
Cette semaine, notre rendez-vous sera consacré aux conséquences économiques et financières ainsi qu’à celles pour les épargnants.
Pour commencer, une pensée pour les habitantes et habitants du Moyen-Orient qui sont confrontés à d’importants bombardements.
En préalable à mes propos, il faut rester modeste et prudent dans les analyses compte tenu du haut niveau d’incertitude dans lequel nous évoluons. Les conséquences économiques et financières dépendent, en effet, de l’ampleur et de la durée du conflit. Un conflit limité dans le temps, de deux à trois mois, est probable, avec une diminution des lancements de missiles de la part de l’Iran.
L’effet le plus visible et le plus sensible est la hausse du prix de l’énergie. L’évolution du cours du baril dépend des menaces qui pèsent sur les gisements, les raffineries et les ports, ainsi que sur le détroit d’Ormuz par lequel transite plus de 20 % du pétrole mondial.
Une semaine après le déclenchement des hostilités, ce détroit n’est pas réellement bloqué. L’Iran ne l’a pas miné ni fermé comme lors de la guerre avec l’Irak, mais la simple menace suffit à empêcher les navires d’y passer. Les assureurs refusent que les armateurs prennent le risque d’exposer leurs bateaux à d’éventuelles attaques. Le Japon et la Chine sont les plus touchés par l’arrêt de la navigation.
En matière d’exportations, le pétrole et le gaz du Moyen-Orient sont en premier lieu destinés aux pays d’Asie (70 % des exportations). L’Europe est moins dépendante du pétrole du Moyen-Orient qu’elle ne l’était dans les années 1970-1980. Le pétrole moyen-oriental assure entre 15 et 20 % de la consommation pétrolière européenne. Pour la Chine, cette proportion atteint 45 %, avec une forte dépendance à l’Iran. Le Japon, de son côté, s’approvisionne à 80 % au Moyen-Orient. Au total, près de 70 % des exportations du Moyen-Orient vont vers l’Asie.
Pour le gaz, la dépendance à la région est moindre. Celle-ci assure environ 8 % de la consommation de l’Europe (le Qatar est le premier fournisseur), 10 % de celle du Japon et de 12 à 15 % de celle de la Chine.
Pour limiter la hausse des cours, les pays de l’OPEP ont pris la décision d’augmenter leur production, mais encore faut-il qu’ils puissent l’acheminer.
Un surcroît d’inflation dans les prochains mois est à attendre. Si les cours de l’énergie restaient à leur niveau actuel, l’inflation pourrait atteindre de 5 à 7 % en Europe. Il est toutefois plus probable que les prix augmentent de 3 à 4 % au maximum. Le pétrole pourrait revenir à 60 dollars dès la fin des hostilités.
Une hausse du cours de l’énergie provoque une diminution du pouvoir d’achat des ménages, une augmentation des coûts pour les entreprises et une dégradation de la balance commerciale. Selon l’OCDE, une hausse de 10 dollars du pétrole réduit l’activité d’environ 0,2 % dans les pays développés. Une augmentation de 20 dollars ponctionnerait 0,4 point de croissance. Pour le gaz, le doublement du prix réduirait la croissance de 0,5 à 1 point.
Au total, la croissance sur l’année pourrait être amputée de 0,7 à 1,2 point. De ce fait, l’Europe entrerait en stagnation.
Le Moyen-Orient est une zone commerciale importante pour les entreprises européennes qui fournissent notamment des produits alimentaires et des produits de luxe. Une baisse de la consommation dans cette région pénalisera l’activité en Europe.
Il est toutefois probable que les effets de la guerre soient plus limités car, a priori, elle s’achèvera avant la fin de l’année. Une perte de croissance de 0,2 à 0,3 point est possible pour l’Europe.
Une diminution de la croissance signifie moins de recettes et plus de dépenses publiques. À la clé, les déficits pourraient s’accroître, d’autant plus que les besoins en armement sont orientés à la hausse.
Les indices actions ont fortement reculé lors de la première semaine du conflit : –7 % pour le CAC 40, un peu moins pour les indices américains. La baisse des valeurs européennes, plus forte que celle des États-Unis, s’explique par l’exposition plus importante au Moyen-Orient, que ce soit pour les importations d’énergie ou pour les exportations.
Les investisseurs anticipent une augmentation de l’inflation et l’intègrent dans les taux obligataires. Le taux de l’OAT française est passé de 3,2 à 3,5 % en une semaine.
Le cours de l’or varie peu depuis le début du conflit et reste nettement en dessous de son record de début d’année. Le conflit avait en partie été anticipé par les investisseurs.
Vendredi 6 mars, l’once s’échangeait contre un peu plus de 5 000 dollars. Les investisseurs privilégient les liquidités afin de rester mobiles.
De son côté, le bitcoin a retrouvé quelques couleurs en repassant au-dessus de 70 000 dollars.
Le dollar joue son rôle traditionnel de valeur refuge et les États-Unis sont économiquement moins exposés que le Japon, la Chine ou l’Europe à la guerre au Moyen-Orient. Le dollar a ainsi regagné près de 1,5 % par rapport à l’euro entre le 28 février et le 6 mars.
Comme toujours, les épargnants ne doivent pas céder à la panique. Lors des dernières crises — covid, guerre en Ukraine — le retour à la normale et la compensation des pertes ont été plus rapides que lors des crises précédentes.
La baisse des cours peut offrir des opportunités pour acquérir certaines valeurs qui étaient devenues chères.
Cela peut être le bon moment pour réaliser des arbitrages en réduisant son exposition au dollar afin de privilégier l’Asie et l’Europe, en profitant du regain de forme du billet vert.

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