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Déblocage de l’épargne salariale : entre contradictions et illusions

Epargne 6 avril 2026

L’épargne salariale, 130 milliards d’euros d’encours en 2025, 13 millions de salariés bénéficiaires, a pour objectif d’associer le salarié à la performance de l’entreprise et de l’inscrire dans une logique d’épargne de long terme permettant le financement des entreprises. Néanmoins, le salarié a le choix de récupérer ses primes d’épargne salariale dès leur versement mais, dans ce cas, il perd l’avantage des exonérations fiscales. Sinon, pour les sommes affectées au Plan d’Épargne Entreprise, il doit attendre 5 ans pour les récupérer en franchise fiscale. Cette durée permet l’orientation vers des actifs longs, souvent investis dans les entreprises. Cette logique est mise à l’épreuve par la multiplication des déblocages, qu’ils soient permanents ou exceptionnels.

Depuis vingt ans, les pouvoirs publics ont multiplié les fenêtres de déblocages permanents ou exceptionnels. À titre permanent, la liste des cas de déblocage s’est allongée. Le salarié a désormais la possibilité de récupérer son épargne avant 5 ans dans un grand nombre de cas : mariage ou Pacs, naissance d’un troisième enfant, divorce avec garde d’enfant, invalidité, décès, rupture du contrat de travail, création ou reprise d’entreprise, acquisition ou rénovation de la résidence principale, surendettement, activité de proche aidant, violences conjugales, achat d’un véhicule propre, etc.

Quatre déblocages exceptionnels en moins de 25 ans aux effets de plus en plus faibles

Régulièrement, à chaque crise ou choc, les pouvoirs publics mettent en œuvre des déblocages exceptionnels afin de soutenir la consommation.

Depuis le début du siècle, quatre déblocages exceptionnels ont été opérés avec des résultats toujours plus faibles.

• 2004 : environ 7,5 milliards d’euros débloqués ;

• 2008 : 3,9 milliards d’euros ;

• 2013 : 2,2 milliards d’euros ;

• 2022 : 1,3 milliard d’euros.

Ces déblocages ne servent que marginalement la consommation. En 2004, à peine 1,5 milliard d’euros, soit environ 20 %, a été effectivement consommé. Le reste a été réalloué vers d’autres formes d’épargne ou conservé sous forme de liquidités. Ce constat n’a jamais été démenti depuis. Pour les derniers déblocages, les pouvoirs publics les ont conditionnés avec des preuves d’achat, mais cela n’empêche pas les ménages d’accroître leur effort d’épargne par ailleurs. Les déblocages génèrent avant tout des effets d’aubaine. Les ménages qui débloquent leur épargne salariale avaient l’intention d’acheter avec ou sans.

De moins en moins de salariés utilisent les possibilités de déblocages exceptionnels

En 2008, 1,6 million de salariés avaient utilisé le dispositif de déblocage exceptionnel, 471 000 en 2013 et 309 000 en 2022. Cette dernière année, malgré un contexte d’inflation élevée, les montants débloqués sont restés marginaux au regard des masses en jeu : 1,3 milliard d’euros, à comparer à plus de 26 milliards de flux annuels et à plus de 100 milliards d’encours (chiffres 2022).

Le déblocage exceptionnel ne crée pas de pouvoir d’achat ; il modifie le calendrier d’utilisation d’une épargne existante. Il ne génère pas une consommation nouvelle ; il autorise une consommation anticipée — souvent partielle — ou un simple déplacement d’actifs. L’effet macroéconomique est, dès lors, mécaniquement limité.

La proposition de loi de 2026 dans le prolongement de celle de 2022 : le déblocage sous condition

Pour éviter la réallocation sur d’autres produits d’épargne, la loi de 2022 avait prévu, jusqu’au 31 décembre 2022, un déblocage exceptionnel dans la limite de 10 000 euros, pour les sommes issues de la participation et de l’intéressement affectées au PEE, à condition de financer des biens ou services et d’en conserver les justificatifs. Le dispositif excluait les produits de retraite collective (Perco, PER d’entreprise collectif), les fonds solidaires et certaines formes d’actionnariat salarié.

La proposition de loi en discussion au printemps 2026 prolonge cette logique tout en en modifiant le calibrage. Elle prévoit un déblocage exceptionnel sur une durée d’un an, dans la limite de 5 000 euros, sans condition de ressources, portant sur les droits de participation et d’intéressement placés sur des plans d’épargne salariale, à l’exclusion des dispositifs de retraite et de certains supports spécifiques. Les sommes devraient, comme en 2022, financer des biens ou services, avec obligation de justification.

Un dispositif qui se trompe de cible

Les salariés disposant d’une épargne salariale significative appartiennent majoritairement aux catégories les mieux insérées sur le marché du travail. Ce sont majoritairement des salariés travaillant dans de grandes entreprises et qui ont des rémunérations supérieures à la moyenne. Leur propension à augmenter leur consommation est faible. Les salariés des TPE, les plus modestes, ne sont en règle générale pas couverts ; or ce sont ces derniers qui sont confrontés au problème de pouvoir d’achat.

Une contradiction dans les objectifs des pouvoirs publics

Les pouvoirs publics demandent aux Français d’épargner davantage sur le long terme et de contribuer au financement des entreprises. Ils les encouragent notamment à financer le secteur de la défense. Or, dans le même temps, ils prennent des mesures pour débloquer le produit d’épargne qui est le plus investi dans le financement des entreprises.

Les Français favorables à conserver leur épargne salariale

Si les salariés débloquent de moins en moins leur épargne salariale, c’est qu’ils considèrent majoritairement ce placement intéressant. Dans les faits, ils ont raison.

De 2010 à 2024, la performance totale nette de frais de gestion de la gestion pilotée de l’épargne salariale selon les profils de risque varie de +38,4 % pour un profil prudent à +111,2 % pour un profil dynamique. La performance annualisée est de +2,2 % pour le profil prudent sur 15 ans (+1,6 % sur 10 ans et +1,2 % sur 5 ans). Elle est de +3,7 % pour le profil équilibré sur 15 ans (+3,2 % sur 10 ans et +2,5 % sur 5 ans). Elle est de +5,1 % pour le profil dynamique sur 15 ans (+4,7 % sur 10 ans et +3,8 % sur 5 ans).

Par ailleurs, la première des motivations pour placer son argent dans un PEE ou un PERCOL est la préparation de la retraite. De ce fait, il n’est pas surprenant que la grande majorité des salariés ne souhaite pas puiser dans leur épargne salariale de manière anticipée.

Une épargne majoritairement investie dans les entreprises et en faveur de la transition écologique

62 % des flux bruts de l’épargne salariale au premier semestre 2025 ont été placés en fonds actions et en fonds diversifiés. Dans les dispositifs d’épargne retraite collective des entreprises (PER et PERCO), les fonds actions et diversifiés comptent pour plus de 63 % des actifs gérés. Les encours en actionnariat salarié s’élèvent à 80,4 milliards d’euros (+15,2 % par rapport à juin 2024).

Selon l’Association française de la gestion (AFG), au sein de l’épargne salariale, 108 fonds labellisés ISR sont distribués, représentant 23,8 milliards d’euros d’encours, soit 10 % de celui de l’ensemble de l’épargne salariale.

Le paradoxe est alors complet. En cherchant à mobiliser une épargne abondante pour soutenir la consommation, les pouvoirs publics contribuent à altérer la nature de l’épargne salariale, sans obtenir en retour un effet macroéconomique significatif. Le déblocage exceptionnel apparaît ainsi pour ce qu’il est : un instrument d’affichage.

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