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Le Coin des Epargnants du 15 mai 2026 : les marchés face à l’inflation

Epargne 15 mai 2026

Le CAC 40 a, pour sa quatrième semaine d’affilée, accusé un recul (-2 %). Il a terminé la semaine sous la barre des 8 000 points et affiche désormais un solde négatif depuis le début de l’année, avec une perte de près de 2,5 %. L’absence d’avancée dans le conflit au Moyen-Orient et les résultats de l’inflation ont contribué à cette baisse hebdomadaire. Les autres grands indices européens ont connu la même évolution. Les indices américains sont, de leur côté, restés stables sur la semaine.

Le pétrole toujours au-dessus des 100 dollars le baril

TotalEnergies figure parmi les rares valeurs dans le vert, portée par la fermeté des prix du pétrole, le Brent évoluant à près de 108 dollars le baril. Depuis Pékin, Donald Trump a d’abord affirmé que les États-Unis pouvaient se passer du détroit d’Ormuz, avant d’en réclamer la réouverture quelques heures plus tard.

Les stocks mondiaux de pétrole se contractent à un rythme record, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). L’agence craint une forte hausse des cours à l’approche de la période de pointe de la demande estivale. Les stocks mondiaux de pétrole ont diminué de 129 millions de barils en mars et de 117 millions de barils supplémentaires en avril, selon des données préliminaires de l’AIE. Avec le blocage quasi total du détroit d’Ormuz, les pertes cumulées d’approvisionnement des producteurs du Golfe dépassent, depuis le 28 février dernier, le milliard de barils, avec une production à l’arrêt de plus de 14 millions de barils par jour. Depuis 1973, jamais le marché n’avait subi un tel choc d’approvisionnement.

L’annonce, ce vendredi midi, par Téhéran — par la voix du ministre des Affaires étrangères — selon laquelle tous les navires appartenant à des pays qui ne sont pas en guerre contre l’Iran peuvent franchir le détroit d’Ormuz, n’a pas eu d’effet sur le marché.

Inflation aux États-Unis et au Japon

Les dernières données de l’indice américain des prix à la production, publiées cette semaine, montrent une progression de 6 % en avril sur un an (5,2 % hors alimentation et énergie), leur plus haut niveau depuis plus de trois ans, sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie. Selon le Bureau of Labor Statistics, le coût de la vie aux États-Unis a augmenté de 0,6 % en un mois par rapport à mars et de 3,8 % sur un an.

La hausse ne se limite pas aux prix de l’essence et de l’électricité, qui ont progressé de 3,8 % en avril, après le pic de 10,9 % du mois de mars (+17,9 % sur un an). Les prix de l’alimentation augmentent de 3,2 % sur un an, après une stabilisation en mars. Hors énergie et alimentation, l’indice de base des prix à la consommation s’établit à 2,8 % sur un an. Les loyers enregistrent une progression de 3,3 %, les dépenses de santé de 3,2 % et celles liées aux transports de 4,3 %. L’inflation s’élevait à 2,4 % avant le début de la guerre en Iran.

Au Japon, l’indice des prix des biens de consommation interentreprises (CGPI), qui mesure les prix que les entreprises se facturent entre elles, a progressé de 4,9 % en avril sur un an. L’indice des prix à l’importation libellé en yens a bondi de 17,5 % en avril sur un an, sa plus forte hausse depuis décembre 2022. Sur une base mensuelle, les prix de gros ont progressé de 2,3 % en avril, après un gain de 1,0 % en mars. Une hausse des taux directeurs de la part de la Banque du Japon (BoJ) est attendue dans les prochaines semaines. Compte tenu de la volonté du gouvernement de mettre en œuvre un plan de relance, les investisseurs ont procédé à d’importantes ventes sur le marché obligataire, propulsant vendredi le rendement de l’obligation de référence à 10 ans à un sommet de 29 ans, à 2,665 %.

Forte remontée des taux obligataires

Les investisseurs, craignant une inflation durable, ont provoqué une forte hausse des taux obligataires. Le taux de l’OAT à 10 ans avoisine désormais les 4 %, alors qu’il s’élevait à 3,2 % avant le début du conflit au Moyen-Orient. Le taux de son équivalent américain dépasse, quant à lui, les 4,5 %. Il est à souligner que, cette semaine, le taux français est repassé au-dessus de celui de l’Italie.

Le tableau de la semaine des marchés financiers

 Résultats
15 mai 2026
Évolution
sur la semaine
Résultats
31 déc. 2025
Résultats
31 déc. 2024
CAC 40 7 952,55-2,00 %8 149,507 380,74
Dow Jones49 526,11-0,08 %48 220,1342 544,22
S&P 5007 408,50+0,31 %6 879,575 881,63
Nasdaq Composite26 225,14+0,15 %23 372,7519 310,79
Dax Xetra (Allemagne) 23 955,19-1,57 %24 490,4119 909,14
Footsie 100 (Royaume-Uni) 10 174,37-0,45 %9 931,387 451,74
Eurostoxx 505 825,65-1,45 %5 791,414 895,98
Nikkei 225 (Japon)61 409,29+3,19 %50 339,4839 894,54
Shanghai Composite 4 135,39-0,60 %3 968,843 351,76
Taux OAT France à 10 ans+3,958 %+0334 pt+3,561 %+3,194 %
Taux Bund allemand à 10 ans+3,163 %+0,153 pt+2,862 %+2,362 %
Taux Trésor US à 10 ans+4,584 %+0,218 pt+4,138 %+4,528 %
Cours de l’euro/dollar1,1625 -0,60 %1,17351,0380
Cours de l’once d’or en dollars4 716,28+2,52 %4 325,172 613,95
Cours du baril de pétrole Brent en dollars108,93-+7,95 %61,2374,30
Cours du Bitcoin en dollars79 124,5476-1,68 %87 566,440693 776,61

L’équation budgétaire compliquée par la hausse des taux

La remontée des taux d’intérêt complique davantage la tâche du gouvernement dans la conduite de la politique budgétaire. Le vendredi 15 mai, le rendement des obligations françaises à dix ans a atteint un niveau inédit depuis l’été 2009, franchissant en séance le seuil de 3,9 %. Pour retrouver un tel niveau, il fallait remonter au lendemain de la crise financière mondiale de 2008. En l’espace d’une semaine, le taux de l’OAT a progressé de près de 9 %, et de près de 18 % sur trois mois.

Pour le gouvernement, le problème est double : le stock de dette continue de croître et le coût auquel cette dette est refinancée augmente lui aussi rapidement. Au cours du premier trimestre, la charge des intérêts versés par l’État s’est accrue de 6 milliards d’euros.

Le changement de contexte est radical par rapport à la période 2019-2020, durant laquelle les États européens bénéficiaient de conditions de financement exceptionnellement favorables. Les taux d’intérêt étaient alors proches de zéro, voire négatifs, permettant à la France d’emprunter à très faible coût.

La situation française ne résulte cependant pas uniquement de facteurs internes. Certes, les tensions politiques apparues après la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024 avaient provoqué une hausse spécifique de la prime de risque française. Depuis lors, cette défiance s’est partiellement résorbée. La hausse actuelle des taux s’inscrit avant tout dans un mouvement international lié aux tensions géopolitiques et aux anticipations inflationnistes.

Le conflit engagé au Moyen-Orient par Israël et les États-Unis a entraîné une forte augmentation des prix de l’énergie. Depuis plusieurs semaines, le baril de Brent oscille entre 100 et 115 dollars. Le 15 mai, il évoluait autour de 108 dollars, tandis que les marchés anticipent désormais des cours durablement élevés dans les prochains mois.

La prolongation du conflit nourrit les craintes d’un retour durable de l’inflation à l’échelle mondiale. Les investisseurs considèrent que les banques centrales pourraient être contraintes de maintenir des politiques monétaires restrictives plus longtemps que prévu. Cette perspective entraîne une hausse généralisée des rendements obligataires sur les grandes places financières.

Les tensions ne concernent pas uniquement la France. Au Japon, les obligations d’État à trente ans ont franchi les 4 %, un niveau inédit depuis la fin des années 1990. Aux États-Unis, le rendement des titres du Trésor à deux ans a dépassé 4 %, retrouvant des sommets observés pour la dernière fois en 2025. Au Royaume-Uni, l’instabilité politique consécutive aux difficultés du gouvernement travailliste a accentué la méfiance des investisseurs, propulsant le taux à trente ans à des niveaux inconnus depuis la fin des années 1990.

Dans ce contexte international dégradé, la France apparaît néanmoins parmi les économies les plus exposées en raison du niveau élevé de son endettement public. Depuis un an, elle figure parmi les pays européens où le coût marginal de la dette a le plus progressé. Situation symbolique du retournement des perceptions financières : Paris doit désormais rémunérer ses emprunts à des conditions moins favorables que certains pays du sud de l’Europe naguère considérés comme fragiles, comme l’Italie, l’Espagne, le Portugal ou encore la Grèce.

Cette tension sur les marchés obligataires dépasse toutefois largement le seul cas français. À l’échelle mondiale, l’endettement public et privé continue de progresser à des niveaux records. Selon les estimations de l’Institute of International Finance, il atteignait près de 353 000 milliards de dollars à la fin du premier trimestre 2026, illustrant la dépendance croissante des économies mondiales au financement par la dette.

La Grèce : un exemple pour l’Europe

Après avoir été au bord de la banqueroute au début des années 2010, la Grèce pourrait, dans les prochains mois, perdre son statut de pays le plus endetté de l’Union européenne. Dimitris Tsakonas, directeur de l’Agence grecque de gestion de la dette publique, a évoqué publiquement cette évolution lors d’une récente conférence organisée par la chambre de commerce hellénique. Selon les estimations avancées par les autorités grecques, le ratio de dette publique rapporté au produit intérieur brut pourrait tomber autour de 137 % dès la fin de l’année 2026, soit un niveau inférieur à celui attendu pour l’Italie. Cette décrue se poursuivrait ensuite progressivement, avec une dette ramenée à 130 % du PIB en 2027, puis autour de 120 % en 2029, avant d’approcher le seuil des 100 % au début des années 2030. La France serait alors plus endettée que la Grèce.

La réduction de la dette publique grecque constitue un réel exploit. En 2020, la dette grecque dépassait encore 210 % du PIB. Depuis plusieurs années, Athènes enregistre des performances budgétaires rares au sein de la zone euro. Les finances publiques grecques dégagent désormais des excédents, favorisant une réduction rapide du poids apparent de la dette.

Au titre de l’exercice 2025, le gouvernement grec a annoncé un excédent primaire proche de 5 % du PIB, tandis que le solde budgétaire global, intérêts de la dette compris, est également redevenu positif. Cette amélioration a permis à Athènes d’engager un nouveau remboursement anticipé d’une partie des prêts accordés au début des années 2010 par ses partenaires européens. Les autorités grecques soulignent également plusieurs éléments favorables : l’État dispose d’importantes réserves de trésorerie, tandis que la maturité moyenne de la dette dépasse dix-huit ans, avec une large proportion d’emprunts à taux fixe. Cette structure protège en partie le pays contre les tensions actuelles sur les marchés obligataires.

La consolidation budgétaire grecque repose largement sur une forte discipline des dépenses publiques, mais aussi sur les effets de l’inflation. Depuis la crise énergétique de 2022, la hausse des prix reste soutenue dans le pays et s’est même accélérée récemment sous l’effet des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. L’inflation produit un effet mécanique favorable sur les ratios d’endettement : la progression des prix augmente la valeur nominale du PIB, ce qui réduit le poids relatif de la dette sans que celle-ci diminue nécessairement en valeur absolue. L’encours de dette grecque demeure supérieur à celui observé avant la pandémie, atteignant environ 363 milliards d’euros fin 2025, contre 339 milliards en 2019.

L’amélioration des finances publiques provient également de la forte progression des recettes fiscales. La hausse des prix alimente automatiquement les rentrées de TVA, tandis que l’absence d’indexation complète du barème de l’impôt sur le revenu accroît la pression fiscale réelle sur les ménages. Cette situation pèse directement sur le pouvoir d’achat des Grecs. Dans de nombreux secteurs, les salaires progressent moins rapidement que le coût de la vie, notamment pour le logement et l’alimentation. Une grande partie des salariés du secteur privé perçoit moins de 1 000 euros nets par mois. Selon les données statistiques nationales et européennes, plus d’un quart de la population demeure exposé au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale.

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