bitcoin a retrouvé quelques couleurs en repassant au-dessus de 70 000 dollars.
La devise américaine joue son rôle de valeur refuge en période de conflit. Elle a ainsi regagné près de 1,5 % par rapport à l’euro entre le 28 février et le 6 mars.
Conclusion
À court terme, la guerre en Iran agit avant tout comme un choc d’incertitude pour l’économie mondiale. Les marchés réagissent moins à la destruction effective des capacités énergétiques qu’au risque de perturbation des flux commerciaux, en particulier à travers le détroit d’Ormuz. Pour l’Europe, la situation apparaît moins critique qu’en 2022 lors de la rupture énergétique avec la Russie. La diversification des approvisionnements énergétiques limite les risques de pénurie. En revanche, la hausse des prix de l’énergie pourrait peser temporairement sur la croissance et alimenter un regain d’inflation. L’effet final dépendra essentiellement de la durée du conflit. Une guerre brève provoquerait un choc inflationniste limité et transitoire. En revanche, une extension régionale durable transformerait ce conflit en véritable choc énergétique mondial, susceptible de ralentir significativement la croissance internationale.
Dans un contexte déjà marqué par les tensions commerciales, la fragmentation géopolitique et l’endettement public élevé, la guerre en Iran rappelle une nouvelle fois la vulnérabilité de l’économie mondiale aux crises géopolitiques touchant les grandes routes de l’énergie.
Le tableau de la semaine des marchés financiers
| Résultats 6 mars 2026 | Évolution sur une semaine | Résultats 31 déc. 2025 | Résultats 31 déc. 2024 | |
| CAC 40 | 7 993,49 | -7,10 % | 8 149,50 | 7 380,74 |
| Dow Jones | 47 501,55 | -2,87 % | 48 220,13 | 42 544,22 |
| S&P 500 | 6 740,02 | -2,02 % | 6 879,57 | 5 881,63 |
| Nasdaq Composite | 22 387,68 | -1,24 % | 23 372,75 | 19 310,79 |
| Dax Xetra (Allemagne) | 23 547,51 | -6,75 % | 24 490,41 | 19 909,14 |
| Footsie 100 (Royaume-Uni) | 10 284,75 | -5,74 % | 9 931,38 | 7 451,74 |
| Eurostoxx 50 | 5 719,90 | -7,00 % | 5 791,41 | 4 895,98 |
| Nikkei 225 (Japon) | 55 620,84 | -2,97 % | 50 339,48 | 39 894,54 |
| Shanghai Composite | 4 124,19 | +0,16% | 3 968,84 | 3 351,76 |
| Taux OAT France à 10 ans | +3,512 % | -0,294 pt | +3,561 % | +3,194 % |
| Taux Bund allemand à 10 ans | +2,862 % | +0,226 pt | +2,862 % | +2,362 % |
| Taux Trésor US à 10 ans | +3,129 % | +0,161 pt | +4,138 % | +4,528 % |
| Cours de l’euro/dollar | 1,1599 | -1,(3 % | 1,1735 | 1,0380 |
| Cours de l’once d’or en dollars | 5 151,80 | -0,10 % | 4 325,17 | 2 613,95 |
| Cours du baril de pétrole Brent en dollars | 93,27 | +27,84 % | 61,23 | 74,30 |
| Cours du Bitcoin en dollars | 68 030,8811 | +4,58 % | 87 566,4406 | 93 776,61 |
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