Philippe Crevel était invité à commenter les résultats de PER dans un reportage diffusé le 19 mai dans le JT de France 2.
Dans les colonnes du journal Le Point, Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne estime qu’en raison de la hausse de l’inflation engendrée par le conflit en Iran, le taux du Livret A pourrait être revu à la hausse en août prochain. Il indique par ailleurs qu’un enlisement du conflit pourrait « avoir un effet positif sur les résultats du livret A », tout en précisant cependant que « pour le moment, on ne le constate pas ».
À l’échelle mondiale, le capitalisme familial connaît un moment charnière. Longtemps perçues comme des survivances d’un capitalisme patrimonial en voie d’effacement, les entreprises détenues et contrôlées par des familles s’imposent désormais comme des acteurs centraux de la mondialisation. Des groupes emblématiques, à l’image de ceux portés par les familles Arnault, Pinault ou Bolloré en France, illustrent cette permanence et cette puissance.
Selon les estimations de McKinsey, près des deux tiers des entreprises dans le monde relèvent, à des degrés divers, d’un actionnariat familial, même si la majorité d’entre elles demeure de taille modeste. La réalité est encore plus frappante au sommet de la pyramide économique : d’après The Economist, les entreprises familiales – définies comme celles où une même famille détient au moins 20 % du capital ou des droits de vote et où une transmission intergénérationnelle a été réalisée – représentent près d’un quart des grandes sociétés cotées dans le monde. Leur présence varie fortement selon les régions : marginale aux États-Unis (une sur seize), elle devient significative en Europe (une sur sept) et dominante en Asie (une sur trois).
Cette importance quantitative se double d’un poids économique souvent considérable. En France, certains groupes familiaux exercent une influence macroéconomique de premier ordre. À lui seul, LVMH représente environ 1 % du produit intérieur brut, plus de 4 % des exportations et près de 4,5 % des recettes de l’impôt sur les sociétés. Avec ses 40 000 salariés et plus de 200 000 emplois induits, il incarne cette capacité des dynasties entrepreneuriales à structurer durablement des pans entiers de l’économie nationale.
Mais derrière cette apparente solidité se profile une fragilité structurelle : la transmission. Le passage de relais d’une génération à l’autre constitue le moment le plus critique dans la vie de ces entreprises. Dans les économies occidentales, la vague des départs à la retraite des baby-boomers accélère cette problématique. Elle se pose avec une acuité comparable dans les économies émergentes, notamment en Chine, où les premières générations d’entrepreneurs, apparues avec l’ouverture du pays à l’économie de marché et à la mondialisation dans les années 1980, arrivent aujourd’hui à l’heure du retrait.
L’enjeu dépasse largement la sphère privée. Une succession mal préparée peut entraîner non seulement le déclin d’une entreprise, mais également des effets en chaîne sur l’emploi, les filières industrielles et les équilibres territoriaux. À l’inverse, une transmission réussie peut consolider des positions acquises et ouvrir de nouveaux cycles de croissance.
La question de la performance relative des entreprises familiales demeure, en revanche, débattue. Les travaux empiriques ne permettent pas de trancher de manière définitive. Sur la base d’un échantillon de 1 600 entreprises non financières issues des principaux indices boursiers, The Economist souligne que, sur les vingt dernières années, les sociétés contrôlées par des familles ont offert des rendements globalement comparables à ceux des autres entreprises. Derrière cette moyenne, les écarts sont toutefois significatifs selon les secteurs, les contextes nationaux et les périodes économiques.
L’un des points de vulnérabilité les plus fréquemment soulignés tient à la tentation dynastique. La désignation d’un héritier à la tête de l’entreprise, par principe plutôt que par compétence, constitue un risque bien identifié. Warren Buffett résumait cette dérive avec ironie, en comparant cette pratique à celle qui consisterait à sélectionner les fils de champions olympiques pour concourir aux Jeux suivants. L’histoire économique abonde d’exemples où l’insuffisance managériale d’un successeur a précipité le déclin d’entreprises autrefois florissantes.
Pour autant, les entreprises familiales disposent d’atouts structurels qui expliquent leur résilience dans de nombreux contextes. Le premier tient à la solidité des réseaux qu’elles cultivent et transmettent. Le capital relationnel, accumulé au fil des générations, constitue un actif immatériel déterminant. Le nom de famille agit comme une marque, gage de continuité et de confiance. L’économiste Thomas Zellweger souligne ainsi que cette capacité à entretenir des relations durables explique la prééminence des dynasties dans des secteurs où la confiance joue un rôle clé, comme la distribution ou les biens de consommation.
Cet avantage est particulièrement marqué dans les économies émergentes, où les institutions sont parfois fragiles et les marchés de capitaux insuffisamment développés. Dans ces environnements, la réputation familiale peut suppléer l’absence de garanties formelles et faciliter l’accès aux ressources, qu’elles soient financières ou politiques. En Inde, en Indonésie ou aux Philippines, de vastes conglomérats familiaux se sont constitués en s’appuyant sur ces réseaux. Même dans des économies avancées, comme la Corée du Sud, les grands groupes familiaux conservent une influence déterminante.
Le second atout des entreprises familiales réside dans leur horizon de long terme. Libérées, au moins partiellement, de la pression des marchés financiers, elles peuvent privilégier des stratégies inscrites dans la durée. Les décisions d’investissement s’inscrivent alors dans une logique intergénérationnelle. Cette orientation constitue un facteur de stabilité, mais elle peut également engendrer un biais conservateur. De nombreuses études montrent que ces entreprises privilégient les actifs tangibles au détriment des investissements en recherche et développement. Dans les secteurs à forte intensité technologique, ce positionnement peut constituer un handicap ; dans d’autres, il devient un avantage, comme en témoigne la pérennité de certaines maisons de luxe familiales, à l’image d’Hermès.
En période de crise, les entreprises familiales semblent néanmoins mieux armées que leurs homologues. Leur recours plus limité à l’endettement et leur gestion souvent prudente de la trésorerie leur confèrent des marges de manœuvre accrues. Lors de la crise financière de 2007-2009 ou durant la pandémie de Covid-19, plusieurs études ont mis en évidence leur capacité de résistance supérieure. L’exemple de JCDecaux, qui a profité de la crise pour se renforcer à l’international, illustre cette aptitude à transformer les chocs en opportunités.
Reste que la question successorale demeure le point de bascule. L’histoire récente fournit des exemples édifiants, à l’image de Gucci, fragilisée par une gouvernance familiale défaillante avant sa reprise. De manière plus générale, les entreprises familiales apparaissent insuffisamment préparées à la vague de transmissions à venir. Selon Deloitte, à peine 57 % des entreprises familiales non cotées aux États-Unis disposent d’un plan de succession formalisé. L’absence d’anticipation ouvre la voie à des conflits internes, souvent longs et coûteux.
Paradoxalement, le défi n’est plus seulement celui de la gestion de la multiplicité des héritiers, il est aussi celui de leur rareté ou de leur désengagement. Certaines grandes fortunes doivent composer avec l’absence de successeurs naturels ou avec le refus des nouvelles générations d’assumer des responsabilités opérationnelles. Cette évolution traduit une transformation plus profonde des rapports à l’entreprise et au patrimoine.
Face à ces mutations, les pratiques évoluent. Les grandes dynasties organisent de plus en plus la transmission en amont, en formalisant des parcours de formation et des processus de sélection. Au sein de LVMH, les héritiers sont progressivement intégrés dans la gouvernance et soumis à des exigences élevées en matière de compétences et de résultats. Cette professionnalisation vise à concilier continuité capitalistique et exigence managériale.
Parallèlement, le recours à des dirigeants extérieurs se banalise. Dans de nombreuses grandes entreprises, la famille conserve le contrôle stratégique tout en déléguant la gestion opérationnelle à des professionnels. Dans certains cas, la cession ou l’ouverture du capital s’impose comme une solution pragmatique, notamment aux États-Unis, où la transmission intrafamiliale tend à devenir minoritaire au-delà d’un certain seuil de taille.
Deux modèles se dessinent ainsi. Le modèle européen, et en particulier en France, privilégie la continuité patrimoniale, soutenue par des dispositifs juridiques et fiscaux adaptés, tels que les pactes Dutreil. Le modèle américain valorise davantage la liquidité du capital et la flexibilité du contrôle, au prix d’une plus grande instabilité. Ces deux approches traduisent des conceptions différentes du capitalisme : l’une fondée sur la durée et l’enracinement, l’autre sur la circulation et l’allocation optimale des ressources.
À l’heure où s’annonce une vague massive de transmissions – près de 700 000 dirigeants appelés à céder leur entreprise en France d’ici dix ans –, l’enjeu dépasse largement la sphère privée. Il engage la structure même du tissu productif, la capacité d’innovation et, in fine, la trajectoire de croissance des économies.
La transition écologique, plus de 10 ans après les Accords de Paris, donne toujours lieu à des débats. Faut-il respecter quoi qu’il en coûte les engagements de neutralisation carbone d’ici le milieu du siècle ou faut-il donner du temps au temps ? La révolte contre la hausse des taxes sur le gazole en 2018 avec les Gilets jaunes, l’opposition aux zones à faibles émissions (ZFE) ou la contestation de l’arrêt de la vente des véhicules thermiques à partir de 2035, témoignent des difficultés de passer des intentions aux actes en matière de transition écologique. En la matière, l’épargne n’échappe pas à la règle.
Les enseignements tirés des récents travaux de l’ADEME, du CREDOC, de l’AMF, du FIR, de l’AFG et du comité du label ISR soulignent que les Français ne sont ni devenus climatosceptiques ni hostiles à l’idée d’une finance plus responsable. En revanche, ils inscrivent désormais ces enjeux dans un univers plus contraint, dominé par le pouvoir d’achat, la sécurité, la dette publique, la rentabilité de l’épargne et la défiance à l’égard des dispositifs jugés trop opaques ou bureaucratiques. La transition écologique, comme l’ISR, bénéficie encore d’un assentiment large, mais se heurte, de plus en plus, à une logique d’arbitrage.
La note consacrée aux Français et à la transition écologique du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) met en évidence la permanence d’une sensibilité environnementale élevée. En 2025, 63 % des Français se déclarent inquiets face au changement climatique. Ce niveau demeure élevé, mais accuse un recul de 7 points par rapport à 2023. Néanmoins, 42 % des personnes interrogées se disent très sensibles aux enjeux environnementaux, retrouvant ainsi leur niveau d’avant-crise sanitaire. Cette inquiétude ne se convertit plus automatiquement en priorité politique. C’est là que réside le véritable déplacement. En deux ans, la part des Français plaçant l’environnement parmi leurs deux premières préoccupations est passée de 30 % à 21 %. Dans le même temps, les questions régaliennes et sociales ont repris le dessus : 45 % évoquent la violence et l’insécurité, 30 % l’immigration, 26 % la pauvreté. L’environnement glisse ainsi à la quatrième place des préoccupations collectives.
Selon une enquête menée par Ipsos BVA-CESI École d’ingénieurs pour le journal « Le Monde », le Cevipof et la Fondation Jean Jaurès sur les priorités des Français en 2027 et publiée e 13 avril 2026, l’environnement n’arrive qu’en 13e position, loin derrière la préservation du système de santé, le pouvoir d’achat, la rémunération du travail, le système éducatif.
Les Français continuent à soutenir l’idée d’un effort massif en faveur du climat. 72 % se déclarent favorables à une mobilisation financière comparable à celle engagée pendant la crise du Covid. Ce soutien recule néanmoins, puisqu’il atteignait encore 82 % en 2024, soit une baisse de 10 points en un an. Dans le même temps, 44 % des Français donnent la priorité aux services publics et 35 % à la maîtrise des dépenses publiques. L’environnement n’est cité comme priorité d’action gouvernementale que par 18 % des répondants, contre 27 % en 2021.
La question fiscale concentre cette tension entre adhésion de principe et réticence pratique. Le consentement à l’impôt écologique demeure faible, même s’il n’est pas nul. Seul un quart des Français, soit 25 %, se disent prêts à payer davantage de taxes pour l’environnement. Ce niveau est en hausse, mais il reste inférieur à celui observé dans les années 1990, où il s’établissait à 34 %. La taxe carbone elle-même ne recueille que 19 % d’assentiment. En intégrant les personnes disposées à accepter sous certaines conditions, 63 % des Français pourraient finalement adhérer à une hausse de la fiscalité carbone.
Trois conditions sont retenues par les Français :
L’impôt écologique n’est donc pas rejeté en tant que tel. Il n’est accepté qu’à la condition d’apparaître juste, traçable et intelligible. La séquence des Gilets jaunes continue de peser sur le débat.
Une majorité de Français refuse, dans les faits, de payer plus d’impôts. Ils estiment que ce sont les plus riches qui doivent financer la transition. 60 % privilégient une hausse de l’imposition des patrimoines les plus élevés, tandis que 54 % souhaitent une taxation accrue des entreprises. Conscients des difficultés des finances publiques, ils ne sont qu’une minorité (13 %) à soutenir l’idée d’un recours accru à la dette. Quant à l’augmentation de l’impôt sur le revenu, cette solution ne recueille qu’un tiers des suffrages.
La société française apparaît ainsi profondément fragmentée face à la transition écologique. La typologie proposée dans la note distingue 17 % de « réfractaires », hostiles à la fiscalité écologique et priorisant d’autres enjeux ; 17 % de « réticents », peu convaincus et sensibles aux contraintes économiques ; 26 % « d’inquiets », conscients des enjeux, mais favorables seulement sous conditions ; 18 % de « convaincus », engagés, mais exigeants quant à l’usage des fonds ; et 22 % « d’intégrés », favorables sans réserve, souvent plus jeunes et plus aisés. L’adhésion à la transition est d’autant plus forte que l’on est inséré économiquement, familiarisé avec les nouveaux codes de consommation. À ce titre, il est assez surprenant de constater que 60 % des Français soient prêts à accepter des normes contraignantes plutôt qu’une liberté de consommer sans restriction. En revanche, ils attendent en retour une action publique lisible, équitable et efficace.
L’épargne au service de la transition écologique : les contradictions des Français
Les Français se déclarent favorables à une épargne attentive à l’environnement, aux critères sociaux ou à la gouvernance ; ils sont en revanche bien moins nombreux à identifier précisément les produits concernés, à comprendre les logiques de gestion sous-jacentes ou à détenir effectivement de tels placements.
Les enquêtes les plus récentes soulignent d’abord l’existence d’un intérêt diffus, mais encore peu armé. En 2025, selon l’AMF, 63 % des Français jugent importants les enjeux de développement durable et 76 % considèrent que les effets des placements sur l’environnement constituent un sujet important. Dans le même temps, 53 % déclarent prendre en compte, au moins de temps à autre, ces enjeux dans leurs choix de placements. Cette disposition favorable se heurte à une connaissance encore très superficielle. Seuls 12 % des Français disent connaître précisément les placements responsables, tandis que 10 % savent précisément qu’ils peuvent recouvrir des objectifs et des modes d’investissement différents. Les épargnants pressentent que leur épargne peut être un moteur de la transition écologique, mais ils ne savent pas toujours comment cela se mesure, ni quels instruments le portent effectivement.
La détention de produits « verts » par les épargnants demeure faible. L’AMF relevait qu’en 2021, 17 % des Français détenaient au moins un placement responsable ou durable. Cette proportion montait à 19 % en 2023 avant de revenir à 18 % en 2025. Le niveau reste donc globalement stable autour d’un Français sur cinq. La moitié des détenteurs ont souscrit dans les trois dernières années, ce qui atteste un certain renouvellement. Dans 84 % des cas, ces placements représentent moins de la moitié de l’épargne globale des détenteurs. L’ISR progresse davantage comme une poche complémentaire que comme un principe directeur de l’allocation patrimoniale.
Les chiffres du FIR confirment cette montée prudente. En 2025, 14 % des épargnants déclarent avoir investi dans un fonds d’investissement responsable ; cette proportion atteint 18 % chez les épargnants qui ne se limitent pas aux seuls livrets. Dans le même temps, 55 % des Français disent accorder une place importante aux effets environnementaux et sociaux dans leurs décisions de placement. L’écart entre les 55 % qui se disent attentifs à ces critères et les 14 % qui déclarent détenir un fonds responsable donne la mesure de l’écart entre intention et passage à l’acte.
Selon l’AFG, à la fin de l’année 2025, les encours de l’investissement responsable géré en France atteignaient 2 971 milliards d’euros, contre 2 701 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 4,8 % à périmètre constant. Dans cet ensemble, les produits classés article 8 (constitués de fonds prenant en compte des critères ESG) représentaient 2 850 milliards d’euros, tandis que les produits classés article 9 (rassemblant les fonds en faveur de l’investissement durable) totalisaient 121 milliards d’euros. Au total, 59 % des encours de fonds et de mandats gérés en France relevaient ainsi des catégories article 8 ou article 9 au sens du règlement SFDR. 72 % de ces encours sont détenus par des investisseurs institutionnels. Les particuliers progressent, notamment via les labels, notamment le label ISR, l’épargne salariale et les plans d’épargne retraite, mais ils restent minoritaires. L’ISR s’est imposé plus vite dans l’architecture de la gestion d’actifs que dans l’univers mental de l’épargnant français.
En 2025, 64 % des Français disent connaître l’existence, au moins de nom, des placements responsables, mais seuls 12 % affirment les connaître précisément. Quant au label ISR, sa notoriété demeure modeste. 28 % des Français disent en avoir déjà entendu parler en 2025, contre 29 % en 2023. Le label « Greenfin » est encore moins identifié, à 18 %. L’étude réalisée pour le comité du label ISR au printemps 2025 renforce ce diagnostic. Elle indique que seulement un Français sur cinq a déjà entendu parler de l’épargne responsable et que 73 % des Français se jugent mal informés sur ces produits. 12 % seulement déclarent avoir déjà investi dans un produit d’épargne responsable.
La connaissance de ces produits est fortement corrélée au niveau de revenu et au patrimoine financier. L’AMF montre que la connaissance précise est plus élevée chez les moins de 35 ans, mais aussi chez les détenteurs d’un patrimoine financier d’au moins 150 000 euros, parmi lesquels 34 % disent connaître précisément les placements responsables, contre 12 % en moyenne. L’enquête du label ISR aboutit à une conclusion analogue : la familiarité avec l’épargne responsable monte à 30 % chez les foyers disposant de 4 000 euros nets par mois ou plus.
Les obstacles à sa diffusion sont multiples. Le premier est d’ordre financier. En 2025, selon l’AMF, parmi les non-détenteurs n’envisageant pas de souscrire à court ou moyen terme, 42 % invoquent d’abord le manque de moyens. L’ISR se heurte à la hiérarchie classique des priorités patrimoniales des Français : sécurité, liquidité, rendement. L’étude commandée par le label ISR rappelle d’ailleurs que 81 % des Français détiennent un livret réglementé, 43 % une assurance vie et 21 % seulement des titres financiers. Le deuxième frein tient à la crainte du « greenwashing ». Dès 2021, l’AMF relevait que la peur de l’écoblanchiment figurait parmi les principaux obstacles à la souscription, avec le manque d’information et l’insuffisance des moyens financiers. Ce facteur a même justifié, en profondeur, le durcissement du label ISR. Les épargnants attendent des preuves concrètes, une traçabilité, et non des promesses générales. Le débat sur l’intégration des entreprises de la défense dans les fonds verts devenant ainsi « vert kaki » a pu choquer les épargnants les plus engagés en matière de protection de l’environnement. Le troisième frein est la complexité de l’offre et de son langage. Les études qualitatives menées pour l’AMF montraient déjà en 2021 que les notions de placement durable, responsable ou ISR demeuraient floues pour les non-experts, que le vocabulaire ESG apparaissait opaque et que les documents commerciaux étaient jugés techniques. En 2025 encore, l’AMF constate que le recueil des préférences de durabilité reste complexe en pratique, malgré l’obligation faite aux conseillers, depuis août 2022, d’interroger leurs clients sur ces préférences. L’épargne responsable repose sur de nombreux concepts, sigles, réglementations peu lisibles pour de nombreux épargnants : taxonomie, SFDR, double matérialité, exclusions ou alignement, etc.
Dans ce contexte, le rôle du conseiller bancaire ou financier demeure central. Toutes les études convergent sur ce point. En 2025, selon l’AMF, 69 % des Français jugent important que leur conseiller leur demande s’ils souhaitent réaliser des placements responsables, soit 5 points de plus qu’en 2023. Parmi les personnes intéressées, 72 % préfèrent recevoir cette information via leur banque ou leur conseiller, loin devant les médias, internet ou les réseaux sociaux. Le FIR aboutit à une conclusion proche. 66 % des épargnants considèrent que le conseiller bancaire est l’intermédiaire le mieux placé pour les informer sur l’investissement responsable. Ce souhait reste assez virtuel. La proportion de Français déclarant avoir été interrogés sur leurs préférences de durabilité atteint 16 % en 2025, contre 10 % en 2023. Ce niveau demeure faible au regard des exigences réglementaires issues de MIF 2. De même, 12 % seulement des personnes interrogées indiquent que leur conseiller leur a déjà proposé de souscrire un placement responsable ou de renforcer leur épargne responsable.
La réforme du label ISR s’inscrit dans cette recherche de crédibilité. Entrée en application en 2024 puis rendue obligatoire au 1er janvier 2025 pour les fonds concernés, elle a durci les exigences, notamment sur le climat et sur la cohérence extra-financière des portefeuilles. Les effets ont été immédiats sur le nombre de fonds labellisés. Au moment de la transition, 939 fonds ont conservé le label soit 70 % des 1 342 fonds labellisés fin novembre 2024. Quelques mois plus tard, le label annonçait 1 008 fonds labellisés au 31 août 2025. Cette contraction, suivie d’une remontée partielle, témoigne davantage d’un assainissement du périmètre que d’un effondrement du marché. En d’autres termes, la réforme a sans doute coûté en volume apparent, mais elle a gagné en crédibilité potentielle. Ce renforcement de la crédibilité institutionnelle ne s’est pas encore transformé en notoriété populaire. En 2025, seuls 28 % des Français disent avoir entendu parler du label ISR. Et parmi ceux qui le connaissent, 25 % seulement lui accordent une confiance totale pour valider l’orientation responsable d’un placement. Le travail de légitimation reste donc largement inachevé.
Le sujet essentiel est sans doute ailleurs. L’ISR demeure perçu comme secondaire dans la décision d’épargne. L’étude du label ISR rappelle que les deux critères dominants dans le choix d’un placement restent la sécurité et la rentabilité. Tant que l’ISR sera perçu comme une qualité additionnelle, et non comme une manière normale d’investir compatible avec ces deux exigences cardinales, il peinera à changer d’échelle. C’est sans doute ici que réside la limite profonde du marché français. L’ISR ne s’est pas encore imposé comme une épargne ordinaire, et reste, dans l’esprit des épargnants, simplement mieux orienté.
Les gestionnaires de l’épargne doivent depuis plusieurs années proposer à leurs clients des produits répondant à des objectifs environnementaux et sociaux. Sous l’effet de la loi PACTE et de la réglementation européenne, les contrats d’assurance vie, plus de 2 100 milliards d’euros d’encours, intègrent désormais quasi systématiquement des supports ESG, et une part croissante des unités de compte est investie dans des fonds ISR ou assimilés. Or, pour le moment, les assurés recourent peu à cette possibilité. Le verdissement concerne aussi les fonds en euros, les assureurs ayant progressivement intégré des obligations vertes et des critères ESG dans leurs portefeuilles.
L’épargne salariale constitue, en France, un cas à part dans la diffusion de l’investissement responsable. À la fin de l’année 2025, les encours atteignent près de 230 milliards d’euros, pour plus de 13 millions de bénéficiaires et environ 430 000 entreprises équipées. Cette masse financière s’accompagne d’un niveau d’intégration de l’ISR particulièrement élevé. Les données de l’AFG montrent que les fonds durables représentent désormais une part majoritaire des supports proposés, avec plus de 100 milliards d’euros d’encours et une diffusion très large au sein des fonds diversifiés.
Cette spécificité tient à la structuration même de l’offre. Dans de nombreux dispositifs, les supports intégrant des critères ESG sont proposés par défaut, notamment dans les profils de gestion pilotée ou dans les gammes standards des plans d’épargne entreprise. L’ISR s’y diffuse ainsi largement, sans nécessairement faire l’objet d’un choix explicite de la part des épargnants. Le Plan d’Épargne Retraite prolonge cette logique. Avec plus de 140 milliards d’euros d’encours, il intègre lui aussi des supports ESG, notamment dans la gestion pilotée.
L’ensemble de ces évolutions doit beaucoup au cadre réglementaire. La loi PACTE, la loi industrie verte, le règlement SFDR et la réforme du label ISR ont profondément structuré le marché. Le nombre de fonds labellisés ISR est ainsi passé d’environ 1 300 à près de 1 000 après la réforme de 2024, traduisant un durcissement des critères destiné à répondre aux critiques sur le greenwashing. La réglementation organise l’offre ; elle ne crée pas mécaniquement la demande.
Les Français ne sont ni hostiles à la transition écologique ni indifférents à l’épargne responsable. Ils y sont plutôt favorables en théorie, sensibles à ses promesses, mais retenus par quatre obstacles principaux : l’accès à une information fiable, la priorité donnée à la sécurité et au rendement, la crainte du « greenwashing » et l’insuffisance de la médiation commerciale. 12 % à 18 % seulement déclarent une détention effective d’un produit responsable selon des enquêtes et 28 % connaissent le label ISR de nom. 12 % seulement disent connaître précisément les placements responsables, mais 53 % à 55 % affirment tenir compte, au moins en partie, des enjeux environnementaux et sociaux dans leurs choix de placements.
La DARES, le service statistique du Ministère du Travail, a publié le 22 avril 2026 une étude consacrée aux discriminations à l’embauche des seniors. En France, le taux d’emploi des 55-64 ans progresse, certes, depuis deux décennies, mais demeure inférieur d’environ 5 points à la moyenne européenne, et décroche nettement dès la fin de la cinquantaine.
Au sommaire de l’étude
Selon les dernières projections démographiques d’Eurostat, la population de l’Union européenne devrait diminuer de 11,7 % entre 2025 et 2100. Cela correspond à une baisse prévue de 53,0 millions de personnes d’ici le début du siècle prochain.
En 2025, la population de l’Union européenne était estimée à 451,8 millions d’habitants, ayant renoué avec la croissance en 2022 après l’interruption liée à la pandémie de COVID-19 en 2021. À court terme, la population devrait continuer d’augmenter au cours des trois prochaines années, atteignant un pic de 453,3 millions en 2029, avant d’amorcer un déclin progressif pour s’établir à 398,8 millions en 2100.
Entre 2025 et 2100, la part des enfants, des jeunes et des personnes en âge de travailler dans la population totale de l’Union devrait reculer. La proportion des 0-19 ans passerait ainsi de 20 % à 17 %, tandis que celle des 20-64 ans diminuerait de 58 % à 50 % à l’horizon 2100. À l’inverse, la part des populations âgées devrait progresser. La proportion des 65-79 ans augmenterait, passant de 16 % en 2025 à 17 % en 2100, tandis que celle des 80 ans et plus connaîtrait une forte hausse (+10 points), passant de 6 % à 16 %. Au total, les plus de 65 ans représenteraient, en 2100, 33 % de la population européenne.

En 2023, en France hors Mayotte, 3,4 % de la population ne bénéficie pas d’une complémentaire santé. Cette proportion, qui a nettement reculé au cours des vingt-cinq dernières années, apparaît désormais relativement stable, avec même une légère tendance à la diminution depuis 2010. Elle demeure toutefois plus élevée parmi les ménages les plus modestes : 7 % des individus vivant sous le seuil de pauvreté restent dépourvus de couverture complémentaire.
Au tournant des années 2000, l’extension de la couverture complémentaire a reposé sur la création de dispositifs ciblés en direction des populations les plus fragiles, notamment la CMU-C et l’ACS, aujourd’hui regroupées au sein de la complémentaire santé solidaire. Ces instruments ont permis une progression significative de l’accès à la couverture.
Cette dynamique a été amplifiée en 2016 par la généralisation des contrats collectifs en entreprise, en particulier dans le secteur privé, contribuant à réduire les disparités entre salariés. L’intégration progressive des agents publics dans ce cadre, amorcée au 1er janvier 2025, devrait prolonger cette évolution, même si son effet devrait rester mesuré dans la mesure où une large majorité des agents disposaient déjà d’une couverture.
L’absence de complémentaire santé résulte avant tout d’une contrainte financière. Environ un tiers des personnes concernées indiquent ne pas disposer des ressources suffisantes pour en supporter le coût.
D’autres facteurs, moins fréquents, sont également évoqués :
Ces éléments traduisent à la fois des difficultés économiques et, dans une moindre mesure, des obstacles liés à l’information ou aux démarches administratives.
Les écarts de couverture restent étroitement liés au niveau de vie. Ainsi, malgré l’existence de dispositifs comme la complémentaire santé solidaire, 7 % des personnes sous le seuil de pauvreté ne disposent toujours pas de couverture.
Certaines catégories sont particulièrement exposées :
Par ailleurs, parmi les personnes vivant seules, les hommes sont plus fréquemment non couverts que les femmes (6 % contre 2 %), alors même que leur niveau de vie est en moyenne plus élevé.
Les personnes atteintes d’une affection de longue durée ne se distinguent pas du reste de la population : leur taux de non-couverture est comparable, bien que leurs dépenses de santé soient davantage prises en charge par l’assurance maladie obligatoire.
La nature de la couverture varie fortement selon la situation professionnelle. En 2023 :
Cette répartition met en lumière une organisation du système de complémentaire santé étroitement liée aux parcours professionnels et aux inégalités qui les structurent.

Le système de retraite français est confronté à un vieillissement accéléré de la population, lié à la montée en âge des générations du baby-boom et à la baisse rapide du taux de fécondité. Par ailleurs, depuis six ans, l’économie française, comme celle des autres pays, évolue de crise en crise. Pour l’élaboration de son rapport 2026, le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) a été conduit à actualiser les hypothèses servant de base à ses scénarios. S’il a révisé les données démographiques, il maintient en revanche ses hypothèses économiques telles qu’arrêtées en 2025.
Le système de retraite dépend du nombre de retraités et de celui des actifs. Le premier est fonction de l’âge de départ à la retraite et de l’espérance de vie ; le second dépend de l’évolution de la population active et du taux d’emploi. Sur un horizon de quarante ans, à l’échéance 2070, le nombre de naissances et donc la fécondité constituent également un déterminant essentiel.
Le fait marquant récent est la chute de la fécondité. En 2025, l’indicateur conjoncturel de fécondité s’établit à 1,56 enfant par femme, contre 1,61 en 2024 et environ 1,9 au milieu des années 2010. Le COR souligne que ce niveau est historiquement bas, inédit depuis la fin de la Première Guerre mondiale. En 2025, la France a enregistré 645 000 naissances, soit 2,1 % de moins qu’en 2024 et 24 % de moins qu’en 2010, dernier point haut. La baisse est continue, voire s’accélère, depuis 2017.
Pour l’INSEE, cette évolution impose une révision des projections de 2021. Le scénario central retenait alors un indice conjoncturel de fécondité (ICF) de 1,80. L’hypothèse centrale est désormais abaissée à 1,45 enfant par femme à partir de 2028, avec un scénario bas à 1,20 dès 2030 et un scénario haut à 1,70. Parallèlement, l’âge moyen à la maternité continuerait de progresser jusqu’à 33 ans en 2050, avant stabilisation. La France, longtemps en situation d’exception en Europe, converge ainsi vers la moyenne du continent.
Cette révision s’appuie également sur l’évolution des comportements : le nombre idéal d’enfants souhaité est passé de 2,7 à 2,3 en vingt-cinq ans. Les femmes de 18 à 24 ans n’en envisagent plus en moyenne que 1,9, celles de 25 à 34 ans autour de 2.
Deuxième inflexion : l’espérance de vie. En 2025, elle atteint 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes. Le scénario central de 2021 l’avait légèrement surestimée. Pour le nouvel exercice, l’INSEE a retenu plusieurs périodes de référence (2005-2025, 2010-2025 et 2015-2025), en neutralisant les années de pandémie. Toutes conduisent à des trajectoires plus basses en 2070. L’option privilégiée aboutit à une espérance de vie à la naissance de 89,5 ans pour les femmes et 86,7 ans pour les hommes en 2070, contre respectivement 90,0 et 87,5 ans dans les projections antérieures. À 65 ans, l’espérance de vie serait de 26,3 ans pour les femmes et 24,4 ans pour les hommes. Les gains de longévité se poursuivent, mais à un rythme ralenti.
La population n’en continue pas moins de vieillir. En 2025, 22 % des Français ont 65 ans ou plus, soit presque autant que les moins de 20 ans. Avec l’arrivée aux grands âges des générations du baby-boom, le nombre de décès augmentera fortement dans les prochaines décennies. Selon l’INED, la hausse pourrait atteindre 200 000 décès supplémentaires d’ici 2050.
Troisième point de bascule : les migrations. En 2025, le solde naturel devient légèrement négatif (-6 000 personnes), une première depuis la Seconde Guerre mondiale. La population continue néanmoins d’augmenter, atteignant 69,1 millions d’habitants au 1er janvier 2026, grâce à un solde migratoire estimé à +176 000 personnes. Le COR souligne que ce solde migratoire est supérieur au solde naturel depuis 2018 (hors exception de 2019). Il est passé de +59 000 en moyenne annuelle entre 2006 et 2016 à +163 000 entre 2017 et 2021.
Les projections de 2021 avaient sous-estimé ce phénomène. Le nouveau scénario central retient désormais +150 000 entrées nettes par an à partir de 2026, avec une fourchette allant de +70 000 à +230 000.
Pour les retraites, la conséquence est nette : si le nombre de retraités dépend toujours de la longévité, celui des cotisants dépendra de plus en plus des flux migratoires.
Pour son rapport 2026, le COR conserve les hypothèses économiques définies en 2025 : une progression de la productivité du travail de 0,7 % par an à terme (atteinte en 2040) et un taux de chômage de 7 % à cet horizon. Les variantes de sensibilité retiennent une productivité de 0,4 % ou 1,0 % et un chômage compris entre 5 % et 10 %.
Cette stabilité des hypothèses traduit une forme d’optimisme, régulièrement critiqué. Pour le COR, le ralentissement de la productivité observé depuis 2017 relèverait davantage d’un accident de parcours que d’une inflexion structurelle. L’argument repose sur une lecture longue : la productivité horaire a progressé d’environ 1,0 % par an sur 35 ans, de 0,7 % sur 25 ans et de 0,4 % sur les 15 dernières années. En 2024, elle n’aurait augmenté que de 0,4 %, après les reculs de 2021 et 2022. Toutefois, la note de conjoncture de mars 2026 de l’INSEE signale un redressement, proche de +1 % par an.
S’agissant du marché du travail, le COR souligne que le taux de chômage ne s’est pas durablement établi sous les 7 % ces dernières années. Le taux d’activité des 60-64 ans progresse, dans le sillage de la réforme de 2023, conformément aux projections. L’amélioration de l’emploi des seniors est ainsi déjà intégrée dans les scénarios. La remontée du chômage observée début 2026, proche de 8 %, est interprétée comme conjoncturelle.
Pour son rapport 2026, le COR acte le changement de tendance de la fécondité, mais ne remet pas en cause ses hypothèses économiques. L’inflexion de la fécondité réduit les possibilités de retour à l’équilibre à l’horizon 2070, surtout si l’immigration diminue. Les hypothèses économiques retenues peuvent être jugées optimistes minorant les besoins de financement pour les prochaines années. La stabilité des hypothèses économiques peut traduire une difficulté à intégrer les ruptures en cours — ralentissement structurel de la productivité, incertitudes géopolitiques, transformations du travail.
Au mois de juin prochain, le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) publiera son rapport annuel avec, à la clé, de nouvelles simulations sur les régimes de retraite français. Depuis plusieurs mois, il distille les pistes et données afin de préparer les acteurs de la retraite et l’opinion et tester les réactions. Le rapport 2026 sera marqué par la prise en compte de nouvelles projections démographiques intégrant la baisse de la fécondité. L’évolution de la croissance et de l’emploi pourrait également influer sur le solde des régimes de retraite. À un an de l’élection présidentielle et de la fin de la suspension de la réforme des retraites de 2023, cette publication sera particulièrement attendue.
Afin de cadrer le débat, le COR a présenté récemment une note sur les moyens de financer un déficit de 6 milliards d’euros pour les régimes de retraite et sur leurs conséquences sur l’activité économique. Le rééquilibrage peut passer par trois solutions – le report de l’âge de départ à la retraite, l’augmentation des cotisations ou la baisse des pensions – dont les effets ne sont pas identiques.
L’augmentation des cotisations salariales aboutirait à une diminution du revenu disponible des actifs. À horizon de deux ans, le produit intérieur brut reculerait alors d’environ -0,1 à -0,15 point, et l’emploi se contracterait de 20 000 à 30 000 postes. À plus longue échéance, l’économie demeurera en retrait, avec une perte pouvant atteindre -0,35 point de PIB, près de -80 000 emplois, et un chômage supérieur de 0,3 point au scénario de référence. Il y aurait ainsi une perte en ligne non négligeable qui rétroagirait sur le système de retraite.
L’autre option serait d’augmenter les cotisations employeurs. Elle ne toucherait pas au montant des salaires, mais renchérirait le coût du travail et diminuerait potentiellement les bénéfices et donc les dividendes. Cette mesure pourrait réduire de 0,1 point le PIB à court terme avec 10 000 à 50 000 emplois en moins. À long terme, le niveau d’activité pourrait s’inscrire en retrait de -0,35 point, traduisant une perte de compétitivité persistante.
La baisse des pensions constitue une mesure extrêmement sensible comme en témoignent depuis deux ans les débats autour de leur indexation par rapport à l’inflation ou celui sur la suppression de l’abattement de 10 %. Une réduction des pensions n’est pas sans conséquences. Elle risquerait de porter atteinte à la consommation. Selon le COR, l’activité ralentirait avec une perte de 0,1 % de PIB et l’emploi reculerait d’environ 10 000 postes à court terme. Mais à mesure que les prix s’ajusteraient, que les importations se contracteraient, que la compétitivité se redresserait, l’effet s’atténuerait. À long terme, la perte ne serait plus que de -0,05 point de PIB, parfois nulle selon les modèles.
Le recul de l’âge de départ obéit à une autre logique. Il ne joue pas sur les recettes, mais sur les dépenses et sur l’emploi. En prolongeant la durée d’activité, il augmente le nombre de cotisants, élargit la base productive et renforce les recettes publiques. Un recul à 65 ans pourrait générer de 210 000 à 240 000 emplois supplémentaires, avec un gain de 0,7 à 0,9 point de PIB à long terme. L’amélioration des finances publiques est évaluée à 0,7 point de PIB. Selon certaines modélisations, le chômage pourrait augmenter temporairement, jusqu’à +0,6 point à deux ans, sous l’effet de l’arrivée de nouvelles cohortes sur le marché du travail. Mais cette tension s’estompe avec le temps. À long terme, les modèles convergent autour d’un retour du chômage vers son niveau d’équilibre, tandis que l’activité demeurerait durablement plus élevée. L’économie absorberait le choc et en tirerait ainsi profit.
Le document du COR ne privilégie pas une piste par rapport aux autres, mais rappelle leurs effets économiques. Tous les leviers améliorent le solde du système, mais certains le font au prix d’un ralentissement économique.
L’épargne salariale représente 230 milliards d’euros d’encours en 2025 et 13 millions de salariés bénéficiaires. Elle a pour objectif d’associer le salarié à la performance de l’entreprise et de l’inscrire dans une logique d’épargne de long terme, permettant ainsi le financement des entreprises. Régulièrement, les pouvoirs publics mettent en place des déblocages exceptionnels afin de relancer la consommation. Les dernières expériences en la matière ont été décevantes, ce qui n’empêche pas qu’une nouvelle proposition de loi soit en cours de discussion.
Les sommes issues de l’intéressement, de la participation, des primes de partage de la valeur et des abondements, versées sur un Plan d’Épargne Entreprise (PEE), sont en principe bloquées pendant cinq ans.
Le législateur a néanmoins prévu des cas de déblocage anticipé permettant aux salariés de récupérer leur épargne sans pénalité fiscale. Initialement, ces sorties anticipées concernaient des événements de la vie (décès, invalidité, perte d’emploi, mariage, divorce, création ou reprise d’entreprise, surendettement). Elles ont été étendues à l’acquisition ou à la rénovation de la résidence principale, à l’achat d’un véhicule propre ou à l’activité de proche aidant.
Par ailleurs, les pouvoirs publics instituent régulièrement des périodes de déblocage exceptionnel. Celles-ci sont généralement liées à des difficultés de pouvoir d’achat provoquées par la survenue d’une crise ou d’un choc (crise financière, Covid, guerre en Ukraine, etc.).
Depuis le début du siècle, quatre déblocages exceptionnels ont été opérés, avec des résultats toujours plus faibles :
Ces déblocages ne servent que marginalement la consommation. En 2004, à peine 1,5 milliard d’euros, soit environ 20 %, a été effectivement consommé. Le reste a été réalloué vers d’autres formes d’épargne ou conservé sous forme de liquidités. Ce constat n’a jamais été démenti depuis. Pour les derniers cas de déblocage, les pouvoirs publics les ont conditionnés à la présentation de preuves d’achat, mais cela n’empêche pas les ménages d’accroître leur effort d’épargne par ailleurs. Les déblocages génèrent avant tout des effets d’aubaine. Les ménages qui débloquent leur épargne salariale avaient l’intention d’acheter, avec ou sans ce dispositif.
En 2008, 1,6 million de salariés avaient utilisé le dispositif de déblocage exceptionnel, contre 471 000 en 2013 et 309 000 en 2022. Malgré un contexte d’inflation élevée, les montants débloqués en 2022 sont restés marginaux au regard des masses en jeu : 1,3 milliard d’euros, à comparer à plus de 26 milliards de flux annuels et à plus de 100 milliards d’encours.
Le déblocage exceptionnel ne crée pas de pouvoir d’achat. Il modifie le calendrier d’utilisation d’une épargne existante. S’il autorise une consommation anticipée – souvent partielle – ou un simple déplacement d’actifs, il ne génère pas une consommation nouvelle. L’effet macroéconomique est, dès lors, mécaniquement limité.
Pour éviter la réallocation vers d’autres produits d’épargne, la loi de 2022 avait prévu, jusqu’au 31 décembre 2022, un déblocage exceptionnel dans la limite de 10 000 euros pour les sommes issues de la participation et de l’intéressement affectées au PEE, à condition de financer des biens ou des services et d’en conserver les justificatifs. Le dispositif excluait les produits de retraite collective (Perco, PER d’entreprise collectif), les fonds solidaires et certaines formes d’actionnariat salarié.
La proposition de loi en discussion au printemps 2026 prolonge cette logique tout en en modifiant le calibrage. Elle prévoit un déblocage exceptionnel sur une durée d’un an, dans la limite de 5 000 euros, sans condition de ressources, portant sur les droits de participation et d’intéressement placés sur des plans d’épargne salariale, à l’exclusion des dispositifs de retraite et de certains supports spécifiques. Les sommes devraient, comme en 2022, financer des biens ou des services, avec obligation de justification.
Les salariés disposant d’une épargne salariale significative appartiennent majoritairement aux catégories les mieux insérées sur le marché du travail. Pour l’essentiel, ce sont des salariés travaillant dans de grandes entreprises et percevant des rémunérations supérieures à la moyenne. Leur propension à augmenter leur consommation est faible. Les salariés des TPE, les plus modestes, ne sont pas, en règle générale, couverts. Or, ce sont ces derniers qui sont le plus confrontés aux problèmes de pouvoir d’achat.
Les pouvoirs publics demandent aux Français d’épargner davantage sur le long terme et de contribuer au financement des entreprises. Ils les encouragent notamment à financer le secteur de la défense. Or, dans le même temps, ils prennent des mesures visant à débloquer le produit d’épargne le plus investi dans le financement des entreprises.
Si les salariés débloquent de moins en moins leur épargne salariale, c’est qu’ils considèrent majoritairement ce placement comme intéressant. Dans les faits, ils ont raison.
De 2010 à 2024, la performance totale nette de frais de gestion de la gestion pilotée de l’épargne salariale, selon les profils de risque, varie de +38,4 % pour un profil prudent à +111,2 % pour un profil dynamique. La performance annualisée est de +2,2 % pour le profil prudent sur 15 ans (+1,6 % sur 10 ans et +1,2 % sur 5 ans). Elle est de +3,7 % pour le profil équilibré sur 15 ans (+3,2 % sur 10 ans et +2,5 % sur 5 ans). Elle est de +5,1 % pour le profil dynamique sur 15 ans (+4,7 % sur 10 ans et +3,8 % sur 5 ans).
Par ailleurs, la première motivation pour placer son argent dans un PEE ou un PERCO PERCOL est la préparation de la retraite. De ce fait, il n’est pas surprenant que la grande majorité des salariés ne souhaitent pas puiser dans leur épargne salariale de manière anticipée.
62 % des flux bruts de l’épargne salariale au premier semestre 2025 ont été placés en fonds actions et en fonds diversifiés. Dans les dispositifs d’épargne retraite collective des entreprises (PERCOL et PERCO), les fonds actions et diversifiés représentent plus de 63 % des actifs gérés. Les encours en actionnariat salarié s’élèvent à 80,4 milliards d’euros (+15,2 % par rapport à juin 2024).
Selon l’Association française de la gestion (AFG), au sein de l’épargne salariale, 108 fonds labellisés ISR sont distribués, représentant 23,8 milliards d’euros d’encours, soit 10 % de l’ensemble.
Le paradoxe est complet. En cherchant à mobiliser une épargne abondante pour soutenir la consommation, les pouvoirs publics contribuent à altérer la nature de l’épargne salariale sans obtenir, en retour, un effet macroéconomique significatif. Le déblocage exceptionnel apparaît ainsi pour ce qu’il est : un instrument d’affichage.
Au début de l’année 2024, 41 % des ménages français ont, selon l’INSEE, déjà reçu un héritage au cours de leur vie. En France comme dans les autres pays occidentaux, la transmission joue un rôle croissant dans la formation des patrimoines. Compte tenu de la concentration du capital, la transmission contribue à la montée des inégalités patrimoniales.
En France, le patrimoine brut moyen des ménages s’établit à 374 900 euros, mais atteint 515 400 euros pour ceux ayant déjà hérité. Les valeurs médianes respectives sont 205 100 euros et 306 600 euros. Ce phénomène de divergence devrait s’accentuer. Le flux annuel des transmissions (successions et donations) représente aujourd’hui entre 13 % et 15 % du PIB en France, contre moins de 5 % dans les années 1950 selon les estimations issues des travaux de Thomas Piketty. Cette progression résulte de la combinaison de trois facteurs : l’accumulation passée de capital, la hausse du prix des actifs – en particulier immobiliers – et le vieillissement démographique.
L’héritage agit comme un multiplicateur d’inégalités patrimoniales. La probabilité d’avoir hérité est fortement corrélée au niveau de patrimoine, ce qui traduit un phénomène de reproduction cumulative. Les ménages les mieux dotés sont à la fois ceux qui héritent le plus et ceux qui transmettent le plus, dans des montants plus élevés.
La temporalité des transmissions constitue un élément déterminant du processus d’accumulation. Les héritages interviennent majoritairement à un âge avancé, souvent au-delà de 55 ou 60 ans. D’un point de vue économique, ce décalage réduit leur efficacité allocative. Le capital transmis vient principalement consolider des patrimoines existants plutôt que de financer des investissements initiaux. Il contribue davantage à la gestion de la fin de cycle patrimonial qu’à l’entrée dans le patrimoine.
Les donations permettent de transmettre un patrimoine plus tôt, ce qui est susceptible d’avoir des effets sur son allocation. Les données montrent que les ménages ayant reçu une donation disposent d’un patrimoine moyen nettement supérieur, de l’ordre de 700 000 euros. Néanmoins, seuls 20 % des ménages déclarent avoir bénéficié d’une donation et à peine 7 % en avoir consenti une. Ce différentiel souligne une sous-utilisation relative des mécanismes de transmission anticipée. Il traduit des contraintes comportementales.
Au-delà des transmissions formelles, les flux intrafamiliaux jouent un rôle économique non négligeable. Les aides financières aux enfants – qu’elles soient ponctuelles ou régulières – interviennent comme des quasi-transferts en capital, en particulier lors des phases d’investissement (études, logement, installation professionnelle). Ces flux, souvent non enregistrés comme du patrimoine, contribuent néanmoins directement à la formation du capital des générations suivantes et à la réduction des contraintes d’accès aux actifs.

Avec près de 230 milliards d’euros d’encours, plus de 13 millions de salariés bénéficiaires et plus de 440 000 entreprises équipées, l’épargne collective s’est imposée, en quelques décennies, comme une composante majeure du paysage financier français. Intéressement, participation, prime de partage de la valeur : ces dispositifs, longtemps considérés comme accessoires, ont progressivement changé de statut. Ils ne relèvent plus d’une simple politique salariale d’appoint ; ils participent désormais à une forme d’organisation du capitalisme, à mi-chemin entre rémunération, épargne et financement des entreprises.
Ce basculement est aujourd’hui pleinement perceptible dans les comportements des salariés. L’étude conduite ce printemps par le Cercle de l’Épargne avec Malakoff Humanis en apporte une illustration nette : le Plan d’Épargne Entreprise s’impose comme un produit d’épargne de premier plan, dont l’attractivité rivalise avec celle de l’assurance vie. 76 % des titulaires d’un PEE jugent ce placement intéressant. Plus significatif encore, 59 % des non-bénéficiaires partagent ce jugement, révélant une aspiration diffuse, mais réelle à y accéder. Loin d’être passive, cette appétence se traduit dans les faits : près des deux tiers des salariés affectent leurs primes d’épargne salariale sur un PEE ou un PERCOL. Derrière ces choix se dessine une inquiétude bien identifiée : la préparation de la retraite. La constitution d’un complément de revenu s’impose comme l’une des motivations centrales, sur fond de crainte largement partagée d’une baisse du niveau de vie au moment de la cessation d’activité.
À cette dimension patrimoniale s’ajoute une fonction sociale souvent sous-estimée. L’épargne salariale est devenue un outil de fidélisation. 59 % des bénéficiaires considèrent la présence d’un PEE ou d’un PERCOL comme un critère déterminant dans le choix d’une entreprise. Les moins de 30 ans, plus mobiles et plus attentifs aux formes différées de rémunération, y sont particulièrement sensibles. Dans un contexte de tensions sur le marché du travail, ces dispositifs ne relèvent plus du confort, mais de la compétitivité des entreprises.
Ce tableau ne doit pas masquer une réalité plus contrastée. La diffusion de l’épargne collective demeure profondément inégale. Dans les entreprises de moins de 10 salariés, seuls 14 % des salariés en bénéficient. Autrement dit, ceux qui auraient le plus à gagner d’un accès à ces dispositifs en sont souvent exclus. Ce décalage pose une question centrale : celle de la généralisation du PEE et de son volet retraite, le PERCOL. Derrière cet enjeu technique se joue en réalité une question plus large, celle de l’accès de tous les salariés à une forme de capitalisation, dans un pays qui en refuse encore largement le principe à l’échelle des régimes obligatoires.
À cette inégalité d’accès s’ajoute un déficit de compréhension. L’épargne salariale souffre d’un paradoxe : elle est à la fois appréciée et mal connue. Seuls 26 % des salariés déclarent bien maîtriser ces dispositifs, et ce taux ne s’élève qu’à 36 % parmi les bénéficiaires. Ainsi, près des deux tiers de ceux qui en disposent n’en comprennent pas pleinement les mécanismes. La moitié des salariés estime, par ailleurs, être insuffisamment informée par leur entreprise. L’empilement des dispositifs, leur technicité et le manque d’accompagnement nourrissent ce sentiment de complexité. Ce déficit d’appropriation constitue un frein à leur diffusion. La pédagogie, la transparence sur les frais et l’accès à des conseils personnalisés ne sont plus des options. Ils conditionnent le développement futur de l’épargne collective dont les enjeux dépassent largement le seul cadre individuel.
L’épargne salariale occupe une place singulière dans l’économie française. Elle est le seul produit d’épargne qui associe directement les partenaires sociaux à sa gestion. Elle constitue, de facto, une forme de fonds de pension à la française, sans en porter explicitement le nom. Par les encours qu’elle mobilise, elle contribue au financement des entreprises, tout en orientant une part croissante des flux vers des supports intégrant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), participant ainsi à la transition écologique.
Dans un pays où la question des retraites demeure dominée par la répartition, l’essor de l’épargne collective apparaît comme une réponse pragmatique, construite à bas bruit. Ni réforme systémique, ni rupture idéologique, elle avance par strates successives, portée par les entreprises et les comportements des salariés qui la plébiscitent. Les pouvoirs publics devraient les écouter et favoriser la diffusion de cet outil aux nombreuses vertus.
Cet article consacré aux résultats de l’assurance vie, cite le Directeur du Cercle de l’Epargne qui note que «le premier trimestre de l’assurance-vie a été remarquable» et marqué «par un retour en grâce des fonds en euros dont le rendement est redevenu compétitif».
Dans la Tribune de l’Assurance, Philippe Crevel explique pourquoi l’assurance vie tire son épingle du jeu dans un contexte économique morose. Il estime que l’année 2026 devrait continuer à être favorable à ce placement en réponse, indique que face « aux tensions géopolitiques, au niveau élevé du déficit public et à la remontée du chômage, les ménages conserveront encore cette année un fort volant d’épargne de précaution dont profitera l’assurance vie ».
Au micro de Sud Radio, Philippe Crevel comment les résultats du Livret A en mars.
Cité dans le média Investir, Philippe Crevel relève que « le caractère anxiogène de la guerre au Moyen-Orient n’a pas eu d’effet important et, dans tous les cas, d’une ampleur moindre que celui constaté lors des précédents chocs (Covid, guerre en Ukraine, etc.) » sur la collecte du Livret A qui enregistre décollecte sur décollecte. Il précise par ailleurs qu’« avec un taux d’inflation qui atteint désormais 1,7 %, le rendement réel du Livret A redevient négatif«
Dans cet article consacré au Livret A, Philippe Crevel précise que les résultats décevants du premier trimestre 2026 tranchent avec les précédentes années.
Face à une reprise de l’inflation en lien avec le conflit au Proche-Orient, la rémunération des produits d’épargne réglementée sont appelés à être revalorisés le 1er août prochain. Pour Philippe Crevel, Directeur du Cercle de l’Épargne, le taux du Livret A, actuellement à 1,5 %, pourrait atteindre 2 % en cas d’enlisement de la sitatution.
Dans le journal Investir, Philippe Crevel est interrogé sur l’intérêt de conserver ou de souscrire un PEL dans le contexte actuel.
Face au risque d’enlisement de la guerre et ses effets économiques, Philippe Crevel évoque, dans le journal Le Monde, les conséquences possible en cas de forte inflation sur les marchés boursier et les différents placements (assurance vie, livret A, OAT…).
Enquête CECOP-IFOP pour Malakoff Humanis et le Cercle de l’Épargne
Plébiscitée par les salariés qui en bénéficient, l’épargne collective est perçue comme un dispositif particulièrement attractif au croisement de l’épargne et de la rémunération indirecte. Pour autant, derrière cet intérêt marqué, les mécanismes de l’épargne collective demeurent mal compris. L’étude conduite par le Centre d’études et de connaissances sur l’opinion publique (CECOP) et l’IFOP pour Malakoff Humanis et le Cercle de l’épargne décrypte ce paradoxe[1].
Ce qu’il faut retenir :
« L’épargne collective est un dispositif performant, dont le potentiel reste à exploiter. L’enjeu n’est plus de démontrer son intérêt mais de la rendre lisible et accessible. Adossée à l’entreprise, souvent abondée par l’employeur, elle peut aussi contribuer à la réduction des inégalités financières entre les hommes et les femmes, en contournant les mécanismes d’auto-censure qui freinent encore trop souvent les femmes dans leurs choix d’épargne. Ces solutions constituent un levier de rééquilibrage précieux », déclare Isabelle Le Bot, Directrice du domaine Epargne de Malakoff Humanis et Directrice générale de La France Mutualiste.
Plus des trois quarts des salariés ayant accès à un dispositif d’épargne collective (76 %) le considèrent comme le placement financier le plus intéressant. Pour l’ensemble des salariés, l’épargne collective se classe en deuxième position, derrière l’assurance-vie.
Longtemps perçue comme un complément de rémunération un peu abstrait, l’épargne collective change de nature. Elle s’inscrit désormais dans la hiérarchie des placements de long terme qui comptent et participe pleinement aux choix d’épargne des Français.
L’épargne collective est avant tout mobilisée comme un instrument d’épargne orienté vers le long terme. Lorsqu’ils perçoivent une prime d’intéressement ou de participation, 67 % des salariés choisissent de la placer (50 % sur un PEE et 17 % sur un dispositif retraite collectif). L’abondement de l’employeur et l’avantage fiscal jouent ici un rôle déterminant, orientant les flux vers des supports de long terme.
Ce choix traduit par ailleurs une évolution des comportements : la préférence pour l’épargne l’emporte sur la consommation immédiate.
La préparation de la retraite constitue désormais une motivation centrale (39 %) devant le financement d’un projet personnel (25%). L’épargne collective s’inscrit ainsi dans une logique de projection à long terme, en complément des dispositifs de retraite existants.
L’épargne collective dépasse aujourd’hui sa fonction initiale liée au partage de la valeur. Elle devient un véritable levier d’attractivité et de fidélisation pour les entreprises. C’est un critère important dans le choix d’une entreprise pour plus d’un salarié sur deux (51%), une proportion qui atteint 76 % parmi ceux qui en maîtrisent les mécanismes.
La connaissance et la maîtrise des dispositifs agit comme un amplificateur ; plus les salariés les comprennent, plus ils les intègrent dans leurs arbitrages professionnels. L’épargne collective devient ainsi un outil de politique sociale et un levier de compétitivité pour les entreprises.
Le succès de l’épargne collective s’accompagne toutefois d’un paradoxe. Si l’intérêt est réel, la compréhension demeure insuffisante :
Ce déficit d’information recoupe des clivages socioprofessionnels marqués : 44 % des cadres supérieurs déclarent bien connaître le PEE, contre 18 % des ouvriers. Or, la connaissance conditionne directement la confiance : 71 % des salariés bien informés font confiance aux organismes gestionnaires.
Les salariés n’attendent pas particulièrement des produits sophistiqués. Ils souhaitent surtout une meilleure lisibilité des rendements (41 %) et une clarification des supports d’investissement (32 %). En matière d’accompagnement, ils plébiscitent un conseil personnalisé et des outils digitaux dédiés.
Ce manque d’information freine non seulement l’appropriation des dispositifs par les salariés, mais également la capacité des entreprises à valoriser pleinement les avantages mis en place au bénéfice de leurs salariés.
L’épargne collective a changé de dimension. Elle n’est plus un simple complément de rémunération, mais un instrument structurant de préparation de la retraite et de partage de la valeur. Elle fait pleinement partie de l’épargne des ménages. Son développement pourrait être plus fort avec une amélioration de son appropriation qui passe par une plus large diffusion et un effort de communication accru au sein des entreprises.
Avec son positionnement autour de la clarté, Malakoff Humanis met en œuvre des actions spécifiques pour que les salariés puissent s’approprier les dispositifs d’épargne collective :
Centre d’études et d’information, le Cercle de l’Épargne mène des études à dimension économique et sociale et des actions de formation pour comprendre les grands enjeux de la protection sociale.
Malakoff Humanis est un acteur majeur de la protection sociale paritaire et mutualiste, à but non lucratif. Le Groupe accompagne entreprises et particuliers en santé, prévoyance, épargne et retraite complémentaire, guidé par sa raison d’être : Partager pour protéger.
En assurance, il protège 400 000 entreprises et près de 10 millions de personnes. En tant qu’institution de retraite complémentaire Agirc-Arrco, Malakoff Humanis gère les cotisations de plus de 7 millions d’actifs et verse 45 Md€ d’allocations à 6,3 millions de retraités.
Sur le plan social et sociétal, le Groupe accompagne ses clients fragilisés et est engagé sur le handicap, le cancer, le bien-vieillir et les aidants. Près de 200 M€ sont dédiés chaque année à ces actions.
Les fonds propres du Groupe représentent 11,3 Md€. La solidité financière et la performance du Groupe sont confirmées par une notation A+ attribuée depuis 4 ans par S&P Global Ratings et Fitch Ratings. Sur les plans extra-financiers, Malakoff Humanis figure parmi les 2% des entreprises les mieux notées au monde en matière de critères RSE (Ecovadis, niveau Gold – 81/100 en 2026). Enfin, Malakoff Humanis est certifié Top Employer France par le Top Employers Institute depuis 3 ans. www.malakoffhumanis.com
[1] Les Français et l’épargne collective : enquête réalisée en ligne du 30 janvier au 6 février 2026 auprès d’un échantillon représentatif de 1 021 salariés du secteur privé et du secteur public (hors fonction publique). La représentativité a été assurée selon la méthode des quotas après stratification par région. Le terrain a été confié à l’IFOP.
Pour en savoir plus :
Les dépôts à vue des particuliers en France sont passés de 78,1 milliards d’euros en décembre 1993 à 469,9 milliards en décembre 2025. L’augmentation est de 391,8 milliards, soit +501,7 %. L’encours a donc été multiplié par 6,0 en 32 ans. Le rythme moyen de progression ressort à +5,8 % par an.
Même en prenant en compte l’inflation, la progression est forte. Sur la période, l’inflation cumulée a atteint +65,9 %. En euros de 1993, les 469,9 milliards de fin 2025 valent donc environ 283,3 milliards. Même après correction de l’inflation, la hausse s’élève à +262,7 %, soit un encours réel multiplié par 3,6. L’essor des dépôts à vue ne relève pas d’un simple effet de prix mais d’un changement de comportement des ménages.
La comparaison avec le revenu disponible confirme cette évolution. Selon l’INSEE ; le pouvoir d’achat du revenu disponible brut des ménages, en indice base 100 en 1960, passe de 321,7 en 1993 à 546,1 en 2024. Cela correspond à une progression réelle de +69,8 % seulement sur la période, contre une hausse de +262,7 % des dépôts à vue en volume. La liquidité détenue sur les comptes courants a crû près de 3,8 fois plus vite que le revenu réel.
De 1993 à 2000, les dépôts passent de 78,1 à 107,7 milliards d’euros, soit +37,9 % en valeur et environ +25,7 % en termes réels. La hausse est nette, mais encore contenue. Entre 2 000 et 2008, l’encours passe à 193,2 milliards, soit +79,3 % en nominal et +53,8 % en réel. Entre 2008 et 2019, l’encours augmente vivement de 193,2 à 406,4 milliards, soit +110,4 % en nominal et +88,2 % en réel. C’est durant cette longue phase, marquée par la crise financière, les politiques monétaires très accommodantes et la compression des rendements sans risque, que la banalisation de la liquidité s’accélère.
La rupture la plus spectaculaire intervient néanmoins entre 2019 et 2022. En 3 ans, l’encours passe de 406,4 à 522,9 milliards d’euros, soit +28,7 %. Corrigée de l’inflation cumulée de la période, la hausse reste de +19,8 %. Cette poussée est cohérente avec le choc pandémique et ses suites. L’épargne forcée, la baisse des dépenses de consommation pendant les confinements et le maintien des revenus ont alimenté une accumulation de trésorerie sans précédent. Avec le retour de l’inflation entre 2022 et 2024, les dépôts à vue régressent légèrement avant de se stabiliser puis de légèrement augmenter en 2025.
.Le ratio entre dépôts à vue et revenu disponible brut annuel donne une mesure concrète de ce phénomène. En retenant l’encours moyen annuel, les dépôts à vue représentent environ 29,9 % du RDB en 2020, 31,8 % en 2021, 32,1 % en 2022, puis encore 28,0 % en 2023 et 25,3 % en 2024.

En 2023, l’Union européenne a enregistré 4,84 millions de décès parmi ses résidents. Cette mortalité demeure très largement dominée par les maladies de l’appareil circulatoire, à l’origine de 1,59 million de décès, soit 32,8 % de l’ensemble. Les cancers occupent la deuxième position avec 1,16 million de décès (23,9 %), suivis des maladies respiratoires qui ont entraîné 0,38 million de décès (7,8 %).
Derrière ce triptyque principal, d’autres causes contribuent de manière significative à la mortalité. Les causes externes de morbidité et de mortalité représentent 0,24 million de décès (5,0 %), tandis que les maladies de l’appareil digestif et les troubles mentaux et du comportement totalisent chacune 0,21 million de décès (respectivement 4,4 % et 4,3 %). Les maladies du système nerveux atteignent également 0,21 million de décès (4,3 %). Les maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques sont responsables de 0,17 million de décès (3,5 %), et la COVID-19 de 0,10 million (2,1 %).
À l’échelle de l’Union européenne, le taux de mortalité imputable aux maladies de l’appareil circulatoire s’établit à 313 décès pour 100 000 habitants en 2023. Ces pathologies recouvrent notamment les affections liées à l’hypertension artérielle, les maladies cardiaques ainsi que les atteintes des veines et des artères.
Les disparités territoriales demeurent particulièrement marquées. Les taux les plus élevés sont observés en Bulgarie, avec 923 décès pour 100 000 habitants, en Roumanie (787) et en Lettonie (726). À l’opposé, plusieurs pays d’Europe occidentale présentent des niveaux sensiblement plus faibles : la France (163), l’Espagne (200) et le Danemark (208) figurent parmi les États les moins touchés par ces pathologies. En France, la structure de la mortalité se distingue toutefois par la prééminence des cancers, qui constituent la première cause de décès.

Avec un taux d’épargne atteignant 18,3 % du revenu disponible brut en 2025, les ménages français figurent parmi les plus grands épargnants d’Europe. Cette abondance d’épargne alimente depuis longtemps un débat récurrent : les Français épargnent beaucoup, mais mal. De nombreux économistes estiment que la structure de leur patrimoine, largement orientée vers les placements sécurisés et l’épargne réglementée, traduirait un déficit d’éducation financière et une aversion excessive au risque, pénalisant à la fois les épargnants eux-mêmes et le financement de l’économie. Ce diagnostic, souvent repris dans le débat public, mérite pourtant d’être nuancé. La préférence pour les placements sûrs ne constitue ni une singularité française ni nécessairement le signe d’une mauvaise compréhension des mécanismes financiers. Elle s’inscrit aussi dans une histoire économique et institutionnelle particulière, marquée par le poids du système de retraite par répartition, par un cadre réglementaire protecteur et par une forte sensibilité collective aux risques patrimoniaux. L’évolution récente des comportements d’investissement invite d’ailleurs à relativiser l’idée d’une inertie des épargnants. La montée en puissance des placements boursiers, l’essor des ETF et l’arrivée d’une nouvelle génération d’investisseurs témoignent d’une transformation progressive du rapport des Français à l’épargne et au risque.
La loi relative aux plans d’épargne retraite, dite loi Thomas du 25 mars 1997 demeure une grande occasion manquée pour la France tant sur le plan des retraites que sur celui du financement de l’économie européenne et plus particulièrement française. Cette loi intervient quelques années après l’adoption du Livre blanc sur les retraites de Michel Rocard. Elle visait à instituer en France un troisième pilier fondé sur la capitalisation, complémentaire du système par répartition. Son abandon, à la faveur de l’alternance politique de 1997, engagea, de manière silencieuse mais durable, une trajectoire différente pour l’économie française. Certes, en 2003 avec la loi Fillon puis en 2019 avec la loi PACTE, le législateur instaura des produits d’épargne retraite mais dont l’ambition était bien moindre par rapport à celle qui était inscrite dans la loi Thomas. Si Lionel Jospin n’avait pas décidé d’enterrer la réforme Thomas, où en seraient notre système de retraite et l’économie française ?
Les retraités représentent, en France, un peu plus d’un tiers des ménages (36,2 %), mais détiennent, selon l’INSEE près de 38,5 % du patrimoine brut total (enquête patrimoine 2021). En moyenne, un ménage retraité dispose en 2021 d’un patrimoine brut de 336 900 euros, légèrement supérieur à celui des actifs (328 700 euros). Mais cette apparente proximité masque une divergence fondamentale : une fois l’endettement pris en compte, l’écart devient est plus marqué.
Le patrimoine net atteint 309 900 euros pour les retraités, contre 240 000 euros pour les actifs, soit un différentiel de près de 70 000 euros, équivalant à +29 %. Cette supériorité ne résulte pas d’une accumulation plus rapide mais d’un phénomène plus simple et plus décisif : la disparition progressive de la dette. Les retraités, ayant soldé l’essentiel de leurs emprunts immobiliers, ne supportent plus qu’un endettement résiduel de 6 700 euros en moyenne, quand les actifs restent exposés à hauteur de près de 69 000 euros. La richesse des retraités est ainsi une richesse consolidée, débarrassée du levier du crédit, stabilisée dans ses composantes.
Le patrimoine des retraités reste dominé par la pierre. Ils sont, en effet, pour plus de 73 % d’entre eux propriétaires de leur résidence principale. L’immobilier représente 64 % du patrimoine total, soit environ 216 000 euros en moyenne, un niveau légèrement supérieur à celui des actifs (201 000 euros). Cette prééminence immobilière traduit à la fois une stratégie patrimoniale de long terme et une protection contre les aléas financiers.
Les retraités sont également investis sur les produits financiers. Ils détiennent en moyenne 91 000 euros d’actifs financiers, contre 56 000 euros pour les actifs, soit un écart de +63 %. Leur patrimoine est ainsi plus diversifié, avec une part financière atteignant 27 %, contre 17 % seulement pour les actifs.
Cet écart a plusieurs origines. D’une part, la liquidation du patrimoine professionnel lors du passage à la retraite se traduit souvent par une transformation en actifs financiers ou immobiliers. D’autre part, la réception d’héritages, plus fréquente à des âges avancés, vient alimenter le stock de capital financier. Enfin, la stabilisation des besoins de consommation permet une accumulation continue d’épargne liquide ou investie en fin de carrière professionnelle et durant la première partie de la retraite. Le taux d’épargne des retraités est, en France, supérieur à celui de l’ensemble de la population.
Entre 1998 et 2021, le patrimoine brut moyen des ménages a été multiplié par 2,5 en euros courants. Cette progression spectaculaire s’est opérée en deux temps.
La première phase, de 1998 à 2010, correspond à un véritable âge d’or patrimonial. Le patrimoine a presque doublé, porté à plus de 70 % par la hausse des prix immobiliers. L’accès au crédit, la baisse des taux d’intérêt et la valorisation continue du foncier ont permis une accumulation rapide, particulièrement favorable aux générations aujourd’hui retraitées.
La seconde phase, de 2010 à 2021, marque un ralentissement : la progression n’est plus que de 20 % pour les retraités et 23 % pour les actifs. L’immobilier continue de jouer un rôle moteur, mais la dynamique s’essouffle, tandis que le patrimoine professionnel se stabilise, voire recule pour les retraités.
En 1998, le pic patrimonial était atteint vers 55 ans. En 2010, c’était à 60 ans. Maintenant, il se situe au-delà de 65 ans. La richesse ne décroît plus immédiatement après la retraite ; elle se maintient, voire continue de croître.
Le patrimoine financier continue d’augmenter jusqu’à environ 70 ans, avant de se stabiliser. L’immobilier, quant à lui, ne commence à diminuer qu’après 75 ans, âge auquel les dépenses liées à la dépendance deviennent significatives. Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs : la relative générosité du système de retraite, la prise en charge des dépenses de santé, la volonté de transmission et le report de l’âge des héritages. Elle traduit une transformation profonde du rapport à l’épargne : celle-ci n’est plus seulement un outil de consommation différée, mais un instrument de sécurisation et de transmission.
Si les retraités apparaissent globalement plus homogènes que les actifs, les inégalités patrimoniales demeurent importantes. Les 10 % les plus riches détiennent 42 % du patrimoine, contre 51 % chez les actifs, signe d’une concentration moindre mais toujours élevée. Le patrimoine médian des retraités s’établit à 217 900 euros, soit 1,3 fois celui des actifs (173 200 euros). En haut de la distribution, les écarts se resserrent. Les 10 % des retraités les plus riches disposent d’au moins 718 400 euros, un niveau légèrement inférieur à celui des actifs les plus aisés (751 800 euros).
Le patrimoine reste profondément structuré par la trajectoire professionnelle. Les anciens cadres et professions libérales disposent en moyenne de 630 000 euros, soit près du double de la moyenne des retraités. Leur patrimoine est plus diversifié, avec une part financière atteignant 30 %.
Les anciens indépendants présentent également des patrimoines élevés, souvent constitués autour de leur outil de travail. Leur patrimoine moyen avoisine 488 000 euros, avec une composante professionnelle encore significative (11 %).
À l’inverse, les anciens salariés non-cadres – employés et ouvriers – disposent de patrimoines plus modestes, fortement concentrés sur l’immobilier, qui représente jusqu’à 71 % de leur richesse.
La structure familiale joue un rôle déterminant dans l’accumulation patrimoniale. Les couples retraités disposent en moyenne de 473 700 euros, contre 229 900 euros pour les personnes seules. Le patrimoine est ainsi divisé par deux en l’absence de vie conjugale, traduisant l’importance des économies d’échelle et de la double capacité d’épargne.
Le nombre d’enfants influe également sur la constitution du patrimoine. Les ménages ayant eu 2 enfants présentent les niveaux les plus élevés (363 500 euros en moyenne), tandis que ceux ayant 4 enfants ou plus voient leur patrimoine diminuer (289 300 euros), signe des contraintes budgétaires associées à la taille de la famille.
Les trajectoires diffèrent également selon le genre. Les femmes seules avec enfants disposent d’un patrimoine inférieur d’environ 20 % à celles sans enfant, illustrant les effets cumulatifs des inégalités professionnelles et familiales.
Les ménages ayant reçu un héritage disposent d’un patrimoine moyen de 442 000 euros, contre 238 000 euros pour les autres, soit un écart de près du simple au double. Environ 30 % des individus ont hérité au cours de leur vie, proportion qui atteint 53 % après 70 ans. Parmi les 10 % les plus riches, 44 % ont reçu un héritage, et 62 % lorsqu’ils cumulent haut patrimoine et haut niveau de vie. Les donations, plus encore que les héritages, accentuent ces écarts : elles concernent 43 % des ménages les plus aisés, contre 18 % en moyenne.
Avec le vieillissement de la population, le nombre de décès est amené de s’accroître et avec lui celui des héritages. Cette évolution renforcera la concentration du capital et les inégalités. Les héritages intervenant de plus en plus tard ; ce sont des retraités qui bénéficieront du patrimoine de leurs parents. Le risque est que ce capital soit placé de manière peu dynamique ce qui ne favorisera pas la croissance de l’économie.
En France, le système de retraite par répartition demeure l’un des piliers du modèle social. Chaque année, les statistiques de l’Assurance retraite offrent une radiographie précise de cette institution centrale. L’édition 2025 confirme une tendance lourde : le régime général continue de s’étendre sous l’effet conjuguEn France, le système de retraite par répartition demeure l’un des piliers du modèle social. Chaque année, les statistiques de l’Assurance retraite offrent une radiographie précise de cette institution centrale. L’édition 2025 confirme une tendance lourde : le régime général continue de s’étendre sous l’effet conjugué du vieillissement démographique, de l’arrivée progressive des générations du baby-boom à la retraite et de l’allongement de la durée de vie.
Les données publiées par l’Assurance retraite illustrent la transformation silencieuse mais profonde de la société française : une société où les retraités occupent désormais une place croissante, tant en nombre qu’en poids économique.
À la fin de l’année 2024, l’Assurance retraite verse une pension à près de 15,4 millions de retraités au titre du régime général. Ce chiffre, en augmentation régulière depuis plusieurs décennies, témoigne du basculement démographique engagé depuis le début des années 2000.
Dans les années 1980, le régime général comptait moins de dix millions de pensionnés. En l’espace de quarante ans, leur nombre a donc progressé de plus de 5 millions. Cette croissance résulte principalement de l’arrivée à l’âge de la retraite des générations nées après la Seconde Guerre mondiale, générations particulièrement nombreuses.
Si le rythme d’augmentation s’est légèrement atténué depuis quelques années, la tendance reste orientée à la hausse. La France poursuit ainsi sa transition vers une société vieillissante, caractérisée par un rapport de plus en plus étroit entre actifs cotisants et retraités bénéficiaires.
En 2024, près de 652 000 nouvelles pensions personnelles ont été attribuées par le régime général. Ce flux d’entrées demeure élevé, même si la réforme des retraites de 2023, qui relève progressivement l’âge légal de départ à 64 ans, commence à produire ses effets.
Les départs en retraite ne sont toutefois pas uniquement déterminés par l’âge légal. Ils dépendent également des dispositifs de départ anticipé, notamment :
Ces mécanismes contribuent à maintenir un flux de nouveaux retraités important malgré les réformes successives.
Ces mécanismes contribuent à maintenir un flux de nouveaux retraités important malgré les réformes paramétriques successives.
À ces nouvelles pensions personnelles s’ajoutent plus de 200 000 pensions de réversion, confirmant l’importance persistante de ce mécanisme de solidarité conjugale dans le système français.
Les statistiques de l’Assurance retraite indiquent que l’âge moyen de départ à la retraite s’établit autour de 63,6 ans pour les nouveaux retraités du régime général.
Depuis le début des années 2000, cet âge moyen a progressivement augmenté. Il était proche de 61 ans au début de la décennie 2010. L’évolution résulte principalement des réformes successives qui ont relevé :
Cette remontée reste cependant modérée. Elle témoigne de l’importance persistante des dispositifs permettant des départs anticipés, notamment pour les assurés ayant commencé à travailler très jeunes. L’âge moyen effectif demeure ainsi inférieur à l’âge légal qui atteindra progressivement
L’Assurance retraite souligne également l’élévation continue de l’âge moyen des pensionnés. Celui-ci atteint désormais plus de 75 ans. Cette progression reflète l’amélioration de l’espérance de vie observée depuis plusieurs décennies. Même si les gains de longévité ont ralenti depuis la crise sanitaire, les retraités vivent en moyenne plus longtemps et perçoivent donc leur pension sur une durée plus étendue. Ce phénomène a des implications financières majeures. Dans un système par répartition, l’allongement de la durée de retraite augmente mécaniquement la charge globale du système, sauf à relever l’âge de départ ou à augmenter les ressources.
Les statistiques du régime général confirment la féminisation croissante de la population retraitée.
Cette transformation résulte de deux dynamiques :
Le régime général demeure de très loin le principal régime de retraite en France. Il couvre l’immense majorité des salariés du secteur privé et constitue la base du système français.
Son rôle central s’explique par la structure même du marché du travail français. La majorité des actifs relève en effet du salariat privé, ce qui confère au régime général un poids démographique et financier considérable. À ce régime de base s’ajoutent les régimes complémentaires obligatoires, notamment l’Agirc-Arrco, qui complètent la pension versée par l’Assurance retraite.
Les chiffres de l’Assurance retraite publiés en 2025 confirment :
Dans les décennies à venir, le rapport entre cotisants et retraités continuera de se dégrader avec l’augmentation du nombre de retraités qui pour le régime général atteindra 19 millions en 2050.

La suspension partielle de la réforme des retraites introduit un ajustement non négligeable des paramètres d’âge pour les générations immédiatement situées à l’interface du basculement législatif. À compter du 1er septembre 2026, près de 2,2 millions d’assurés nés entre 1964 et 1968 seraient concernés. L’effet moyen est d’ampleur limitée – de l’ordre de 3 mois – mais son incidence agrégée est loin d’être marginale.
Le premier impact concerne le recalibrage du triptyque âge légal – durée d’assurance – taux plein. Pour la génération 1964, l’âge d’ouverture des droits serait ramené à 62 ans et 9 mois avec une durée d’assurance de 170 trimestres, contre 63 ans et 171 trimestres dans le dispositif antérieur. Le mouvement est similaire pour le début de la génération 1965 : les assurés nés entre janvier et mars pourraient liquider leurs droits à 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres, alors qu’ils relevaient initialement d’un âge de 63 ans et 3 mois avec 172 trimestres.
Pour les générations 1966 à 1968, l’ajustement est homogène : un décalage de 3 mois de l’âge légal, sans remise en cause de la trajectoire de convergence vers 64 ans. Les assurés nés à partir de 1969 demeurent, à ce stade, soumis au régime cible, soit 64 ans et 172 trimestres. La mesure s’apparente ainsi à une correction paramétrique ciblée, concentrée sur un segment restreint de la pyramide des âges.
Sur les 2,2 millions d’assurés concernés, environ 1,2 million pourraient avancer leur départ d’environ 3 mois. Pour près d’un million d’entre eux, l’effet ne se limite pas au calendrier ; il concerne également le niveau de pension. L’amélioration, modeste mais réelle, procède d’un mécanisme classique : abaissement de la durée d’assurance requise facilitant l’accès au taux plein, atténuation de la décote et, pour certains profils, déclenchement plus précoce de la surcote. À paramètres inchangés de salaire de référence, quelques trimestres peuvent produire un différentiel de pension non négligeable.
Le dispositif ne se limite pas aux assurés relevant du droit commun. Les bénéficiaires du mécanisme de retraite anticipée pour carrière longue sont également intégrés dans ce recalage. Les assurés nés entre 1964 et 1968 ayant validé 5 trimestres avant 20 ans (4 pour les naissances en fin d’année) voient leurs conditions d’ouverture des droits ajustées dans les mêmes proportions. Pour la génération 1964, l’âge de départ anticipé serait fixé à 60 ans et 3 mois avec 170 trimestres, contre 60 ans et 6 mois et 171 trimestres précédemment. Là encore, le gain est de 3 mois, mais il intervient sur des trajectoires de carrière longue où la sensibilité aux paramètres est élevée.
Au total, la mesure illustre un point récurrent du système français : la forte élasticité sociale et politique des paramètres d’âge. Un ajustement de quelques mois, circonscrit à 5 générations, affecte plus de 2 millions d’assurés et modifie, à la marge mais de manière tangible, les flux de départ et les niveaux de pension.
Ce type de correction met en évidence la nature profondément paramétrique du système de retraite. À défaut de réforme systémique, l’équilibre repose sur des ajustements successifs de l’âge, de la durée d’assurance et des modalités de calcul. Chaque modification, même limitée, agit comme un révélateur : celui d’un système où la frontière entre soutenabilité financière et acceptabilité sociale se joue souvent à quelques trimestres près.
La loi introduit également un assouplissement du dispositif de départ anticipé pour carrière longue. Jusqu’à présent, les trimestres accordés au titre des enfants – 4 pour la naissance et 4 pour l’éducation – ne pouvaient pas être pris en compte pour remplir les conditions de durée d’assurance requises pour ce dispositif.
À compter du 1er septembre 2026, les mères pourront désormais intégrer jusqu’à 2 trimestres liés aux enfants dans le calcul de la durée d’assurance permettant d’accéder à ce mécanisme de départ anticipé. Cette évolution vise à limiter les effets défavorables des interruptions de carrière liées à la maternité dans l’accès aux dispositifs de retraite anticipée.
Selon les projections de l’Assurance retraite, cette modification pourrait permettre à environ 12 000 assurées supplémentaires chaque année de bénéficier du dispositif de départ anticipé pour carrière longue.
Ces ajustements illustrent la volonté des pouvoirs publics de réduire une partie des écarts de pension entre les femmes et les hommes, écarts qui demeurent importants en France en raison de différences persistantes de carrière, de rémunération et de durée d’activité. Même si les gains individuels restent mesurés, ces mesures constituent une tentative d’adaptation du système de retraite aux réalités des parcours professionnels contemporains.
Le montant maximal de pension est rarement au cœur des débats publics. Il est pourtant révélateur de la nature même du système français : un dispositif qui protège, mais qui borne ; qui assure, mais qui ne promet pas la reproduction des niveaux de vie les plus élevés.
Dans le régime général, la règle est simple et, en un sens, brutale : la pension de base est plafonnée à 50 % du plafond annuel de la Sécurité sociale. En 2026, avec un plafond mensuel fixé à 4 005 euros, le maximum théorique s’établit à 2 002,50 euros par mois, soit 24 030 euros par an. Ce plafond ne concerne que les pensions liquidées à partir de cette date et suppose une carrière complète au taux plein. En pratique, peu d’assurés l’atteignent.
Ce niveau, modéré au regard des standards de rémunération des cadres, n’est pas le fruit du hasard. Il traduit un choix ancien : celui de dissocier partiellement le montant de la retraite des revenus d’activité. Le régime de base n’a jamais eu vocation à être proportionnel à l’infini. Il s’arrête volontairement en chemin.
Ce plafonnement produit un effet immédiat sur les taux de remplacement. Pour un salarié rémunéré autour du plafond de la Sécurité sociale, la pension de base peut représenter près de la moitié du revenu antérieur. Pour un cadre percevant 2, trois ou 4 fois ce plafond, la proportion chute rapidement. Le système devient de moins en moins assurantiel à mesure que les revenus augmentent.
La retraite complémentaire, en particulier celle gérée par l’AGIRC-ARRCO, corrige en partie cette rupture. Elle introduit une relation plus étroite entre cotisations et droits, via un système de points. Mais là encore, la progression n’est pas illimitée. Les salaires pris en compte pour cotiser sont plafonnés à huit fois le plafond annuel de la Sécurité sociale. En 2026, cela correspond à 384 480 euros de revenus annuels. Au-delà, les cotisations n’ouvrent plus de droits nouveaux.
Il n’existe donc pas de plafond explicite de pension dans le régime complémentaire, mais une limite d’assiette qui produit un effet équivalent. Le rendement du système devient nul pour les très hauts revenus. Le message est clair : la retraite obligatoire a une borne, même si elle n’est pas toujours affichée.
L’articulation entre ces 2 mécanismes – plafond de prestation pour la base, plafond de cotisation pour la complémentaire – dessine une frontière. En deçà, le système fonctionne selon une logique contributive encadrée. Au-delà, il s’efface progressivement.
Cette frontière a des conséquences concrètes. Elle explique, en grande partie, le développement de l’épargne retraite individuelle et collective. Pour les cadres supérieurs et les dirigeants, le système obligatoire ne permet pas de maintenir le niveau de vie antérieur. Il impose de compléter par d’autres canaux – PER, assurance vie, dispositifs d’entreprise.
Le plafond joue ainsi un rôle de signal économique. Il oriente les comportements d’épargne sans passer par la contrainte. Il organise une complémentarité implicite entre répartition et capitalisation.
Sa revalorisation annuelle, indexée sur l’évolution des salaires, en modifie les contours à la marge. Après +1,6 % en 2025 et +2 % en 2026, le plafond progresse, mais sans rupture. La pension maximale de base suit ce mouvement, sans que cela change la logique d’ensemble : celle d’un système qui garantit un socle, mais qui n’accompagne pas indéfiniment la montée des revenus.
Au fond, le montant maximal de pension n’est pas seulement une donnée technique. C’est une ligne de partage. Il dit jusqu’où va la solidarité collective, et à partir de quel niveau elle laisse place à d’autres mécanismes. En France, cette ligne est basse en apparence, mais cohérente avec une tradition qui privilégie la redistribution à la stricte proportionnalité.
En France, l’encours de l’épargne financière des ménages dépasse 6 000 milliards d’euros selon la Banque de France. Celle-ci est répartie entre une multitude de supports : livrets, comptes-titres, assurance vie, plans d’épargne entreprise, plans d’épargne en actions, plans d’épargne retraite, etc.
Cette profusion, fruit des évolutions successives du cadre législatif et fiscal, a son revers. Des épargnants peuvent oublier l’existence de certains produits, à l’occasion notamment de déménagements ou de changements d’employeur. De même, en raison d’informations incomplètes ou non actualisées, les bénéficiaires de contrats d’assurance vie peuvent être difficiles à identifier.
Plusieurs milliards d’euros seraient ainsi non réclamés ou en déshérence. Depuis une dizaine d’années, le législateur a renforcé les dispositifs visant à permettre à chacun de récupérer les sommes qui lui reviennent.
Jusqu’au début des années 2010, la gestion des avoirs non réclamés reposait largement sur les pratiques internes des établissements financiers. La loi Eckert du 13 juin 2014, entrée en vigueur le 1er janvier 2016, a instauré un cadre homogène pour ces avoirs.
Elle impose aux banques et aux assureurs :
Depuis son entrée en vigueur, les établissements sont tenus d’assurer un suivi effectif des comptes et contrats qu’ils gèrent. À ce titre, ils doivent :
Ce délai est en principe de 10 ans à compter de la dernière opération ou manifestation du client. Pour les plans d’épargne logement, il est porté à 20 ans.
En cas de décès du titulaire d’un compte bancaire, ce délai est ramené à 3 ans. En revanche, pour les contrats d’assurance vie, le délai reste de 10 ans après la connaissance du décès.
Une fois les fonds transférés à la CDC, les titulaires ou leurs ayants droit disposent d’un délai de 20 ans pour les réclamer. Au-delà, soit 30 ans au total, les sommes sont définitivement acquises à l’État.
L’Association pour la gestion des informations sur le risque en assurance (AGIRA) est une structure mise en place par le secteur de l’assurance afin de faciliter la recherche des bénéficiaires de contrats d’assurance vie. Elle est opérationnelle depuis le 1er mai 2006.
Toute personne — héritier, proche ou tiers — estimant pouvoir être bénéficiaire d’un contrat peut la saisir.
La demande, accompagnée d’un acte de décès, est transmise dans un délai de quinze jours à l’ensemble des assureurs, qui doivent vérifier l’existence éventuelle d’un contrat et, le cas échéant, contacter directement le bénéficiaire.
Dès lors que l’assureur a connaissance du décès et des coordonnées du bénéficiaire, il doit le prévenir dans un délai de quinze jours et procéder au versement des capitaux dans un délai d’un mois après réception des pièces nécessaires.
Après le décès, l’assureur conserve les fonds et doit activement rechercher les bénéficiaires. Si, au terme de dix ans, ceux-ci n’ont pas été identifiés ou ne se sont pas manifestés, les capitaux sont transférés à la Caisse des Dépôts et Consignations. Ce transfert marque un changement de nature : l’épargne quitte la sphère assurantielle pour relever d’une gestion publique conservatoire.
En l’absence de réclamation pendant vingt années supplémentaires, soit trente ans après le décès, les sommes deviennent définitivement acquises à l’État.
Afin de faciliter la restitution des avoirs transférés, la Caisse des Dépôts a mis en place un service en ligne gratuit : Ciclade.
Ce service permet de rechercher les sommes issues :
Selon les données publiées par la Caisse des Dépôts, le dispositif monte en puissance. En 2025, près de 200 000 dossiers ont donné lieu à une restitution positive, aboutissant à 174 000 paiements pour un total de 164,4 millions d’euros, en hausse de 8 % sur un an.
Le montant moyen restitué, proche de 943 euros, illustre la diversité des situations, du simple livret oublié à des contrats plus significatifs.
Depuis son lancement, Ciclade a permis de restituer plus d’un milliard d’euros. Dans le même temps, les établissements financiers continuent d’alimenter le dispositif : en 2025, ils ont transféré 671 millions d’euros correspondant à plus de 750 000 comptes.
Au total, près de 10 milliards d’euros ont été confiés à la Caisse des Dépôts depuis l’entrée en vigueur de la loi. Lorsque les fonds ne sont pas réclamés dans le délai de trente ans, ils sont définitivement reversés à l’État.
Le champ de la déshérence a été étendu aux produits d’épargne retraite. La loi du 26 février 2021 a introduit une obligation pour les gestionnaires de transmettre chaque année au GIP Union Retraite les informations nécessaires à l’identification des bénéficiaires.
Elle renforce également l’information des salariés lors de leur départ de l’entreprise, afin de limiter les situations de déshérence.
Sont concernés :
Comme pour les autres produits, les fonds sont transférés à la Caisse des Dépôts après dix ans d’inactivité, puis peuvent être réclamés pendant vingt ans. Au terme de trente ans, ils deviennent définitivement propriété de l’État.
La prime de partage de la valeur (PPV) s’est imposée en quelques années comme un instrument hybride, à mi-chemin entre rémunération immédiate et épargne salariale différée. Sa simplicité apparente, son régime fiscal et social, en constante évolution depuis 2022, en fait un outil d’optimisation à la fois pour les entreprises et pour les salariés, à condition d’en maîtriser les ressorts.
D’une prime exceptionnelle à un instrument structuré de politique salariale
Issue de la « prime Macron » introduite après la crise des Gilets jaunes, la PPV a été pérennisée par la loi du 16 août 2022, puis intégrée dans un dispositif plus large par la loi du 29 novembre 2023 relative au partage de la valeur. Elle peut être versée par toutes les entreprises, sans obligation de substitution à un dispositif existant, mais avec une incitation croissante à l’articuler avec l’intéressement, la participation et l’épargne salariale.
Son plafond annuel est fixé à :
La prime peut être fractionnée et modulée selon des critères objectifs (rémunération, classification, durée de présence, etc.), mais elle ne peut se substituer à un élément de rémunération existant.
Un régime social favorable
Le régime social de la PPV constitue l’un de ses principaux attraits.
Dans toutes les entreprises, la PPV est exonérée de cotisations sociales patronales et salariales (maladie, vieillesse, chômage, etc.).
La prime est néanmoins soumise à la CSG et à la CRDS, au taux global de 9,7 %.
La PPV est totalement exonérée de forfait social, quelle que soit la taille de l’entreprise ou la situation du salarié. Cette exonération s’applique :
Cette règle constitue un avantage significatif par rapport aux dispositifs classiques d’épargne salariale, pour lesquels le forfait social peut subsister, notamment sur l’abondement dans les entreprises d’au moins 50 salariés.
Au total, la PPV demeure, dans tous les cas, nettement moins chargée qu’un salaire classique.
Une fiscalité désormais normalisée, avec une exception transitoire
Depuis le 1er janvier 2024, la PPV est, en principe, imposable à l’impôt sur le revenu et intégrée au revenu imposable comme un complément de rémunération.
Toutefois, une exception subsiste : dans les entreprises de moins de 50 salariés, pour les salariés dont la rémunération est inférieure à 3 fois le SMIC, la prime peut encore être exonérée d’impôt sur le revenu. Ce régime transitoire est maintenu jusqu’en 2026.
Le véritable levier : l’affectation à l’épargne salariale (PEE / PERCOL)
Le législateur a introduit la possibilité d’affecter la prime, en tout ou partie, à un plan d’épargne salariale, transformant un revenu immédiat en capital différé.
Affectation à un PEE
Lorsque la PPV est versée sur un plan d’épargne entreprise (PEE) :
En contrepartie, les sommes sont bloquées pendant 5 ans, sauf cas de déblocage anticipé.
À la sortie, les gains sont exonérés d’impôt sur le revenu mais soumis aux prélèvements sociaux (17,2 %).
Affectation à un PERCOL
Lorsque la PPV est affectée à un plan d’épargne retraite collectif (PERCOL) :
Les sommes sont, en principe, bloquées jusqu’à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé (notamment acquisition de la résidence principale ou accidents de la vie).
En cas de sortie, le capital est exonéré d’impôt sur le revenu, les gains sont soumis aux prélèvements sociaux (17,2 %). En cas de sortie en rente, c’est le régime des rentes viagères à titre onéreux qui s’applique. Avec une prise en compte de l’âge du titulaire au moment de la liquidation.
Fiscalité des rentes viagères (PERCOL – compartiment épargne salariale)
| Âge à la liquidation | Fraction imposable |
| < 50 ans | 70 % |
| 50 – 59 ans | 50 % |
| 60 – 69 ans | 40 % |
| ≥ 70 ans | 30 % |
Cette fraction est soumise au barème de l’impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux.
Une optimisation différenciée selon les profils
Pour un salarié imposé dans une tranche marginale élevée (30 % ou plus), l’intérêt de l’affectation à un PEE ou à un PERCOL est particulièrement marqué, en raison de l’exonération d’impôt sur le revenu à l’entrée.
À l’inverse, pour les salariés faiblement imposés ou éligibles au régime dérogatoire, le versement immédiat peut conserver tout son intérêt.
Un instrument au cœur des stratégies de rémunération
La PPV s’inscrit désormais pleinement dans les politiques de rémunération globale. À mi-chemin entre salaire, intéressement et épargne salariale, elle offre aux entreprises un levier souple d’ajustement des revenus, tout en ouvrant aux salariés des possibilités d’arbitrage entre consommation immédiate et capitalisation.
Pour l’entreprise, la PPV constitue un outil d’une grande efficacité avec un coût maîtrisé (absence de cotisations sociales) et une grande souplesse (pas d’engagement pérenne). Il est possible de flécher vers l’épargne salariale. Pour le salarié, elle offre une alternative entre revenu immédiat et constitution d’un patrimoine financier, avec un avantage fiscal réel en cas de placement.
La montée en puissance de la PPV participe d’un mouvement plus large de transformation de la rémunération en France. La frontière entre salaire, épargne et participation aux résultats tend à s’estomper.
En 2025, les encours de l’épargne salariale atteignent, selon l’Association Française de Gestion, 229,4 milliards d’euros, en progression de 14,7 % sur un an. Depuis la crise financière de 2008, cette épargne a connu une croissance moyenne annuelle de 7,1 %, rythme supérieur à celui de nombreux placements traditionnels. En 2025, 442 000 entreprises proposent un PEE et/ou un PER, soit + 26 000 sur un an. 403 000 entreprises offrent un plan d’épargne entreprise (soit + 24 700 sur un an) et 262 000 un plan d’épargne retraite collectif (soit + 21 800 sur un an).
13,2 millions de salariés disposent d’un compte d’épargne salariale, soit + 402 000 sur un an. Près de 6 millions de salariés ont épargné sur le PERCO pour un montant moyen de 3 900 euros. Plus d’un tiers des Français âgés de 20 à 60 ans en sont désormais détenteurs. Cette diffusion témoigne de l’efficacité des mécanismes de partage de la valeur. Les inégalités d’accès persistent, notamment entre grandes entreprises et PME, et entre catégories socioprofessionnelles.
Les versements de l’épargne salariale se sont, en 2025, élevés à :

Les montants issus de la participation et de l’intéressement atteignent chacun 2 000 euros en moyenne.
En 2025, les fonds actions enregistrent des flux nets de +2,3 milliards d’euros, en progression continue depuis 2021. Les fonds mixtes (+1,4 milliard d’euros) et obligataires (+0,9 milliard d’euros) suivent une trajectoire similaire.
Les supports monétaires, bien que toujours positifs (+1,4 milliard d’euros), jouent désormais un rôle plus marginal. À l’inverse, l’actionnariat salarié connaît des sorties nettes significatives (-3,6 milliards d’euros), conséquence de prises de bénéfices après plusieurs années de hausse des marchés.
La collecte brute atteint 23,4 milliards d’euros, en progression de 1,7 milliard par rapport à 2024. Elle se répartit entre participation (6,3 milliards d’euros), intéressement (7,3 milliards d’euros), versements volontaires (4,9 milliards d’euros) et abondement (4,7 milliards d’euros). À ces flux s’ajoutent des contributions plus récentes, telles que la prime de partage de la valeur.
La hausse des rachats, à 21 milliards d’euros, traduit une utilisation plus active de cette épargne. Les déblocages anticipés, qui représentent 36 % des rachats (7,6 milliards d’euros), sont principalement motivés par la mobilité professionnelle et l’acquisition ou l’agrandissement de la résidence principale (26 % des cas et 39 % des montants).
Les fonds diversifiés, qui atteignent désormais 144 milliards d’euros, concentrent 63 % des encours. Leur croissance annuelle de 11 % traduit une préférence accrue pour des supports hybrides, conciliant rendement et maîtrise du risque.
L’analyse de la structure des actifs depuis 2013 met en évidence un basculement progressif. La part des supports monétaires, historiquement dominante dans un environnement de taux faibles et d’aversion au risque, s’érode, passant de 21 % à 15 % en 2025. Ce recul s’inscrit dans un mouvement plus large de désaffection pour les placements à faible rendement réel, d’autant plus marqué dans un contexte de retour de l’inflation.
À l’inverse, les fonds actions voient leur poids progresser de manière significative, de 10 % à 17 % sur la période. Les fonds mixtes, qui offrent un compromis entre sécurité et performance, passent quant à eux de 19 % à 22 %. Cette évolution ne relève pas d’un simple ajustement tactique ; elle traduit une montée en compétences des épargnants et une diffusion progressive de la culture financière.

Au-delà de sa dynamique interne, l’épargne salariale se distingue par sa contribution directe au financement de l’économie productive. 64 % des actifs sont investis en actions et 12 % en obligations d’entreprises, soit 76 % de l’encours orienté vers les entreprises.

83 % des encours sont investis en zone euro et 57 % en France. La proportion atteint 66 % pour les actions cotées en France. L’épargne salariale contribue ainsi, de manière diffuse mais réelle, à la souveraineté économique nationale.

La gestion pilotée fondée sur une allocation évolutive des actifs en fonction de l’horizon de placement et du profil de risque connaît un véritable essor. Elle répond à une double exigence : sécuriser progressivement les encours à l’approche de la retraite, tout en maximisant leur rendement en phase d’accumulation.
En 2025, les encours en gestion pilotée atteignent 15,5 milliards d’euros, en hausse de 16,7 %, et représentent 40 % des encours d’épargne retraite collective. Plus des 2/3 des porteurs de PER collectifs y ont recours, signe d’une adoption désormais massive.
L’analyse par tranche d’âge révèle une diffusion différenciée mais cohérente avec les principes de la finance de cycle de vie. Chez les moins de 30 ans, 49 % des encours sont en gestion pilotée, contre 35 % pour les plus de 60 ans. Cette proportion élevée chez les jeunes traduit une acceptation accrue du risque, rendue possible par un horizon de placement long. Elle se traduit concrètement par une forte exposition aux actifs risqués : 87 % des encours des moins de 30 ans en gestion pilotée sont investis en fonds orientés actions.
Les performances observées sur longue période confirment la pertinence de cette approche. Sur quinze ans, la gestion pilotée offre des résultats significatifs :
En termes annualisés, ces performances s’établissent respectivement à 2,3 %, 3,9 % et 5,3 %.
Sur dix ans, les rendements annualisés s’échelonnent de 1,8 % à 4,8 %, et sur 5 ans de 1,8 % à 5,4 %. Ces chiffres, bien que modestes en apparence, prennent tout leur sens dans une perspective de capitalisation. Ils confirment que la durée demeure le principal allié de l’épargnant.
Les encours de l’épargne retraite collective atteignent 39 milliards d’euros, en progression de 14,2 %, soutenus par une collecte nette de 2,8 milliards d’euros.
Les PER collectifs s’imposent progressivement comme le produit de référence, représentant 82 % des encours. Cette évolution s’inscrit dans le prolongement de la loi Pacte, qui a simplifié l’offre et renforcé les incitations. Elle traduit surtout la forte inquiétude des salariés en ce qui concerne leur niveau de vie à la retraite. Selon une enquête du Cercle de l’Épargne de 2025, 72 % des actifs estiment que leurs pensions seront insuffisantes pour vivre correctement à la retraite.
L’épargne salariale est un des vecteurs clefs de l’épargne responsable. Les encours des fonds durables atteignent 121,3 milliards d’euros, soit 85 % des fonds diversifiés. Les fonds solidaires représentent 18,4 milliards d’euros, tandis que les encours labellisés ISR s’élèvent à 29,2 milliards d’euros.
La collecte confirme cette tendance. 61 % des flux bruts des fonds diversifiés sont orientés vers des supports durables.
La montée en puissance de l’épargne salariale se poursuit avec un volet retraite de plus en plus important en phase avec les inquiétudes des Français en ce qui concerne leur niveau de vie après la cessation de leur activité professionnelle. L’épargne salariale se révèle de plus en plus comme un vecteur de financement des entreprises.

La France aime rappeler qu’elle possède l’un des meilleurs systèmes de santé au monde. Elle y consacre près de 12 % de son produit intérieur brut, soit plus de 300 milliards d’euros par an, un niveau parmi les plus élevés des pays de l’OCDE. Le reste à charge pour les patients figure parmi les plus faibles des pays développés. Pourtant, dans l’opinion publique, le doute s’installe. La multiplication des déserts médicaux, les pénuries de médicaments et l’accumulation des déficits nourrissent un sentiment de déclin.
Depuis une trentaine d’années, les pouvoirs publics poursuivent deux objectifs : garantir un haut niveau de soins tout en maîtrisant les dépenses. Force est de constater qu’ils peinent à atteindre l’un comme l’autre. Le système de tarification de la santé apparaît de plus en plus kafkaïen et contreproductif. Conçu pour éviter la dérive des comptes de la Sécurité sociale, il engendre des effets pervers : sous-utilisation de certains traitements efficaces, diffusion lente des innovations ou encore choix thérapeutiques influencés par les modes de financement. Ainsi, une hospitalisation courte avec intervention peut être mieux rémunérée qu’un traitement conservateur pourtant plus efficace à long terme. Les praticiens peuvent être incités à fractionner certaines interventions – par exemple la pose de stents coronariens – afin d’en réaliser plusieurs.
Le système français demeure largement fondé sur la réparation plutôt que sur la prévention. La conséquence est la multiplication des complications médicales, avec à la clef un surcroît de dépenses. Les actes liés à la coordination des soins restent par ailleurs sous-tarifés. La fixation du prix des médicaments obéit également à une logique largement administrée. L’avantage est d’obtenir des prix parmi les plus faibles d’Europe. La contrepartie est que les laboratoires privilégient d’autres marchés pour lancer leurs innovations. La France est progressivement devenue un marché secondaire pour les nouveaux traitements. Entre l’autorisation européenne et l’accès effectif au remboursement, les délais peuvent dépasser 400 à 500 jours. Pour certaines pathologies graves ou rares, ils sont encore plus longs. Cette politique contribue également à l’apparition de pénuries récurrentes de médicaments. Ce débat dépasse désormais le cadre européen. Aux États-Unis, Donald Trump affirme que les Américains financent indirectement les systèmes de santé européens, les prix des médicaments étant nettement plus élevés outre-Atlantique. Il réclame ainsi une hausse des prix sur le Vieux Continent afin de réduire cet écart.
Les pouvoirs publics sont confrontés à un dilemme majeur : garantir la santé de la population en acceptant une progression des dépenses ou tenter de contenir ces dernières dans un contexte de dette publique élevée. D’un côté, ils ont levé les contraintes du numerus clausus afin d’augmenter le nombre de médecins avec le risque d’un ajustement imparfait entre l’offre médicale et les besoins territoriaux ; de l’autre, ils pratiquent en permanence un jeu de bonneteau en transférant une partie des charges vers les acteurs privés comme les cliniques ou les complémentaires santé. L’augmentation des taxes pesant sur ces dernières et la tentative d’encadrer leurs tarifs les placent dans une situation financière intenable. Par ailleurs, près de la moitié des cliniques privées enregistrent aujourd’hui des pertes, en raison des méthodes de tarification et de la hausse des coûts salariaux, ce qui a terme peut provoquer des fermetures ou une concentration excessive.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que la France entre dans une phase de vieillissement démographique accéléré. En 2000, les personnes âgées de plus de 65 ans représentaient 16 % de la population ; elles en représentent plus de 21 % aujourd’hui et pourraient dépasser 26 % d’ici 2040 selon l’INSEE. Or les dépenses de santé d’un individu de plus de 75 ans sont en moyenne trois à 4 fois supérieures à celles d’un adulte d’âge actif. Le vieillissement exercera donc une pression durable sur l’ensemble du système.
Dans ces conditions, le système de santé ne résistera pas au choc démographique sans une réforme en profondeur. Les pouvoirs publics sont tentés de renforcer encore la régulation administrative. Une autre voie est pourtant possible, en introduisant davantage d’incitations économiques et en liant une partie de la rémunération des acteurs aux résultats médicaux. Des forfaits pour les maladies chroniques, qui représentent déjà une part croissante des dépenses, pourraient être développés. Des contrats de performance associant les professionnels de santé pourraient également être mis en place. Une clarification des missions respectives du secteur public, des cliniques privées et des complémentaires apparaît également nécessaire. L’antagonisme public-privé constitue aujourd’hui une source d’inefficacité.
Le système français de santé demeure l’un des plus protecteurs au monde. Mais son architecture tarifaire, héritée de réformes successives, produit désormais des incohérences économiques et médicales. Certaines innovations susceptibles d’améliorer la santé ou de réduire les coûts globaux se diffusent lentement, car les incitations financières restent orientées vers le volume d’actes et la maîtrise immédiate des dépenses plutôt que vers la valeur médicale et l’efficience de long terme.
Jean-Pierre Thomas
Président du Cercle de l’Épargne
Président de Thomas Vendôme Investment
Dans un reportage diffusé sur RMC, Philippe Crevel explique pourquoi la possibilité de réaliser un déblocage exceptionnel de l’épargne salariale pour soutenir le pouvoir d’achat des Français est contreproductive.
En cas de hausse substantielle de l’inflation, le taux du Livret A serait amenée à être réévaluer à la hausse au 1er août prochain. Or, pour Philippe Crevel, Directeur du Cercle de l’Épargne « Si la guerre continue, l’inflation pourrait ainsi progressivement atteindre 2,7 % en juin ».
Notre Temps cite le Directeur du Cercle de l’Épargne dans cet article consacré aux placements financiers alors que l’économie mondiale est fragilisée par le conflit au Proche-Orient.
Dans un article consacré à la gestion collective de l’épargne et à son poids croissant dans le temps, Philippe Crevel explique qu’ »au cours du XIXe siècle, d’autres formes de gestion collective ont vu le jour à travers les sociétés mutuelles », préxisant que « grâce au versement de cotisations, ces groupements couvraient leurs membres contre les risques de maladie, d’accident ou proposaient le versement d’une retraite. Ainsi, la collecte d’argent collective permettait d’offrir un service individualisé. »
Dans le Parisien, Philippe Crevel délivre quelques conseils sur les placements à privilégier et ceux à limiter dans le contexte international actuel.
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Assurance vie | Résultats – février 2026
Analyse de Philippe Crevel, Directeur du Cercle de l’Épargne
L’assurance démarre l’année 2026 sur les chapeaux de roue. Après 6,2 milliards d’euros en janvier, la collecte nette atteint, en février, un haut niveau de 7,1 milliards d’euros. Cette collecte a été réalisée avant le déclenchement de la guerre en Iran, intervenue le 28 février dernier. Elle n’a pas été affectée par la baisse des valeurs boursières.
Le mois de février réussit traditionnellement bien à l’assurance vie, aucune décollecte n’ayant été enregistrée depuis 1997, première année de publication des statistiques par France Assureurs. En février 2026, l’assurance vie est nettement au-dessus de sa moyenne de ces dix dernières années (2,6 milliards d’euros).
En 2025, la collecte nette avait déjà atteint des sommets avec +5,3 milliards d’euros. En 2026, elle n’a été qu’à quelques encablures du record absolu de 2006 (+ 7,2 milliards d’euros).
La collecte nette a été positive tant pour les fonds euros que pour les supports en unités de compte, respectivement +1,8 et +5,2 milliards d’euros.
Depuis le début de l’année, la collecte nette s’établit à +13,3 milliards d’euros, supérieure de +3,6 milliards d’euros à celle de 2025 sur la même période. Les unités de compte ont été portées par les bons résultats des marchés financiers en janvier et février avant la guerre en Iran. Les supports en euros enregistrent, sur les deux premiers mois de l’année, une collecte nette de 2,2 milliards d’euros.
En février, l’assurance vie a bénéficié de la communication des rendements des fonds euros par les assureurs et de la baisse du taux du Livret A de 1,7 à 1,5 %. Le Livret A a connu une décollecte de 740 millions d’euros en janvier, essentiellement occasionnée par l’évolution de son taux. De son côté, le rendement des fonds euros pour l’année 2025 se situe en moyenne à 2,8 % avec des taux pouvant atteindre 3,5 %, voire plus, chez certaines compagnies.
Les cotisations se maintiennent à un niveau record, 19,5 milliards d’euros, dépassant celles de janvier 19,1 milliards d’euros. Cette hausse concerne les supports en unités de compte (UC, +20 % par rapport à février 2025) et les supports en euros (+13 % par rapport à février 2025). La proportion des unités de compte dans les cotisations se maintient à un très haut niveau, 41 % en février.
Les prestations ont atteint 12,5 milliards d’euros en février, en hausse de 8 %, par rapport à février 2025. Cette progression concerne essentiellement les supports en UC ( + 16%), et dans une moindre mesure, les supports en euros (+ 6 %).
L’encours des contrats d’assurance vie atteint 2 143 milliards d’euros fin février, en hausse de 5,4 % sur un an confortant ainsi sa place de premier placement des ménages.
L’assurance vie bénéficie depuis plus d’un an d’un contexte favorable : baisse des taux de l’épargne réglementée et des dépôts à terme, bonne tenue des marchés financiers. Ce contexte permet à ses deux piliers, fonds euros et unités de compte, d’être compétitifs. À compter du 1er mars, l’assurance vie devrait bénéficier de la fermeture des plans d’épargne logement ouverts depuis plus de quinze ans. Entre 2026 et 2030, 3,2 millions de PEL sont concernés, pour un encours total de 93 milliards d’euros. Les titulaires de ces anciens PEL devraient se tourner vers l’assurance vie, qui devrait répondre à leurs attentes tant en matière de rendement que de garantie du capital et de fiscalité.
Néanmoins, la guerre en Iran pourrait rebattre légèrement les cartes. En période de crise, les ménages ont tendance à privilégier l’épargne de précaution et en premier lieu le livret A. La chute des marchés financiers pourrait dissuader les assurés d’investir sur les unités de compte même si en 2020 (covid) ou en 2022 (guerre en Ukraine), le repli fut limité tant en volume que dans le temps. Le conflit au Moyen Orient s’accompagne d’une hausse des taux d’intérêt des obligations souveraines, les investisseurs incorporant une prime liée à l’augmentation potentielle des prix. Cette hausse des taux si elle demeure limitée favorise le rendement des fonds euros. Si elle venait à s’emballer, elle serait au contraire préjudiciable aux fonds euros, la valeur du stock des obligations achetées dans le passé se dégradant.
Invité à commenter la collecte de l’assurance vie en février, Philippe Crevel explique que « l’assurance-vie bénéficie depuis plus d’un an d’un contexte favorable : baisse des taux de l’épargne réglementée et des dépôts à terme, et bonne tenue des marchés financiers. Ce contexte permet à ses deux piliers, fonds euros et unités de compte, d’être compétitifs ».
Boursorama relaye un article publié par l’AOF sur la collecte de l’assurance vie en février. Le niveau de la collecte souligne selon Philippe Crevel, cité dans l’article, que ce placement n’a pas été affecté par la baisse des valeurs boursière.
Dans les colonnes du journal Les Echos, le directeur du Cercle de l’Épargne estime que « les investisseurs s’attendent à ce que l’inflation entraîne une augmentation des taux d’intérêt et une baisse de la croissance qui pourrait exacerber le déficit public. D’où la hausse des taux des obligations souveraines » et évoque les effets potentiels sur les placements financiers.
Interrogé au micro de RMC, Philippe Crevel rappelle les avantages et les risques associés à chaque placement dans un contexte économique incertain.
Le Monde revient sur les résultats décevants du Livret A en février. Cité dans l’article, Philippe Crevel rappelle que « depuis le mois de juillet 2025, le Livret A a connu six décollectes, marquant une rupture avec la période commencée en 2020 avec l’épidémie de Covid ».
Le conflit iranien pourrait conduire, s’il venait à perdurer, à une hausse de l’inflation. En cas de hausse des prix, le taux des produits d’épargne réglementés devraient être relever en août prochain explique Philippe Crevel dans les colonnes de MoneyVox. Cependant, le Directeur du Cercle de l’Épargne précise que le gouvernement qui a déjà fait le choix de déroger à la formule de fixation du taux pourrait à nouveau le faire.
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