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Les mois d’août sont souvent annonciateurs de crises et de chocs sur le plan financier. Cette année, la menace provient des dettes publiques qui commencent à inquiéter les investisseurs. La hausse des besoins de financement aux quatre coins de la planète provoque une augmentation des taux d’intérêt. L’épargne qui est pourtant abondante, n’arrive plus à suivre.
Engagée depuis 2023, la remontée des taux longs s’accélère depuis le déclenchement de la guerre entre les États-Unis et l’Iran. La hausse du cours du pétrole provoque des tensions inflationnistes, ce qui accentue la pression sur les taux obligataires. Les banques centrales ont tendance à durcir leur politique monétaire. En Europe, la BCE a relevé ses taux en juin et pourrait le faire à nouveau en septembre. Dans le même temps, les besoins d’emprunt des États augmentent avec des déficits élevés et des dépenses en forte hausse (retraite, santé, transition écologique, défense, etc.).
Tous les pays occidentaux sont confrontés à une hausse sensible des taux d’intérêt des titres publics. La France est néanmoins plus exposée que les autres. Le taux de l’OAT à 10 ans a atteint 4,2 % quand, en 2020, l’État français s’endettait à taux négatif. L’écart de taux avec l’Allemagne – le spread – a dépassé les 85 points de base. Cet écart est comparable à celui enregistré au moment des chutes des gouvernements de Michel Barnier, en décembre 2024, de François Bayrou, en septembre 2025, ou de Sébastien Lecornu, en octobre 2025, avant que celui-ci soit renommé à Matignon. Les investisseurs ont pris en compte l’incapacité des gouvernements successifs à réduire le déficit public à la veille de l’élection présidentielle. Les pistes lancées par l’actuel Premier ministre, comme la désindexation partielle des pensions de retraite, apparaissent très fragiles. La France emprunte désormais à des taux plus élevés que l’Italie qui a réussi à ramener son déficit public autour de 2,9 % du PIB (plus de 5 % en France). Dans ce contexte tendu pour la France, une nouvelle dégradation de la note par les agences est probable à l’automne.
Les investisseurs se projettent de plus en plus en 2027. Au vu des prémices de programmes, aucun candidat n’entend prendre le cap de la réduction des déficits. En outre, le scénario d’un président sans majorité absolue à l’Assemblée est une hypothèse qui est prise en compte. L’écart de taux avec l’Allemagne pourrait ainsi dépasser, au cours de la campagne, 90 points de base, voire être plus élevé si les sondages pronostiquent un second tour LFI-RN. En cas de victoire de l’une ou de l’autre de ces formations, les investisseurs redoutent des tensions fortes entre la France et l’Union européenne
Le service de la dette devrait poursuivre son augmentation. Un point de taux, c’est 3 milliards de coût budgétaire en plus la première année et 33 ou 34 milliards d’euros de plus à 10 ans. En 2026, le service de la dette pourrait atteindre 60 milliards d’euros. La barre des 100 milliards d’euros pourrait être dépassée d’ici la fin de la décennie.
Les effets de la hausse des taux obligataires
La hausse des taux longs modifie progressivement les arbitrages des investisseurs. Pendant près d’une décennie, avec des taux proches de zéro, les actions étaient bien plus intéressantes. Avec l’augmentation des taux, les obligations redeviennent des placements attractifs. Les taux américains sont proches de 5 % et ceux de la France dépassent 4 %. Ces derniers mois, les relations entre actions et taux obligataires ne sont pas moins simples à décrypter que dans le passé. Depuis le déclenchement de la guerre en Iran à la fin du mois de février, les rendements obligataires ont augmenté sans empêcher les grands indices boursiers de battre de nouveaux records. La hausse des taux peut être absorbée tant que la croissance économique et surtout les bénéfices des entreprises augmentent. Aux États-Unis, les bénéfices par action des entreprises composant le Nasdaq ont augmenté de 53 % sur un an au deuxième trimestre. Les grandes entreprises européennes du Stoxx 600 ont enregistré une hausse de plus de 20 % de leurs bénéfices par action au deuxième trimestre. La capacité des sociétés à préserver leurs marges et leurs résultats explique en grande partie la bonne tenue des indices malgré le durcissement des conditions financières. Compte tenu des besoins de financement des entreprises, en particulier dans le secteur de l’intelligence artificielle, une hausse des taux obligataires pourrait créer un effet d’éviction. Les investisseurs pourraient privilégier les obligations offrant plus de sécurité que les actions des entreprises de la haute technologie.
Des taux élevés entraînent également des conséquences sur l’économie réelle. Ils renchérissent le financement des entreprises, les crédits immobiliers et, plus généralement, le coût de l’investissement. L’immobilier, qui a été durement touché par la hausse des taux après 2022, devrait enregistrer de nouvelles difficultés.
Dette américaine : plus de 40 000 milliards de dollars
Aux États-Unis, la dette publique a franchi, mardi 18 août, le seuil des 40 000 milliards de dollars selon le Trésor américain. La réponse fédérale généreuse à la pandémie de Covid est en partie responsable de cette dette, qui est également alimentée par les mesures décidées par Donald Trump et notamment la hausse des dépenses militaires. Le cap des 20 000 milliards avait été dépassé en septembre 2017, il y a moins de dix ans. Les recettes fiscales ne suivent pas le rythme des dépenses toujours plus importantes. Le déficit public fédéral devrait dépasser les 2 000 milliards de dollars au cours de l’année fiscale se concluant fin septembre. Le Bureau budgétaire du Congrès (CBO) a revu ses prévisions à la hausse de l’ordre de 200 milliards en juillet. Les rendements demandés par les investisseurs pour détenir de la dette américaine à 30 ans ont récemment atteint 5,30 %.
Le plafond légal de la dette a été fixé à 41 100 milliards lors du dernier accord négocié sur le sujet. Compte tenu du niveau du déficit américain, il sera atteint dans l’année qui vient. Le prochain Congrès devra sans nul doute le revoir à la hausse.
Le rendement du Treasury à maturité 30 ans, qui avait atteint lundi un plus haut depuis 2007 à 5,31 %, a chuté de 9 points de base (pb) mercredi après les annonces, un mouvement conséquent sur les marchés obligataires. Jeudi, il était reparti en hausse de 5 pb. Sur le marché obligataire, les prix et les taux évoluent en sens inverse.
Le Trésor américain a réagi mercredi 19 août à la hausse des rendements des obligations à long terme américaines qui ont atteint leur plus haut niveau depuis 2007, en doublant le volume de ses rachats d’obligations à long terme pour le porter à au moins 4 milliards de dollars par opération. Au cours de l’année 2025, le Trésor avait racheté pour environ 200 milliards de dollars de titres à travers des opérations similaires. A titre de comparaison, après la pandémie, la Réserve fédérale a acheté jusqu’à 120 milliards de dollars de Treasuries chaque mois pour maintenir les rendements sous contrôle. Le rendement du Treasury à 10 ans, pourtant ciblé par les rachats du Trésor, a perdu moins de 6 pb mercredi, avant de reprendre 7 pb jeudi 20 août.
Les investisseurs s’inquiètent en effet de ce qu’ils perçoivent comme de la répression financière, une tentative pour abaisser les taux de manière artificielle. Cette politique pourrait déclencher une érosion de la demande pour les actifs américains. Le dollar a perdu plus de 0,8 % mercredi face à un panier de devises, une baisse importante sur les marchés de change, et a poursuivi son repli jeudi. Corollaire de cette défiance accrue, l’or a s’est apprécié et est repassé au-dessus de 4600 dollars l’once en fin de semaine.
Des indices « actions » en souffrance
Dans ce contexte, les indices et américains (sauf le Footsie britannique) étaient orientés à la baisse sauf le Footsie londonien. Le CAC 40 a cédé du terrain, près de 2 % sur la semaine. L’indice parisien a certes repris des couleurs vendredi mettant un terme à huit séances de baisse consécutives. Cette accalmie coïncide avec ma publications des indicateurs PMI meilleurs que prévu pour l’Europe. L’activité dans le secteur privé a légèrement accéléré en août alors qu’un tassement ne faisait pas de doute pour la majorité des économistes. L’activité dans le secteur de l’industrie en zone euro signe sa meilleure performance depuis plus de quatre ans et l’Allemagne se distingue, notamment grâce à une demande pour les équipements liés à l’intelligence artificielle et à la défense, contrairement à la France qui voit la baisse de son activité s’accentuer à cause des services, qui ont été pénalisés par la succession de canicules.
Aux Etats-Unis, la hausse des taux obligataires a conduit au recul du Dow Jones et du S&P500. Le Nasdaq a connu une perte de plus de 2 %. Le secteur des semi-conducteurs et de l’intelligence artificielle a subi d’importants dégagements. Les investisseurs se montrent plus exigeants quant au retour sur investissement à court terme. Avec la hausse du cours du pétrole, les menaces inflationnistes ressurgissent et avec elle un relèvement des taux directeurs ce qui conduit à des arbitrages défavorables aux actions. Le baril de Brent d’échangeait, vendredi 21 août, à plus de 90 dollars en hausse de plus de 6 % sur la semaine. La persistance des tensions dans le détroit d’Ormuz, ainsi que l’absence de signaux de règlement de la crise, expliquent cette augmentation.
Malgré tout, plusieurs analystes estiment que l’Europe pourrait connaître une embellie sur le plan boursier dans les prochaine semaines. Les stratégistes de Goldman Sachs et de JPMorgan Chase & Co estiment que les actions européennes ont un réel potentiel d’appréciation en raison des solides perspectives en matière de bénéfices.
Les tableau des marchés financiers
Au premier trimestre 2026, selon la Banque de France, les ménages français ont continué à épargner. Ils ont toutefois délaissé les livrets réglementés au profit de l’assurance-vie et de l’épargne retraite en privilégiant les supports investis en actions.
Toujours selon la Banque de France, le taux d’épargne des ménages s’est établi à 17,4 % de leur revenu disponible brut au premier trimestre, contre 17,2 % au cours des deux trimestres précédents. Les ménages ont ainsi mis de côté plus d’un euro sur six de leurs revenus. L’épargne financière, qui correspond à la part de l’épargne non consacrée notamment à l’investissement immobilier, a atteint 9,5 % du revenu disponible, après 9,1 % à la fin de l’année 2025. Elle reste ainsi à des niveaux records.
En valeur, l’épargne brute a représenté 86 milliards d’euros au premier trimestre, contre 84,6 milliards au quatrième trimestre 2025. Elle demeure ainsi proche de ses niveaux élevés de ces dernières années. La persistance d’un taux d’épargne important témoigne tout à la fois de la capacité financière des ménages et de leur prudence. Les incertitudes économiques, géopolitiques et budgétaires les incitent toujours à conserver un matelas de sécurité conséquent.
Dans ce domaine, la France continue à se distinguer du reste de la zone euro. Au premier trimestre 2026, le taux d’épargne moyen y était de 14,3 %, soit 3,1 points de moins qu’en France. L’écart est encore plus marqué pour l’épargne financière : 9,5 % en France, contre 5,8 % dans la zone euro. Les ménages français disposent donc d’une capacité de placement nettement supérieure à celle de leurs voisins. Cette particularité constitue un atout pour le financement de l’économie, à condition que cette épargne ne reste pas durablement cantonnée aux placements les plus liquides.
Dans le même temps, les ménages demeurent peu enclins à s’endetter. Leurs nouveaux engagements auprès des institutions financières se sont élevés à 2,9 milliards d’euros au premier trimestre, contre 3,5 milliards au trimestre précédent. Ce montant est très inférieur à la moyenne trimestrielle observée depuis 2013, hors années de crise sanitaire, qui atteint 10,9 milliards d’euros. La baisse du nombre de transactions immobilières et le niveau encore élevé des taux d’intérêt continuent de peser sur la demande de crédits.
L’investissement des ménages est constitué essentiellement des achats de logements neufs et des gros travaux. Il est resté quasiment stable à 39,2 milliards d’euros, contre 39,7 milliards à la fin de 2025. En revanche, les flux vers les principaux placements financiers ont rebondi, passant de 26,1 à 32 milliards d’euros. Sur quatre trimestres glissants, ils atteignent près de 130 milliards d’euros, un montant légèrement supérieur à celui enregistré sur l’ensemble de l’année 2025.
Au-delà du volume, la principale évolution du début de l’année réside dans la composition de ces placements. Les produits de taux n’ont recueilli que 10,3 milliards d’euros, contre 17,1 milliards au quatrième trimestre. À l’inverse, les placements en fonds propres (actions) ont attiré 18,2 milliards d’euros, soit plus de trois fois le montant du trimestre précédent.
Cette évolution traduit avant tout une désaffection des livrets d’épargne qui avaient été plébiscités entre 2022 et 2024, aidés en cela par des rendements élevé. Depuis un an, le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire ont perdu une partie de leur avantage relatif avec la baisse de leur rémunération. Les retraits nets sur l’épargne réglementée ont ainsi atteint 10,4 milliards d’euros au premier trimestre. Sur quatre trimestres, la décollecte s’élève à 16,1 milliards d’euros.
L’assurance-vie et l’épargne sont les grands bénéficiaires de cette réallocation. Les fonds en euros et les produits de retraite à capital garanti ont enregistré une collecte nette de 13,4 milliards d’euros au premier trimestre, après 12,2 milliards au quatrième trimestre 2025. Les unités de compte ont, de leur côté, attiré 11,3 milliards d’euros, contre 8,1 milliards précédemment. Les premières estimations pour le deuxième trimestre confirment cette tendance, avec des flux respectifs de 11,1 et 13 milliards d’euros.
L’encours des fonds en euros et des droits à pension atteignait ainsi 1 572,7 milliards d’euros à la fin du premier trimestre. Celui des unités de compte s’élevait à 602,9 milliards d’euros. L’assurance-vie demeure le principal refuge de l’épargne financière longue des ménages. Elle bénéficie à la fois du regain de compétitivité des fonds en euros, dont les rendements ont progressé, et de la volonté des épargnants de diversifier leurs placements.
Les actions ont également retrouvé les faveurs des ménages. Après des ventes nettes de 3 milliards d’euros au quatrième trimestre 2025, les actions cotées ont enregistré une collecte positive de 2,5 milliards au premier trimestre 2026. Les actions non cotées et les autres participations ont attiré 3,7 milliards d’euros, après un flux négatif de 700 millions d’euros. Ce retour vers les fonds propres est une bonne nouvelle pour le financement des entreprises, même si une part importante de ces investissements passe par les contrats d’assurance et demeure donc indirecte.
Fin mars, le patrimoine financier des ménages s’élevait à 6 590,5 milliards d’euros en légère baisse par rapport à son niveau de fin décembre en raison du recul des valeurs boursières qui a été depuis compensé. En 2025, le patrimoine financier des ménages avait augmenté de 175,2 milliards d’euros, grâce à 128,4 milliards de placements et à 46,8 milliards d’effets de valorisation positifs. Les fluctuations du début de l’année 2026 illustrent surtout la volatilité inhérente aux placements de marché. Elles expliquent également pourquoi les encours investis en fonds propres ont reculé de 2 576 à 2 511,6 milliards d’euros malgré une collecte nette soutenue.
À la fin du premier trimestre 2026, les produits de taux représentaient encore 3 922,3 milliards d’euros, soit environ 60 % du patrimoine financier recensé par la Banque de France. Les produits de fonds propres en constituaient un peu plus de 38 %. La mutation de l’épargne française est donc engagée, mais elle reste progressive. Les ménages conservent une préférence marquée pour la sécurité tout en acceptant davantage de diversification lorsque la rémunération des placements garantis diminue.
Le début de l’année 2026 marque donc recomposition de l’épargne de précaution, et non pas sa fin. Les Français continuent à mettre de côté bien davantage que la moyenne européenne. Ils commencent néanmoins à déplacer une partie de leurs avoirs des livrets vers l’assurance-vie et les fonds propres.
Après plusieurs mois de baisse, le bitcoin retrouve brusquement des couleurs. En cette seconde partie du mois d’août la première des cryptomonnaies a gagné plus de 10 %, franchissant à nouveau la barre des 70 000 dollars et retrouvant ses niveaux du début du mois de juin. Jeudi 20 août, il évoluait au-dessus de 72 000 dollars. Lors de la troisième semaine d’août, il a gagné près de 17 %. L’ether et les valeurs cotées liées aux actifs numériques ont accompagné le mouvement. Coinbase, Strategy ou encore Circle ont enregistré de fortes hausses à Wall Street.
Le cours du bitcoin est orienté à la hausse par la combinaison de trois facteurs : la perspective d’une réglementation américaine plus favorable aux actifs numériques, la détente momentanée des taux obligataires, après intervention de la Reserve fédérale, et un puissant mouvement de rachats de positions vendeuses.
Le mouvement intervient après une année particulièrement agitée pour les cryptomonnaies. L’élection de Donald Trump, en novembre 2024, avait été accueillie avec enthousiasme par les investisseurs. Le candidat républicain avait promis de faire des États-Unis la première puissance mondiale dans le domaine des actifs numériques et de rompre avec l’approche plus restrictive de l’administration précédente. Cette anticipation avait contribué à propulser le bitcoin jusqu’à un record supérieur à 126 000 dollars en octobre 2025. La correction qui a suivi a été importante. À la fin du mois de juin 2026, le bitcoin avait abandonné plus de la moitié de sa valeur par rapport à son sommet. Malgré son rebond d’août, il reste ainsi très éloigné de son record historique et affiche toujours un recul sensible depuis le début de l’année.
Son cours dépend toujours des flux financiers, du niveau des taux d’intérêt et de l’appétit des investisseurs pour le risque. Il est devenu en outre dépendant des annonces du Président américain.
Mercredi 19 août, Donald Trump a réuni à la Maison-Blanche plusieurs responsables du secteur, parmi lesquels des dirigeants de Coinbase, Robinhood, Kraken et ICE, la maison mère du New York Stock Exchange, ainsi que les responsables des deux grands régulateurs financiers américains, la SEC et la CFTC. À cette occasion, le Président américain a demandé au Congrès d’avancer sur le « Clarity Act », texte qui doit clarifier la répartition des compétences entre ces deux autorités. Depuis plusieurs années, l’industrie américaine des cryptomonnaies réclame de savoir dans quelles circonstances un actif numérique doit être assimilé à un titre financier, relevant principalement de la SEC, ou à une matière première, placée davantage sous l’autorité de la CFTC. Le Clarity Act vise précisément à réduire cette zone grise juridique. Le texte a été adopté par la Chambre des représentants en juillet 2025 par 294 voix contre 134, amis depuis, son parcours est bloqué au Sénat. L’administration de Donald Trump entend créer un cadre permettant aux banques, aux gestionnaires d’actifs et aux entreprises technologiques américaines de développer des produits reposant sur la blockchain et la tokenisation. La SEC s’inscrit déjà dans cette évolution. Son président, Paul Atkins, a inscrit dans le programme réglementaire de 2026 la volonté de faciliter les levées de capitaux utilisant des cryptoactifs et de clarifier les règles applicables à leur conservation et aux titres financiers tokenisés.
Donald Trump souhaite également aller plus loin en faisant du bitcoin un actif stratégique pour les États-Unis. Dès mars 2025, il avait créé par décret une « Strategic Bitcoin Reserve ». Celle-ci est notamment alimentée par les bitcoins saisis par les autorités fédérales dans le cadre de procédures judiciaires. Le décret prévoit également que les ministères du Trésor et du Commerce puissent élaborer des stratégies permettant d’acquérir des bitcoins supplémentaires, à condition que ces opérations soient neutres pour le budget fédéral et n’entraînent pas de coût supplémentaire pour le contribuable. La perspective de nouveaux achats publics est évidemment appréciée par le marché. Elle introduirait un acteur supplémentaire du côté de la demande dans un univers où le nombre total de bitcoins est plafonné à 21 millions.Elle est également symbolique. Pendant longtemps, les cryptomonnaies se sont développées dans une logique de défiance vis-à-vis des États et des banques centrales. Vingt ans après la crise financière, le bitcoin pourrait paradoxalement devenir un actif détenu par l’État fédéral américain. L’institutionnalisation serait alors presque complète.
Les annonces de Donald Trump que n’expliquent qu’une partie du mouvement observé cette semaine. Le bitcoin reste un actif très sensible aux conditions monétaires et financières internationales. Or, presque simultanément aux déclarations de Donald Trump, le Trésor américain a annoncé une augmentation de ses rachats d’obligations de long terme. Cette décision a momentanément détendu les rendements obligataires américains et favorisé les actifs risqués. Le lien peut sembler paradoxal pour un actif parfois présenté comme une alternative aux monnaies traditionnelles. Dans les faits, depuis plusieurs années, le bitcoin se comporte fréquemment comme un actif financier à duration élevée. Il profite de la baisse des taux réels, de l’abondance de liquidités et de la faiblesse du dollar, et souffre lorsque les rendements obligataires augmentent fortement. Son intégration croissante à la finance traditionnelle a même tendance à renforcer cette relation.
Enfin, de nombreux investisseurs avaient parié sur une poursuite de la baisse du bitcoin. La brusque remontée des cours les a contraints à fermer leurs positions. Or, pour déboucler une position vendeuse, il faut racheter l’actif qui avait été vendu. Le mécanisme a créé un classique « short squeeze » : la hausse provoque des rachats forcés qui alimentent eux-mêmes la hausse. Environ 2,7 milliards de dollars de positions vendeuses auraient ainsi été liquidés sur l’ensemble du marché des cryptomonnaies en l’espace d’une journée. Cette donnée invite également à ne pas extrapoler trop rapidement le mouvement. Une fois les positions vendeuses liquidées, le marché doit trouver de nouveaux acheteurs pour prolonger son ascension.
Le véritable enseignement de cet épisode dépasse donc le passage du bitcoin de 60 000 à plus de 70 000 dollars. Depuis quinze ans, les cryptomonnaies oscillent entre deux mondes. Elles sont nées avec l’ambition de créer un système financier échappant aux banques, aux banques centrales et aux États. Elles dépendent aujourd’hui de plus en plus des décisions du Trésor américain, de la réglementation de la SEC, des ETF proposés par les grands gestionnaires d’actifs et, désormais, des choix stratégiques de la Maison-Blanche. Cette évolution pourrait réduire à terme certains des risques réglementaires qui ont longtemps pesé sur le secteur. Elle ne fera pas disparaître pour autant sa volatilité. Le bitcoin demeure un actif dépourvu de flux de revenus permettant d’établir une valorisation fondamentale comparable à celle d’une action ou d’une obligation. Son cours reste donc largement déterminé par les anticipations de demande. Le rebond du mois d’août traduit ainsi moins le début assuré d’un nouveau cycle haussier que le changement de nature du marché des cryptomonnaies. Après l’époque des pionniers et celle de la spéculation effrénée, s’ouvre celle de l’institutionnalisation. Les États-Unis ont clairement décidé d’en être un des principaux acteurs. Reste à savoir si cette normalisation réduira la volatilité du bitcoin ou si elle permettra simplement à ses traditionnels mouvements de balancier de s’exercer sur un marché devenu beaucoup plus important.
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