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Le Coin des épargnants du 18 septembre 2026 : quand les taux obligataires mènent la danse !

Epargne 18 septembre 2026

La France dans l’œil du cyclone

Le taux de l’obligation assimilable du Trésor français a dépassé 4,5 % et l’écart avec son homologue allemande a atteint 104 points de base, soit plus d’un point de pourcentage, ce qui constitue une première depuis 2012. Les incertitudes politiques et le maintien d’un déficit public supérieur à 5 % du PIB expliquent la hausse des taux en France. L’annonce, par Sébastien Lecornu, d’un effort budgétaire portant sur 54 milliards d’euros n’a pas complètement rassuré les investisseurs. Le plan du Premier ministre devra, en effet, passer le cap du Parlement, ce qui ne sera en rien évident. Un sentiment de défiance s’installe à l’encontre de la France, nourri par l’incapacité du gouvernement à respecter ses objectifs en matière de déficit public. L’écart de taux entre la France et l’Allemagne pourrait rapidement atteindre 120 points de base. La zone de danger se situe certainement à partir de 150 points de base.

Dans ce contexte, la Bourse de Paris enregistre une sixième semaine consécutive de baisse, avec un CAC 40 sous les 8 100 points. Les autres indices européens sont également en recul. Les marchés n’ont ainsi pas profité de la détente des prix du pétrole, toute relative, car le prix du baril de Brent s’élevait, vendredi 18 septembre, à 104 dollars. Cette légère détente a été favorisée par les mesures prises par l’Arabie saoudite pour rétablir, dans les prochains jours, le flux de pétrole sur un oléoduc vital, tandis que certains pétroliers continuent de traverser le détroit d’Ormuz. Saudi Aramco a néanmoins prévenu au moins deux raffineurs européens qu’ils ne recevraient aucune cargaison de brut le mois prochain. Les clients européens, normalement approvisionnés chaque mois dans le cadre de contrats réguliers, doivent donc rechercher des volumes de remplacement.

Wall Street insubmersible ?

La hausse des taux directeurs par la Fed et celle des taux obligataires auraient dû, en théorie, peser sur les actions américaines. Leur effet a été limité. Le Dow Jones et le S&P 500 ont certes cédé un peu de terrain, mais de manière contenue. De son côté, le Nasdaq a poursuivi sa marche en avant.

Le rendement des obligations d’État américaines à dix ans a atteint 5,04 %, son niveau le plus élevé depuis 2007. Malgré cette tension spectaculaire sur le marché obligataire, les grands indices américains, dont le S&P 500, sont parvenus à préserver leurs positions. Habituellement, une remontée des taux longs agit doublement sur les marchés actions. Elle renchérit le coût du financement des entreprises et peut, à terme, ralentir l’activité économique. Elle augmente également l’attractivité relative des obligations. Quand des titres d’État réputés sûrs offrent des rendements proches de 5 %, les investisseurs peuvent être tentés de réduire leur exposition aux actifs plus risqués.

Les investisseurs étrangers toujours actifs à Wall Street

Depuis le début de l’année, les investisseurs non-résidents auraient acquis plus de 600 milliards de dollars d’actions américaines, contre environ 400 milliards de dollars de titres de dette, selon Deutsche Bank. Cette répartition constitue une rupture par rapport aux habitudes des investisseurs internationaux. Pendant des décennies, les bons du Trésor américain ont été l’un des principaux réceptacles de l’épargne mondiale. La profondeur du marché, la liquidité du dollar et le statut de valeur refuge des États-Unis assuraient une demande structurelle pour la dette fédérale.

Les interrogations concernant la politique budgétaire américaine, le niveau de la dette publique et les relations de plus en plus conflictuelles des États-Unis avec plusieurs de leurs partenaires traditionnels contribuent à réduire l’attrait relatif des titres publics américains. Dans le même temps, les entreprises américaines, en particulier celles liées aux nouvelles technologies et à l’intelligence artificielle, continuent d’attirer une part non négligeable de l’épargne mondiale.

La bonne tenue des indices américains repose également sur les résultats des sociétés cotées. La remontée des taux a pourtant entraîné une réduction sensible des multiples de valorisation. Le S&P 500 se négocie actuellement autour de 21 fois les bénéfices anticipés à douze mois, contre environ 26 fois en début d’année. Cette contraction aurait pu provoquer une correction importante des cours. Elle a été compensée par la forte progression des profits. Le marché américain est ainsi passé d’une logique principalement fondée sur l’expansion des multiples à une logique davantage alimentée par les bénéfices. En début d’année, les analystes tablaient sur une progression d’environ 14 % des résultats des entreprises américaines en 2026. Cette estimation atteint désormais 32 %. Cette révision explique une large part de la résistance de Wall Street. Tant que les profits progressent suffisamment rapidement, les investisseurs peuvent accepter simultanément des taux longs élevés et des valorisations encore supérieures aux moyennes historiques.

Les entreprises technologiques jouent un rôle déterminant dans cette évolution. Leurs perspectives de croissance, notamment autour de l’intelligence artificielle, continuent de justifier, aux yeux des investisseurs, une prime importante par rapport aux secteurs traditionnels.

Une équation néanmoins de plus en plus fragile

La hausse du rendement des obligations américaines n’est cependant pas sans conséquence. À mesure que les taux progressent, la comparaison entre actions et obligations devient moins favorable aux premières. La prime de risque des actions américaines, c’est-à-dire l’écart entre le rendement attendu des actions et celui des titres considérés comme sans risque, est devenue négative depuis 2024. Une telle situation demeure inhabituelle. Elle avait néanmoins déjà été observée dans les années 1990, période durant laquelle les marchés actions américains avaient continué de progresser. Une prime de risque négative ne signifie donc pas nécessairement qu’une correction est imminente. Elle traduit, en revanche, une moindre marge de sécurité. Quand les obligations d’État offrent des rendements élevés, les investisseurs deviennent plus exigeants à l’égard des entreprises et beaucoup plus sensibles à toute révision des perspectives de bénéfices.

La question centrale n’est donc peut-être pas de savoir si un taux à dix ans supérieur à 5 % provoquera mécaniquement une baisse de Wall Street, mais jusqu’à quel niveau les rendements obligataires peuvent monter sans remettre en cause les anticipations de croissance et de profits.

Le paradoxe américain

Les États-Unis se trouvent ainsi confrontés à un paradoxe. La croissance de la dette publique impose au Trésor de rémunérer davantage les investisseurs, tandis que les entreprises américaines continuent, dans le même temps, d’attirer massivement les capitaux internationaux. Cette coexistence est possible tant que la croissance demeure solide et que les bénéfices augmentent. Elle pourrait devenir plus délicate si les tensions inflationnistes persistaient ou si la situation budgétaire américaine provoquait une nouvelle hausse des taux longs.

Hausse des taux directeurs aux Etats-Unis : indépendance confirmée de la FED

Le président de la banque centrale américaine, Kevin Warsh, n’aura pas tardé à affirmer son indépendance. Nommé par Donald Trump avec l’espoir, du côté de la Maison-Blanche, d’obtenir une politique monétaire plus accommodante, le nouveau président de la Fed a pris la direction opposée. Mercredi, le comité de politique monétaire a décidé, à l’unanimité, de relever de 0,25 point les taux directeurs américains. Ceux-ci évoluent désormais dans une fourchette comprise entre 3,75 et 4 %.Cette décision marque la première hausse des taux aux États-Unis depuis juillet 2023. Elle traduit le retour au premier plan de la lutte contre l’inflation, après plusieurs mois durant lesquels les responsables de la banque centrale avaient opté pour l’attentisme.

Kevin Warsh a justifié ce choix par la persistance des tensions inflationnistes. Depuis plus de cinq ans, la hausse des prix demeure supérieure à l’objectif de 2 % fixé par la Réserve fédérale. Les données publiées au cours de l’été n’ont pas, selon lui, apporté de preuves suffisantes d’une décrue durable de l’inflation sous-jacente. Le président de la Fed entend ainsi privilégier les tendances de fond plutôt que les mouvements ponctuels des indices de prix. Cette doctrine l’a conduit à considérer que le statu quo comportait désormais davantage de risques qu’un léger resserrement monétaire.

Une économie américaine toujours solide

La Réserve fédérale avance trois arguments pour expliquer sa décision. Le premier tient à la résistance de l’économie américaine. La croissance demeure suffisamment soutenue pour permettre une hausse des taux sans faire peser, à ce stade, de risque majeur sur l’emploi. La Fed a d’ailleurs relevé sa prévision de croissance pour 2026. Elle table désormais sur une progression du PIB de 2,3 %. Dans le même temps, elle a abaissé de 0,2 point sa prévision de taux de chômage, qui s’établirait à 4,1 %.

Le deuxième argument concerne précisément l’évolution des prix. Les responsables de la Fed estiment que les données récentes ne permettent plus de considérer les tensions inflationnistes comme transitoires. L’inflation sous-jacente mesurée par l’indice PCE est désormais attendue à 3,4 % en 2026. Les chiffres publiés ces dernières semaines ont renforcé les inquiétudes. L’indice des prix à la consommation du mois d’août, publié le 11 septembre, a fait apparaître une hausse des prix hors énergie et alimentation de 0,3 % sur un mois, supérieure aux anticipations. Cette mesure exclut pourtant deux composantes directement affectées par la forte remontée des cours du pétrole.

Le troisième élément mis en avant par Kevin Warsh est la géopolitique. La recrudescence des tensions au Moyen-Orient et la hausse du prix du pétrole ont modifié l’environnement monétaire en quelques semaines. Le franchissement de la barre des 100 dollars pour le baril a ravivé le risque d’une transmission du choc énergétique à l’ensemble de l’économie. Après plusieurs mois de relative détente sur le front des prix, les investisseurs craignent désormais des effets de second tour sur les coûts de production, les transports et les salaires.

Un statu quo sur les taux directeurs aurait pu accentuer les tensions déjà importantes sur le marché obligataire. Les rendements des emprunts d’État américains sont, en effet, revenus à des niveaux rarement observés depuis la crise financière. Après l’annonce de la Fed, le taux des bons du Trésor à deux ans a gagné plus de dix points de base pour atteindre 4,73 %, son niveau le plus élevé depuis 2024. Le rendement de l’emprunt à dix ans est resté proche de 4,97 %, après avoir récemment dépassé le seuil des 5 %, niveau inédit depuis 2007. La réaction des marchés financiers a été immédiate. Le S&P 500 a reculé de 0,56 % au cours de la séance du 16 septembre, tandis que le Nasdaq est resté pratiquement stable. Le cours de l’or était, de son côté, orienté à la hausse.

Les investisseurs doivent désormais composer avec la perspective de taux durablement élevés. Le niveau des rendements obligataires augmente le coût du crédit pour les ménages et les entreprises et modifie également les arbitrages entre actions et obligations. Kevin Warsh a néanmoins rejeté l’idée selon laquelle la Fed aurait agi sous la pression des marchés obligataires. Il reconnaît suivre avec attention leur évolution, mais attribue la remontée des rendements à trois facteurs principaux : la vigueur de l’économie américaine, l’augmentation des besoins de financement liée notamment aux investissements dans l’intelligence artificielle et les tensions géopolitiques. Il n’a, en revanche, pas mis directement en avant les inquiétudes concernant la politique budgétaire américaine, alors même que les déficits publics et les besoins de financement du Trésor contribuent également au débat sur l’évolution des taux longs.

Une nouvelle hausse encore possible avant la fin de l’année

Le relèvement annoncé mercredi pourrait ne constituer qu’une première étape. Les nouvelles projections de la Réserve fédérale indiquent désormais deux hausses de 0,25 point sur l’ensemble de l’année 2026. Une nouvelle augmentation des taux serait donc possible d’ici décembre.

Au sein du comité de politique monétaire, douze membres retiennent ce scénario. Deux membres envisagent le maintien des taux dans leur nouvelle fourchette de 3,75 à 4 %, tandis que quatre anticipent encore deux relèvements supplémentaires avant 2027.

Aucun membre du comité ne prévoit désormais de baisse des taux en 2026. Quatre responsables de la Fed envisagent toutefois plusieurs baisses en 2027.

Kevin Warsh face à Donald Trump

Cette décision place également le président de la Fed dans une situation politique délicate. Donald Trump espérait que sa nomination se traduirait par une baisse du coût de l’argent susceptible de soutenir encore davantage l’activité économique. Le porte-parole de Donald Trump, Kush Desai, a contesté le bien-fondé économique de la décision. Donald Trump a, quelques heures plus tard, réclamé publiquement une baisse rapide des taux. À quelques semaines des élections de mi-mandat de novembre, la remontée du coût du crédit constitue un sujet particulièrement sensible pour l’exécutif américain.

La décision de la Fed rappelle néanmoins une règle fondamentale du système monétaire américain. Si le président des États-Unis nomme le président de la Réserve fédérale, la banque centrale conserve son autonomie dans la conduite de la politique monétaire.

Le tableau des marchés financiers

 Résultats
18 septembre 2026
Évolution
sur la semaine
Résultats
31 déc. 2025
Résultats
31 déc. 2024
CAC 40 8 065,02-1,40 %8 149,507 380,74
Dow Jones51 682,64-1,74 %48 220,1342 544,22
S&P 5007 650,50-0,08 %6 879,575 881,63
Nasdaq Composite26 522,55+0,51 %23 372,7519 310,79
Dax Xetra (Allemagne) 25 296,44-0,87 %24 490,4119 909,14
Footsie 100 (Royaume-Uni) 10 659,13+0,27 %9 931,387 451,74
Eurostoxx 506 236,20-1,50 %5 791,414 895,98
Nikkei 225 (Japon)65 018,95-0,38 %50 339,4839 894,54
Shanghai Composite 3 912,90-0,85 %3 968,843 351,76
Taux OAT France à 10 ans+4,567 %+0,119 pt+3,561 %+3,194 %
Taux Bund allemand à 10 ans+3,519 %+0,017 pt+2,862 %+2,362 %
Taux Trésor US à 10 ans+5,004 %+0,055 pt+4,138 %+4,528 %
Cours de l’euro/dollar1,1474-1,39 %1,17351,0380
Cours de l’once d’or en dollars4 378,77 +0,02 %4 325,172 613,95
Cours du baril de pétrole Brent en dollars103,92-0,01 %61,2374,30
Cours du Bitcoin en dollars80 970,2494+5,09 %87 566,440693 776,61

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