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La Bourse de Tokyo, après avoir connu un mouvement de hausse sans précédent depuis le début de l’année 2025, subit de plein fouet les doutes sur la rentabilité des investissements dans l’intelligence artificielle. L’indice Nikkei a perdu 7,50 % sur la semaine. Néanmoins, depuis le 1er janvier, le gain reste conséquent, à 24,54 %.
Le CAC 40 a connu une mauvaise semaine, avec un repli de plus de 1 %, portant la baisse depuis le 1er janvier à 4,50 %. Le recul de ces derniers jours est notamment imputable aux violences urbaines et à l’incapacité des pouvoirs publics à dégager un consensus sur l’assainissement des comptes publics.
Le repli des indices européens, dans le sillage de celui de Paris, s’inscrit dans un contexte de dégradation de la situation économique, avec un baril de pétrole Brent qui est repassé au-dessus de la barre des 110 dollars, atteignant plus de 117 dollars en fin de semaine. Les premiers résultats des enquêtes PMI, publiés vendredi 23 octobre, soulignent un ralentissement plus marqué que prévu du secteur privé de la zone euro. L’indice composite, qui rassemble l’industrie et les services, revient à 51,9 points, contre 53,1 en septembre et 52,7 anticipés. Il demeure néanmoins au-dessus du seuil de 50 qui sépare expansion et contraction, mais la France (48,4 points) pèse sur l’ensemble. L’Allemagne bénéficie, en revanche, de la meilleure tenue de son industrie. La diffusion de la hausse des prix de l’énergie tend à s’accélérer. Les coûts de production augmentent et conduisent les entreprises à relever leurs prix pour protéger leurs marges.
Le Nasdaq a reculé d’environ 0,7 % cette semaine, après une baisse de plus de 4 % la semaine dernière. Les doutes sur la rentabilité des investissements dans l’intelligence artificielle continuent de peser sur les valeurs technologiques américaines.
La semaine a été marquée, sur le front obligataire, par le franchissement de la barre des 5 % pour le taux de l’OAT à 10 ans de l’État français. Un tel taux n’avait pas été enregistré depuis 2002. Compte tenu du poids de la dette, le paiement des intérêts de la dette publique pourrait dépasser 100 milliards d’euros en 2028, selon les estimations du rapporteur général du budget à l’Assemblée nationale. L’écart de taux avec l’Allemagne dépasse 1,5 point de pourcentage, ce qui aurait constitué, il y a encore peu, un signal d’alerte majeur pour la BCE. La prime de risque sur la France devient conséquente. Cette situation commence à poser un réel problème pour la zone euro. Même si la France n’est pas dans la situation de la Grèce en 2010, son poids au sein de la zone euro fait craindre une crise financière de grande ampleur. Le risque n’est plus seulement celui d’une crise budgétaire française, mais celui d’une contagion financière à l’ensemble de la zone euro, au moment même où le retour de l’inflation réduit les marges de manœuvre de la Banque centrale européenne.
L’agence Moody’s a, ce vendredi 23 octobre, décidé de ne pas dégrader la note de la dette publique française qui demeure fixée à Aa3 avec perspective négative. Cette décision a surpris compte tenu des difficultés de la France à résorber sa dette publique dans un contexte de fragmentation politique et de tensions sociales.
Depuis quelques mois, les entreprises industrielles et financières supplantent les groupes du luxe en matière valorisation boursière. Cette évolution traduit un changement des anticipations des investisseurs, désormais davantage tournés vers la défense, l’électrification, l’intelligence artificielle et les activités bancaires.
La fin de l’hégémonie du luxe à la Bourse de Paris
La publication des résultats d’Hermès, jeudi 22 octobre, a confirmé les difficultés rencontrées par le secteur du luxe. Le groupe a annoncé un chiffre d’affaires de 4,1 milliards d’euros au troisième trimestre 2026, en progression de 4,3 % à taux de change constants, contre 5,2 % attendus par les analystes. Cette contre-performance relative a provoqué une chute de son cours entraînant dans son sillage les autres valeurs du luxe, dont LVMH et Kering. Les difficultés relatives d’Hermès s’expliquent principalement par le ralentissement de la demande chinoise. Les ventes de sa division vêtements et accessoires ont diminué de 2 % à taux de change constants, tandis que celles de la maroquinerie-sellerie ont progressé de 10,8 %. Le groupe conserve ainsi des pôles d’activité très dynamiques, mais n’échappe plus au ralentissement général du marché.
Le luxe ne fait plus rêver les investisseurs. Ce secteur avait largement bénéficié de la réouverture des économies après la pandémie de Covid-19. Entre 2020 et 2023, les bénéfices nets des quatre grands groupes français du luxe et de la beauté avaient augmenté de 130 % en moyenne. L’accumulation d’épargne pendant les confinements, l’essor de la clientèle chinoise et la vigueur de la consommation américaine avaient favorisé une croissance exceptionnelle. La Bourse avait anticipé la poursuite de cette dynamique en accordant aux entreprises concernées des multiples de valorisation particulièrement élevés.
Depuis 2023, le contexte a radicalement changé. Le ralentissement de l’économie chinoise, la crise immobilière dans ce pays, les tensions géopolitiques et les incertitudes pesant sur les consommateurs ont pesé sur les ventes. La hausse des prix pratiquée par les grandes maisons au cours des dernières années a également rencontré ses limites auprès d’une partie de la clientèle. Les entreprises les plus exposées aux consommateurs aisés, sans appartenir à l’univers du très grand luxe, ont été particulièrement touchées. Cette inflexion se retrouve dans la composition du CAC 40. Les quatre groupes LVMH, Hermès, Kering et L’Oréal ne représentent plus qu’environ 14 % de l’indice, contre un maximum de 25 % entre 2021 et 2023. En quelques années, le luxe et la beauté ont ainsi perdu près de 11 points de pondération.
Les corrections ont été importantes. Depuis leurs sommets respectifs, LVMH et Hermès ont perdu plus de la moitié de leur valeur boursière. Kering, engagé dans une restructuration de ses activités, a enregistré une baisse supérieure à 70 % par rapport à son point haut de 2021. L’Oréal a mieux résisté, avec un recul d’environ 10 % depuis son record de 2024.
Le retour de l’industrie
La principale transformation du CAC 40 réside dans la montée en puissance des entreprises industrielles. Leur poids atteint désormais environ 30 % de l’indice, contre 19 % en 2023. Ce changement témoigne de l’intérêt croissant des investisseurs pour des entreprises positionnées sur des marchés considérés comme stratégiques.
La défense et l’aéronautique figurent parmi les principaux bénéficiaires de cette réorientation. Depuis le début de 2023, le cours de Safran a progressé d’environ 170 %, tandis que celui de Thales a presque doublé. La hausse des dépenses militaires européennes, accélérée par les tensions géopolitiques, offre aux industriels du secteur une visibilité accrue sur leurs carnets de commandes. L’augmentation des budgets de défense apparaît comme une tendance structurelle, même si les contraintes budgétaires des États pourraient en limiter le rythme.
L’électrification des économies et le développement des infrastructures numériques constituent un deuxième moteur. Schneider Electric et Legrand bénéficient de la modernisation des réseaux électriques, de l’automatisation des bâtiments et surtout de la multiplication des centres de données. Ces derniers nécessitent des investissements considérables en équipements électriques, en systèmes de refroidissement et en gestion de l’énergie.
Depuis le début de 2023, Schneider Electric a ainsi gagné environ 90 % en Bourse et Legrand près de 75 %. Ces progressions témoignent du changement de statut de ces entreprises, autrefois considérées comme des valeurs industrielles relativement traditionnelles et désormais associées à la révolution numérique.
L’intelligence artificielle contribue donc indirectement à la transformation du CAC 40. Faute de disposer d’entreprises comparables aux grands acteurs américains des semi-conducteurs et des plateformes numériques, la place parisienne profite de cette révolution essentiellement par l’intermédiaire des fournisseurs d’infrastructures et d’équipements.
Les banques retrouvent les faveurs des investisseurs
Le secteur financier constitue l’autre grand bénéficiaire de cette recomposition. Il représente désormais environ 15 % du CAC 40, contre 10 % en 2020. Pendant de nombreuses années, les banques européennes avaient souffert de la faiblesse des taux d’intérêt, de contraintes prudentielles renforcées et d’une rentabilité jugée insuffisante par les investisseurs. Le relèvement des taux directeurs de la Banque centrale européenne à partir de 2022 a modifié leur environnement économique. Il a notamment permis d’améliorer les marges sur une partie des activités de crédit et de placement.
La revalorisation boursière a été spectaculaire. Depuis 2023, Société Générale a progressé d’environ 160 %, tandis que BNP Paribas et Crédit Agricole ont enregistré des hausses voisines de 60 %. Ce regain d’intérêt traduit également la capacité des établissements financiers à améliorer leur efficacité opérationnelle, à maîtriser leurs coûts et à rémunérer leurs actionnaires par des dividendes et des rachats d’actions. Cette embellie reste néanmoins dépendante de l’évolution de la conjoncture. Un ralentissement économique prononcé, une augmentation des défauts de paiement ou de nouvelles tensions sur les marchés obligataires pourraient remettre en cause une partie de ces gains.
Des indices de plus en plus concentrés
La transformation du CAC 40 s’inscrit dans un mouvement international de concentration des indices boursiers autour d’un nombre réduit de secteurs. Aux États-Unis, la technologie représente désormais près de 40 % du S&P 500, contre environ 25 % en 2020. L’essor de l’intelligence artificielle et la valorisation exceptionnelle des grandes entreprises technologiques ont accentué cette concentration. En Europe, les établissements financiers ont également gagné du terrain. Le poids des banques dans le Stoxx Europe 600 approche 20 %, contre 6 % en 2020.
La dette publique poursuit sa progression en Europe. Selon Eurostat, à la fin du deuxième trimestre 2026, elle représentait 88,8 % du PIB dans la zone euro, contre 88,4 % trois mois auparavant et 87,3 % un an plus tôt. Dans l’ensemble de l’Union européenne, le ratio d’endettement est passé de 81,4 à 82,9 % du PIB en un an. Cette évolution générale masque néanmoins des trajectoires nationales très contrastées. Certains pays, à commencer par la Grèce, poursuivent leur désendettement, tandis que d’autres, dont la France, voient leur situation se dégrader.
Une dette européenne qui approche les 16 000 milliards d’euros
À la fin du mois de juin 2026, l’encours de dette publique des vingt et un États membres de la zone euro atteignait 14 438 milliards d’euros, contre 13 706 milliards un an auparavant, soit une augmentation de 732 milliards d’euros. Pour l’ensemble de l’Union européenne, l’encours s’élevait à 15 951 milliards d’euros, en hausse de 902 milliards sur un an.
En dépit de ces augmentations, les situations budgétaires demeurent très hétérogènes. La dette publique représentait moins de 30 % du PIB en Estonie (26,1 %), au Danemark (27,1 %), au Luxembourg (28,2 %) et en Bulgarie (28,7 %). À l’opposé, cinq pays dépassaient le seuil de 100 % du PIB, la Grèce (140,8 %), l’Italie (139,9 %), la France (119,1 %), la Belgique (110,2 %) et l’Espagne (101,4 %).
La dette française atteint près de 3 600 milliards d’euros
Avec une dette de 3 595,5 milliards d’euros à la fin du deuxième trimestre 2026, la France confirme sa place parmi les pays les plus endettés de l’Union européenne. Son ratio d’endettement atteint 119,1 % du PIB, contre 117,7 % à la fin du premier trimestre et 115,4 % un an auparavant.
En douze mois, la dette publique française a augmenté de 178,4 milliards d’euros, dont près de 59,6 milliards sur le seul deuxième trimestre 2026. Le ratio d’endettement a progressé de 3,7 points de PIB en un an, soit une hausse sensiblement supérieure à celle enregistrée dans l’ensemble de la zone euro (+1,5 point).
La France se situe désormais à près de 56 points de PIB au-dessus de l’Allemagne, dont la dette publique représente 63,4 % du PIB. Cet écart illustre la divergence croissante entre les deux principales économies de la zone euro, même si l’Allemagne a également enregistré une hausse de son ratio d’endettement de deux points sur un an.
La Grèce se désendette, l’Italie reste sous pression
La comparaison avec la Grèce est particulièrement instructive. Bien qu’elle demeure le pays le plus endetté de l’Union européenne, avec une dette représentant 140,8 % du PIB, cette dernière a réduit son ratio de 11,2 points en un an. Au deuxième trimestre 2025, il atteignait encore 152 % du PIB. Cette baisse contraste avec la trajectoire française. L’écart d’endettement entre les deux pays, qui dépassait 36 points de PIB un an auparavant, a été ramené à moins de 22 points au deuxième trimestre 2026. La Grèce conserve donc un endettement beaucoup plus élevé, mais sa dynamique apparaît nettement plus favorable. L’Italie connaît une évolution différente. Sa dette publique a atteint 3 208,5 milliards d’euros, soit 139,9 % du PIB, contre 137,6 % un an plus tôt. Le pays reste ainsi confronté à un endettement très important, malgré une progression moins rapide du ratio que celle observée en France.
L’Espagne connait une diminution de son ratio d’endettement qui est passé de 103,2 à 101,4 % du PIB en un an. La dette publique espagnole demeure élevée, mais sa trajectoire contraste avec celle de ses grands voisins français et italien. Le Portugal confirme également son redressement. Après avoir atteint 95,9 % du PIB au deuxième trimestre 2025, sa dette publique ne représentait plus que 92,5 % du PIB un an plus tard. Cette amélioration de 3,4 points intervient malgré une remontée temporaire de 2,1 points au cours du deuxième trimestre 2026.
Des pays d’Europe centrale et orientale confrontés à une hausse rapide de leur dette
Les progressions les plus importantes ne concernent pas uniquement les grandes économies d’Europe occidentale. La Pologne a enregistré, en un an, une augmentation de 6,7 points de son ratio d’endettement, qui atteint désormais 64,5 % du PIB. La Lituanie connaît également une hausse sensible de 4,9 points, à 43,8 % du PIB. La Belgique figure parmi les pays dont la situation s’est le plus dégradée, avec une augmentation de 3,8 points de son ratio sur un an, à 110,2 % du PIB. La France arrive immédiatement derrière, avec une progression de 3,7 points, à égalité de situation préoccupante avec plusieurs économies dont l’endettement s’accroît rapidement. À l’inverse, outre la Grèce et le Portugal, Chypre a enregistré une baisse particulièrement marquée de son ratio d’endettement, de 9,5 points en un an, à 48,5 % du PIB. La Slovénie a également amélioré sa situation, avec un recul de 4,5 points, à 64,7 % du PIB.
Dix-huit États membres ont vu leur ratio d’endettement augmenter entre le deuxième trimestre 2025 et celui de 2026, contre neuf qui sont parvenus à le réduire.
Le poids des marchés financiers dans le financement des États
La structure de la dette publique européenne souligne la dépendance des États aux marchés financiers. Au deuxième trimestre 2026, les titres de dette représentaient 84,5 % de l’encours total dans la zone euro et 83,9 % dans l’Union européenne. Les prêts comptaient respectivement pour 13,1 et 13,8 %, le solde étant constitué de numéraire et de dépôts.
La France se caractérise également par le poids prépondérant de l’endettement obligataire. Les titres de dette représentent à eux seuls 106,9 % de son PIB, contre 10,7 % pour les prêts et 1,4 % pour le numéraire et les dépôts. Cette structure expose les finances publiques aux conditions de financement sur les marchés. La remontée des taux ne se transmet toutefois que progressivement au coût moyen de la dette, au fur et à mesure du renouvellement des titres arrivant à échéance et des nouvelles émissions.
Données Eurostat
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