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500 000 nouveaux LDDS à 1,7% : pourquoi le petit frère du Livret A séduit les Français

Dans Money Vox, Philippe Crevel explique pourquoi le comportement des Français à l’égard di LDDS diffère de celui du Livret A. Il indique ainsi que « les Français mettent leurs gains de pouvoir d’achat plus facilement sur un LDDS, gains qui pourront être utilisés durant les vacances. Le Livret A est un produit plus “épargne” ».

Plus patrimoniale, l’assurance vie poursuit son irrésistible aristocratisation

Dans l’AGEFI, Philippe Crevel est interrogé sur l’évolution sociologique des détenteurs de contrats d’assurance‑vie. La montée en puissance des ménages les plus aisés dans la collecte, renforce ainsi la concentration patrimoniale observé depuis plusieurs années.

« 50% des retraités gagnent moins de 1.600 euros par mois » : faut-il désindexer les pensions de l’inflation ? L’analyse sur LCI de l’économiste Philippe Crevel

Interrogé dans la matinale de LCI au sujet d’un possible gel des pensions dans le cadre du budget 2027, Philippe Crevel rappelle que « les retraites en France, c’est certes 440 milliards d’euros de dépenses, mais derrière, il y a des Français. »Il considère par conséquent, au regard du niveau des pensions moyenne qu’une telle décision serait difficile à prendre pour les pouvoirs publics.

Quand les banques traditionnelles s’inspirent des banques en ligne pour séduire les jeunes

Dans le Figaro, Philippe Crevel revient sur les raisons qui poussent les banques traditionnelles à développer des offres ciblées à destination des jeunes.

Livret A et LEP : ce qui change ce 1er août surprend les épargnants, voici combien vous toucherez vraiment en 2026

Dans le JDE, le directeur du Cercle de l’Épargne, Philippe Crevel après avoir rappelé que la hausse du taux intervenue dans un contexte de reprise de l’inflation, souligne que la prochaine fixation du taux du Livret A interviendra le 1er février 2027 en pleine période électorale, et qu’il sera alors difficile de procéder à une baisse.

Son taux de rémunération passe de 1,5 à 1,7% ce 1er août: les Français vont-ils se réconcilier avec le Livret A après l’avoir boudé pendant des mois?

Interrogé sur BFM Business, Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne rappelle que « depuis 2009, seule l’année 2015 avait été marquée par un solde négatif au premier semestre (-2,45 milliards d’euros) », rappelle

Livret A à 1,7 % : est-ce que ça vaut toujours le coup d’y placer son argent ?

Dans le Parisien, Philippe Crevel explique que la hausse annoncée constitue avant tout « un geste vis-à-vis de l’épargne populaire » , rappelant que que le passage de 1,5 % à 1,7 % aura un effet limité pour les détenteurs de Livret A.

Livret A, Livret jeune, LEP… Ce que vous rapporteront net d’impôt vos produits d’épargne à partir du 1er août 2026

Dans un article consacré au produits d’épargne réglementée publié dans Le Particulier, Philippe Crevel explique qu’«avec la hausse des prix constatée depuis le mois de mars (…) du Livret A était devenu négatif, son taux étant inférieur à l’inflation. En l’augmentant, le gouvernement entend garantir le pouvoir d’achat des épargnants… sachant que la prochaine fixation du taux du Livre A interviendra le 1er février 2027 en pleine période électorale. Il sera alors difficile de procéder à une baisse».

Philippe Crevel, DG du Cercle de l’épargne : «Le système de retraite par répartition ne suffira pas»

Dans un entretien accordé au JDD, explique les raison de la montée en puissance du PER, un produit né de la loi Pacte adoptée en octobre 2019 qui bénéficie d’une plus grande souplesse que les dispositifs d’épargne retraite antérieur et qui répond aux inquiétudes croissantes des Français quant à leur niveau de vie à la retraite.

Livret A : le ministre de l’Économie annonce une hausse du taux à 1,7% au 1er août

Après l’annonce de la hausse du taux du Livret A à 1,7 % au 1er août prochain, le Directeur du Cercle de l’Épargne relève que le taux retenu par le ministre de l’économie est légèrement inférieur à celui pronostiqué au regard du niveau d’inflation.

Livret A : le taux revu à la hausse à 1,7 % à partir du 1er août

Dans le Parisien, Philippe Crevel revient sur le taux du Livret A qui sera appliqué à compter du 1er août. Il précise que cette hausse attendue, au regard de l’évolution de l’inflation, rompt avec un cycle de baisse mais demeure mesurée.

Livret A : avec un taux relevé à 1,7 %, découvrez combien vous allez toucher d’intérêts en plus grâce à notre simulateur

Après la hausse annoncée de la rémunération du taux du Livret A, le Parisien interroge Philippe Crevel, Directeur du Cercle de l’Épargne sur la portée de cette mesure.

Plus de 10 millions de salariés concernés par l’épargne salariale en France

En France, 10,6 millions de salariés du secteur privé non agricole sont désormais couverts par au moins un dispositif d’épargne salariale, soit 54 % des salariés (hausse de 1,8 point en un an). En 2020, la couverture concernait un peu plus de la moitié des effectifs des grandes entreprises mais demeurait limitée dans les PME. Depuis, la progression est régulière, portée à la fois par les évolutions réglementaires et par la volonté des entreprises de fidéliser leurs collaborateurs dans un environnement de recrutement plus concurrentiel.

Au sommaire de l’étude

  • La croissance de tous les dispositifs de l’épargne salariale
  • Des écarts importants selon les secteurs professionnels
  • Des montants distribués en hausse
  • La montée en puissance de la Prime de Partage de la Valeur (PPV)

La guerre des générations aura-t-elle lieu ?

La France serait-elle devenue une gérontocratie où les intérêts des générations âgées primeraient systématiquement sur ceux des plus jeunes ? Depuis plusieurs années, le débat public se nourrit de cette interrogation. Les baby-boomers sont régulièrement présentés comme les grands bénéficiaires du modèle social français, voire comme les responsables des déséquilibres actuels. Leur poids démographique et électoral leur permettrait de préserver des avantages acquis au détriment des actifs et des nouvelles générations, condamnés à financer un système dont ils ne retireraient que des bénéfices limités.

Les retraites de la fonction publique à l’épreuve des mutations démographiques et salariales

La question des retraites des fonctionnaires demeure l’un des sujets les plus sensibles du débat social français. Elle nourrit depuis plusieurs décennies une opposition souvent caricaturale entre secteur public et secteur privé. Les uns dénoncent des avantages jugés excessifs ; les autres rappellent que les comparaisons effectuées ne tiennent pas compte de la réalité des carrières et des qualifications. Entre ces deux lectures, la réalité est plus nuancée. Les spécificités historiques du système public subsistent, mais leur portée tend progressivement à s’estomper sous l’effet des réformes successives et de l’évolution des modes de rémunération.

Au sommaire de cette étude

  • La règle des six derniers mois : un avantage qui perd de sa portée
  • Le RAFP, réponse à la montée des rémunérations indemnitaires
  • Une érosion progressive des taux de remplacement
  • Le financement : une lecture souvent trompeuse des chiffres
  • La CNRACL face à un défi de soutenabilité
  • Une convergence progressive des modèles

Les jeunes ni en emploi, ni en formation en Europe

Malgré les progrès enregistrés au cours de la dernière décennie, l’exclusion d’une partie de la jeunesse du marché du travail demeure un défi majeur pour l’Union européenne. En 2025, 11,0 % des Européens âgés de 15 à 29 ans n’étaient ni en emploi, ni scolarisés, ni engagés dans une formation – « NEET » pour « Not in Employment, Education or Training » – contre 11,1 % un an auparavant. Dix ans plus tôt, cette proportion atteignait encore 15,2 %, témoignant des avancées réalisées depuis la sortie de la crise financière et des efforts consentis en matière d’insertion professionnelle.

Cette amélioration rapproche progressivement l’Union européenne de l’objectif inscrit dans le Socle européen des droits sociaux, qui prévoit d’abaisser la part des jeunes NEET à 9 % d’ici à 2030. Si la trajectoire apparaît encourageante, l’objectif demeure ambitieux au regard des difficultés persistantes rencontrées par certains États membres.

La probabilité de se retrouver éloigné à la fois de l’emploi et de la formation augmente sensiblement avec l’âge. Parmi les adolescents de 15 à 19 ans, seuls 5,3 % sont concernés, la grande majorité poursuivant encore des études. En revanche, le passage vers la vie active constitue une période beaucoup plus délicate. Chez les 20-24 ans, le taux atteint 12,8 %, avant de culminer à 14,7 % parmi les 25-29 ans, âge auquel les difficultés d’insertion sur le marché du travail deviennent souvent plus durables.

Les écarts entre États membres restent particulièrement marqués. Les Pays-Bas affichent les meilleurs résultats avec seulement 5,3 % de jeunes concernés, devant la Suède (5,9 %) et la Slovénie (7,6 %). À l’opposé, la Roumanie demeure le pays le plus touché avec 19,2 % de jeunes en situation de NEET, suivie de la Bulgarie (13,8 %) et de la Grèce (13,6 %). Ces disparités reflètent des différences profondes dans le fonctionnement des marchés du travail, l’efficacité des systèmes éducatifs et la capacité des économies nationales à intégrer les jeunes générations.

Sur les dix dernières années, la tendance est néanmoins largement orientée à l’amélioration. Entre 2015 et 2025, le taux de jeunes NEET a diminué dans 22 des 27 États membres. Les progrès les plus spectaculaires ont été observés en Italie, où la proportion de jeunes exclus de l’emploi et de la formation est passée de 25,7 % à 13,3 %, soit une baisse de 12,4 points de pourcentage. La Grèce enregistre également une amélioration notable, avec un recul de 24,1 % à 13,6 % (-10,5 points), tandis que la Croatie voit son taux diminuer de 19,8 % à 10,8 %, soit 9 points de moins en une décennie.

Ces résultats traduisent les effets conjugués de la reprise économique observée dans une grande partie de l’Union européenne, du renforcement des politiques de formation professionnelle et du développement des dispositifs d’accompagnement des jeunes vers l’emploi. Ils ne doivent toutefois pas masquer les fragilités qui subsistent. Dans plusieurs pays, le poids du chômage structurel, les inégalités territoriales, le décrochage scolaire ou encore la précarité des premiers emplois continuent d’alimenter un noyau de jeunes durablement éloignés du marché du travail. Plus qu’un simple indicateur social, le taux de NEET constitue ainsi un révélateur des difficultés d’intégration économique et des risques de déclassement auxquels une partie de la jeunesse européenne demeure confrontée.

Cercle de l’Épargne – données Eurostat

Immobilier et revenus : le grand divorce

Depuis le début des années 2000, le marché immobilier français s’est progressivement affranchi de ses déterminants traditionnels. Alors que le revenu disponible brut des ménages a évolué à un rythme globalement comparable à celui de l’inflation, les prix des logements se sont inscrits dans une dynamique beaucoup plus soutenue. Dans le même temps, les loyers n’ont enregistré qu’une progression modérée, nettement inférieure à celle des valeurs immobilières.

Ce décrochage traduit une profonde mutation de la formation des prix. Longtemps, la valeur d’un bien immobilier était principalement liée aux revenus que pouvait en retirer son propriétaire, qu’il s’agisse de l’occuper ou de le louer. Cette relation s’est progressivement distendue. La hausse des prix a été alimentée bien davantage par l’anticipation de futures plus-values que par la progression des revenus des ménages ou celle des loyers. L’immobilier est ainsi devenu un actif patrimonial recherché autant pour son potentiel d’appréciation que pour les revenus qu’il procure.

Cette évolution s’est traduite par une érosion continue des rendements locatifs. Dans les principales agglomérations françaises, les rendements bruts, qui dépassaient fréquemment 6 % au cours des années 1990, oscillent désormais, selon les marchés, entre 2 et 4 %. Les investisseurs ont progressivement accepté cette baisse de rentabilité courante, convaincus que la valorisation du capital compenserait largement la faiblesse des revenus locatifs. Pendant près de deux décennies, cette stratégie s’est révélée gagnante, portée par la baisse continue des taux d’intérêt, l’abondance du crédit et une demande soutenue dans les grandes métropoles.

Pour les ménages déjà propriétaires, cette envolée des prix a constitué un puissant levier d’enrichissement patrimonial. Corrigée de l’inflation, la valeur des logements a progressé de 70 à 90 % depuis le début des années 2000, générant d’importantes plus-values latentes et accentuant la concentration du patrimoine immobilier entre les mains des générations les plus anciennes.

À l’inverse, cette inflation immobilière a profondément modifié les conditions d’accès à la propriété pour les nouveaux entrants. Le coût d’acquisition d’un logement a augmenté beaucoup plus rapidement que le revenu disponible des ménages, creusant un écart qui n’a pu être compensé que par un recours accru au crédit, par l’allongement de la durée des emprunts ou par le soutien financier des familles. L’apport personnel est devenu un obstacle majeur pour une partie des primo-accédants, tandis que les donations et les héritages occupent désormais une place croissante dans le financement des acquisitions immobilières.

Au-delà de la seule évolution des prix, cette divergence entre revenus, loyers et valeur des logements illustre une transformation profonde du marché immobilier français. Le logement n’est plus uniquement un bien d’usage ou un placement procurant un revenu ; il est devenu un actif patrimonial dont la valorisation dépend largement des anticipations des investisseurs, des conditions de financement et de la rareté foncière. Cette financiarisation progressive explique en grande partie les difficultés croissantes rencontrées par les jeunes générations pour accéder à la propriété et contribue à renforcer les inégalités patrimoniales entre ménages.

Cercle de l’Épargne – données Eurostat

Retraites : la double peine des catégories populaires

La question des retraites est souvent abordée sous l’angle financier mais au-delà de celle-ci se cache une interrogation plus fondamentale : combien d’années les Français peuvent-ils réellement espérer vivre à la retraite, et dans quel état ? L’étude publiée par l’INSEE dans « Économie et Statistique » du mois de juin 2026 souligne que les inégalités sociales ne s’arrêtent pas aux portes de la retraite. Elles se prolongent, voire s’accentuent, une fois la vie professionnelle achevée. Les catégories populaires cumulent ainsi deux handicaps en ayant une durée de retraite plus courte et en passant une part plus importante de cette retraite avec des limitations physiques ou fonctionnelles.

Une retraite de plus en plus longue, mais pas forcément en bonne santé

Depuis plusieurs décennies, l’allongement de l’espérance de vie a profondément modifié l’équilibre entre-temps de travail et temps de retraite. En France, l’espérance de vie à la naissance est passée de 81,9 à 85,6 ans pour les femmes entre 1995 et 2024 et de 73,8 à 80 ans pour les hommes. À 60 ans, les gains ont également été substantiels : près de trois années supplémentaires pour les femmes et quatre années pour les hommes. Cette évolution a longtemps alimenté l’idée selon laquelle les générations récentes profiteraient automatiquement d’une retraite plus longue. Or, la réalité est plus complexe. Les réformes successives de 2003, 2010 et 2014 ont progressivement relevé les conditions d’accès à la retraite afin de préserver les équilibres financiers des régimes. Dans le même temps, les progrès de l’espérance de vie sans incapacité ont été nettement plus limités.

L’espérance de vie ne dit en effet rien de la qualité des années vécues. Or, les incapacités liées à l’âge – limitations durables dans les activités quotidiennes – modifient profondément les conditions de vie. Une année supplémentaire de vie n’a pas la même valeur selon qu’elle est vécue en autonomie ou en situation de dépendance.

Les ouvriers vivent moins longtemps et profitent moins de leur retraite

L’étude confirme l’existence d’un puissant gradient social face à la mort. Les cadres vivent plus longtemps que les ouvriers et cette différence se retrouve mécaniquement dans la durée de retraite. Pour les hommes observés sur la période 2017-2019, un cadre peut espérer passer 22,4 années à la retraite contre seulement 18,9 années pour un ouvrier. L’écart atteint ainsi 3,5 années.

Cette différence pourrait sembler relativement limitée compte tenu des écarts d’espérance de vie. Elle s’explique en partie par le fait que les ouvriers partent en moyenne plus tôt à la retraite que les cadres. Le départ anticipé agit comme un mécanisme de compensation.

Une compensation insuffisante

Lorsqu’on introduit l’état de santé des pensionnés, les écarts se creusent fortement. L’espérance de retraite sans incapacité atteint 14,2 années pour les hommes cadres contre seulement 9,3 années pour les ouvriers. L’écart atteint alors près de cinq années.

L’inégalité de santé l’emporte sur l’inégalité de mortalité

L’un des apports majeurs de cette étude réside dans la décomposition des écarts observés. Les auteurs montrent que les différences de durée totale de retraite s’expliquent principalement par les écarts de mortalité. En revanche, les écarts de retraite sans incapacité sont surtout liés aux différences de santé entre groupes sociaux.

Le diplôme, facteur déterminant des inégalités

L’étude révèle également que le niveau d’éducation constitue un marqueur encore plus puissant que la catégorie socioprofessionnelle. Les écarts observés entre personnes sans diplôme et diplômés du supérieur dépassent ceux constatés entre ouvriers et cadres. Chez les hommes, un diplômé du supérieur peut espérer vivre près de cinq années supplémentaires de retraite par rapport à une personne sans diplôme. En prenant en compte les années de retraite sans incapacité, l’écart atteint près de six années.

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Les femmes vivent plus longtemps mais davantage avec des incapacités

Les femmes bénéficient d’une durée de retraite supérieure à celle des hommes. Elles peuvent espérer à 65 ans passer 24,3 années à la retraite contre 20,2 années pour les hommes. L’avantage est de 4,1 années. En raisonnant en termes de retraite sans incapacité, cet avantage tombe à seulement 1,4 année.

Les femmes vivent donc plus longtemps, mais une part significative de ces années supplémentaires est marquée par des limitations fonctionnelles ou des problèmes de santé. Elles connaissent ainsi davantage ce que les démographes qualifient de « survie avec incapacité ». Cette situation s’explique notamment par leur longévité supérieure, qui les conduit plus fréquemment aux âges où les risques de dépendance deviennent élevés.

Les réformes ont réduit la durée de retraite

L’analyse des évolutions entre 2009-2013 et 2017-2019 montre clairement les effets des réformes successives des retraites. L’espérance de durée de retraite diminue sur cette période malgré la poursuite des gains d’espérance de vie. La baisse atteint environ 0,4 année pour les femmes et 0,2 année pour les hommes. L’augmentation des âges de départ a donc plus que compensé les gains liés à la baisse de la mortalité.

En revanche, la durée de retraite sans incapacité progresse légèrement chez les femmes, grâce à une amélioration de leur état de santé aux âges élevés. Chez les hommes, la situation apparaît globalement stable.

Un creusement préoccupant des inégalités

Entre 2009-2013 et 2017-2019, les différences entre diplômés du supérieur et personnes titulaires au plus du baccalauréat se sont accentuées. Le gradient social s’est renforcé aussi bien pour l’espérance de vie que pour l’espérance de retraite et l’espérance de retraite sans incapacité.

Deux personnes prenant leur retraite au même âge ne disposent pas nécessairement du même horizon de vie autonome devant elles. Pour certains, la retraite représente près de quinze années en bonne santé ; pour d’autres, moins de dix. À mesure que la population vieillit, la véritable question devient celle de la qualité des années gagnées. L’allongement de la vie ne constitue un progrès social que si les années supplémentaires peuvent être vécues dans des conditions satisfaisantes d’autonomie.

L’Allemagne et la bataille du vieillissement démographique !

L’Allemagne est confrontée à un vieillissement accéléré de sa population. La faiblesse du taux de fécondité et de la natalité depuis les années 1970 menace l’équilibre financier du système de retraite. Dans ce contexte, la commission d’experts chargée de réfléchir à l’avenir des retraites a remis son rapport au chancelier Friedrich Merz. Derrière les 33 propositions formulées, se dessine une refonte profonde du modèle allemand, associant allongement de la durée d’activité, extension de l’assiette des cotisations et développement d’un pilier de capitalisation obligatoire.

Une bombe démographique à retardement

L’Allemagne compte aujourd’hui près de 84 millions d’habitants. Son taux de fécondité oscille autour de 1,4 enfant par femme depuis plusieurs décennies, très en dessous du seuil de renouvellement des générations fixé à 2,1. Sans immigration, la population allemande serait déjà engagée dans un déclin rapide.

Selon plusieurs études, le ratio de dépendance démographique allemand passerait d’environ 34 personnes de 65 ans et plus pour 100 personnes d’âge actif en 2024 à autour de 51 pour 100 en 2050. Le gouvernement allemand estime qu’environ 30 % des actifs actuellement en emploi seront partis à la retraite d’ici à 2040. Dans certains Lander de l’Est, le phénomène est encore plus marqué du fait de l’exode des jeunes. Les projections les plus pessimistes évoquent même 61 retraités pour 100 actifs à l’horizon 2060.

Les fondements du système allemand

Le taux de cotisation au régime légal s’élève actuellement à 18,6 % du salaire brut, partagé à parts égales entre employeurs et salariés. Chaque partie acquitte donc 9,3 %. L’âge légal de départ est progressivement porté à 67 ans et cette montée en charge s’achèvera en 2031. Toutefois, plusieurs dispositifs permettent encore des départs anticipés, notamment pour les personnes justifiant de 45 années de cotisations.

Contrairement à la France, l’Allemagne a engagé, dès le début des années 2000, une réduction progressive du taux de remplacement offert par le régime public afin de contenir les dépenses futures. Pour compenser cette évolution, Berlin a encouragé le développement de l’épargne retraite privée avec la fameuse « retraite Riester ».

Le système allemand repose ainsi sur trois piliers :

  • la retraite légale obligatoire ;
  • les retraites professionnelles d’entreprise ;
  • l’épargne retraite individuelle.

Des dépenses de retraite moins élevées qu’en France

L’un des paradoxes allemands est que malgré un vieillissement plus avancé, les dépenses publiques de retraite demeurent inférieures à celles de la France.

Selon les travaux du Conseil d’orientation des retraites, les dépenses publiques de retraite représentaient environ 10,4 % du PIB en Allemagne en 2019 contre 13,4 % en France. Elles pourraient atteindre 10,9 % du PIB à l’horizon 2070 selon les projections européennes.

Cette différence s’explique par plusieurs facteurs :

  • un taux d’emploi nettement plus élevé ;
  • un âge effectif de départ plus tardif ;
  • des pensions relativement moins généreuses ;
  • une place plus importante accordée à la capitalisation individuelle.

L’Allemagne a ainsi limité l’augmentation de ses dépenses de retraite alors même que la France a connu une progression beaucoup plus rapide de celles-ci depuis les années 1990.

Le tournant de la capitalisation obligatoire

La proposition la plus marquante du rapport consiste à instaurer une cotisation supplémentaire de 2 % investie sur les marchés financiers. Inspirée du modèle suédois, cette contribution serait progressivement mise en place à partir de 2028.

L’objectif est double :

  • diversifier les sources de financement des retraites ;
  • bénéficier des rendements à long terme des marchés financiers.

Selon les estimations avancées par Friedrich Merz, près de 30 milliards d’euros pourraient être investis chaque année. Les rendements attendus, compris entre 3 et 5 %, permettraient d’améliorer les pensions futures sans accroître excessivement les prélèvements obligatoires. Cette orientation marque un changement majeur. Pour la première fois, l’Allemagne envisage de rendre obligatoire un mécanisme de capitalisation collectif à grande échelle.

Travailler plus longtemps

La seconde innovation du rapport concerne l’introduction d’un mécanisme automatique reliant l’espérance de vie à l’âge de départ à la retraite. Les experts proposent que les deux tiers des gains d’espérance de vie soient consacrés à l’allongement de la vie active. Ainsi, une année supplémentaire d’espérance de vie se traduirait par environ 8 mois de travail supplémentaires et 4 mois de retraite additionnelle. Cette option reprend un dispositif institué en France en 2003 mais qui a été abandonné par la suite. Cette logique est déjà appliquée sous différentes formes en Suède, au Danemark ou aux Pays-Bas.

La fin progressive des privilèges de départ anticipé

Les experts recommandent également la suppression de la retraite anticipée sans décote à 63 ans pour les assurés disposant de 45 années de cotisations.

Cette mesure est particulièrement sensible politiquement. Les syndicats y voient une remise en cause des droits acquis des salariés ayant commencé à travailler très jeunes. Pour les défenseurs de la réforme, elle constitue au contraire une nécessité financière. Les calculs réalisés pour la commission montrent qu’un report d’un an des départs concernés permettrait d’économiser environ 6,5 milliards d’euros pour chaque génération entrant à la retraite. Les dispositifs concernant les carrières longues seraient maintenus mais rendus progressivement moins avantageux.

Une réforme emblématique pour Friedrich Merz

Au-delà des aspects techniques, cette réforme constitue un test politique majeur pour le nouveau gouvernement. L’Allemagne est confrontée à un dilemme que connaissent toutes les économies développées : comment financer des retraites plus longues avec une population active relativement moins nombreuse ?

La réponse proposée par la commission repose sur quatre leviers :

  • davantage de capitalisation ;
  • davantage d’actifs cotisants ;
  • une durée d’activité plus longue ;
  • une limitation des départs anticipés.

La question est désormais politique. Friedrich Merz dispose-t-il du capital politique nécessaire pour faire adopter un texte qui touche au cœur du contrat social allemand ?

L’essor relatif de l’épargne solidaire

En 2025, les encours de l’épargne solidaire ont, en France, progressé de 15 % pour atteindre 34 milliards d’euros, un rythme de croissance nettement supérieur à celui de l’ensemble de l’épargne financière. Face aux 6 600 milliards d’euros de patrimoine financier détenus par les ménages français, l’épargne solidaire demeure marginale. Elle représente à peine un demi-point de pourcentage de l’ensemble des actifs financiers. L’épargne solidaire désigne l’ensemble des placements financiers dont une partie des capitaux est orientée vers le financement d’entreprises, de coopératives, d’associations ou d’organismes relevant de l’économie sociale et solidaire (ESS). Son objectif est de concilier la recherche d’une performance financière avec la production d’un effet social ou environnemental mesurable. Les sommes collectées contribuent notamment au financement de logements sociaux, à l’insertion par l’emploi, au développement d’entreprises adaptées, à la transition énergétique, à l’agriculture durable ou encore à l’accès au crédit pour des populations ou des territoires insuffisamment financés. Certains produits prévoient également un mécanisme de partage permettant au souscripteur de reverser une partie des revenus générés à une association reconnue d’intérêt général, renforçant ainsi la dimension solidaire du placement.

En 2025, la progression de l’épargne résulte à la fois de nouveaux versements des ménages et de la bonne tenue des actifs détenus dans les différents supports solidaires. Le développement de l’épargne solidaire traduit une évolution des attentes des épargnants. Une partie croissante d’entre eux ne recherche plus uniquement la sécurité ou la rentabilité financière. Ces épargnants souhaitent également donner du sens à son patrimoine. Les capitaux investis financent des entreprises de l’économie sociale et solidaire, des structures d’insertion, des programmes de logement social, des initiatives de transition énergétique ou encore des projets de développement local.

Les mécanismes de partage intégrés à certains produits ont permis de distribuer 16 millions d’euros de dons, un record historique. La dynamique concerne l’ensemble des circuits de distribution. Les encours progressent aussi bien au sein de l’épargne salariale que dans les produits d’assurance ou de banque ou les investissements directs au capital des entreprises solidaires.

L’obligation faite aux plans d’épargne salariale (PEE et PERECO – PERCO) de proposer au moins un fonds solidaire continue de jouer un rôle déterminant dans cette diffusion. Elle a permis à de nombreux salariés de découvrir ces produits, avant, pour certains, d’y consacrer une part plus importante de leur patrimoine.

Depuis le 1er janvier 2020, les contrats d’assurance vie multisupports doivent également proposer au moins une unité de compte labellisée ISR (investissement socialement responsable), Greenfin ou Finansol.

Depuis le 1er janvier 2022, cette obligation a été renforcée : les assureurs doivent mettre à disposition les trois catégories de labels, c’est-à-dire au moins une unité de compte labellisée ISR, au moins une unité de compte labellisée Greenfin, consacrée à la transition écologique et au moins une unité de compte labellisée Finansol, qui correspond à l’épargne solidaire (aujourd’hui le label est dénommé Label Finansol, délivré par FAIR). Cette même logique s’applique aux Plans d’épargne retraite (PER) commercialisés par les assureurs. La stratégie des pouvoirs publics, constante depuis une vingtaine d’années, de favoriser la diffusion de ces différents supports, a permis d’atteindre de nombreux épargnants.

Le développement de la finance solidaire contraste avec les difficultés rencontrées par l’investissement responsable au sens large. Les fonds intégrant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance connaissent depuis plusieurs mois un ralentissement sensible de leur collecte. Après plusieurs années d’engouement, les investisseurs semblent davantage s’interroger sur la réalité des impacts affichés et sur la multiplication des labels. Le débat autour du greenwashing a contribué à fragiliser la confiance d’une partie des épargnants.

Les enquêtes d’opinion confirment cette situation. Les principaux obstacles demeurent pratiquement inchangés : une connaissance encore insuffisante des produits, une perception de leur complexité et, surtout, la difficulté à mesurer concrètement les effets environnementaux ou sociaux des investissements réalisés. Les épargnants souhaitent désormais disposer d’indicateurs plus précis et plus transparents leur permettant d’apprécier l’utilisation effective de leur argent.

L’ISK de la Suède ou l’art de réconcilier investissement de long terme et fiscalité

Depuis l’entrée en vigueur, en janvier 2012, de l’Investeringssparkonto (ISK), la Suède a décidé de remplacer la taxation des revenus du capital quand ils sont réalisés par le prélèvement d’un forfait annuel calculé sur la valeur du patrimoine financier. Cette imposition est plus claire et prévisible que la taxation des revenus.

En 2024, selon l’administration fiscale suédoise, 4 002 681 contribuables détenaient un ISK, soit près de 40 % de la population. Plus d’un million d’entre eux possédaient un patrimoine supérieur à 300 000 couronnes sur ce type de compte. La valeur moyenne d’un ISK atteignait 617 973 couronnes, soit près de 55 000 euros. Les encours cumulés dépassaient 1 665 milliards de couronnes, l’équivalent d’environ 150 milliards d’euros.

Ce produit a favorisé la diffusion des actions au sein des patrimoines des ménages. En Suède, plus de 60 % des adultes détiennent directement ou indirectement des actions, contre moins de 20 % en France.

La philosophie de l’ISK est d’une remarquable simplicité. Une fois les sommes versées sur le compte, l’investisseur retrouve une liberté presque totale. Il peut vendre une action, acheter un ETF mondial, renforcer un fonds d’infrastructures, arbitrer entre obligations et actions ou modifier intégralement son portefeuille sans qu’aucune de ces opérations ne déclenche la moindre taxation. Les dividendes sont réinvestis sans prélèvement spécifique, les plus-values disparaissent de la déclaration fiscale et les arbitrages deviennent totalement neutres du point de vue de l’impôt.

L’administration fiscale ne s’intéresse plus aux mouvements du portefeuille, elle ne regarde que la valeur moyenne du patrimoine. La base imposable correspond à la moyenne des avoirs constatés au début de chacun des quatre trimestres, à laquelle sont ajoutés les versements réalisés pendant l’année avant d’être divisés par quatre. Cette méthode empêche les stratégies consistant à déplacer temporairement les capitaux en fin d’exercice pour réduire artificiellement l’assiette taxable. Cette base patrimoniale est revalorisée par le taux des emprunts d’État suédois observé au 30 novembre de l’année précédente, auquel est ajouté un point de pourcentage. Le revenu fictif ainsi obtenu est imposé au taux unique de 30 %. Pour 2025, le prélèvement représentait 0,888 % du patrimoine taxable. En 2026, le taux effectif atteint 1,065 % en raison de la hausse des taux souverains.

Le gouvernement suédois a souhaité renforcer l’attractivité du dispositif. Depuis le 1er janvier 2025, les premières 150 000 couronnes détenues sur un ISK sont totalement exonérées. Cette franchise a été portée à 300 000 couronnes, soit près de 27 000 euros, depuis le 1er janvier 2026. En pratique, plusieurs millions d’épargnants ne paient désormais plus aucun impôt sur leur compte d’investissement. Pour les patrimoines plus élevés, seule la fraction excédant ce seuil est soumise au prélèvement forfaitaire. Cette réforme représente un effort budgétaire évalué à près de 7 milliards de couronnes par an pour les finances publiques suédoises.

L’intérêt majeur du système n’est pourtant pas tant son niveau d’imposition que son influence sur la gestion des portefeuilles. Dans un régime classique, vendre une action ayant fortement progressé revient à partager immédiatement une partie de la plus-value avec le fisc. Beaucoup d’investisseurs préfèrent alors conserver un titre devenu surévalué plutôt que d’acquitter l’impôt. Cette inertie ralentit la réallocation des capitaux vers les entreprises les plus productives et réduit l’efficacité globale des marchés financiers.

Avec l’ISK, la prise de risque est récompensée, la taxation étant calculée sur la base du rendement de l’obligation souveraine. Cette neutralité fiscale favorise les actifs de long terme. Une obligation d’État rapportant 2 % supporte exactement le même prélèvement annuel qu’une action procurant un rendement de 10 %. Plus la rentabilité espérée est élevée, plus le coût relatif de la fiscalité diminue. L’ISK encourage ainsi les ménages à privilégier les actions, les ETF diversifiés, les fonds d’investissement ou les supports internationaux plutôt que les simples dépôts bancaires. Les placements monétaires, en revanche, deviennent relativement moins intéressants lorsque leur rendement demeure inférieur au coût forfaitaire annuel.

Les investisseurs sont incités à adapter en permanence leur allocation d’actifs en fonction des perspectives de croissance, des niveaux de valorisation ou de leur horizon d’investissement, et non plus selon des considérations fiscales.

L’ISK a contribué au développement de l’actionnariat individuel. Les entreprises suédoises bénéficient d’un socle stable d’investisseurs domestiques capables d’accompagner leur développement sur plusieurs décennies. La Banque centrale européenne estime que ce produit est l’une des explications de la forte participation des ménages suédois aux marchés de capitaux. Elle souligne que la combinaison d’une fiscalité simple, d’une importante retraite par capitalisation, d’une éducation financière précoce et d’un accès facilité aux marchés crée un cercle vertueux : les ménages investissent davantage, acquièrent progressivement une culture financière, acceptent plus facilement le risque et contribuent ainsi au financement de l’économie productive.

En France, le patrimoine financier des ménages dépasse désormais 6 500 milliards d’euros, mais il demeure massivement orienté vers les dépôts bancaires, les fonds en euros de l’assurance vie ou les produits réglementés. L’actionnariat individuel reste limité et les arbitrages demeurent largement influencés par les conséquences fiscales. Chaque vente d’un titre gagnant peut entraîner une imposition immédiate au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, ce qui encourage la conservation d’actifs parfois devenus inadaptés. Une transposition du modèle suédois ne supposerait pas nécessairement de réduire les recettes fiscales. Elle consisterait à modifier leur assiette. Au lieu de taxer les gains lorsqu’ils sont réalisés, l’État percevrait une contribution annuelle modérée sur le patrimoine financier. Les recettes deviendraient plus régulières, plus prévisibles et moins dépendantes des fluctuations boursières. Les investisseurs, de leur côté, retrouveraient une totale liberté de gestion.

Épargne longue : le modèle suédois


La France a, après la Seconde Guerre mondiale, opté pour le tout-répartition en matière de retraite. Ce choix était dicté par l’urgence et par l’idéologie. Les pouvoirs publics souhaitaient, de manière légitime, être capables de verser rapidement des pensions aux retraités qui, par ailleurs, étaient peu nombreux. La crise des années 1930 et les destructions liées à la guerre avaient en outre anémié les structures capitalistiques du pays. Les syndicats, dans le cadre du Conseil national de la Résistance, ont défendu le principe de la répartition, symbole de justice sociale. La très grande majorité des partenaires de la France ont préféré mettre en œuvre un système à plusieurs piliers associant capitalisation et répartition. Le pays s’est ainsi privé d’une source de financement des entreprises qui lui fait cruellement défaut aujourd’hui. De nombreux rapports soulignent le manque de placements longs dans le pays. Cette absence s’explique avant tout par le poids très faible des fonds de pension. Les cotisations des différents produits d’épargne retraite représentent moins de 6 % de celles de l’ensemble des régimes de retraite par répartition et moins de 3 % des prestations quand, en moyenne, au sein de l’OCDE, ce dernier ratio atteint 15 %.

Malgré la mise en œuvre du Plan d’épargne retraite, créé par la loi PACTE de 2019, la France a accumulé un réel retard pour le financement des entreprises. Les actions restent marginales au sein du patrimoine des ménages. Afin d’obtenir une allocation de l’épargne plus performante, la France ferait bien de s’inspirer de la Suède et de son produit d’épargne devenu emblématique, l’Investeringssparkonto (ISK). Ce compte d’investissement, créé en 2012, constitue aujourd’hui l’un des plus grands succès européens en matière de démocratisation de l’investissement financier. Porté par une fiscalité incitative, ce produit a fait de sa simplicité sa force. Les revenus, dividendes et plus-values ne sont plus imposés au moment de leur réalisation. Ils sont remplacés par une taxation annuelle forfaitaire calculée sur la valeur moyenne du portefeuille. L’investisseur peut acheter, vendre ou arbitrer librement ses placements sans subir la moindre fiscalité sur chacune de ses opérations. Le gouvernement suédois a récemment décidé d’alléger encore le dispositif afin d’encourager davantage l’investissement des particuliers. Depuis le 1er janvier 2025, les 150 000 premières couronnes placées sur un ISK sont exonérées de la taxe forfaitaire. Ce seuil a même été porté à 300 000 couronnes à compter de 2026, soit près de 27 000 euros. Cette mesure bénéficie en priorité aux épargnants modestes et aux jeunes investisseurs qui débutent dans la constitution de leur patrimoine. Cette simplicité constitue probablement la principale innovation de l’ISK. Les ménages n’ont plus à arbitrer leurs décisions en fonction de considérations fiscales. Ils peuvent adapter leur portefeuille aux évolutions économiques sans pénalisation immédiate.

En un peu plus d’une décennie, plusieurs millions de Suédois ont adopté ce dispositif. Plus de la moitié de la population adulte détient désormais un ISK. Les encours dépassent aujourd’hui 1 900 milliards de couronnes suédoises, soit près de 170 milliards d’euros, représentant environ 30 % du PIB du pays. Avec l’ISK, les Suédois sont parmi les Européens les plus présents sur les marchés financiers. Les actions, les fonds indiciels et les fonds internationaux constituent une part significative de leur patrimoine. Cette orientation contribue au financement des entreprises innovantes, renforce la profondeur des marchés financiers nationaux et favorise l’accumulation de capital sur longue période.

La France dispose certes d’instruments performants – assurance vie, PER, PEA –, mais leur architecture demeure complexe. Les régimes fiscaux diffèrent selon les enveloppes, les règles de sortie varient, les plafonds se multiplient et les arbitrages restent souvent pénalisés. L’ISK montre qu’il est possible de concilier simplicité, efficacité économique et rendement budgétaire.

Pour accroître l’épargne longue et, plus précisément, l’épargne investie en actions, l’ISK constitue une solution particulièrement intéressante, d’autant plus que les besoins de financement des entreprises, avec la révolution de l’intelligence artificielle et la transition écologique, sont en forte hausse. Par ailleurs, pour conserver en France ou en Europe l’épargne des ménages, des supports attractifs et dynamiques doivent être proposés. Avec l’ISK, la Suède rappelle qu’une réforme fiscale bien conçue peut transformer durablement le comportement des épargnants.

Jean-Pierre Thomas

Président du Cercle de l’Épargne

Clause bénéficiaire de l’assurance-vie : comment en faire bon usage

Dans un article consacré à la clause bénéficiaire prévue dans le contrat d’assurance vie, Philippe Crevel explique évoque le succès du placement, un phénomène qu’il estime durable.

« L’épargne des Français va être mieux rémunérée » : de combien le taux du livret A va-t-il augmenter ?

Après l’annonce d’une hausse du Livret A au 1er août prochain par le Ministre de l’Economie, Philippe Crevel explique pourquoi sa rémunération devrait s’élever, en cas d’application stricte de la formule de calcule, alors à 1,8 %. Il précise par ailleurs que le taux du LEP pourrait être porté « à 2,8 % contre 2,5 % actuellement, selon Philippe Crevel. Logiquement, le taux du LEP est soit égale à l’inflation, soit 0,5 point au-dessus de celui du livret A. Néanmoins, depuis juillet 2023, le gouvernement maintient un taux du LEP au-dessus de ce que prévoit la formule. »

Livret A : en attendant une hypothétique hausse de sa rémunération, ce placement a enregistré plus de 5 milliards d’euros de retraits depuis janvier

Interrogé sur la décollecte massive enregistrée par le Livret A ces derniers mois dans un contexte de baisse de la rémunération et de reprise de l’inflation, Philippe Crevel tempère une probable révision de son taux au 1er août prochain. Il estime en effet que « la signature du protocole de paix entre les Etats-Unis et l’Iran pourrait néanmoins inciter le gouverneur de la Banque de France à ne pas relever, au nom de circonstances exceptionnelles« . Les arguments avancés étant une décélération de l’inflation « avec la réouverture du détroit d’Ormuz et la détente des prix de l’énergie. » De plus il évoque le risque pour les ménages qu’une telle hausse soit perçue« une reconnaissance d’un retour durable de l’inflation »

Du jamais vu depuis 2009 : les raisons de la décollecte inédite du Livret A

Dans La Tribune, Philippe Crevel, interrogé sur les décollectes successives enregistrées par le Livret A évoque « une dynamique forte, assez historique en début d’année »« Jamais on n’avait connu de décollecte sur les cinq premiers mois de l’année » depuis 2009. Une phénomène qu’il explique par le fait que les ménages modestes mobilisent leur épargne disponible pour compenser le retour de l’inflation quand les ménages aisés réorientent leur épargne vers des placements plus rémunérateurs à l’instar de l’assurance vie.

Livret A à 1,9% dès le 1er août ?

Dans le Journal de l’Économie, Philippe Crevel explique pourquoi le taux du Livret A pourrait être relevé à 1,9 % en août. Il précise que le contexte actuel, ayant pousser à une hausse de l’inflation pourrait évoluer en raison des derniers événements sur le front du conflit en Iran. En cas de normalisation de la situation, le gouvernement pourrait alors décider de ne pas modifier le taux du Livret A.

« Il est très lié au contexte géopolitique et à l’inflation » : l’or, valeur refuge ou piège spéculatif ?

Interrogé sur l’opportunité d’investir dans de l’or, Philippe Crevel appelle à davantage de diversification. Il rappelle qu’outre l’or plusieurs métaux précieux, moins soumis à la pure spéculation, pourraient compléter le panier de placements des investisseurs, tels que le cuivre, ou nickel… Très utilisés dans l’industrie, les risques de pertes en seraient de ce fait plus limités.

Livret A : un nouveau taux à 1,9% au 1er août et à 3% pour le LEP ?

Money Vox consacre un article sur la rémunération à venir du Livret A et du LEP dans un contexte d’accélération de l’inflation depuis le début du conflit qui oppose l’Iran aux États-Unis et Israel. En s’appuyant sur les règles établies pour déterminer le taux de rendement de ces deux placements, Philippe Crevel considère que le Livret A pourrait passer de 1,5 % à 1,9 % quand le LEP pour atteindre 2,8 voire 3 % à compter du 1er août prochain. Face à une possible normalisation de l’inflation à la suite de l’apaisement des relations entre les différents belligérants, il juge plus probable que le gouvernement opte pour une revalorisation du LEP, destiné aux ménages les plus modestes afin de compenser les pertes de pouvoir d’achat subis ces derniers mois.

Livret A : la grande panne

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Analyse de Philippe Crevel, Directeur du Cercle de l’Épargne

Le Livret A est pénalisé par une rémunération jugée peu attractive et par l’érosion du pouvoir d’achat des ménages liée au rebond de l’inflation. La hausse des prix des carburants conduit les ménages les plus modestes à puiser dans leur épargne réglementée tandis que les épargnants disposant d’une capacité d’épargne privilégient des placements plus rémunérateurs, comme l’assurance vie ou le Plan d’Épargne Retraite.

Le Livret A enregistre, en mai, une cinquième décollecte consécutive, avec un solde négatif de 630 millions d’euros. Ce mois de mai constitue le plus mauvais résultat de la série statistique de la Caisse des dépôts et consignations établie depuis le 1er janvier 2009.

Auparavant, le Livret A avait déjà connu des décollectes au mois de mai : en 2009 (-1 milliard d’euros), en 2010 (-310 millions d’euros), en 2014 (-90 millions d’euros) et en 2015 (-440 millions d’euros).

Le résultat de 2026 est en rupture avec celui de 2025 (+1,22 milliard d’euros) et, plus encore, avec celui de 2020 (+3,98 milliards d’euros au moment de la sortie du premier confinement). Il est également très éloigné de la moyenne observée sur les dix dernières années, qui s’élève à +1,6 milliard d’euros.

Sur les cinq premiers mois de l’année, la décollecte atteint le niveau record de 5 milliards d’euros. Le précédent record remontait à 2015, avec une décollecte de 2,32 milliards d’euros sur la même période. Pour retrouver une telle succession de décollectes, il faut remonter aux années 2014 et 2015, marquées par une baisse du taux de rémunération.

Le LDDS a enregistré, en mai, une décollecte de 140 millions d’euros, portant le total depuis le mois de janvier à -710 millions d’euros. Il s’agit de la deuxième décollecte consécutive.

Le mois de mai réussit peu au LDDS qui, depuis 2009, a connu neuf décollectes, celle de 2026 comprise. La dernière remontait à 2018, avec un solde négatif de 30 millions d’euros. Le résultat de 2026 est inférieur à la moyenne observée sur les dix dernières années (+370 millions d’euros).

Le Livret d’épargne populaire (LEP) reste en territoire négatif en mai, avec une décollecte de 30 millions d’euros, la troisième consécutive. Depuis le 1er janvier, la décollecte atteint 290 millions d’euros.

Pour détenir un LEP, un célibataire doit disposer d’un revenu fiscal de référence de 23 028 euros au titre des revenus de 2024. Ce plafond est majoré de 6 149 euros par demi-part supplémentaire.

Le recul de l’épargne réglementée depuis le début de l’année s’explique par plusieurs facteurs. La baisse du taux du Livret A, passé de 3 % à 1,5 % en un an, a été durement ressentie par les épargnants. Certes, ce taux demeure supérieur à celui en vigueur entre le 1er février 2020 et le 1er février 2022 (0,5 %), mais il apparaît aujourd’hui peu attractif.

Le taux de 3 %, appliqué du 1er février 2023 au 1er février 2025, semble être devenu une référence pour de nombreux ménages. Beaucoup considèrent désormais que le Livret A ne procure plus une rémunération suffisante.

Par ailleurs, les ménages les plus touchés par la hausse des prix de l’énergie peuvent être contraints de retirer une partie de leur épargne placée sur leur Livret A, leur LDDS ou leur LEP.

Compte tenu de l’évolution récente de l’inflation et du relèvement des taux directeurs de la Banque centrale européenne, une hausse du taux du Livret A au 1er août apparaît envisageable.

En vertu de la formule en vigueur depuis 2021, le taux du Livret A est fixé deux fois par an en fonction de l’inflation et du taux Ester constatés au cours du semestre précédent.

En retenant une inflation proche de 3 % en juin, la hausse moyenne des prix au premier semestre atteindrait environ 1,75 %. Le taux moyen de l’Ester, en intégrant le récent relèvement des taux directeurs de la BCE, devrait s’établir autour de 1,96 %. Dans ces conditions, le taux théorique du Livret A ressortirait à environ 1,9 %.

La signature du protocole de paix entre les États-Unis et l’Iran pourrait néanmoins inciter le gouverneur de la Banque de France à ne pas relever le taux du Livret A, au nom de circonstances exceptionnelles. L’inflation pourrait en effet rapidement décélérer avec la réouverture du détroit d’Ormuz et la détente des prix de l’énergie.

Une hausse du taux du Livret A pourrait être interprétée comme la reconnaissance d’un retour durable de l’inflation. Elle aurait également pour conséquence d’accroître les coûts de financement des banques et, indirectement, les taux des crédits accordés, notamment aux bailleurs sociaux.

Par ailleurs, les pouvoirs publics souhaitent éviter de pénaliser une consommation déjà atone. Malgré tout, une inflation supérieure à 3 % rendrait difficilement justifiable l’absence de revalorisation du Livret A.

Le surcoût d’une revalorisation du taux du Livret A à 1,9 % serait, en année pleine, d’environ 1,8 milliard d’euros, dont près de 710 millions d’euros pour les banques.

À défaut d’actualiser le taux du Livret A et du LDDS, le gouvernement pourrait choisir de privilégier le LEP en portant son taux à 2,8 %, voire à 3 %. Le coût pour les établissements bancaires serait alors nettement plus limité que dans le cas d’une hausse du Livret A ou du LDDS.

Cercle de l’Épargne – Données Caisse des dépôts et consignations

Cercle de l’Épargne – Données Caisse des dépôts et consignations

Faut-il avoir le goût du risque pour réussir son PER ?

Le Nouvel Économiste consacre un article au PER, jeune placement qui rentre progressivement dans le paysage de l’épargne en France. Interrogé sur les spécificités de ce produit destiné à la préparation de la retraite, Philippe Crevel rappelle qu’il permet de se constituer une épargne diversifiée (avec une poche sécurité et une poche actions). Il recommande notamment aux futurs titulaires d’oser négocier les frais lors de l’entrée du PER. Il met par ailleurs en garde les titulaires sur le faible potentiel de rendement d’une gestion par défaut. Il appelle ainsi les titulaire à réfléchir à ses horizons pour jongler entre les profils dynamiques, équilibrés et prudents.

Chute de la démographie : la France bien partie pour enterrer son modèle social en même temps que ses boomers

Interrogé sur les effets du vieillissement de la population sur notre modèle social, Philippe Crevel insiste sur la nécessité de valoriser l’emploi des séniors et de facilité l’insertion des jeunes dans le monde professionnel. Il estime ainsi que « si nous améliorons ce taux d’emploi, il sera possible de résoudre une part importante du problème. »

« Le sujet des règles de l’assurance-vie est politiquement très sensible », estime Philippe Crevel, président du Cercle de l’épargne

Dans une interview publiée dans le journal Investir, Philippe Crevel est interrogé sur une possible évolution de la fiscalité applicable à l’assurance vie, alors que ce placement multiplie les records de collecte depuis des mois.

Faut-il opter pour les placements alternatifs ?

« La vache et le prisonnier », le célèbre film d’Henri Verneuil de 1959 avec Fernandel a donné à des idées, le nom de la vache « Marguerite » servant de nom à une société « MyMarguerit » de placement financier qui investit dans des bovins. Les vaches appartiennent à la catégorie des placements dits alternatifs ou atypiques dans laquelle se trouvent également le vin, les wagons, les forêts, les œuvres d’art, les timbres, ou les sneakers. Ce type de placement a le vent en poupe depuis quelques années avec comme le fil rouge l’investissement dans des activités concrètes et réelles. Ces placements peuvent laisser augurer des bénéfices mais peuvent également donner lieu à des pertes importantes. Ils sont, en règle générale, peu ou pas réglementés ce qui limite les voies de recours de l’épargnant en cas de problème. Il est conseillé de recourir à eux dans une logique de diversification. S’ils permettent de se constituer un patrimoine tout en se faisant plaisir, il convient de rester prudent et de bien s’informer avant de se lancer. Comme pour tout placement, un rendement sortant de l’ordinaire doit attirer la vigilance de l’épargnant.

Au sommaire de cette étude

  • Gagner de l’argent avec des vaches
  • Épargner au lieu de boire
  • La forêt, un investissement durable ?
  • Les parkings, l’immobilier sans les contraintes ?
  • Les diamants, ça brille !
  • Les wagons de fret et conteneurs
  • Les œuvres d’art, les parchemins, les livres rares ?
  • Épargner avec ses chaussures !
  • À défaut d’envoyer des lettres, collectionner les timbres

Un quart des ménages en Europe ont des enfants à domicile

En 2025, l’Union européenne comptait 203,1 millions de ménages. Parmi eux, seuls 47,4 millions, soit un peu moins d’un quart (23,4 %), vivaient avec des enfants. Les couples avec enfants formaient la catégorie la plus importante, représentant 14,7 % de l’ensemble des ménages européens. Venaient ensuite les autres configurations familiales avec enfants (5,6 %) puis les familles monoparentales, composées d’un adulte vivant avec un ou plusieurs enfants, qui représentaient 3 % du total.

À l’inverse, plus des trois quarts des ménages européens, soit 76,6 %, ne comptaient aucun enfant. Cette catégorie se répartissait entre les personnes vivant seules, qui représentaient à elles seules 37,5 % des ménages, les couples sans enfants (24,1 %) et diverses autres formes de cohabitation sans enfants (15,1 %).

Entre 2016 et 2025, la progression des ménages composés d’une seule personne sans enfant a été particulièrement marquée. Leur nombre a augmenté de 19,2 %, passant de 63,9 à 76,1 millions. Les couples sans enfants ont également progressé, mais dans des proportions plus limitées, avec une hausse de 3,3 %, de 47,3 à 48,9 millions. À l’inverse, les couples avec enfants ont enregistré un recul de 6,3 %, leur nombre passant de 31,9 à 29,9 millions. Les autres formes de ménages avec enfants ont elles aussi diminué, quoique plus modérément, de 11,8 à 11,4 millions, soit une baisse de 3,5 %.

Les ménages avec enfants étaient proportionnellement les plus nombreux en Slovaquie, où ils représentaient 35,4 % du total. L’Irlande suivait avec 30,8 %, devant Chypre avec 28,2 %. À l’opposé, les parts les plus faibles étaient observées en Finlande (18,2 %), en Lituanie (18,4 %) et en Allemagne (19,9 %).

En 2025, un enfant unique demeurait la situation la plus fréquente au sein des familles européennes : une famille avec enfants sur deux (50,2 %) n’en comptait qu’un seul. Les ménages avec deux enfants représentaient 37,6 % du total, tandis que ceux comprenant trois enfants ou davantage ne constituaient que 12,2 % des familles avec enfants.

La prédominance des familles avec enfant unique était particulièrement nette au Portugal, où elles représentaient 61,8 % des ménages avec enfants. La Bulgarie (60,4 %) et Malte (59,5 %) affichaient également des proportions élevées.

À l’inverse, dans quatorze des vingt-sept États membres, les ménages avec au moins deux enfants demeuraient majoritaires. Cette situation était particulièrement marquée en Suède, où 57,8 % des familles avec enfants comptaient au moins deux enfants, devant les Pays-Bas (57,6 %) et l’Irlande (56,7 %).


Un quart des Européens travaillent le week-end !

En 2025, plus d’un actif occupé sur cinq dans l’Union européenne, âgé de 15 à 64 ans, travaillait habituellement le week-end. La proportion atteignait ainsi 21,3 % de l’ensemble des personnes en emploi.

Le recours au travail durant le week-end variait fortement selon les professions exercées. Il était particulièrement répandu parmi les employés des services et de la vente, dont près d’un sur deux (47,6 %) travaillait régulièrement le samedi ou le dimanche. Les agriculteurs, sylviculteurs et pêcheurs qualifiés étaient également très concernés, avec un taux de 47,2 %. Les personnes occupant des emplois élémentaires affichaient une proportion plus modérée mais néanmoins élevée, à 25,7 %.

Le statut professionnel influait également fortement sur la fréquence du travail le week-end. Parmi les salariés, seuls 18,5 % déclaraient travailler habituellement durant cette période. À l’inverse, cette pratique était nettement plus fréquente chez les travailleurs indépendants. Elle concernait 45,8 % des employeurs indépendants ayant des salariés, 35,9 % des travailleurs à leur compte sans salariés et 45,1 % des aides familiaux.

Parmi les indépendants employeurs travaillant régulièrement le week-end, la Grèce arrivait largement en tête avec 75 % des actifs concernés. La Belgique suivait avec 65,9 %, devant la France où cette proportion atteignait 61 %. À l’opposé, les taux les plus faibles étaient relevés en Hongrie (9,9 %), en Slovaquie (15 %) et en Pologne (15,1 %).

Concernant les salariés, la Grèce enregistrait également la part la plus élevée de travail le week-end, avec 31,5 % des employés concernés. Chypre (31,3 %) et Malte (29,2 %) figuraient également parmi les pays les plus concernés. À l’inverse, le travail salarié le week-end demeurait très limité en Lituanie (3 %), en Pologne (4,2 %) et en Hongrie (6,2 %).

Cercle de l’Épargne – données Eurostat

Une pension sur neuf liquidée avec des erreurs !

Chaque année, la Cour des Comptes est amenée à réaliser la certification des comptes de la Sécurité sociale. Derrière les masses financières importantes, la Cour met en lumière des dysfonctionnements et des erreurs de gestion récurrentes ainsi que les différentes techniques de fraude.

En 2025, les dépenses de la branche vieillesse de la Sécurité sociale ont progressé de 6,4 milliards d’euros pour atteindre 167,3 milliards d’euros. Cette hausse résulte à la fois de l’augmentation du nombre de retraités, de la revalorisation des pensions et de l’arrivée à la retraite de générations bénéficiant de carrières plus complètes et de droits plus élevés. Le système de retraite français constitue ainsi l’un des premiers postes de dépenses publiques du pays. En 2026, la Cour des comptes souligne la persistance d’erreurs de liquidation. Selon les magistrats financiers, près d’une pension nouvellement attribuée sur neuf comporterait une erreur ayant une incidence financière pour l’assuré ou pour les comptes sociaux. Cette proportion est en hausse par rapport à 2024, où le ratio était d’environ une retraite sur dix. L’impact financier cumulé de ces erreurs sur l’ensemble de la durée de versement des pensions est désormais estimé à 1,1 milliard d’euros, contre 900 millions un an auparavant. Ces anomalies peuvent conduire aussi bien à des versements insuffisants qu’à des trop-perçus, avec des conséquences parfois durables pour les assurés concernés. La Cour note également que le contrôle des pensions versées aux travailleurs indépendants reste moins rigoureux que celui appliqué aux salariés, les erreurs de calcul n’étant pas mesurées avec le même degré de précision.

Au-delà des erreurs administratives, la question de la fraude demeure centrale. La campagne d’évaluation conduite en 2025 fait apparaître que les irrégularités — qu’elles relèvent de fautes déclaratives ou de fraudes caractérisées — concerneraient 1,6 % des retraités. Le préjudice financier total est estimé à 337 millions d’euros, dont environ 76 millions directement imputables à des fraudes avérées. Depuis 2021, les différentes campagnes de contrôle mettent en évidence une progression régulière de ces comportements frauduleux, malgré le renforcement des dispositifs de surveillance. La situation des retraités résidant à l’étranger continue, par ailleurs, d’alimenter les inquiétudes des autorités de contrôle. À la fin de l’année 2025, près de 1,1 million de bénéficiaires du régime général vivaient hors de France et percevaient au total 3,9 milliards d’euros de pensions. La Cour rappelle que le risque de maintien indu du versement des prestations après le décès du bénéficiaire est significativement plus élevé à l’étranger qu’en France, en raison des difficultés de contrôle de l’état civil dans certains pays. Des progrès sont, néanmoins, signalés grâce au développement des échanges automatisés de données entre administrations étrangères et organismes français.

Les dérives ne concernent pas uniquement les retraites. Sur la branche maladie, la Cour des comptes estime que le montant des erreurs affectant les remboursements de soins atteint désormais 3,4 milliards d’euros, contre 3,3 milliards en 2024. Ces erreurs recouvrent des anomalies de facturation, des défauts de contrôle, des actes indûment remboursés ou encore des dysfonctionnements dans la gestion des prestations. Si les erreurs liées aux indemnités journalières reculent légèrement, la situation se détériore dans la branche accidents du travail et maladies professionnelles. Dans ce domaine, le coût annuel de la fraude serait compris entre 1,8 et 2,4 milliards d’euros, révélant l’ampleur des vulnérabilités persistantes du système.

Le réseau des Urssaf, chargé du recouvrement des cotisations sociales, demeure lui aussi confronté à des irrégularités. La Cour évalue à 3,3 milliards d’euros les erreurs résultant des déclarations des cotisants. La fraude liée aux employeurs du secteur privé atteindrait, à elle seule, 5,3 milliards d’euros. Le travail dissimulé, les sous-déclarations de rémunérations, les montages d’optimisation abusifs ou encore le recours irrégulier à certains statuts d’activité continuent ainsi de fragiliser le financement du système social français.

La branche famille présente une situation plus contrastée. La Cour observe une amélioration dans la détection des versements indus concernant la prime d’activité et le revenu de solidarité active (RSA). Cette évolution résulte notamment de la généralisation du dispositif de déclaration des ressources mensuelles depuis mars 2025. Selon les estimations de la Caisse nationale des allocations familiales, ce nouveau mécanisme aurait permis d’éviter ou de récupérer près de 1,1 milliard d’euros de versements injustifiés sur l’année.

Les magistrats financiers de la Cour soulignent que la progression des détections masque une dégradation plus générale du contrôle de terrain. Les paiements indus qui ne pourront jamais être récupérés continuent d’augmenter, notamment en raison de la forte diminution des contrôles sur place. Pourtant, ces derniers sont considérés comme les plus efficaces. Leur nombre a reculé de 9 % en 2025 et de près de 46 % depuis 2019. Cette évolution traduit les difficultés croissantes des organismes sociaux à maintenir une présence humaine suffisante dans les procédures de contrôle, malgré la montée en puissance des outils numériques et du croisement automatisé des données.

Dans un contexte marqué par le vieillissement démographique, la progression continue des dépenses de santé et l’alourdissement de la dette publique, la maîtrise des erreurs et des fraudes apparaît désormais comme un impératif budgétaire autant qu’un enjeu de confiance collective envers la protection sociale.

La résilience des marchés « actions » en question !

Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient le 28 février 2026 et la fermeture du détroit d’Ormuz, les marchés financiers évoluent dans une configuration singulière : les indicateurs macroéconomiques se dégradent, les prix de l’énergie demeurent durablement élevés, les banques centrales sont confrontées à un risque de seconde vague inflationniste, mais les indices américains continuent de progresser et d’atteindre de nouveaux records.

Le contraste entre l’économie réelle et les marchés financiers est particulièrement marqué aux États-Unis. Entre le 28 février et le 9 mai 2026, le S&P 500 est passé d’environ 7 050 points à plus de 7 330 points, soit une hausse proche de 4 %. Le Nasdaq Composite a gagné près de 9 %, tandis que les valeurs technologiques liées à l’intelligence artificielle poursuivent leur envolée.

Le moteur principal du marché américain demeure la concentration extrême de la capitalisation boursière autour des « Sept Magnifiques ». Ces sept entreprises représentent désormais entre 33 % et 34 % de la capitalisation totale du S&P 500, contre à peine 12 % dix ans auparavant. Cette concentration modifie profondément la dynamique des indices. Les marchés américains ne reflètent plus réellement l’économie américaine dans son ensemble ; ils reflètent avant tout les anticipations de profits futurs de quelques géants technologiques.

Le niveau des valorisations illustre cette situation. Le Price Earning Ratio (PER) prévisionnel du S&P 500 atteint actuellement 20,9 fois les bénéfices attendus, contre une moyenne historique sur dix ans de 18,9. Le Nasdaq 100 affiche un PER supérieur à 33. Le PER moyen des « Sept Magnifiques » se situe autour de 26 fois les bénéfices anticipés, malgré un léger reflux par rapport au sommet de la fin de l’année 2025.

Cette valorisation élevée est soutenue par des anticipations de croissance bénéficiaire exceptionnelles. Selon FactSet, les analystes anticipent une progression des bénéfices du S&P 500 de plus de 21 % en 2026. Les entreprises technologiques concentrent l’essentiel de ces révisions haussières grâce à l’essor de l’intelligence artificielle générative, des centres de données, des semi-conducteurs avancés et du cloud.

Les marchés considèrent donc que le choc géopolitique actuel ne remet pas en cause le cycle technologique. Au contraire, certains investisseurs estiment même que la guerre renforce la prime accordée aux entreprises américaines dominantes, considérées comme les principaux bénéficiaires de la nouvelle économie numérique et de la fragmentation géopolitique mondiale.

Cette résilience américaine repose également sur des facteurs énergétiques. Les États-Unis sont devenus le premier producteur mondial de pétrole et de gaz. L’économie américaine ne subit plus un choc pétrolier de la même manière qu’au cours des années 1970. La hausse des cours du pétrole génère désormais un transfert de revenus favorable vers les producteurs américains d’hydrocarbures, les États producteurs et les entreprises énergétiques cotées.

Le Brent a dépassé ponctuellement 110 dollars le baril début mai, tandis que le WTI américain évoluait autour de 102 dollars. L’écart Brent-WTI atteint près de 10 %, traduisant l’avantage relatif des États-Unis par rapport à l’Europe et à l’Asie. L’EIA souligne d’ailleurs que les perturbations liées au détroit d’Ormuz constituent le principal facteur expliquant l’envolée des prix pétroliers en 2026.

Les investisseurs américains considèrent donc que le pays peut absorber un pétrole à 100 dollars grâce à :

  • la puissance de sa production énergétique ;
  • la solidité de ses entreprises technologiques ;
  • la profondeur de ses marchés financiers ;
  • la vigueur persistante de ses marges bénéficiaires.

Ces marges atteignent d’ailleurs des niveaux historiquement élevés. La marge nette moyenne du S&P 500 dépasse 13 %, contre une moyenne de long terme proche de 6 %.

C’est précisément ce point qui nourrit les interrogations de plusieurs stratégistes. La hausse actuelle des actions suppose implicitement que ces marges resteront durablement élevées malgré :

  • la hausse des coûts énergétiques ;
  • le renchérissement du coût du capital ;
  • la progression des salaires ;
  • la fragmentation commerciale mondiale ;
  • les besoins massifs d’investissement.

Or le maintien simultané de PER élevés et de marges historiquement élevées constitue une configuration fragile. Une contraction des marges aurait un effet mécanique très important sur les valorisations.

La situation européenne apparaît bien plus vulnérable. L’Euro Stoxx 50 a reculé d’environ 5 % depuis la fin février. Les marchés européens restent pénalisés par :

  • leur dépendance énergétique ;
  • le poids des valeurs industrielles ;
  • la faiblesse structurelle de la croissance ;
  • des marges plus faibles que celles des entreprises américaines ;
  • une moindre exposition à l’IA.

Le PER moyen des actions européennes se situe autour de 17 fois les bénéfices attendus, soit nettement en dessous du marché américain. Cette décote traduit à la fois une moindre rentabilité et une perception de risque plus élevée.

Les marchés asiatiques présentent une autre vulnérabilité : celle de l’approvisionnement physique. Avant la fermeture du détroit d’Ormuz, près de 50 % des importations pétrolières asiatiques et environ 30 % des flux de GNL dépendaient directement de cette route maritime. Les pays les plus exposés demeurent :

  • la Chine ;
  • l’Inde ;
  • le Japon ;
  • la Corée du Sud.

Le Japon importe encore plus de 90 % de ses besoins énergétiques. La Corée du Sud demeure fortement dépendante du GNL qatari. La Chine, malgré ses efforts en matière de diversification, reste vulnérable à un choc durable sur les approvisionnements maritimes.

Pour le moment, les investisseurs considèrent néanmoins que les stocks stratégiques limiteront les pénuries et que les États du Golfe finiront par rétablir une partie des flux. Ils estiment également que les banques centrales éviteront un resserrement monétaire trop brutal afin de ne pas peser sur la croissance de l’économie mondiale. Pour le moment, les investisseurs ne croient pas encore à un scénario de récession mondiale profonde. Ils privilégient un scénario de ralentissement accompagné d’une inflation plus élevée, autrement dit une forme de stagflation modérée et temporaire.

Si le Brent devait demeurer durablement au-dessus de 100 dollars, les conséquences macroéconomiques pourraient être néanmoins importantes avec une dégradation des balances commerciales européennes et asiatiques, une baisse du revenu réel des ménages, un ralentissement de la consommation et une hausse des coûts de production.

Les investisseurs pourraient alors changer leurs arbitrages et préférer les obligations ou les titres monétaires aux actions. Le risque de correction est important pour les valeurs technologiques américaines. Ces dernières intègrent déjà des hypothèses très optimistes de croissance future. Toute remontée durable des taux réels réduirait mécaniquement la valeur actualisée de leurs profits futurs.

L’histoire des marchés montre d’ailleurs qu’un choc géopolitique ne provoque pas toujours immédiatement une correction boursière. Les marchés réagissent souvent avec retard, au moment où les entreprises commencent à publier des résultats dégradés ou lorsque les banques centrales modifient brutalement leur politique monétaire. Actuellement, l’IA est toujours perçue comme une source de productivité et de bénéfices futurs.

Le PER : 150 milliards d’euros d’encours !

Le plan d’épargne retraite (PER), instauré par la loi Pacte en 2019 afin d’unifier et de moderniser les anciens dispositifs d’épargne retraite, poursuit sa montée en puissance à un rythme soutenu. Selon les données communiquées par le ministère de l’Économie et des Finances, près de 13 millions de Français détenaient un PER à la fin de l’année 2025, pour un encours total dépassant désormais 150 milliards d’euros. Ce seuil, hautement symbolique, témoigne de l’ancrage progressif de ce produit dans le paysage patrimonial français.

En 2025, l’encours du PER a progressé de 20 %. Depuis 2024, la hausse atteint même près de 46 %. Cette belle progression repose en grande partie sur le PER individuel. Ce compartiment, commercialisé sous forme assurantielle ou compte-titres, concentre à lui seul près de 88,5 milliards d’euros d’encours, en hausse de 21 % en un an. Les PER collectifs et obligatoires, proposés dans le cadre de l’entreprise, affichent également une croissance soutenue, même si leurs volumes demeurent plus modestes, avec respectivement 34 et 28 milliards d’euros d’actifs gérés.

Le PER s’est installé dans le paysage de l’épargne en France. Il reste malgré tout loin de l’assurance vie et du Livret A dont les encours respectifs s’élèvent à 2 100 et 446 milliards d’euros (2025). Le PER demeure donc encore un produit relativement récent, mais sa progression rapide souligne l’émergence d’un véritable 3e pilier de préparation de la retraite en France.

Cette évolution reflète avant tout les inquiétudes croissantes des Français face à l’avenir du système de retraite par répartition. Le vieillissement démographique, le ralentissement de la croissance potentielle et les déficits publics nourrissent un sentiment de fragilité du modèle social. Les réformes successives des retraites, loin d’apaiser les inquiétudes, ont renforcé l’idée selon laquelle chacun devra, à terme, compléter sa pension par une épargne individuelle. Les enquêtes d’opinion montrent ainsi une forte montée des préoccupations liées au niveau futur des pensions et à la soutenabilité financière du système. La préparation de la retraite s’impose désormais parmi les principaux motifs d’épargne des ménages, juste derrière la constitution d’une épargne de précaution. Le succès de ce produit est également imputable à sa fiscalité attractive. Les versements volontaires peuvent être dans certaines limites, déduits du revenu imposable, ce qui en fait un instrument particulièrement recherché par les ménages fortement fiscalisés. Ce mécanisme de déduction a largement contribué à l’essor du produit auprès des cadres et des travailleurs indépendants.

Au-delà de la question des retraites, le développement du PER répond également à un objectif macroéconomique plus large : orienter davantage l’épargne des ménages vers le financement de long terme des entreprises. Depuis plusieurs décennies, la France se caractérise par une abondance d’épargne liquide ou peu risquée mais par un financement insuffisant des fonds propres des entreprises, en particulier pour les investissements de long terme et les entreprises innovantes.

Les pouvoirs publics souhaitent donc transformer progressivement une partie de cette épargne de précaution en épargne productive. La loi Industrie verte de 2023 s’inscrit dans cette logique en encourageant les gestionnaires à investir davantage dans les actifs non cotés : capital-investissement, dette privée, infrastructures ou financement de la transition énergétique. Cette orientation répond également aux ambitions européennes formulées dans le rapport de Mario Draghi, qui plaide pour une mobilisation accrue de l’épargne européenne afin de financer la compétitivité industrielle et technologique du continent.

Quelle voie pour l’épargne retraite en France ? par Jean-Pierre Thomas, Président du Cercle de l’Épargne

Pour la prochaine élection présidentielle de 2027, les candidats seront amenés à se prononcer sur le devenir de la réforme des retraites de 2023. Celle-ci, pour le moment suspendue, devrait, faute d’intervention législative, reprendre son cours à l’automne 2027. Compte tenu du débat passionnel qu’elle a provoqué au sein de la population, son application en l’état apparaît difficile à imaginer. Certains candidats se sont prononcés pour son abrogation pure et simple, d’autres sont favorables à un aménagement plus ou moins important. Au-delà des gesticulations de campagne, le contexte, en revanche, est sans appel. Le déficit des régimes de retraite est voué à s’accroître, d’ici le milieu du siècle, pour atteindre une trentaine de milliards d’euros, et bien davantage si l’on prend en compte les systèmes de la fonction publique. Ces déficits sont imputables à l’évolution de la démographie — papy-boom avec le passage de 17 à 23 millions de retraités, allongement de l’espérance de vie, baisse de la fécondité — ainsi qu’au faible taux d’emploi, en particulier chez les jeunes et les seniors. L’affaissement de la croissance, lié par ailleurs à un nombre insuffisant d’emplois, complique la donne. Cette problématique est relativement connue, même si aucun consensus n’existe pour la régler. Il est fort probable que des solutions d’ajustement au fil de l’eau soient retenues.

Quelles que soient les mesures prises, de manière indolore mais bien réelle, année après année, le taux de remplacement — le rapport entre les pensions et les revenus d’activité — ainsi que le niveau de vie relatif des retraités par rapport à l’ensemble de la population diminueront dans les vingt prochaines années. Le niveau de vie des retraités, qui était supérieur à celui de l’ensemble de la population de deux points en 2024, devrait lui être inférieur d’environ dix points vers 2050, et cela sans même prendre en compte d’éventuelles réformes qui pourraient d’ici là être adoptées.

Le débat clé de l’élection présidentielle en matière de retraite devrait être celui du niveau de vie des retraités pour les prochaines décennies. Celui-ci doit-il être assuré, comme c’est le cas aujourd’hui, à 85 % par les régimes par répartition ou faut-il envisager une montée en puissance de l’épargne retraite, qui ne représentait en 2024 que moins de 3 % des prestations vieillesse ?

Après la Seconde Guerre mondiale, pour des raisons économiques, démographiques et idéologiques, la France a fait le choix du tout-répartition. En quatre-vingts ans, la donne a complètement changé. Faut-il maintenir, ou non, le statu quo ? Au nom de la diversification, je suis favorable au développement de la capitalisation qui permet, en outre, de faire bénéficier les retraités de la croissance mondiale et les entreprises de nouvelles sources de financement. Si la loi sur l’épargne retraite dont j’étais l’auteur avait été appliquée en 1997, l’encours de la capitalisation aurait certainement atteint, aujourd’hui, autour de 800 milliards d’euros contre environ 300 milliards actuellement.

Le problème numéro un de l’épargne retraite réside aujourd’hui dans sa diffusion imparfaite. Les cadres supérieurs, les indépendants et les professions libérales sont relativement bien couverts quand les ouvriers ou les employés, surtout au sein des PME, le sont peu ou pas du tout. Au total, environ un actif sur cinq a accès à un produit de retraite supplémentaire. Les faibles montants versés sur les plans actuellement ouverts constituent l’autre faiblesse de la capitalisation à la française.

Pour élargir la diffusion de l’épargne retraite, plusieurs moyens sont envisageables. Le plus simple serait de procéder comme pour la complémentaire santé, dont la généralisation a été opérée par un accord national interprofessionnel. L’autre voie consisterait à doter tous les actifs d’un plan d’épargne retraite en reprenant le principe du compte personnel de formation. Ce plan aurait vocation à recevoir les primes issues de l’épargne salariale, les primes de partage de la valeur, les abondements éventuels des employeurs ainsi que les versements volontaires. Les actifs auraient la possibilité de choisir l’établissement gestionnaire de leur plan retraite et, par défaut, celui-ci pourrait être logé à la Caisse des Dépôts et Consignations.

Un effort financier devrait être consenti en faveur des personnes les plus modestes qui, aujourd’hui, ne tirent aucun avantage de la déduction fiscale du Plan d’épargne retraite. En contrepartie, certaines niches fiscales liées à l’épargne pourraient être remises en cause. Aujourd’hui, les pouvoirs publics soutiennent toutes les formes d’épargne, du court terme au long terme. Il serait logique que cette dernière soit prioritaire en matière d’incitations fiscales.

L’objectif pourrait être qu’à l’horizon 2050, la capitalisation assure environ 10 % des revenus des retraités. Cette montée en puissance ne signifierait en aucun cas la remise en cause de la répartition. D’autres pays sont parvenus à la cohabitation des deux régimes, la Suède, le Danemark et l’Italie.

La question idéologique de la capitalisation est dépassée. Les Français répondent sur ce sujet en épargnant pour leur retraite. La question est donc de savoir si elle restera réservée aux catégories les plus favorisées ou si elle deviendra un outil collectif au service de tous les actifs et de l’économie.

Jean-Pierre Thomas

Président du Cercle de l’Épargne

et de Thomas Vendôme Investment

Interrogations sur le système français de retraite avant la publication du rapport du Conseil d’Orientation des Retraites ?

Le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) publie son rapport annuel au début du mois de juin. Cette année, cette publication intervient quelques mois après la suspension de la réforme de 2023 et à quelques mois de l’élection présidentielle et des probables élections législatives de 2027. Le futur gouvernement issu de ces élections pourra alors décider de poursuivre son application, l’abroger ou la modifier. Par ailleurs, le COR a décidé de réviser ses hypothèses démographiques afin de tenir compte notamment de la baisse de la natalité.

Au sommaire de cette étude

  • Le système de retraite français : plus de 13 % du PIB
  • Un nombre de retraités en forte croissance
  • Le poids croissant des retraites des fonctions publiques
  • Un déficit structurel pour les régimes de retraite
  • Des régimes complémentaires solides
  • La question sensible du niveau de vie
  • Le vieillissement démographique, les dépenses de santé et la dépendance
  • Le débat sur la capitalisation
  • Des inégalités sociales persistantes
  • La question sensible du pilotage
  • L’abandon ou la poursuite de la réforme de 2023
  • Trois grandes orientations apparaissent possibles

Systèmes de retraite : la menace d’un emballement du déficit

COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU CERCLE DE L’ÉPARGNE

Le Conseil d’Orientation des Retraites présentera le 11 juin prochain son rapport annuel. Dans la perspective de cette présentation, le Cercle de l’Épargne publie une note reprenant les principaux défis auxquels est confronté le système de retraite en France.

Avec 370 milliards d’euros de pensions versées en 2023, les dépenses de retraite représentent 13,1 % du PIB selon la DREES[1], un niveau parmi les plus élevés du monde développé. Elles représentent le premier poste de dépenses sociales.

À titre de comparaison, dans un récent rapport de l’OCDE[2] publié fin 2025, la part des dépenses de retraite dans le PIB serait même supérieure en France.  Elle s’établirait ainsi :

  • En France, à 13,8 % du PIB ;
  • en Allemagne, à environ 11,6 % du PIB ;
  • au Royaume-Uni, à 7,5 % du PIB ;
  • aux États-Unis, à 7,4 % du PIB.

Seule l’Italie consacre une part plus importante, de l’ordre de 16 % du PIB.

Pour la première fois depuis 1993, un gouvernement a été contraint de suspendre une réforme des retraites, celle de 2023 qui prévoit de porter de 62 à 64 ans de l’âge légal et d’accélérer le passage du nombre d’annuités de 42 à 43 ans. Cette suspension court jusqu’à l’automne 2027, c’est-à-dire après l’élection présidentielle.

Les incertitudes sur la politique qui sera mise en œuvre après les élections de 2027 sont importantes au vu des intentions des différents candidats actuellement en lice. Quel que soit le vainqueur, il est fort probable qu’une nouvelle réforme soit présentée en 2027.

Le rapport annuel du COR doit prendre en compte cette suspension ainsi que la dégradation de la situation démographique et économique.

La France comptait 17,2 millions de retraités de droit direct fin 2023. Selon les projections du COR, leur nombre pourrait dépasser 20 millions au milieu des années 2040. Dans le même temps, le ratio entre cotisants et retraités continue de se dégrader :

  • plus de 2 cotisants pour 1 retraité dans les années 1980 ;
  • environ 1,7 aujourd’hui ;
  • entre 1,3 et 1,4 à l’horizon 2070.

La détérioration démographique s’accélère avec un taux de fécondité qui est tombé sous 1,6 enfant par femme en 2025, contre plus de 2 enfants il y a une quinzaine d’années. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la France enregistre un solde naturel négatif, les décès étant plus nombreux que les naissances.

Cette évolution a conduit le COR à réviser ses hypothèses démographiques, avec des conséquences qui pèseront sur les comptes sociaux dans les décennies à venir.

Les retraites de la fonction publique représentent près du quart des dépenses totales du système. Le coût du compte d’affectation spéciale « Pensions » dépasse désormais 67 milliards d’euros par an.

Les taux de cotisation employeur affichés atteignent :

  • plus de 80 % pour les fonctionnaires civils ;
  • plus de 120 % pour les militaires.
  • contre 28/29 % pour les salariés du privé.

Parallèlement, la situation financière de la CNRACL qui couvre les agents territoriaux et hospitaliers, se dégrade rapidement sous l’effet du vieillissement des effectifs et des départs massifs à la retraite.

Selon le COR, le système de retraite pourrait enregistrer à long terme un déficit compris entre 0,7 et 1,4 point de PIB selon les scénarios économiques retenus. Le ralentissement de la productivité constitue un facteur aggravant. Alors que les gains de productivité dépassaient souvent 1,5 % par an avant 2008, ils demeurent, depuis plusieurs années, inférieurs à 1 %. Or dans un système par répartition, la croissance des salaires et de la productivité conditionne directement les recettes des régimes.

Le taux d’emploi des 60-64 ans demeure inférieur à celui observé dans plusieurs pays européens. En 2025, ce taux d’emploi est de :

  • France : 42 %
  • Allemagne : 65 %
  • Suède : 68 %
  • Pays-Bas : 68 %
  • Danemark : 68 %

La France souffre également d’un taux de chômage élevé chez les jeunes et d’une proportion importante de jeunes ni en emploi ni en formation.

Aujourd’hui encore, les retraités français disposent d’un niveau de vie moyen proche de celui de l’ensemble de la population. Cette situation constitue une exception parmi les pays développés. Selon les projections du COR, cet avantage devrait progressivement s’éroder. À l’horizon 2070, le niveau de vie des retraités pourrait représenter moins de 90 % de celui de l’ensemble de la population, contre environ 100 % aujourd’hui.

Pour le Cercle de l’Épargne, le débat sur les retraites ne peut plus être dissocié de celui sur la santé, la dépendance et les finances publiques.

« La question n’est plus seulement celle des retraites. La France entre dans l’âge du vieillissement budgétaire. Retraites, santé et dépendance constitueront ensemble le principal défi financier des prochaines décennies. Les arbitrages qui seront effectués après 2027 engageront durablement le modèle social français », conclut Philippe Crevel, Directeur du Cercle de l’Épargne.

  • 370 milliards d’euros de dépenses de retraite ;
  • 13,1 % du PIB consacré aux retraites ;
  • 17,2 millions de retraités aujourd’hui ;
  • Plus de 20 millions attendus dans les années 2040 ;
  • 1,7 cotisant pour 1 retraité aujourd’hui contre plus de 2 dans les années 1980 ;
  • 67 milliards d’euros pour le CAS Pensions ;
  • 80 milliards d’euros de réserves pour l’AGIRC-ARRCO ;
  • 42 % de taux d’emploi des 60-64 ans en France ;
  • Moins de 1,6 enfant par femme en 2025 ;
  • 0,7 à 1,4 point de PIB de déficit potentiel à long terme.

[1] Source : DREES (2025), Les retraités et les retraites – Édition 2025, Panoramas de la DREES

[2] Source : OCDE (2025), Panorama des pensions 2025 : Les indicateurs de l’OCDE et du G20

Retraite : combien de trimestres pouvez-vous racheter et à quel prix ?

Dans une interview accordée au journal Capital, Philippe Crevel évoque les avantages et les inconvénients du rachat de trimestre. Il rappelle notamment que le coût du rachat croît avec l’âge, mais que si ce dernier intervient trop tôt, l’opération peut s’avérer inutile dans un contexte d’évolution réglementaire. « Si vous avez 35 ans, l’aléa sur la législation reste important. Si vous avez 55 ou 57 ans, l’aléa devient beaucoup plus faible »

Livret A boudé : pourquoi un taux revu à la hausse en août ne changerait pas grand-chose

Cité dans le Parisien, Philippe Crevel souligne que le recul enregistré par le Livret A le mois dernier « est la plus importante décollecte pour un mois d’avril depuis dix ans ».

Assurance-vie : faut-il se fier aux rendements des fonds euros pour sélectionner un assureur ?

Cité dans le journal Le Monde, Philippe Crevel estime que « le  rendement du fonds euros est le seul élément de comparaison tangible dont disposent les épargnants. Un assureur servant régulièrement un bon taux est digne de confiance. »

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