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La résilience des marchés « actions » en question !

Epargne 10 juin 2026

Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient le 28 février 2026 et la fermeture du détroit d’Ormuz, les marchés financiers évoluent dans une configuration singulière : les indicateurs macroéconomiques se dégradent, les prix de l’énergie demeurent durablement élevés, les banques centrales sont confrontées à un risque de seconde vague inflationniste, mais les indices américains continuent de progresser et d’atteindre de nouveaux records.

Le contraste entre l’économie réelle et les marchés financiers est particulièrement marqué aux États-Unis. Entre le 28 février et le 9 mai 2026, le S&P 500 est passé d’environ 7 050 points à plus de 7 330 points, soit une hausse proche de 4 %. Le Nasdaq Composite a gagné près de 9 %, tandis que les valeurs technologiques liées à l’intelligence artificielle poursuivent leur envolée.

Le moteur principal du marché américain demeure la concentration extrême de la capitalisation boursière autour des « Sept Magnifiques ». Ces sept entreprises représentent désormais entre 33 % et 34 % de la capitalisation totale du S&P 500, contre à peine 12 % dix ans auparavant. Cette concentration modifie profondément la dynamique des indices. Les marchés américains ne reflètent plus réellement l’économie américaine dans son ensemble ; ils reflètent avant tout les anticipations de profits futurs de quelques géants technologiques.

Le niveau des valorisations illustre cette situation. Le Price Earning Ratio (PER) prévisionnel du S&P 500 atteint actuellement 20,9 fois les bénéfices attendus, contre une moyenne historique sur dix ans de 18,9. Le Nasdaq 100 affiche un PER supérieur à 33. Le PER moyen des « Sept Magnifiques » se situe autour de 26 fois les bénéfices anticipés, malgré un léger reflux par rapport au sommet de la fin de l’année 2025.

Cette valorisation élevée est soutenue par des anticipations de croissance bénéficiaire exceptionnelles. Selon FactSet, les analystes anticipent une progression des bénéfices du S&P 500 de plus de 21 % en 2026. Les entreprises technologiques concentrent l’essentiel de ces révisions haussières grâce à l’essor de l’intelligence artificielle générative, des centres de données, des semi-conducteurs avancés et du cloud.

Les marchés considèrent donc que le choc géopolitique actuel ne remet pas en cause le cycle technologique. Au contraire, certains investisseurs estiment même que la guerre renforce la prime accordée aux entreprises américaines dominantes, considérées comme les principaux bénéficiaires de la nouvelle économie numérique et de la fragmentation géopolitique mondiale.

Cette résilience américaine repose également sur des facteurs énergétiques. Les États-Unis sont devenus le premier producteur mondial de pétrole et de gaz. L’économie américaine ne subit plus un choc pétrolier de la même manière qu’au cours des années 1970. La hausse des cours du pétrole génère désormais un transfert de revenus favorable vers les producteurs américains d’hydrocarbures, les États producteurs et les entreprises énergétiques cotées.

Le Brent a dépassé ponctuellement 110 dollars le baril début mai, tandis que le WTI américain évoluait autour de 102 dollars. L’écart Brent-WTI atteint près de 10 %, traduisant l’avantage relatif des États-Unis par rapport à l’Europe et à l’Asie. L’EIA souligne d’ailleurs que les perturbations liées au détroit d’Ormuz constituent le principal facteur expliquant l’envolée des prix pétroliers en 2026.

Les investisseurs américains considèrent donc que le pays peut absorber un pétrole à 100 dollars grâce à :

  • la puissance de sa production énergétique ;
  • la solidité de ses entreprises technologiques ;
  • la profondeur de ses marchés financiers ;
  • la vigueur persistante de ses marges bénéficiaires.

Ces marges atteignent d’ailleurs des niveaux historiquement élevés. La marge nette moyenne du S&P 500 dépasse 13 %, contre une moyenne de long terme proche de 6 %.

C’est précisément ce point qui nourrit les interrogations de plusieurs stratégistes. La hausse actuelle des actions suppose implicitement que ces marges resteront durablement élevées malgré :

  • la hausse des coûts énergétiques ;
  • le renchérissement du coût du capital ;
  • la progression des salaires ;
  • la fragmentation commerciale mondiale ;
  • les besoins massifs d’investissement.

Or le maintien simultané de PER élevés et de marges historiquement élevées constitue une configuration fragile. Une contraction des marges aurait un effet mécanique très important sur les valorisations.

La situation européenne apparaît bien plus vulnérable. L’Euro Stoxx 50 a reculé d’environ 5 % depuis la fin février. Les marchés européens restent pénalisés par :

  • leur dépendance énergétique ;
  • le poids des valeurs industrielles ;
  • la faiblesse structurelle de la croissance ;
  • des marges plus faibles que celles des entreprises américaines ;
  • une moindre exposition à l’IA.

Le PER moyen des actions européennes se situe autour de 17 fois les bénéfices attendus, soit nettement en dessous du marché américain. Cette décote traduit à la fois une moindre rentabilité et une perception de risque plus élevée.

Les marchés asiatiques présentent une autre vulnérabilité : celle de l’approvisionnement physique. Avant la fermeture du détroit d’Ormuz, près de 50 % des importations pétrolières asiatiques et environ 30 % des flux de GNL dépendaient directement de cette route maritime. Les pays les plus exposés demeurent :

  • la Chine ;
  • l’Inde ;
  • le Japon ;
  • la Corée du Sud.

Le Japon importe encore plus de 90 % de ses besoins énergétiques. La Corée du Sud demeure fortement dépendante du GNL qatari. La Chine, malgré ses efforts en matière de diversification, reste vulnérable à un choc durable sur les approvisionnements maritimes.

Pour le moment, les investisseurs considèrent néanmoins que les stocks stratégiques limiteront les pénuries et que les États du Golfe finiront par rétablir une partie des flux. Ils estiment également que les banques centrales éviteront un resserrement monétaire trop brutal afin de ne pas peser sur la croissance de l’économie mondiale. Pour le moment, les investisseurs ne croient pas encore à un scénario de récession mondiale profonde. Ils privilégient un scénario de ralentissement accompagné d’une inflation plus élevée, autrement dit une forme de stagflation modérée et temporaire.

Si le Brent devait demeurer durablement au-dessus de 100 dollars, les conséquences macroéconomiques pourraient être néanmoins importantes avec une dégradation des balances commerciales européennes et asiatiques, une baisse du revenu réel des ménages, un ralentissement de la consommation et une hausse des coûts de production.

Les investisseurs pourraient alors changer leurs arbitrages et préférer les obligations ou les titres monétaires aux actions. Le risque de correction est important pour les valeurs technologiques américaines. Ces dernières intègrent déjà des hypothèses très optimistes de croissance future. Toute remontée durable des taux réels réduirait mécaniquement la valeur actualisée de leurs profits futurs.

L’histoire des marchés montre d’ailleurs qu’un choc géopolitique ne provoque pas toujours immédiatement une correction boursière. Les marchés réagissent souvent avec retard, au moment où les entreprises commencent à publier des résultats dégradés ou lorsque les banques centrales modifient brutalement leur politique monétaire. Actuellement, l’IA est toujours perçue comme une source de productivité et de bénéfices futurs.

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