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Le Coin des Epargnants du 5 juin 2026

5 juin 2026

Les États-Unis n’en finissent pas de surprendre. En mai, les créations d’emplois ont largement dépassé les attentes, avec 172 000 postes supplémentaires contre 88 000 anticipés par les économistes. Les statistiques des mois de mars et d’avril ont, par ailleurs, été révisées à la hausse, portant la progression cumulée de l’emploi sur trois mois à son niveau le plus élevé depuis plus de deux ans. Les secteurs des loisirs et de l’hôtellerie, des collectivités locales et de la santé ont été les principaux moteurs de ces créations. À l’inverse, l’emploi a reculé dans les activités financières. Dans le seul secteur privé, 120 000 emplois ont été créés en mai, un chiffre supérieur aux prévisions mais dans une moindre mesure que pour l’ensemble de l’économie. Le taux de participation à la population active s’est établi à 61,8 %, tandis que le salaire horaire moyen a progressé de 0,3 % sur un mois et de 3,4 % sur un an.

Le rapport du Bureau of Labor Statistics confirme ainsi la résistance de l’économie américaine malgré les tensions énergétiques provoquées par la situation au Moyen-Orient. La vigueur persistante du marché du travail réduit la probabilité d’un assouplissement monétaire rapide de la Réserve fédérale. Les investisseurs considèrent désormais qu’une baisse des taux est moins probable à court terme et que la Fed pourrait même être conduite à maintenir durablement une politique monétaire restrictive afin de prévenir tout regain inflationniste. Les marchés de taux reflètent cette évolution des anticipations : les contrats dérivés accordent désormais près de 60 % de probabilité à un relèvement des taux directeurs dès l’automne.

Cette révision des anticipations monétaires a pesé sur les marchés financiers. Les rendements obligataires ont progressé tandis que les actions américaines ont marqué le pas. Le Nasdaq a cédé plus de 4 % sur la semaine, les investisseurs procédant à des prises de bénéfices sur les grandes valeurs technologiques après plusieurs mois de hausse presque ininterrompue. Une économie  dynamique peut paradoxalement devenir une mauvaise nouvelle pour les marchés quand elle éloigne la perspective d’une détente monétaire. Les investisseurs demeurent ainsi partagés entre la satisfaction de constater la solidité de l’activité américaine et la crainte de voir les taux d’intérêt rester élevés plus longtemps que prévu.

 Résultats
5 juin 2026
Évolution
sur la semaine
Résultats
31 déc. 2025
Résultats
31 déc. 2024
CAC 40 8 218,24+0,47 %8 149,507 380,74
Dow Jones50 866,78-0,24 %48 220,1342 544,22
S&P 5007 383,74-2,71 %6 879,575 881,63
Nasdaq Composite25 709,43-4,31 %23 372,7519 310,79
Dax Xetra (Allemagne) 24 773,72+1,30 %24 490,4119 909,14
Footsie 100 (Royaume-Uni) 10 374,62-0,16 %9 931,387 451,74
Eurostoxx 506 062,07+0,38 %5 791,414 895,98
Nikkei 225 (Japon)66 588,12 +2,45 %50 339,4839 894,54
Shanghai Composite 4 027,74-2,84 %3 968,843 351,76
Taux OAT France à 10 ans+3,695 %+0,142  pt+3,561 %+3,194 %
Taux Bund allemand à 10 ans+3,039 %+0,093 pt+2,862 %+2,362 %
Taux Trésor US à 10 ans+4,543 %+0,107 pt+4,138 %+4,528 %
Cours de l’euro/dollar1,1533-0,84 %1,17351,0380
Cours de l’once d’or en dollars4 335,46-3,33 %4 325,172 613,95
Cours du baril de pétrole Brent en dollars93,42+1,38 %61,2374,30
Cours du Bitcoin en dollars60 289,6934-17,53 %87 566,440693 776,61

Tandis que le Nasdaq 100 bat record sur record, le bitcoin enregistre recul sur recul. Il est passé, cette semaine, sous le seuil des 66 000 dollars. Depuis le début de l’année, il a perdu 25 % de sala valeur. Par rapport à son record historique de 126 000 dollars atteint à l’automne 2025, il est en recul de 50 %.

Depuis la crise sanitaire, les cryptomonnaies et les valeurs technologiques évoluaient généralement de concert. Toutes deux bénéficiaient d’un environnement monétaire accommodant, d’une abondance de liquidités et d’un fort appétit pour le risque. Aujourd’hui, les investisseurs semblent avoir fait un choix, celui de l’intelligence artificielle.

La  désaffection vis-à-vis du bitcoin  apparaît dans les flux financiers. Selon les données des ETF américains adossés au bitcoin, plus de 4,7 milliards de dollars ont été retirés en l’espace en mai, les sorties nettes dépassant régulièrement le milliard de dollars par semaine.

Ces mouvements traduisent un changement d’allocation d’actifs. Les investisseurs institutionnels qui avaient contribué à légitimer le bitcoin grâce aux ETF semblent désormais privilégier les sociétés susceptibles de bénéficier directement de la révolution de l’intelligence artificielle. Les fabricants de semi-conducteurs, les producteurs d’équipements de calcul, les fournisseurs de centres de données ainsi que les entreprises spécialisées dans les infrastructures numériques concentrent désormais l’attention des marchés. Les dépenses mondiales liées à l’intelligence artificielle devraient dépasser 1 000 milliards de dollars au cours de la décennie selon plusieurs estimations. Face à une telle perspective, le bitcoin apparaît pour certains investisseurs comme un actif dont le potentiel de création de valeur est devenu moins évident.

La crise géopolitique au Moyen-Orient a également contribué à modifier la perception des investisseurs. Le bitcoin n’a pas joué le rôle de valeur refuge que ses initiateurs souhaitaient. Au contraire, il a subi des dégagements importants. Lors des épisodes de tension financière, les investisseurs privilégient encore l’or, les obligations d’État américaines ou le dollar plutôt que les cryptomonnaies.

Le recul actuel du bitcoin ne signifie pas nécessairement la fin des cryptomonnaies. Historiquement, cet actif a déjà connu plusieurs corrections supérieures à 70 % avant de retrouver de nouveaux sommets.  Néanmoins, le contexte a profondément changé. La concurrence ne vient plus des marchés obligataires ou des banques centrales. Elle provient désormais de l’intelligence artificielle, qui concentre à la fois les innovations technologiques, les investissements industriels, les dépenses publiques et les anticipations de croissance. Pendant dix ans, le bitcoin a bénéficié du statut d’actif emblématique de la révolution numérique. En 2026, ce rôle semble progressivement revenir à l’intelligence artificielle.

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