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Le Cercle a décidé de suivre les principales propositions des candidats à l’élection présidentielle et de les analyser chaque mois. L’analyse ci-dessous a été réalisée en fonction des propositions connues.
L’épargne, faisant l’objet de nombreux fantasmes, demeure au cœur de la campagne électorale. Perçue comme une cassette dans laquelle il suffirait de piocher pour régler les problèmes de la France, les candidats rivalisent de propositions plus ou moins sérieuses. La réorientation de l’épargne et le développement de la capitalisation sont les thèmes dominants de ces dernières semaines.
L’ÉPARGNE RETRAITE est plébiscitée par de nombreux candidats à l’élection présidentielle. Elle vise à faciliter le financement des retraites et favoriser l’orientation de l’épargne vers les entreprises.
Lors des Assises de l’Afer du 29 septembre, Gabriel Attal a défendu l’ouverture, dès la naissance, d’un plan d’épargne retraite doté de 1 000 euros par l’État. Les parents et les grands-parents pourraient l’alimenter jusqu’aux 18 ans de l’enfant avec une incitation fiscale. Pour les actifs, il souhaite orienter 50 % de l’intéressement et de la participation vers des plans d’épargne retraite. Il réaffirme parallèlement son opposition à une hausse de la fiscalité de l’assurance vie et entend faciliter les donations, notamment au profit des jeunes générations.
Édouard Philippe entend, lui aussi, développer un étage de capitalisation. Aux mêmes Assises, il a évoqué un compte géré par l’Agirc-Arrco, alimenté par les excédents que dégagerait sa réforme des retraites, sans hausse des cotisations. Sur son site de campagne, il propose un « livret capital France » destiné à mobiliser l’épargne et à financer les entreprises technologiques, en complément de la capitalisation retraite. Les conditions de garantie du capital, de disponibilité et de fiscalité de ce livret ne sont pas, à ce stade, détaillées. Le choix du mot « livret » ne suffit donc pas à en faire l’équivalent d’un Livret A.
Bruno Retailleau a précisé son projet le 15 octobre. Il propose un compte individuel de retraite alimenté par une cotisation de 1 % du salaire, dans la limite du plafond de la Sécurité sociale, partagée entre salarié et employeur. Cette contribution accompagnerait, selon son programme, une baisse plus importante des autres cotisations, financée par des économies. La gestion serait confiée aux partenaires sociaux, avec des gestionnaires sélectionnés par appel d’offres. L’objectif affiché est qu’à terme la capitalisation finance 25 à 30 % de la retraite des jeunes entrant sur le marché du travail. Cet objectif politique dépendrait des versements, de la durée d’accumulation et des performances financières. Son projet comporte également un renforcement de l’épargne retraite volontaire. La déduction des versements serait portée à 50 000 euros par an et les non-imposables bénéficieraient d’un crédit d’impôt de 30 %. La participation et l’intéressement seraient affectés par défaut au compte individuel de retraite, tandis qu’une exonération de 25 % de la rente est annoncée. La proposition répond à une limite de la déduction fiscale, dont les ménages non imposables ne tirent aucun avantage immédiat.
L’ASSURANCE VIE, premier placement des ménages, a donné également lieu, ces dernières semaines, à des propositions.
Devant les adhérents de l’Afer, les intervenants du centre et de la droite ont promis de préserver sa fiscalité. Bruno Retailleau s’est toutefois prononcé pour la transférabilité des contrats entre compagnies. Cette mesure ouvrirait une concurrence accrue entre assureurs ; ses conséquences dépendraient notamment des règles de transfert et de la préservation de l’antériorité fiscale.
En matière de fiscalité, plusieurs candidats ont avancé des propositions.
Xavier Bertrand souhaite inscrire la non-rétroactivité fiscale dans la Constitution. David Lisnard défend un allègement de la fiscalité du PEA et une place beaucoup plus importante pour la capitalisation, la répartition assurant essentiellement un filet de sécurité.
Les candidats ont eu l’occasion, en octobre, de préciser leur intention en ce qui concerne la détention et la transmission de patrimoine.
Sur la transmission, Édouard Philippe a proposé de doubler les abattements sur les donations aux enfants et petits-enfants. Bruno Retailleau défend, pour les entreprises familiales, un report de l’imposition lié à la conservation des titres. Ces orientations visent à accélérer la circulation du patrimoine et à préserver la continuité des entreprises.
Le 16 octobre, Marine Le Pen a de nouveau défendu le remplacement de l’impôt sur la fortune immobilière par un impôt sur la fortune financière. La présentation rapportée de son intervention prévoit d’épargner la résidence principale et les actifs nécessaires à l’activité professionnelle, avec une exonération de 75 % pour les parts et actions de TPE, PME et ETI. Pour certains détenteurs d’un patrimoine essentiellement financier, cette réforme pourrait donc alourdir l’imposition annuelle, même si son effet dépendrait du barème et des exemptions retenus. L’appellation de l’impôt ne permet pas, à elle seule, de connaître précisément le sort de chaque contrat d’assurance vie ou de chaque portefeuille.
À gauche, les propositions d’octobre confirment la volonté d’accroître la contribution du capital. Le 14 octobre, Jean-Luc Mélenchon et Éric Coquerel ont présenté un document budgétaire préfigurant un collectif de finances en cas de victoire en 2027. LFI chiffre à 9 milliards d’euros le rendement de la suppression de la flat tax, à 10 milliards celui d’un ISF climatique et à 15 milliards celui de la taxe Zucman sur les patrimoines dépassant 100 millions d’euros. Le mouvement annonce également 20 milliards de recettes supplémentaires sur les héritages. Ces montants sont les estimations de ses auteurs. Ils ne constituent ni des recettes acquises ni une évaluation indépendante intégrant les changements de comportement des contribuables.
LFI défend également un héritage maximal de 12 millions d’euros. Cette proposition vise les transmissions reçues, avec une taxation à 100 % de la fraction dépassant ce seuil. Les montants inférieurs resteraient soumis au barème des droits de mutation. L’amendement I-1085 au projet de loi de finances pour 2027, déposé le 8 octobre par Aurélien Le Coq et les députés LFI, reprenait cette orientation. Il prévoyait aussi de porter l’abattement en ligne directe de 100 000 à 150 000 euros et de supprimer la limite de quinze ans du rappel fiscal des donations antérieures. L’objectif affiché est de prendre en compte les transmissions reçues tout au long de la vie. Le seuil de 12 millions d’euros concerne donc la fiscalité des donations et des successions, et ne constitue pas un plafond général du patrimoine qu’une personne pourrait détenir.
La nouveauté porte aussi sur l’orientation de l’épargne. Éric Coquerel a évoqué la mobilisation de 100 milliards d’euros par an pour les investissements écologiques, le numérique, les transports et le logement. Le plafond du Livret A pourrait être relevé à 30 000 euros. Un nouveau produit d’épargne est également envisagé. Pour le rendre attractif, il a mentionné la possibilité de réduire l’intérêt des placements en assurance vie.
Le projet du Parti socialiste prévoit de supprimer le prélèvement forfaitaire unique, de réintégrer les revenus financiers dans le barème de l’impôt sur le revenu et d’augmenter la CSG sur le capital pour financer une baisse de celle pesant sur le travail. Il propose également une taxe Zucman de 2 % pour les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros. En matière successorale, les transmissions reçues au cours de la vie seraient cumulées, avec un abattement unique de 200 000 euros et une progressivité accrue. Le pacte Dutreil serait plafonné et ses conditions durcies. Cette architecture modifierait les règles de donation et de succession bien au-delà d’un simple ajustement de taux. Au cœur du projet du parti ; elle ne doit pas être automatiquement attribuée dans chacun de ses détails à tous les responsables sociaux-démocrates.
Place publique ajoute une dimension européenne à cette réflexion. Son document programmatique « L’Acte I » propose un label pour orienter l’épargne vers les entreprises et les projets européens. Cette orientation s’inscrit dans la recherche d’une souveraineté financière défendue par Raphaël Glucksmann. Elle ne fixe cependant pas, à elle seule, la fiscalité des contrats ni la composition obligatoire de leurs placements. Le programme d’un parti et les engagements personnels de son candidat doivent rester distingués.
Le programme des Écologistes comporte, pour sa part, un ISF climatique, une taxe Zucman et un renforcement de la fiscalité du capital. Il mentionne une hausse de trois points de la CSG sur les revenus du capital et une hausse de trois points du PFU, tout en préservant les exonérations du Livret A et du LDDS. L’articulation de ces deux hausses n’est pas suffisamment explicitée pour calculer un nouveau taux global. Dans le chapitre sur l’héritage, le texte prévoit la suppression de l’abattement spécifique à l’assurance vie. Il propose également un fonds souverain alimenté par un « livret industrie » rémunéré au même taux garanti que le Livret A.
Le même programme va plus loin dans son chapitre sur les retraites, en prévoyant le remplacement des comptes d’épargne retraite et des assurances vie par un fonds géré par la Caisse des dépôts et consignations, investi dans la transition, le logement social et les industries vertes. Cette proposition toucherait à l’organisation même de l’épargne. Ses modalités de mise en œuvre et le traitement des contrats existants ne sont pas précisés à ce stade.
Les débats budgétaires montrent enfin que les lignes de partage traversent parfois les familles politiques. Un amendement déposé le 9 octobre par Stella Dupont, non inscrite, et Lionel Causse, membre d’Ensemble pour la République, proposait de porter la composante d’impôt sur le revenu du PFU de 12,8 à 17,4 %, pour atteindre un taux global de 36 %. Cet amendement n’a pas été soutenu le 16 octobre. Il ne constitue donc ni une mesure votée ni un engagement collectif du bloc central.
Ces propositions conduisent à poser quelques questions simples. Qui décide de l’affectation de l’épargne ? Qui supporte le risque ? Quelle disponibilité demeure offerte au souscripteur ? La capitalisation exige une accumulation durable et une diversification des investissements. Le financement de priorités nationales ne dispense pas de protéger les intérêts des épargnants. De même, une réforme de la fiscalité doit être appréciée dans son ensemble, en tenant compte des prélèvements sur les revenus, sur la détention et sur la transmission. Les additionner sans en mesurer les effets pourrait éloigner les ménages des placements précisément appelés à financer l’économie.
L’épargne apparaît ainsi comme une ressource très disputée de la campagne. Les candidats gagneraient à préciser les garanties, les coûts et les règles de leurs projets avec autant de soin que leurs objectifs de collecte. Pour financer le temps long, la première promesse à tenir reste celle de la stabilité.
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