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Faut-il avoir le goût du risque pour réussir son PER ?

Le Nouvel Économiste consacre un article au PER, jeune placement qui rentre progressivement dans le paysage de l’épargne en France. Interrogé sur les spécificités de ce produit destiné à la préparation de la retraite, Philippe Crevel rappelle qu’il permet de se constituer une épargne diversifiée (avec une poche sécurité et une poche actions). Il recommande notamment aux futurs titulaires d’oser négocier les frais lors de l’entrée du PER. Il met par ailleurs en garde les titulaires sur le faible potentiel de rendement d’une gestion par défaut. Il appelle ainsi les titulaire à réfléchir à ses horizons pour jongler entre les profils dynamiques, équilibrés et prudents.

Chute de la démographie : la France bien partie pour enterrer son modèle social en même temps que ses boomers

Interrogé sur les effets du vieillissement de la population sur notre modèle social, Philippe Crevel insiste sur la nécessité de valoriser l’emploi des séniors et de facilité l’insertion des jeunes dans le monde professionnel. Il estime ainsi que « si nous améliorons ce taux d’emploi, il sera possible de résoudre une part importante du problème. »

« Le sujet des règles de l’assurance-vie est politiquement très sensible », estime Philippe Crevel, président du Cercle de l’épargne

Dans une interview publiée dans le journal Investir, Philippe Crevel est interrogé sur une possible évolution de la fiscalité applicable à l’assurance vie, alors que ce placement multiplie les records de collecte depuis des mois.

Faut-il opter pour les placements alternatifs ?

« La vache et le prisonnier », le célèbre film d’Henri Verneuil de 1959 avec Fernandel a donné à des idées, le nom de la vache « Marguerite » servant de nom à une société « MyMarguerit » de placement financier qui investit dans des bovins. Les vaches appartiennent à la catégorie des placements dits alternatifs ou atypiques dans laquelle se trouvent également le vin, les wagons, les forêts, les œuvres d’art, les timbres, ou les sneakers. Ce type de placement a le vent en poupe depuis quelques années avec comme le fil rouge l’investissement dans des activités concrètes et réelles. Ces placements peuvent laisser augurer des bénéfices mais peuvent également donner lieu à des pertes importantes. Ils sont, en règle générale, peu ou pas réglementés ce qui limite les voies de recours de l’épargnant en cas de problème. Il est conseillé de recourir à eux dans une logique de diversification. S’ils permettent de se constituer un patrimoine tout en se faisant plaisir, il convient de rester prudent et de bien s’informer avant de se lancer. Comme pour tout placement, un rendement sortant de l’ordinaire doit attirer la vigilance de l’épargnant.

Au sommaire de cette étude

  • Gagner de l’argent avec des vaches
  • Épargner au lieu de boire
  • La forêt, un investissement durable ?
  • Les parkings, l’immobilier sans les contraintes ?
  • Les diamants, ça brille !
  • Les wagons de fret et conteneurs
  • Les œuvres d’art, les parchemins, les livres rares ?
  • Épargner avec ses chaussures !
  • À défaut d’envoyer des lettres, collectionner les timbres

Un quart des ménages en Europe ont des enfants à domicile

En 2025, l’Union européenne comptait 203,1 millions de ménages. Parmi eux, seuls 47,4 millions, soit un peu moins d’un quart (23,4 %), vivaient avec des enfants. Les couples avec enfants formaient la catégorie la plus importante, représentant 14,7 % de l’ensemble des ménages européens. Venaient ensuite les autres configurations familiales avec enfants (5,6 %) puis les familles monoparentales, composées d’un adulte vivant avec un ou plusieurs enfants, qui représentaient 3 % du total.

À l’inverse, plus des trois quarts des ménages européens, soit 76,6 %, ne comptaient aucun enfant. Cette catégorie se répartissait entre les personnes vivant seules, qui représentaient à elles seules 37,5 % des ménages, les couples sans enfants (24,1 %) et diverses autres formes de cohabitation sans enfants (15,1 %).

Entre 2016 et 2025, la progression des ménages composés d’une seule personne sans enfant a été particulièrement marquée. Leur nombre a augmenté de 19,2 %, passant de 63,9 à 76,1 millions. Les couples sans enfants ont également progressé, mais dans des proportions plus limitées, avec une hausse de 3,3 %, de 47,3 à 48,9 millions. À l’inverse, les couples avec enfants ont enregistré un recul de 6,3 %, leur nombre passant de 31,9 à 29,9 millions. Les autres formes de ménages avec enfants ont elles aussi diminué, quoique plus modérément, de 11,8 à 11,4 millions, soit une baisse de 3,5 %.

Les ménages avec enfants étaient proportionnellement les plus nombreux en Slovaquie, où ils représentaient 35,4 % du total. L’Irlande suivait avec 30,8 %, devant Chypre avec 28,2 %. À l’opposé, les parts les plus faibles étaient observées en Finlande (18,2 %), en Lituanie (18,4 %) et en Allemagne (19,9 %).

En 2025, un enfant unique demeurait la situation la plus fréquente au sein des familles européennes : une famille avec enfants sur deux (50,2 %) n’en comptait qu’un seul. Les ménages avec deux enfants représentaient 37,6 % du total, tandis que ceux comprenant trois enfants ou davantage ne constituaient que 12,2 % des familles avec enfants.

La prédominance des familles avec enfant unique était particulièrement nette au Portugal, où elles représentaient 61,8 % des ménages avec enfants. La Bulgarie (60,4 %) et Malte (59,5 %) affichaient également des proportions élevées.

À l’inverse, dans quatorze des vingt-sept États membres, les ménages avec au moins deux enfants demeuraient majoritaires. Cette situation était particulièrement marquée en Suède, où 57,8 % des familles avec enfants comptaient au moins deux enfants, devant les Pays-Bas (57,6 %) et l’Irlande (56,7 %).


Un quart des Européens travaillent le week-end !

En 2025, plus d’un actif occupé sur cinq dans l’Union européenne, âgé de 15 à 64 ans, travaillait habituellement le week-end. La proportion atteignait ainsi 21,3 % de l’ensemble des personnes en emploi.

Le recours au travail durant le week-end variait fortement selon les professions exercées. Il était particulièrement répandu parmi les employés des services et de la vente, dont près d’un sur deux (47,6 %) travaillait régulièrement le samedi ou le dimanche. Les agriculteurs, sylviculteurs et pêcheurs qualifiés étaient également très concernés, avec un taux de 47,2 %. Les personnes occupant des emplois élémentaires affichaient une proportion plus modérée mais néanmoins élevée, à 25,7 %.

Le statut professionnel influait également fortement sur la fréquence du travail le week-end. Parmi les salariés, seuls 18,5 % déclaraient travailler habituellement durant cette période. À l’inverse, cette pratique était nettement plus fréquente chez les travailleurs indépendants. Elle concernait 45,8 % des employeurs indépendants ayant des salariés, 35,9 % des travailleurs à leur compte sans salariés et 45,1 % des aides familiaux.

Parmi les indépendants employeurs travaillant régulièrement le week-end, la Grèce arrivait largement en tête avec 75 % des actifs concernés. La Belgique suivait avec 65,9 %, devant la France où cette proportion atteignait 61 %. À l’opposé, les taux les plus faibles étaient relevés en Hongrie (9,9 %), en Slovaquie (15 %) et en Pologne (15,1 %).

Concernant les salariés, la Grèce enregistrait également la part la plus élevée de travail le week-end, avec 31,5 % des employés concernés. Chypre (31,3 %) et Malte (29,2 %) figuraient également parmi les pays les plus concernés. À l’inverse, le travail salarié le week-end demeurait très limité en Lituanie (3 %), en Pologne (4,2 %) et en Hongrie (6,2 %).

Cercle de l’Épargne – données Eurostat

Une pension sur neuf liquidée avec des erreurs !

Chaque année, la Cour des Comptes est amenée à réaliser la certification des comptes de la Sécurité sociale. Derrière les masses financières importantes, la Cour met en lumière des dysfonctionnements et des erreurs de gestion récurrentes ainsi que les différentes techniques de fraude.

En 2025, les dépenses de la branche vieillesse de la Sécurité sociale ont progressé de 6,4 milliards d’euros pour atteindre 167,3 milliards d’euros. Cette hausse résulte à la fois de l’augmentation du nombre de retraités, de la revalorisation des pensions et de l’arrivée à la retraite de générations bénéficiant de carrières plus complètes et de droits plus élevés. Le système de retraite français constitue ainsi l’un des premiers postes de dépenses publiques du pays. En 2026, la Cour des comptes souligne la persistance d’erreurs de liquidation. Selon les magistrats financiers, près d’une pension nouvellement attribuée sur neuf comporterait une erreur ayant une incidence financière pour l’assuré ou pour les comptes sociaux. Cette proportion est en hausse par rapport à 2024, où le ratio était d’environ une retraite sur dix. L’impact financier cumulé de ces erreurs sur l’ensemble de la durée de versement des pensions est désormais estimé à 1,1 milliard d’euros, contre 900 millions un an auparavant. Ces anomalies peuvent conduire aussi bien à des versements insuffisants qu’à des trop-perçus, avec des conséquences parfois durables pour les assurés concernés. La Cour note également que le contrôle des pensions versées aux travailleurs indépendants reste moins rigoureux que celui appliqué aux salariés, les erreurs de calcul n’étant pas mesurées avec le même degré de précision.

Au-delà des erreurs administratives, la question de la fraude demeure centrale. La campagne d’évaluation conduite en 2025 fait apparaître que les irrégularités — qu’elles relèvent de fautes déclaratives ou de fraudes caractérisées — concerneraient 1,6 % des retraités. Le préjudice financier total est estimé à 337 millions d’euros, dont environ 76 millions directement imputables à des fraudes avérées. Depuis 2021, les différentes campagnes de contrôle mettent en évidence une progression régulière de ces comportements frauduleux, malgré le renforcement des dispositifs de surveillance. La situation des retraités résidant à l’étranger continue, par ailleurs, d’alimenter les inquiétudes des autorités de contrôle. À la fin de l’année 2025, près de 1,1 million de bénéficiaires du régime général vivaient hors de France et percevaient au total 3,9 milliards d’euros de pensions. La Cour rappelle que le risque de maintien indu du versement des prestations après le décès du bénéficiaire est significativement plus élevé à l’étranger qu’en France, en raison des difficultés de contrôle de l’état civil dans certains pays. Des progrès sont, néanmoins, signalés grâce au développement des échanges automatisés de données entre administrations étrangères et organismes français.

Les dérives ne concernent pas uniquement les retraites. Sur la branche maladie, la Cour des comptes estime que le montant des erreurs affectant les remboursements de soins atteint désormais 3,4 milliards d’euros, contre 3,3 milliards en 2024. Ces erreurs recouvrent des anomalies de facturation, des défauts de contrôle, des actes indûment remboursés ou encore des dysfonctionnements dans la gestion des prestations. Si les erreurs liées aux indemnités journalières reculent légèrement, la situation se détériore dans la branche accidents du travail et maladies professionnelles. Dans ce domaine, le coût annuel de la fraude serait compris entre 1,8 et 2,4 milliards d’euros, révélant l’ampleur des vulnérabilités persistantes du système.

Le réseau des Urssaf, chargé du recouvrement des cotisations sociales, demeure lui aussi confronté à des irrégularités. La Cour évalue à 3,3 milliards d’euros les erreurs résultant des déclarations des cotisants. La fraude liée aux employeurs du secteur privé atteindrait, à elle seule, 5,3 milliards d’euros. Le travail dissimulé, les sous-déclarations de rémunérations, les montages d’optimisation abusifs ou encore le recours irrégulier à certains statuts d’activité continuent ainsi de fragiliser le financement du système social français.

La branche famille présente une situation plus contrastée. La Cour observe une amélioration dans la détection des versements indus concernant la prime d’activité et le revenu de solidarité active (RSA). Cette évolution résulte notamment de la généralisation du dispositif de déclaration des ressources mensuelles depuis mars 2025. Selon les estimations de la Caisse nationale des allocations familiales, ce nouveau mécanisme aurait permis d’éviter ou de récupérer près de 1,1 milliard d’euros de versements injustifiés sur l’année.

Les magistrats financiers de la Cour soulignent que la progression des détections masque une dégradation plus générale du contrôle de terrain. Les paiements indus qui ne pourront jamais être récupérés continuent d’augmenter, notamment en raison de la forte diminution des contrôles sur place. Pourtant, ces derniers sont considérés comme les plus efficaces. Leur nombre a reculé de 9 % en 2025 et de près de 46 % depuis 2019. Cette évolution traduit les difficultés croissantes des organismes sociaux à maintenir une présence humaine suffisante dans les procédures de contrôle, malgré la montée en puissance des outils numériques et du croisement automatisé des données.

Dans un contexte marqué par le vieillissement démographique, la progression continue des dépenses de santé et l’alourdissement de la dette publique, la maîtrise des erreurs et des fraudes apparaît désormais comme un impératif budgétaire autant qu’un enjeu de confiance collective envers la protection sociale.

La résilience des marchés « actions » en question !

Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient le 28 février 2026 et la fermeture du détroit d’Ormuz, les marchés financiers évoluent dans une configuration singulière : les indicateurs macroéconomiques se dégradent, les prix de l’énergie demeurent durablement élevés, les banques centrales sont confrontées à un risque de seconde vague inflationniste, mais les indices américains continuent de progresser et d’atteindre de nouveaux records.

Le contraste entre l’économie réelle et les marchés financiers est particulièrement marqué aux États-Unis. Entre le 28 février et le 9 mai 2026, le S&P 500 est passé d’environ 7 050 points à plus de 7 330 points, soit une hausse proche de 4 %. Le Nasdaq Composite a gagné près de 9 %, tandis que les valeurs technologiques liées à l’intelligence artificielle poursuivent leur envolée.

Le moteur principal du marché américain demeure la concentration extrême de la capitalisation boursière autour des « Sept Magnifiques ». Ces sept entreprises représentent désormais entre 33 % et 34 % de la capitalisation totale du S&P 500, contre à peine 12 % dix ans auparavant. Cette concentration modifie profondément la dynamique des indices. Les marchés américains ne reflètent plus réellement l’économie américaine dans son ensemble ; ils reflètent avant tout les anticipations de profits futurs de quelques géants technologiques.

Le niveau des valorisations illustre cette situation. Le Price Earning Ratio (PER) prévisionnel du S&P 500 atteint actuellement 20,9 fois les bénéfices attendus, contre une moyenne historique sur dix ans de 18,9. Le Nasdaq 100 affiche un PER supérieur à 33. Le PER moyen des « Sept Magnifiques » se situe autour de 26 fois les bénéfices anticipés, malgré un léger reflux par rapport au sommet de la fin de l’année 2025.

Cette valorisation élevée est soutenue par des anticipations de croissance bénéficiaire exceptionnelles. Selon FactSet, les analystes anticipent une progression des bénéfices du S&P 500 de plus de 21 % en 2026. Les entreprises technologiques concentrent l’essentiel de ces révisions haussières grâce à l’essor de l’intelligence artificielle générative, des centres de données, des semi-conducteurs avancés et du cloud.

Les marchés considèrent donc que le choc géopolitique actuel ne remet pas en cause le cycle technologique. Au contraire, certains investisseurs estiment même que la guerre renforce la prime accordée aux entreprises américaines dominantes, considérées comme les principaux bénéficiaires de la nouvelle économie numérique et de la fragmentation géopolitique mondiale.

Cette résilience américaine repose également sur des facteurs énergétiques. Les États-Unis sont devenus le premier producteur mondial de pétrole et de gaz. L’économie américaine ne subit plus un choc pétrolier de la même manière qu’au cours des années 1970. La hausse des cours du pétrole génère désormais un transfert de revenus favorable vers les producteurs américains d’hydrocarbures, les États producteurs et les entreprises énergétiques cotées.

Le Brent a dépassé ponctuellement 110 dollars le baril début mai, tandis que le WTI américain évoluait autour de 102 dollars. L’écart Brent-WTI atteint près de 10 %, traduisant l’avantage relatif des États-Unis par rapport à l’Europe et à l’Asie. L’EIA souligne d’ailleurs que les perturbations liées au détroit d’Ormuz constituent le principal facteur expliquant l’envolée des prix pétroliers en 2026.

Les investisseurs américains considèrent donc que le pays peut absorber un pétrole à 100 dollars grâce à :

  • la puissance de sa production énergétique ;
  • la solidité de ses entreprises technologiques ;
  • la profondeur de ses marchés financiers ;
  • la vigueur persistante de ses marges bénéficiaires.

Ces marges atteignent d’ailleurs des niveaux historiquement élevés. La marge nette moyenne du S&P 500 dépasse 13 %, contre une moyenne de long terme proche de 6 %.

C’est précisément ce point qui nourrit les interrogations de plusieurs stratégistes. La hausse actuelle des actions suppose implicitement que ces marges resteront durablement élevées malgré :

  • la hausse des coûts énergétiques ;
  • le renchérissement du coût du capital ;
  • la progression des salaires ;
  • la fragmentation commerciale mondiale ;
  • les besoins massifs d’investissement.

Or le maintien simultané de PER élevés et de marges historiquement élevées constitue une configuration fragile. Une contraction des marges aurait un effet mécanique très important sur les valorisations.

La situation européenne apparaît bien plus vulnérable. L’Euro Stoxx 50 a reculé d’environ 5 % depuis la fin février. Les marchés européens restent pénalisés par :

  • leur dépendance énergétique ;
  • le poids des valeurs industrielles ;
  • la faiblesse structurelle de la croissance ;
  • des marges plus faibles que celles des entreprises américaines ;
  • une moindre exposition à l’IA.

Le PER moyen des actions européennes se situe autour de 17 fois les bénéfices attendus, soit nettement en dessous du marché américain. Cette décote traduit à la fois une moindre rentabilité et une perception de risque plus élevée.

Les marchés asiatiques présentent une autre vulnérabilité : celle de l’approvisionnement physique. Avant la fermeture du détroit d’Ormuz, près de 50 % des importations pétrolières asiatiques et environ 30 % des flux de GNL dépendaient directement de cette route maritime. Les pays les plus exposés demeurent :

  • la Chine ;
  • l’Inde ;
  • le Japon ;
  • la Corée du Sud.

Le Japon importe encore plus de 90 % de ses besoins énergétiques. La Corée du Sud demeure fortement dépendante du GNL qatari. La Chine, malgré ses efforts en matière de diversification, reste vulnérable à un choc durable sur les approvisionnements maritimes.

Pour le moment, les investisseurs considèrent néanmoins que les stocks stratégiques limiteront les pénuries et que les États du Golfe finiront par rétablir une partie des flux. Ils estiment également que les banques centrales éviteront un resserrement monétaire trop brutal afin de ne pas peser sur la croissance de l’économie mondiale. Pour le moment, les investisseurs ne croient pas encore à un scénario de récession mondiale profonde. Ils privilégient un scénario de ralentissement accompagné d’une inflation plus élevée, autrement dit une forme de stagflation modérée et temporaire.

Si le Brent devait demeurer durablement au-dessus de 100 dollars, les conséquences macroéconomiques pourraient être néanmoins importantes avec une dégradation des balances commerciales européennes et asiatiques, une baisse du revenu réel des ménages, un ralentissement de la consommation et une hausse des coûts de production.

Les investisseurs pourraient alors changer leurs arbitrages et préférer les obligations ou les titres monétaires aux actions. Le risque de correction est important pour les valeurs technologiques américaines. Ces dernières intègrent déjà des hypothèses très optimistes de croissance future. Toute remontée durable des taux réels réduirait mécaniquement la valeur actualisée de leurs profits futurs.

L’histoire des marchés montre d’ailleurs qu’un choc géopolitique ne provoque pas toujours immédiatement une correction boursière. Les marchés réagissent souvent avec retard, au moment où les entreprises commencent à publier des résultats dégradés ou lorsque les banques centrales modifient brutalement leur politique monétaire. Actuellement, l’IA est toujours perçue comme une source de productivité et de bénéfices futurs.

Le PER : 150 milliards d’euros d’encours !

Le plan d’épargne retraite (PER), instauré par la loi Pacte en 2019 afin d’unifier et de moderniser les anciens dispositifs d’épargne retraite, poursuit sa montée en puissance à un rythme soutenu. Selon les données communiquées par le ministère de l’Économie et des Finances, près de 13 millions de Français détenaient un PER à la fin de l’année 2025, pour un encours total dépassant désormais 150 milliards d’euros. Ce seuil, hautement symbolique, témoigne de l’ancrage progressif de ce produit dans le paysage patrimonial français.

En 2025, l’encours du PER a progressé de 20 %. Depuis 2024, la hausse atteint même près de 46 %. Cette belle progression repose en grande partie sur le PER individuel. Ce compartiment, commercialisé sous forme assurantielle ou compte-titres, concentre à lui seul près de 88,5 milliards d’euros d’encours, en hausse de 21 % en un an. Les PER collectifs et obligatoires, proposés dans le cadre de l’entreprise, affichent également une croissance soutenue, même si leurs volumes demeurent plus modestes, avec respectivement 34 et 28 milliards d’euros d’actifs gérés.

Le PER s’est installé dans le paysage de l’épargne en France. Il reste malgré tout loin de l’assurance vie et du Livret A dont les encours respectifs s’élèvent à 2 100 et 446 milliards d’euros (2025). Le PER demeure donc encore un produit relativement récent, mais sa progression rapide souligne l’émergence d’un véritable 3e pilier de préparation de la retraite en France.

Cette évolution reflète avant tout les inquiétudes croissantes des Français face à l’avenir du système de retraite par répartition. Le vieillissement démographique, le ralentissement de la croissance potentielle et les déficits publics nourrissent un sentiment de fragilité du modèle social. Les réformes successives des retraites, loin d’apaiser les inquiétudes, ont renforcé l’idée selon laquelle chacun devra, à terme, compléter sa pension par une épargne individuelle. Les enquêtes d’opinion montrent ainsi une forte montée des préoccupations liées au niveau futur des pensions et à la soutenabilité financière du système. La préparation de la retraite s’impose désormais parmi les principaux motifs d’épargne des ménages, juste derrière la constitution d’une épargne de précaution. Le succès de ce produit est également imputable à sa fiscalité attractive. Les versements volontaires peuvent être dans certaines limites, déduits du revenu imposable, ce qui en fait un instrument particulièrement recherché par les ménages fortement fiscalisés. Ce mécanisme de déduction a largement contribué à l’essor du produit auprès des cadres et des travailleurs indépendants.

Au-delà de la question des retraites, le développement du PER répond également à un objectif macroéconomique plus large : orienter davantage l’épargne des ménages vers le financement de long terme des entreprises. Depuis plusieurs décennies, la France se caractérise par une abondance d’épargne liquide ou peu risquée mais par un financement insuffisant des fonds propres des entreprises, en particulier pour les investissements de long terme et les entreprises innovantes.

Les pouvoirs publics souhaitent donc transformer progressivement une partie de cette épargne de précaution en épargne productive. La loi Industrie verte de 2023 s’inscrit dans cette logique en encourageant les gestionnaires à investir davantage dans les actifs non cotés : capital-investissement, dette privée, infrastructures ou financement de la transition énergétique. Cette orientation répond également aux ambitions européennes formulées dans le rapport de Mario Draghi, qui plaide pour une mobilisation accrue de l’épargne européenne afin de financer la compétitivité industrielle et technologique du continent.

Quelle voie pour l’épargne retraite en France ? par Jean-Pierre Thomas, Président du Cercle de l’Épargne

Pour la prochaine élection présidentielle de 2027, les candidats seront amenés à se prononcer sur le devenir de la réforme des retraites de 2023. Celle-ci, pour le moment suspendue, devrait, faute d’intervention législative, reprendre son cours à l’automne 2027. Compte tenu du débat passionnel qu’elle a provoqué au sein de la population, son application en l’état apparaît difficile à imaginer. Certains candidats se sont prononcés pour son abrogation pure et simple, d’autres sont favorables à un aménagement plus ou moins important. Au-delà des gesticulations de campagne, le contexte, en revanche, est sans appel. Le déficit des régimes de retraite est voué à s’accroître, d’ici le milieu du siècle, pour atteindre une trentaine de milliards d’euros, et bien davantage si l’on prend en compte les systèmes de la fonction publique. Ces déficits sont imputables à l’évolution de la démographie — papy-boom avec le passage de 17 à 23 millions de retraités, allongement de l’espérance de vie, baisse de la fécondité — ainsi qu’au faible taux d’emploi, en particulier chez les jeunes et les seniors. L’affaissement de la croissance, lié par ailleurs à un nombre insuffisant d’emplois, complique la donne. Cette problématique est relativement connue, même si aucun consensus n’existe pour la régler. Il est fort probable que des solutions d’ajustement au fil de l’eau soient retenues.

Quelles que soient les mesures prises, de manière indolore mais bien réelle, année après année, le taux de remplacement — le rapport entre les pensions et les revenus d’activité — ainsi que le niveau de vie relatif des retraités par rapport à l’ensemble de la population diminueront dans les vingt prochaines années. Le niveau de vie des retraités, qui était supérieur à celui de l’ensemble de la population de deux points en 2024, devrait lui être inférieur d’environ dix points vers 2050, et cela sans même prendre en compte d’éventuelles réformes qui pourraient d’ici là être adoptées.

Le débat clé de l’élection présidentielle en matière de retraite devrait être celui du niveau de vie des retraités pour les prochaines décennies. Celui-ci doit-il être assuré, comme c’est le cas aujourd’hui, à 85 % par les régimes par répartition ou faut-il envisager une montée en puissance de l’épargne retraite, qui ne représentait en 2024 que moins de 3 % des prestations vieillesse ?

Après la Seconde Guerre mondiale, pour des raisons économiques, démographiques et idéologiques, la France a fait le choix du tout-répartition. En quatre-vingts ans, la donne a complètement changé. Faut-il maintenir, ou non, le statu quo ? Au nom de la diversification, je suis favorable au développement de la capitalisation qui permet, en outre, de faire bénéficier les retraités de la croissance mondiale et les entreprises de nouvelles sources de financement. Si la loi sur l’épargne retraite dont j’étais l’auteur avait été appliquée en 1997, l’encours de la capitalisation aurait certainement atteint, aujourd’hui, autour de 800 milliards d’euros contre environ 300 milliards actuellement.

Le problème numéro un de l’épargne retraite réside aujourd’hui dans sa diffusion imparfaite. Les cadres supérieurs, les indépendants et les professions libérales sont relativement bien couverts quand les ouvriers ou les employés, surtout au sein des PME, le sont peu ou pas du tout. Au total, environ un actif sur cinq a accès à un produit de retraite supplémentaire. Les faibles montants versés sur les plans actuellement ouverts constituent l’autre faiblesse de la capitalisation à la française.

Pour élargir la diffusion de l’épargne retraite, plusieurs moyens sont envisageables. Le plus simple serait de procéder comme pour la complémentaire santé, dont la généralisation a été opérée par un accord national interprofessionnel. L’autre voie consisterait à doter tous les actifs d’un plan d’épargne retraite en reprenant le principe du compte personnel de formation. Ce plan aurait vocation à recevoir les primes issues de l’épargne salariale, les primes de partage de la valeur, les abondements éventuels des employeurs ainsi que les versements volontaires. Les actifs auraient la possibilité de choisir l’établissement gestionnaire de leur plan retraite et, par défaut, celui-ci pourrait être logé à la Caisse des Dépôts et Consignations.

Un effort financier devrait être consenti en faveur des personnes les plus modestes qui, aujourd’hui, ne tirent aucun avantage de la déduction fiscale du Plan d’épargne retraite. En contrepartie, certaines niches fiscales liées à l’épargne pourraient être remises en cause. Aujourd’hui, les pouvoirs publics soutiennent toutes les formes d’épargne, du court terme au long terme. Il serait logique que cette dernière soit prioritaire en matière d’incitations fiscales.

L’objectif pourrait être qu’à l’horizon 2050, la capitalisation assure environ 10 % des revenus des retraités. Cette montée en puissance ne signifierait en aucun cas la remise en cause de la répartition. D’autres pays sont parvenus à la cohabitation des deux régimes, la Suède, le Danemark et l’Italie.

La question idéologique de la capitalisation est dépassée. Les Français répondent sur ce sujet en épargnant pour leur retraite. La question est donc de savoir si elle restera réservée aux catégories les plus favorisées ou si elle deviendra un outil collectif au service de tous les actifs et de l’économie.

Jean-Pierre Thomas

Président du Cercle de l’Épargne

et de Thomas Vendôme Investment

Interrogations sur le système français de retraite avant la publication du rapport du Conseil d’Orientation des Retraites ?

Le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) publie son rapport annuel au début du mois de juin. Cette année, cette publication intervient quelques mois après la suspension de la réforme de 2023 et à quelques mois de l’élection présidentielle et des probables élections législatives de 2027. Le futur gouvernement issu de ces élections pourra alors décider de poursuivre son application, l’abroger ou la modifier. Par ailleurs, le COR a décidé de réviser ses hypothèses démographiques afin de tenir compte notamment de la baisse de la natalité.

Au sommaire de cette étude

  • Le système de retraite français : plus de 13 % du PIB
  • Un nombre de retraités en forte croissance
  • Le poids croissant des retraites des fonctions publiques
  • Un déficit structurel pour les régimes de retraite
  • Des régimes complémentaires solides
  • La question sensible du niveau de vie
  • Le vieillissement démographique, les dépenses de santé et la dépendance
  • Le débat sur la capitalisation
  • Des inégalités sociales persistantes
  • La question sensible du pilotage
  • L’abandon ou la poursuite de la réforme de 2023
  • Trois grandes orientations apparaissent possibles

Systèmes de retraite : la menace d’un emballement du déficit

COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU CERCLE DE L’ÉPARGNE

Le Conseil d’Orientation des Retraites présentera le 11 juin prochain son rapport annuel. Dans la perspective de cette présentation, le Cercle de l’Épargne publie une note reprenant les principaux défis auxquels est confronté le système de retraite en France.

Avec 370 milliards d’euros de pensions versées en 2023, les dépenses de retraite représentent 13,1 % du PIB selon la DREES[1], un niveau parmi les plus élevés du monde développé. Elles représentent le premier poste de dépenses sociales.

À titre de comparaison, dans un récent rapport de l’OCDE[2] publié fin 2025, la part des dépenses de retraite dans le PIB serait même supérieure en France.  Elle s’établirait ainsi :

  • En France, à 13,8 % du PIB ;
  • en Allemagne, à environ 11,6 % du PIB ;
  • au Royaume-Uni, à 7,5 % du PIB ;
  • aux États-Unis, à 7,4 % du PIB.

Seule l’Italie consacre une part plus importante, de l’ordre de 16 % du PIB.

Pour la première fois depuis 1993, un gouvernement a été contraint de suspendre une réforme des retraites, celle de 2023 qui prévoit de porter de 62 à 64 ans de l’âge légal et d’accélérer le passage du nombre d’annuités de 42 à 43 ans. Cette suspension court jusqu’à l’automne 2027, c’est-à-dire après l’élection présidentielle.

Les incertitudes sur la politique qui sera mise en œuvre après les élections de 2027 sont importantes au vu des intentions des différents candidats actuellement en lice. Quel que soit le vainqueur, il est fort probable qu’une nouvelle réforme soit présentée en 2027.

Le rapport annuel du COR doit prendre en compte cette suspension ainsi que la dégradation de la situation démographique et économique.

La France comptait 17,2 millions de retraités de droit direct fin 2023. Selon les projections du COR, leur nombre pourrait dépasser 20 millions au milieu des années 2040. Dans le même temps, le ratio entre cotisants et retraités continue de se dégrader :

  • plus de 2 cotisants pour 1 retraité dans les années 1980 ;
  • environ 1,7 aujourd’hui ;
  • entre 1,3 et 1,4 à l’horizon 2070.

La détérioration démographique s’accélère avec un taux de fécondité qui est tombé sous 1,6 enfant par femme en 2025, contre plus de 2 enfants il y a une quinzaine d’années. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la France enregistre un solde naturel négatif, les décès étant plus nombreux que les naissances.

Cette évolution a conduit le COR à réviser ses hypothèses démographiques, avec des conséquences qui pèseront sur les comptes sociaux dans les décennies à venir.

Les retraites de la fonction publique représentent près du quart des dépenses totales du système. Le coût du compte d’affectation spéciale « Pensions » dépasse désormais 67 milliards d’euros par an.

Les taux de cotisation employeur affichés atteignent :

  • plus de 80 % pour les fonctionnaires civils ;
  • plus de 120 % pour les militaires.
  • contre 28/29 % pour les salariés du privé.

Parallèlement, la situation financière de la CNRACL qui couvre les agents territoriaux et hospitaliers, se dégrade rapidement sous l’effet du vieillissement des effectifs et des départs massifs à la retraite.

Selon le COR, le système de retraite pourrait enregistrer à long terme un déficit compris entre 0,7 et 1,4 point de PIB selon les scénarios économiques retenus. Le ralentissement de la productivité constitue un facteur aggravant. Alors que les gains de productivité dépassaient souvent 1,5 % par an avant 2008, ils demeurent, depuis plusieurs années, inférieurs à 1 %. Or dans un système par répartition, la croissance des salaires et de la productivité conditionne directement les recettes des régimes.

Le taux d’emploi des 60-64 ans demeure inférieur à celui observé dans plusieurs pays européens. En 2025, ce taux d’emploi est de :

  • France : 42 %
  • Allemagne : 65 %
  • Suède : 68 %
  • Pays-Bas : 68 %
  • Danemark : 68 %

La France souffre également d’un taux de chômage élevé chez les jeunes et d’une proportion importante de jeunes ni en emploi ni en formation.

Aujourd’hui encore, les retraités français disposent d’un niveau de vie moyen proche de celui de l’ensemble de la population. Cette situation constitue une exception parmi les pays développés. Selon les projections du COR, cet avantage devrait progressivement s’éroder. À l’horizon 2070, le niveau de vie des retraités pourrait représenter moins de 90 % de celui de l’ensemble de la population, contre environ 100 % aujourd’hui.

Pour le Cercle de l’Épargne, le débat sur les retraites ne peut plus être dissocié de celui sur la santé, la dépendance et les finances publiques.

« La question n’est plus seulement celle des retraites. La France entre dans l’âge du vieillissement budgétaire. Retraites, santé et dépendance constitueront ensemble le principal défi financier des prochaines décennies. Les arbitrages qui seront effectués après 2027 engageront durablement le modèle social français », conclut Philippe Crevel, Directeur du Cercle de l’Épargne.

  • 370 milliards d’euros de dépenses de retraite ;
  • 13,1 % du PIB consacré aux retraites ;
  • 17,2 millions de retraités aujourd’hui ;
  • Plus de 20 millions attendus dans les années 2040 ;
  • 1,7 cotisant pour 1 retraité aujourd’hui contre plus de 2 dans les années 1980 ;
  • 67 milliards d’euros pour le CAS Pensions ;
  • 80 milliards d’euros de réserves pour l’AGIRC-ARRCO ;
  • 42 % de taux d’emploi des 60-64 ans en France ;
  • Moins de 1,6 enfant par femme en 2025 ;
  • 0,7 à 1,4 point de PIB de déficit potentiel à long terme.

[1] Source : DREES (2025), Les retraités et les retraites – Édition 2025, Panoramas de la DREES

[2] Source : OCDE (2025), Panorama des pensions 2025 : Les indicateurs de l’OCDE et du G20

Retraite : combien de trimestres pouvez-vous racheter et à quel prix ?

Dans une interview accordée au journal Capital, Philippe Crevel évoque les avantages et les inconvénients du rachat de trimestre. Il rappelle notamment que le coût du rachat croît avec l’âge, mais que si ce dernier intervient trop tôt, l’opération peut s’avérer inutile dans un contexte d’évolution réglementaire. « Si vous avez 35 ans, l’aléa sur la législation reste important. Si vous avez 55 ou 57 ans, l’aléa devient beaucoup plus faible »

Livret A boudé : pourquoi un taux revu à la hausse en août ne changerait pas grand-chose

Cité dans le Parisien, Philippe Crevel souligne que le recul enregistré par le Livret A le mois dernier « est la plus importante décollecte pour un mois d’avril depuis dix ans ».

Assurance-vie : faut-il se fier aux rendements des fonds euros pour sélectionner un assureur ?

Cité dans le journal Le Monde, Philippe Crevel estime que « le  rendement du fonds euros est le seul élément de comparaison tangible dont disposent les épargnants. Un assureur servant régulièrement un bon taux est digne de confiance. »

Investissement : comment expliquer le succès du plan d’épargne retraite (PER) ?

Philippe Crevel était invité à commenter les résultats de PER dans un reportage diffusé le 19 mai dans le JT de France 2.

Et si, malgré l’inflation, le taux du livret A n’évoluait pas ?

Dans les colonnes du journal Le Point, Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne estime qu’en raison de la hausse de l’inflation engendrée par le conflit en Iran, le taux du Livret A pourrait être revu à la hausse en août prochain. Il indique par ailleurs qu’un enlisement du conflit pourrait « avoir un effet positif sur les résultats du livret A », tout en précisant cependant que « pour le moment, on ne le constate pas ».

L’enjeu économique et humain de la transmission des entreprises familiales


À l’échelle mondiale, le capitalisme familial connaît un moment charnière. Longtemps perçues comme des survivances d’un capitalisme patrimonial en voie d’effacement, les entreprises détenues et contrôlées par des familles s’imposent désormais comme des acteurs centraux de la mondialisation. Des groupes emblématiques, à l’image de ceux portés par les familles Arnault, Pinault ou Bolloré en France, illustrent cette permanence et cette puissance.

Selon les estimations de McKinsey, près des deux tiers des entreprises dans le monde relèvent, à des degrés divers, d’un actionnariat familial, même si la majorité d’entre elles demeure de taille modeste. La réalité est encore plus frappante au sommet de la pyramide économique : d’après The Economist, les entreprises familiales – définies comme celles où une même famille détient au moins 20 % du capital ou des droits de vote et où une transmission intergénérationnelle a été réalisée – représentent près d’un quart des grandes sociétés cotées dans le monde. Leur présence varie fortement selon les régions : marginale aux États-Unis (une sur seize), elle devient significative en Europe (une sur sept) et dominante en Asie (une sur trois).

Cette importance quantitative se double d’un poids économique souvent considérable. En France, certains groupes familiaux exercent une influence macroéconomique de premier ordre. À lui seul, LVMH représente environ 1 % du produit intérieur brut, plus de 4 % des exportations et près de 4,5 % des recettes de l’impôt sur les sociétés. Avec ses 40 000 salariés et plus de 200 000 emplois induits, il incarne cette capacité des dynasties entrepreneuriales à structurer durablement des pans entiers de l’économie nationale.

Mais derrière cette apparente solidité se profile une fragilité structurelle : la transmission. Le passage de relais d’une génération à l’autre constitue le moment le plus critique dans la vie de ces entreprises. Dans les économies occidentales, la vague des départs à la retraite des baby-boomers accélère cette problématique. Elle se pose avec une acuité comparable dans les économies émergentes, notamment en Chine, où les premières générations d’entrepreneurs, apparues avec l’ouverture du pays à l’économie de marché et à la mondialisation dans les années 1980, arrivent aujourd’hui à l’heure du retrait.

L’enjeu dépasse largement la sphère privée. Une succession mal préparée peut entraîner non seulement le déclin d’une entreprise, mais également des effets en chaîne sur l’emploi, les filières industrielles et les équilibres territoriaux. À l’inverse, une transmission réussie peut consolider des positions acquises et ouvrir de nouveaux cycles de croissance.

La question de la performance relative des entreprises familiales demeure, en revanche, débattue. Les travaux empiriques ne permettent pas de trancher de manière définitive. Sur la base d’un échantillon de 1 600 entreprises non financières issues des principaux indices boursiers, The Economist souligne que, sur les vingt dernières années, les sociétés contrôlées par des familles ont offert des rendements globalement comparables à ceux des autres entreprises. Derrière cette moyenne, les écarts sont toutefois significatifs selon les secteurs, les contextes nationaux et les périodes économiques.

L’un des points de vulnérabilité les plus fréquemment soulignés tient à la tentation dynastique. La désignation d’un héritier à la tête de l’entreprise, par principe plutôt que par compétence, constitue un risque bien identifié. Warren Buffett résumait cette dérive avec ironie, en comparant cette pratique à celle qui consisterait à sélectionner les fils de champions olympiques pour concourir aux Jeux suivants. L’histoire économique abonde d’exemples où l’insuffisance managériale d’un successeur a précipité le déclin d’entreprises autrefois florissantes.

Pour autant, les entreprises familiales disposent d’atouts structurels qui expliquent leur résilience dans de nombreux contextes. Le premier tient à la solidité des réseaux qu’elles cultivent et transmettent. Le capital relationnel, accumulé au fil des générations, constitue un actif immatériel déterminant. Le nom de famille agit comme une marque, gage de continuité et de confiance. L’économiste Thomas Zellweger souligne ainsi que cette capacité à entretenir des relations durables explique la prééminence des dynasties dans des secteurs où la confiance joue un rôle clé, comme la distribution ou les biens de consommation.

Cet avantage est particulièrement marqué dans les économies émergentes, où les institutions sont parfois fragiles et les marchés de capitaux insuffisamment développés. Dans ces environnements, la réputation familiale peut suppléer l’absence de garanties formelles et faciliter l’accès aux ressources, qu’elles soient financières ou politiques. En Inde, en Indonésie ou aux Philippines, de vastes conglomérats familiaux se sont constitués en s’appuyant sur ces réseaux. Même dans des économies avancées, comme la Corée du Sud, les grands groupes familiaux conservent une influence déterminante.

Le second atout des entreprises familiales réside dans leur horizon de long terme. Libérées, au moins partiellement, de la pression des marchés financiers, elles peuvent privilégier des stratégies inscrites dans la durée. Les décisions d’investissement s’inscrivent alors dans une logique intergénérationnelle. Cette orientation constitue un facteur de stabilité, mais elle peut également engendrer un biais conservateur. De nombreuses études montrent que ces entreprises privilégient les actifs tangibles au détriment des investissements en recherche et développement. Dans les secteurs à forte intensité technologique, ce positionnement peut constituer un handicap ; dans d’autres, il devient un avantage, comme en témoigne la pérennité de certaines maisons de luxe familiales, à l’image d’Hermès.

En période de crise, les entreprises familiales semblent néanmoins mieux armées que leurs homologues. Leur recours plus limité à l’endettement et leur gestion souvent prudente de la trésorerie leur confèrent des marges de manœuvre accrues. Lors de la crise financière de 2007-2009 ou durant la pandémie de Covid-19, plusieurs études ont mis en évidence leur capacité de résistance supérieure. L’exemple de JCDecaux, qui a profité de la crise pour se renforcer à l’international, illustre cette aptitude à transformer les chocs en opportunités.

Reste que la question successorale demeure le point de bascule. L’histoire récente fournit des exemples édifiants, à l’image de Gucci, fragilisée par une gouvernance familiale défaillante avant sa reprise. De manière plus générale, les entreprises familiales apparaissent insuffisamment préparées à la vague de transmissions à venir. Selon Deloitte, à peine 57 % des entreprises familiales non cotées aux États-Unis disposent d’un plan de succession formalisé. L’absence d’anticipation ouvre la voie à des conflits internes, souvent longs et coûteux.

Paradoxalement, le défi n’est plus seulement celui de la gestion de la multiplicité des héritiers, il est aussi celui de leur rareté ou de leur désengagement. Certaines grandes fortunes doivent composer avec l’absence de successeurs naturels ou avec le refus des nouvelles générations d’assumer des responsabilités opérationnelles. Cette évolution traduit une transformation plus profonde des rapports à l’entreprise et au patrimoine.

Face à ces mutations, les pratiques évoluent. Les grandes dynasties organisent de plus en plus la transmission en amont, en formalisant des parcours de formation et des processus de sélection. Au sein de LVMH, les héritiers sont progressivement intégrés dans la gouvernance et soumis à des exigences élevées en matière de compétences et de résultats. Cette professionnalisation vise à concilier continuité capitalistique et exigence managériale.

Parallèlement, le recours à des dirigeants extérieurs se banalise. Dans de nombreuses grandes entreprises, la famille conserve le contrôle stratégique tout en déléguant la gestion opérationnelle à des professionnels. Dans certains cas, la cession ou l’ouverture du capital s’impose comme une solution pragmatique, notamment aux États-Unis, où la transmission intrafamiliale tend à devenir minoritaire au-delà d’un certain seuil de taille.

Deux modèles se dessinent ainsi. Le modèle européen, et en particulier en France, privilégie la continuité patrimoniale, soutenue par des dispositifs juridiques et fiscaux adaptés, tels que les pactes Dutreil. Le modèle américain valorise davantage la liquidité du capital et la flexibilité du contrôle, au prix d’une plus grande instabilité. Ces deux approches traduisent des conceptions différentes du capitalisme : l’une fondée sur la durée et l’enracinement, l’autre sur la circulation et l’allocation optimale des ressources.

À l’heure où s’annonce une vague massive de transmissions – près de 700 000 dirigeants appelés à céder leur entreprise en France d’ici dix ans –, l’enjeu dépasse largement la sphère privée. Il engage la structure même du tissu productif, la capacité d’innovation et, in fine, la trajectoire de croissance des économies.

Les Français, la transition écologique et l’épargne : adhésions et contraintes

La transition écologique, plus de 10 ans après les Accords de Paris, donne toujours lieu à des débats. Faut-il respecter quoi qu’il en coûte les engagements de neutralisation carbone d’ici le milieu du siècle ou faut-il donner du temps au temps ? La révolte contre la hausse des taxes sur le gazole en 2018 avec les Gilets jaunes, l’opposition aux zones à faibles émissions (ZFE) ou la contestation de l’arrêt de la vente des véhicules thermiques à partir de 2035, témoignent des difficultés de passer des intentions aux actes en matière de transition écologique. En la matière, l’épargne n’échappe pas à la règle.

Les enseignements tirés des récents travaux de l’ADEME, du CREDOC, de l’AMF, du FIR, de l’AFG et du comité du label ISR soulignent que les Français ne sont ni devenus climatosceptiques ni hostiles à l’idée d’une finance plus responsable. En revanche, ils inscrivent désormais ces enjeux dans un univers plus contraint, dominé par le pouvoir d’achat, la sécurité, la dette publique, la rentabilité de l’épargne et la défiance à l’égard des dispositifs jugés trop opaques ou bureaucratiques. La transition écologique, comme l’ISR, bénéficie encore d’un assentiment large, mais se heurte, de plus en plus, à une logique d’arbitrage.

La note consacrée aux Français et à la transition écologique du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) met en évidence la permanence d’une sensibilité environnementale élevée. En 2025, 63 % des Français se déclarent inquiets face au changement climatique. Ce niveau demeure élevé, mais accuse un recul de 7 points par rapport à 2023. Néanmoins, 42 % des personnes interrogées se disent très sensibles aux enjeux environnementaux, retrouvant ainsi leur niveau d’avant-crise sanitaire. Cette inquiétude ne se convertit plus automatiquement en priorité politique. C’est là que réside le véritable déplacement. En deux ans, la part des Français plaçant l’environnement parmi leurs deux premières préoccupations est passée de 30 % à 21 %. Dans le même temps, les questions régaliennes et sociales ont repris le dessus : 45 % évoquent la violence et l’insécurité, 30 % l’immigration, 26 % la pauvreté. L’environnement glisse ainsi à la quatrième place des préoccupations collectives.

Selon une enquête menée par Ipsos BVA-CESI École d’ingénieurs pour le journal « Le Monde », le Cevipof et la Fondation Jean Jaurès sur les priorités des Français en 2027 et publiée e 13 avril 2026, l’environnement n’arrive qu’en 13e position, loin derrière la préservation du système de santé, le pouvoir d’achat, la rémunération du travail, le système éducatif.

Les Français continuent à soutenir l’idée d’un effort massif en faveur du climat. 72 % se déclarent favorables à une mobilisation financière comparable à celle engagée pendant la crise du Covid. Ce soutien recule néanmoins, puisqu’il atteignait encore 82 % en 2024, soit une baisse de 10 points en un an. Dans le même temps, 44 % des Français donnent la priorité aux services publics et 35 % à la maîtrise des dépenses publiques. L’environnement n’est cité comme priorité d’action gouvernementale que par 18 % des répondants, contre 27 % en 2021.

La question fiscale concentre cette tension entre adhésion de principe et réticence pratique. Le consentement à l’impôt écologique demeure faible, même s’il n’est pas nul. Seul un quart des Français, soit 25 %, se disent prêts à payer davantage de taxes pour l’environnement. Ce niveau est en hausse, mais il reste inférieur à celui observé dans les années 1990, où il s’établissait à 34 %. La taxe carbone elle-même ne recueille que 19 % d’assentiment. En intégrant les personnes disposées à accepter sous certaines conditions, 63 % des Français pourraient finalement adhérer à une hausse de la fiscalité carbone.

Trois conditions sont retenues par les Français :

  • l’affectation intégrale des recettes à la transition pour 16 % des répondants ;
  • la compensation par des baisses d’autres impôts pour 13 % ;
  • la redistribution vers les classes moyennes et modestes pour 12 %.

L’impôt écologique n’est donc pas rejeté en tant que tel. Il n’est accepté qu’à la condition d’apparaître juste, traçable et intelligible. La séquence des Gilets jaunes continue de peser sur le débat.

Une majorité de Français refuse, dans les faits, de payer plus d’impôts. Ils estiment que ce sont les plus riches qui doivent financer la transition. 60 % privilégient une hausse de l’imposition des patrimoines les plus élevés, tandis que 54 % souhaitent une taxation accrue des entreprises. Conscients des difficultés des finances publiques, ils ne sont qu’une minorité (13 %) à soutenir l’idée d’un recours accru à la dette. Quant à l’augmentation de l’impôt sur le revenu, cette solution ne recueille qu’un tiers des suffrages.

La société française apparaît ainsi profondément fragmentée face à la transition écologique. La typologie proposée dans la note distingue 17 % de « réfractaires », hostiles à la fiscalité écologique et priorisant d’autres enjeux ; 17 % de « réticents », peu convaincus et sensibles aux contraintes économiques ; 26 % « d’inquiets », conscients des enjeux, mais favorables seulement sous conditions ; 18 % de « convaincus », engagés, mais exigeants quant à l’usage des fonds ; et 22 % « d’intégrés », favorables sans réserve, souvent plus jeunes et plus aisés. L’adhésion à la transition est d’autant plus forte que l’on est inséré économiquement, familiarisé avec les nouveaux codes de consommation. À ce titre, il est assez surprenant de constater que 60 % des Français soient prêts à accepter des normes contraignantes plutôt qu’une liberté de consommer sans restriction. En revanche, ils attendent en retour une action publique lisible, équitable et efficace.

L’épargne au service de la transition écologique : les contradictions des Français

Les Français se déclarent favorables à une épargne attentive à l’environnement, aux critères sociaux ou à la gouvernance ; ils sont en revanche bien moins nombreux à identifier précisément les produits concernés, à comprendre les logiques de gestion sous-jacentes ou à détenir effectivement de tels placements.

Les enquêtes les plus récentes soulignent d’abord l’existence d’un intérêt diffus, mais encore peu armé. En 2025, selon l’AMF, 63 % des Français jugent importants les enjeux de développement durable et 76 % considèrent que les effets des placements sur l’environnement constituent un sujet important. Dans le même temps, 53 % déclarent prendre en compte, au moins de temps à autre, ces enjeux dans leurs choix de placements. Cette disposition favorable se heurte à une connaissance encore très superficielle. Seuls 12 % des Français disent connaître précisément les placements responsables, tandis que 10 % savent précisément qu’ils peuvent recouvrir des objectifs et des modes d’investissement différents. Les épargnants pressentent que leur épargne peut être un moteur de la transition écologique, mais ils ne savent pas toujours comment cela se mesure, ni quels instruments le portent effectivement.

La détention de produits « verts » par les épargnants demeure faible. L’AMF relevait qu’en 2021, 17 % des Français détenaient au moins un placement responsable ou durable. Cette proportion montait à 19 % en 2023 avant de revenir à 18 % en 2025. Le niveau reste donc globalement stable autour d’un Français sur cinq. La moitié des détenteurs ont souscrit dans les trois dernières années, ce qui atteste un certain renouvellement. Dans 84 % des cas, ces placements représentent moins de la moitié de l’épargne globale des détenteurs. L’ISR progresse davantage comme une poche complémentaire que comme un principe directeur de l’allocation patrimoniale.

Les chiffres du FIR confirment cette montée prudente. En 2025, 14 % des épargnants déclarent avoir investi dans un fonds d’investissement responsable ; cette proportion atteint 18 % chez les épargnants qui ne se limitent pas aux seuls livrets. Dans le même temps, 55 % des Français disent accorder une place importante aux effets environnementaux et sociaux dans leurs décisions de placement. L’écart entre les 55 % qui se disent attentifs à ces critères et les 14 % qui déclarent détenir un fonds responsable donne la mesure de l’écart entre intention et passage à l’acte.

Selon l’AFG, à la fin de l’année 2025, les encours de l’investissement responsable géré en France atteignaient 2 971 milliards d’euros, contre 2 701 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 4,8 % à périmètre constant. Dans cet ensemble, les produits classés article 8 (constitués de fonds prenant en compte des critères ESG) représentaient 2 850 milliards d’euros, tandis que les produits classés article 9 (rassemblant les fonds en faveur de l’investissement durable) totalisaient 121 milliards d’euros. Au total, 59 % des encours de fonds et de mandats gérés en France relevaient ainsi des catégories article 8 ou article 9 au sens du règlement SFDR. 72 % de ces encours sont détenus par des investisseurs institutionnels. Les particuliers progressent, notamment via les labels, notamment le label ISR, l’épargne salariale et les plans d’épargne retraite, mais ils restent minoritaires. L’ISR s’est imposé plus vite dans l’architecture de la gestion d’actifs que dans l’univers mental de l’épargnant français.

En 2025, 64 % des Français disent connaître l’existence, au moins de nom, des placements responsables, mais seuls 12 % affirment les connaître précisément. Quant au label ISR, sa notoriété demeure modeste. 28 % des Français disent en avoir déjà entendu parler en 2025, contre 29 % en 2023. Le label « Greenfin » est encore moins identifié, à 18 %. L’étude réalisée pour le comité du label ISR au printemps 2025 renforce ce diagnostic. Elle indique que seulement un Français sur cinq a déjà entendu parler de l’épargne responsable et que 73 % des Français se jugent mal informés sur ces produits. 12 % seulement déclarent avoir déjà investi dans un produit d’épargne responsable.

La connaissance de ces produits est fortement corrélée au niveau de revenu et au patrimoine financier. L’AMF montre que la connaissance précise est plus élevée chez les moins de 35 ans, mais aussi chez les détenteurs d’un patrimoine financier d’au moins 150 000 euros, parmi lesquels 34 % disent connaître précisément les placements responsables, contre 12 % en moyenne. L’enquête du label ISR aboutit à une conclusion analogue : la familiarité avec l’épargne responsable monte à 30 % chez les foyers disposant de 4 000 euros nets par mois ou plus.

Les obstacles à sa diffusion sont multiples. Le premier est d’ordre financier. En 2025, selon l’AMF, parmi les non-détenteurs n’envisageant pas de souscrire à court ou moyen terme, 42 % invoquent d’abord le manque de moyens. L’ISR se heurte à la hiérarchie classique des priorités patrimoniales des Français : sécurité, liquidité, rendement. L’étude commandée par le label ISR rappelle d’ailleurs que 81 % des Français détiennent un livret réglementé, 43 % une assurance vie et 21 % seulement des titres financiers. Le deuxième frein tient à la crainte du « greenwashing ». Dès 2021, l’AMF relevait que la peur de l’écoblanchiment figurait parmi les principaux obstacles à la souscription, avec le manque d’information et l’insuffisance des moyens financiers. Ce facteur a même justifié, en profondeur, le durcissement du label ISR. Les épargnants attendent des preuves concrètes, une traçabilité, et non des promesses générales. Le débat sur l’intégration des entreprises de la défense dans les fonds verts devenant ainsi « vert kaki » a pu choquer les épargnants les plus engagés en matière de protection de l’environnement. Le troisième frein est la complexité de l’offre et de son langage. Les études qualitatives menées pour l’AMF montraient déjà en 2021 que les notions de placement durable, responsable ou ISR demeuraient floues pour les non-experts, que le vocabulaire ESG apparaissait opaque et que les documents commerciaux étaient jugés techniques. En 2025 encore, l’AMF constate que le recueil des préférences de durabilité reste complexe en pratique, malgré l’obligation faite aux conseillers, depuis août 2022, d’interroger leurs clients sur ces préférences. L’épargne responsable repose sur de nombreux concepts, sigles, réglementations peu lisibles pour de nombreux épargnants : taxonomie, SFDR, double matérialité, exclusions ou alignement, etc.

Dans ce contexte, le rôle du conseiller bancaire ou financier demeure central. Toutes les études convergent sur ce point. En 2025, selon l’AMF, 69 % des Français jugent important que leur conseiller leur demande s’ils souhaitent réaliser des placements responsables, soit 5 points de plus qu’en 2023. Parmi les personnes intéressées, 72 % préfèrent recevoir cette information via leur banque ou leur conseiller, loin devant les médias, internet ou les réseaux sociaux. Le FIR aboutit à une conclusion proche. 66 % des épargnants considèrent que le conseiller bancaire est l’intermédiaire le mieux placé pour les informer sur l’investissement responsable. Ce souhait reste assez virtuel. La proportion de Français déclarant avoir été interrogés sur leurs préférences de durabilité atteint 16 % en 2025, contre 10 % en 2023. Ce niveau demeure faible au regard des exigences réglementaires issues de MIF 2. De même, 12 % seulement des personnes interrogées indiquent que leur conseiller leur a déjà proposé de souscrire un placement responsable ou de renforcer leur épargne responsable.

La réforme du label ISR s’inscrit dans cette recherche de crédibilité. Entrée en application en 2024 puis rendue obligatoire au 1er janvier 2025 pour les fonds concernés, elle a durci les exigences, notamment sur le climat et sur la cohérence extra-financière des portefeuilles. Les effets ont été immédiats sur le nombre de fonds labellisés. Au moment de la transition, 939 fonds ont conservé le label soit 70 % des 1 342 fonds labellisés fin novembre 2024. Quelques mois plus tard, le label annonçait 1 008 fonds labellisés au 31 août 2025. Cette contraction, suivie d’une remontée partielle, témoigne davantage d’un assainissement du périmètre que d’un effondrement du marché. En d’autres termes, la réforme a sans doute coûté en volume apparent, mais elle a gagné en crédibilité potentielle. Ce renforcement de la crédibilité institutionnelle ne s’est pas encore transformé en notoriété populaire. En 2025, seuls 28 % des Français disent avoir entendu parler du label ISR. Et parmi ceux qui le connaissent, 25 % seulement lui accordent une confiance totale pour valider l’orientation responsable d’un placement. Le travail de légitimation reste donc largement inachevé.

Le sujet essentiel est sans doute ailleurs. L’ISR demeure perçu comme secondaire dans la décision d’épargne. L’étude du label ISR rappelle que les deux critères dominants dans le choix d’un placement restent la sécurité et la rentabilité. Tant que l’ISR sera perçu comme une qualité additionnelle, et non comme une manière normale d’investir compatible avec ces deux exigences cardinales, il peinera à changer d’échelle. C’est sans doute ici que réside la limite profonde du marché français. L’ISR ne s’est pas encore imposé comme une épargne ordinaire, et reste, dans l’esprit des épargnants, simplement mieux orienté.

Les gestionnaires de l’épargne doivent depuis plusieurs années proposer à leurs clients des produits répondant à des objectifs environnementaux et sociaux. Sous l’effet de la loi PACTE et de la réglementation européenne, les contrats d’assurance vie, plus de 2 100 milliards d’euros d’encours, intègrent désormais quasi systématiquement des supports ESG, et une part croissante des unités de compte est investie dans des fonds ISR ou assimilés. Or, pour le moment, les assurés recourent peu à cette possibilité. Le verdissement concerne aussi les fonds en euros, les assureurs ayant progressivement intégré des obligations vertes et des critères ESG dans leurs portefeuilles.

L’épargne salariale constitue, en France, un cas à part dans la diffusion de l’investissement responsable. À la fin de l’année 2025, les encours atteignent près de 230 milliards d’euros, pour plus de 13 millions de bénéficiaires et environ 430 000 entreprises équipées. Cette masse financière s’accompagne d’un niveau d’intégration de l’ISR particulièrement élevé. Les données de l’AFG montrent que les fonds durables représentent désormais une part majoritaire des supports proposés, avec plus de 100 milliards d’euros d’encours et une diffusion très large au sein des fonds diversifiés.

Cette spécificité tient à la structuration même de l’offre. Dans de nombreux dispositifs, les supports intégrant des critères ESG sont proposés par défaut, notamment dans les profils de gestion pilotée ou dans les gammes standards des plans d’épargne entreprise. L’ISR s’y diffuse ainsi largement, sans nécessairement faire l’objet d’un choix explicite de la part des épargnants. Le Plan d’Épargne Retraite prolonge cette logique. Avec plus de 140 milliards d’euros d’encours, il intègre lui aussi des supports ESG, notamment dans la gestion pilotée.

L’ensemble de ces évolutions doit beaucoup au cadre réglementaire. La loi PACTE, la loi industrie verte, le règlement SFDR et la réforme du label ISR ont profondément structuré le marché. Le nombre de fonds labellisés ISR est ainsi passé d’environ 1 300 à près de 1 000 après la réforme de 2024, traduisant un durcissement des critères destiné à répondre aux critiques sur le greenwashing. La réglementation organise l’offre ; elle ne crée pas mécaniquement la demande.

Les Français ne sont ni hostiles à la transition écologique ni indifférents à l’épargne responsable. Ils y sont plutôt favorables en théorie, sensibles à ses promesses, mais retenus par quatre obstacles principaux : l’accès à une information fiable, la priorité donnée à la sécurité et au rendement, la crainte du « greenwashing » et l’insuffisance de la médiation commerciale. 12 % à 18 % seulement déclarent une détention effective d’un produit responsable selon des enquêtes et 28 % connaissent le label ISR de nom. 12 % seulement disent connaître précisément les placements responsables, mais 53 % à 55 % affirment tenir compte, au moins en partie, des enjeux environnementaux et sociaux dans leurs choix de placements.

Les seniors sont-ils trop vieux pour le travail ?

La DARES, le service statistique du Ministère du Travail, a publié le 22 avril 2026 une étude consacrée aux discriminations à l’embauche des seniors. En France, le taux d’emploi des 55-64 ans progresse, certes, depuis deux décennies, mais demeure inférieur d’environ 5 points à la moyenne européenne, et décroche nettement dès la fin de la cinquantaine.

Au sommaire de l’étude

  • Une mise à l’écart précoce et diffuse
  • Une discrimination objectivée par les phases de test
  • Un effet d’âge continu et croissant
  • Une pénalité accrue pour les femmes
  • Le poids déterminant des stéréotypes
  • Une discrimination multifactorielle

Population européenne : une baisse attendue pour 2029

Selon les dernières projections démographiques d’Eurostat, la population de l’Union européenne devrait diminuer de 11,7 % entre 2025 et 2100. Cela correspond à une baisse prévue de 53,0 millions de personnes d’ici le début du siècle prochain.

En 2025, la population de l’Union européenne était estimée à 451,8 millions d’habitants, ayant renoué avec la croissance en 2022 après l’interruption liée à la pandémie de COVID-19 en 2021. À court terme, la population devrait continuer d’augmenter au cours des trois prochaines années, atteignant un pic de 453,3 millions en 2029, avant d’amorcer un déclin progressif pour s’établir à 398,8 millions en 2100.

Entre 2025 et 2100, la part des enfants, des jeunes et des personnes en âge de travailler dans la population totale de l’Union devrait reculer. La proportion des 0-19 ans passerait ainsi de 20 % à 17 %, tandis que celle des 20-64 ans diminuerait de 58 % à 50 % à l’horizon 2100. À l’inverse, la part des populations âgées devrait progresser. La proportion des 65-79 ans augmenterait, passant de 16 % en 2025 à 17 % en 2100, tandis que celle des 80 ans et plus connaîtrait une forte hausse (+10 points), passant de 6 % à 16 %. Au total, les plus de 65 ans représenteraient, en 2100, 33 % de la population européenne.

Qui sont celles et ceux qui n’ont pas de complémentaire santé en France ?

En 2023, en France hors Mayotte, 3,4 % de la population ne bénéficie pas d’une complémentaire santé. Cette proportion, qui a nettement reculé au cours des vingt-cinq dernières années, apparaît désormais relativement stable, avec même une légère tendance à la diminution depuis 2010. Elle demeure toutefois plus élevée parmi les ménages les plus modestes : 7 % des individus vivant sous le seuil de pauvreté restent dépourvus de couverture complémentaire.

Au tournant des années 2000, l’extension de la couverture complémentaire a reposé sur la création de dispositifs ciblés en direction des populations les plus fragiles, notamment la CMU-C et l’ACS, aujourd’hui regroupées au sein de la complémentaire santé solidaire. Ces instruments ont permis une progression significative de l’accès à la couverture.

Cette dynamique a été amplifiée en 2016 par la généralisation des contrats collectifs en entreprise, en particulier dans le secteur privé, contribuant à réduire les disparités entre salariés. L’intégration progressive des agents publics dans ce cadre, amorcée au 1er janvier 2025, devrait prolonger cette évolution, même si son effet devrait rester mesuré dans la mesure où une large majorité des agents disposaient déjà d’une couverture.

L’absence de complémentaire santé résulte avant tout d’une contrainte financière. Environ un tiers des personnes concernées indiquent ne pas disposer des ressources suffisantes pour en supporter le coût.

D’autres facteurs, moins fréquents, sont également évoqués :

  • 15 % estiment ne pas en avoir besoin ;
  • 12 % déclarent être en cours de souscription ;
  • 10 % mentionnent un manque de temps ou l’absence de démarches engagées.

Ces éléments traduisent à la fois des difficultés économiques et, dans une moindre mesure, des obstacles liés à l’information ou aux démarches administratives.

Les écarts de couverture restent étroitement liés au niveau de vie. Ainsi, malgré l’existence de dispositifs comme la complémentaire santé solidaire, 7 % des personnes sous le seuil de pauvreté ne disposent toujours pas de couverture.

Certaines catégories sont particulièrement exposées :

  • les demandeurs d’emploi et les personnes de nationalité étrangère, avec des taux de non-couverture proches de 10 % ;
  • les familles monoparentales, dans une proportion plus limitée, autour de 5 %.

Par ailleurs, parmi les personnes vivant seules, les hommes sont plus fréquemment non couverts que les femmes (6 % contre 2 %), alors même que leur niveau de vie est en moyenne plus élevé.

Les personnes atteintes d’une affection de longue durée ne se distinguent pas du reste de la population : leur taux de non-couverture est comparable, bien que leurs dépenses de santé soient davantage prises en charge par l’assurance maladie obligatoire.

La nature de la couverture varie fortement selon la situation professionnelle. En 2023 :

  • 44 % de la population est couverte par un contrat collectif, qu’il relève du secteur privé ou de la fonction publique (74 % des salariés) ;
  • 42 % dispose d’un contrat individuel, situation très majoritaire chez les retraités (91 %) ;
  • 11 % relève de la complémentaire santé solidaire, proportion qui atteint 40 % parmi les chômeurs.

Cette répartition met en lumière une organisation du système de complémentaire santé étroitement liée aux parcours professionnels et aux inégalités qui les structurent.

Cercle de l’Épargne – données DREES

Démographie et économie : une nouvelle donne pour le Conseil d’Orientation des Retraites

Le système de retraite français est confronté à un vieillissement accéléré de la population, lié à la montée en âge des générations du baby-boom et à la baisse rapide du taux de fécondité. Par ailleurs, depuis six ans, l’économie française, comme celle des autres pays, évolue de crise en crise. Pour l’élaboration de son rapport 2026, le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) a été conduit à actualiser les hypothèses servant de base à ses scénarios. S’il a révisé les données démographiques, il maintient en revanche ses hypothèses économiques telles qu’arrêtées en 2025.

Révision des hypothèses démographiques

Le système de retraite dépend du nombre de retraités et de celui des actifs. Le premier est fonction de l’âge de départ à la retraite et de l’espérance de vie ; le second dépend de l’évolution de la population active et du taux d’emploi. Sur un horizon de quarante ans, à l’échéance 2070, le nombre de naissances et donc la fécondité constituent également un déterminant essentiel.

Le fait marquant récent est la chute de la fécondité. En 2025, l’indicateur conjoncturel de fécondité s’établit à 1,56 enfant par femme, contre 1,61 en 2024 et environ 1,9 au milieu des années 2010. Le COR souligne que ce niveau est historiquement bas, inédit depuis la fin de la Première Guerre mondiale. En 2025, la France a enregistré 645 000 naissances, soit 2,1 % de moins qu’en 2024 et 24 % de moins qu’en 2010, dernier point haut. La baisse est continue, voire s’accélère, depuis 2017.

Pour l’INSEE, cette évolution impose une révision des projections de 2021. Le scénario central retenait alors un indice conjoncturel de fécondité (ICF) de 1,80. L’hypothèse centrale est désormais abaissée à 1,45 enfant par femme à partir de 2028, avec un scénario bas à 1,20 dès 2030 et un scénario haut à 1,70. Parallèlement, l’âge moyen à la maternité continuerait de progresser jusqu’à 33 ans en 2050, avant stabilisation. La France, longtemps en situation d’exception en Europe, converge ainsi vers la moyenne du continent.

Cette révision s’appuie également sur l’évolution des comportements : le nombre idéal d’enfants souhaité est passé de 2,7 à 2,3 en vingt-cinq ans. Les femmes de 18 à 24 ans n’en envisagent plus en moyenne que 1,9, celles de 25 à 34 ans autour de 2.

Deuxième inflexion : l’espérance de vie. En 2025, elle atteint 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes. Le scénario central de 2021 l’avait légèrement surestimée. Pour le nouvel exercice, l’INSEE a retenu plusieurs périodes de référence (2005-2025, 2010-2025 et 2015-2025), en neutralisant les années de pandémie. Toutes conduisent à des trajectoires plus basses en 2070. L’option privilégiée aboutit à une espérance de vie à la naissance de 89,5 ans pour les femmes et 86,7 ans pour les hommes en 2070, contre respectivement 90,0 et 87,5 ans dans les projections antérieures. À 65 ans, l’espérance de vie serait de 26,3 ans pour les femmes et 24,4 ans pour les hommes. Les gains de longévité se poursuivent, mais à un rythme ralenti.

La population n’en continue pas moins de vieillir. En 2025, 22 % des Français ont 65 ans ou plus, soit presque autant que les moins de 20 ans. Avec l’arrivée aux grands âges des générations du baby-boom, le nombre de décès augmentera fortement dans les prochaines décennies. Selon l’INED, la hausse pourrait atteindre 200 000 décès supplémentaires d’ici 2050.

Troisième point de bascule : les migrations. En 2025, le solde naturel devient légèrement négatif (-6 000 personnes), une première depuis la Seconde Guerre mondiale. La population continue néanmoins d’augmenter, atteignant 69,1 millions d’habitants au 1er janvier 2026, grâce à un solde migratoire estimé à +176 000 personnes. Le COR souligne que ce solde migratoire est supérieur au solde naturel depuis 2018 (hors exception de 2019). Il est passé de +59 000 en moyenne annuelle entre 2006 et 2016 à +163 000 entre 2017 et 2021.

Les projections de 2021 avaient sous-estimé ce phénomène. Le nouveau scénario central retient désormais +150 000 entrées nettes par an à partir de 2026, avec une fourchette allant de +70 000 à +230 000.

Pour les retraites, la conséquence est nette : si le nombre de retraités dépend toujours de la longévité, celui des cotisants dépendra de plus en plus des flux migratoires.

Prudence du COR sur les hypothèses économiques

Pour son rapport 2026, le COR conserve les hypothèses économiques définies en 2025 : une progression de la productivité du travail de 0,7 % par an à terme (atteinte en 2040) et un taux de chômage de 7 % à cet horizon. Les variantes de sensibilité retiennent une productivité de 0,4 % ou 1,0 % et un chômage compris entre 5 % et 10 %.

Cette stabilité des hypothèses traduit une forme d’optimisme, régulièrement critiqué. Pour le COR, le ralentissement de la productivité observé depuis 2017 relèverait davantage d’un accident de parcours que d’une inflexion structurelle. L’argument repose sur une lecture longue : la productivité horaire a progressé d’environ 1,0 % par an sur 35 ans, de 0,7 % sur 25 ans et de 0,4 % sur les 15 dernières années. En 2024, elle n’aurait augmenté que de 0,4 %, après les reculs de 2021 et 2022. Toutefois, la note de conjoncture de mars 2026 de l’INSEE signale un redressement, proche de +1 % par an.

S’agissant du marché du travail, le COR souligne que le taux de chômage ne s’est pas durablement établi sous les 7 % ces dernières années. Le taux d’activité des 60-64 ans progresse, dans le sillage de la réforme de 2023, conformément aux projections. L’amélioration de l’emploi des seniors est ainsi déjà intégrée dans les scénarios. La remontée du chômage observée début 2026, proche de 8 %, est interprétée comme conjoncturelle.

Pour son rapport 2026, le COR acte le changement de tendance de la fécondité, mais ne remet pas en cause ses hypothèses économiques. L’inflexion de la fécondité réduit les possibilités de retour à l’équilibre à l’horizon 2070, surtout si l’immigration diminue. Les hypothèses économiques retenues peuvent être jugées optimistes minorant les besoins de financement pour les prochaines années. La stabilité des hypothèses économiques peut traduire une difficulté à intégrer les ruptures en cours — ralentissement structurel de la productivité, incertitudes géopolitiques, transformations du travail.

Cotisations – pensions – âge de départ : les arbitrages impossibles ?

Au mois de juin prochain, le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) publiera son rapport annuel avec, à la clé, de nouvelles simulations sur les régimes de retraite français. Depuis plusieurs mois, il distille les pistes et données afin de préparer les acteurs de la retraite et l’opinion et tester les réactions. Le rapport 2026 sera marqué par la prise en compte de nouvelles projections démographiques intégrant la baisse de la fécondité. L’évolution de la croissance et de l’emploi pourrait également influer sur le solde des régimes de retraite. À un an de l’élection présidentielle et de la fin de la suspension de la réforme des retraites de 2023, cette publication sera particulièrement attendue.

Afin de cadrer le débat, le COR a présenté récemment une note sur les moyens de financer un déficit de 6 milliards d’euros pour les régimes de retraite et sur leurs conséquences sur l’activité économique. Le rééquilibrage peut passer par trois solutions – le report de l’âge de départ à la retraite, l’augmentation des cotisations ou la baisse des pensions – dont les effets ne sont pas identiques.

L’augmentation des cotisations salariales aboutirait à une diminution du revenu disponible des actifs. À horizon de deux ans, le produit intérieur brut reculerait alors d’environ -0,1 à -0,15 point, et l’emploi se contracterait de 20 000 à 30 000 postes. À plus longue échéance, l’économie demeurera en retrait, avec une perte pouvant atteindre -0,35 point de PIB, près de -80 000 emplois, et un chômage supérieur de 0,3 point au scénario de référence. Il y aurait ainsi une perte en ligne non négligeable qui rétroagirait sur le système de retraite.

L’autre option serait d’augmenter les cotisations employeurs. Elle ne toucherait pas au montant des salaires, mais renchérirait le coût du travail et diminuerait potentiellement les bénéfices et donc les dividendes. Cette mesure pourrait réduire de 0,1 point le PIB à court terme avec 10 000 à 50 000 emplois en moins. À long terme, le niveau d’activité pourrait s’inscrire en retrait de -0,35 point, traduisant une perte de compétitivité persistante.

La baisse des pensions constitue une mesure extrêmement sensible comme en témoignent depuis deux ans les débats autour de leur indexation par rapport à l’inflation ou celui sur la suppression de l’abattement de 10 %. Une réduction des pensions n’est pas sans conséquences. Elle risquerait de porter atteinte à la consommation. Selon le COR, l’activité ralentirait avec une perte de 0,1 % de PIB et l’emploi reculerait d’environ 10 000 postes à court terme. Mais à mesure que les prix s’ajusteraient, que les importations se contracteraient, que la compétitivité se redresserait, l’effet s’atténuerait. À long terme, la perte ne serait plus que de -0,05 point de PIB, parfois nulle selon les modèles.

Le recul de l’âge de départ obéit à une autre logique. Il ne joue pas sur les recettes, mais sur les dépenses et sur l’emploi. En prolongeant la durée d’activité, il augmente le nombre de cotisants, élargit la base productive et renforce les recettes publiques. Un recul à 65 ans pourrait générer de 210 000 à 240 000 emplois supplémentaires, avec un gain de 0,7 à 0,9 point de PIB à long terme. L’amélioration des finances publiques est évaluée à 0,7 point de PIB. Selon certaines modélisations, le chômage pourrait augmenter temporairement, jusqu’à +0,6 point à deux ans, sous l’effet de l’arrivée de nouvelles cohortes sur le marché du travail. Mais cette tension s’estompe avec le temps. À long terme, les modèles convergent autour d’un retour du chômage vers son niveau d’équilibre, tandis que l’activité demeurerait durablement plus élevée. L’économie absorberait le choc et en tirerait ainsi profit.

Le document du COR ne privilégie pas une piste par rapport aux autres, mais rappelle leurs effets économiques. Tous les leviers améliorent le solde du système, mais certains le font au prix d’un ralentissement économique.

L’épargne salariale à l’épreuve des déblocages : contradictions et illusions

L’épargne salariale représente 230 milliards d’euros d’encours en 2025 et 13 millions de salariés bénéficiaires. Elle a pour objectif d’associer le salarié à la performance de l’entreprise et de l’inscrire dans une logique d’épargne de long terme, permettant ainsi le financement des entreprises. Régulièrement, les pouvoirs publics mettent en place des déblocages exceptionnels afin de relancer la consommation. Les dernières expériences en la matière ont été décevantes, ce qui n’empêche pas qu’une nouvelle proposition de loi soit en cours de discussion.

De nombreux cas de déblocage

Les sommes issues de l’intéressement, de la participation, des primes de partage de la valeur et des abondements, versées sur un Plan d’Épargne Entreprise (PEE), sont en principe bloquées pendant cinq ans.

Le législateur a néanmoins prévu des cas de déblocage anticipé permettant aux salariés de récupérer leur épargne sans pénalité fiscale. Initialement, ces sorties anticipées concernaient des événements de la vie (décès, invalidité, perte d’emploi, mariage, divorce, création ou reprise d’entreprise, surendettement). Elles ont été étendues à l’acquisition ou à la rénovation de la résidence principale, à l’achat d’un véhicule propre ou à l’activité de proche aidant.

Par ailleurs, les pouvoirs publics instituent régulièrement des périodes de déblocage exceptionnel. Celles-ci sont généralement liées à des difficultés de pouvoir d’achat provoquées par la survenue d’une crise ou d’un choc (crise financière, Covid, guerre en Ukraine, etc.).

Quatre déblocages exceptionnels en moins de 25 ans

Depuis le début du siècle, quatre déblocages exceptionnels ont été opérés, avec des résultats toujours plus faibles :

  • 2004 : environ 7,5 milliards d’euros débloqués ;
  • 2008 : 3,9 milliards d’euros ;
  • 2013 : 2,2 milliards d’euros ;
  • 2022 : 1,3 milliard d’euros.

Ces déblocages ne servent que marginalement la consommation. En 2004, à peine 1,5 milliard d’euros, soit environ 20 %, a été effectivement consommé. Le reste a été réalloué vers d’autres formes d’épargne ou conservé sous forme de liquidités. Ce constat n’a jamais été démenti depuis. Pour les derniers cas de déblocage, les pouvoirs publics les ont conditionnés à la présentation de preuves d’achat, mais cela n’empêche pas les ménages d’accroître leur effort d’épargne par ailleurs. Les déblocages génèrent avant tout des effets d’aubaine. Les ménages qui débloquent leur épargne salariale avaient l’intention d’acheter, avec ou sans ce dispositif.

De moins en moins de salariés utilisent les possibilités de déblocage exceptionnel

En 2008, 1,6 million de salariés avaient utilisé le dispositif de déblocage exceptionnel, contre 471 000 en 2013 et 309 000 en 2022. Malgré un contexte d’inflation élevée, les montants débloqués en 2022 sont restés marginaux au regard des masses en jeu : 1,3 milliard d’euros, à comparer à plus de 26 milliards de flux annuels et à plus de 100 milliards d’encours.

Le déblocage exceptionnel ne crée pas de pouvoir d’achat. Il modifie le calendrier d’utilisation d’une épargne existante. S’il autorise une consommation anticipée – souvent partielle – ou un simple déplacement d’actifs, il ne génère pas une consommation nouvelle. L’effet macroéconomique est, dès lors, mécaniquement limité.

La proposition de loi de 2026 dans le prolongement de celle de 2022 : le déblocage sous condition

Pour éviter la réallocation vers d’autres produits d’épargne, la loi de 2022 avait prévu, jusqu’au 31 décembre 2022, un déblocage exceptionnel dans la limite de 10 000 euros pour les sommes issues de la participation et de l’intéressement affectées au PEE, à condition de financer des biens ou des services et d’en conserver les justificatifs. Le dispositif excluait les produits de retraite collective (Perco, PER d’entreprise collectif), les fonds solidaires et certaines formes d’actionnariat salarié.

La proposition de loi en discussion au printemps 2026 prolonge cette logique tout en en modifiant le calibrage. Elle prévoit un déblocage exceptionnel sur une durée d’un an, dans la limite de 5 000 euros, sans condition de ressources, portant sur les droits de participation et d’intéressement placés sur des plans d’épargne salariale, à l’exclusion des dispositifs de retraite et de certains supports spécifiques. Les sommes devraient, comme en 2022, financer des biens ou des services, avec obligation de justification.

Un dispositif qui se trompe de cible

Les salariés disposant d’une épargne salariale significative appartiennent majoritairement aux catégories les mieux insérées sur le marché du travail. Pour l’essentiel, ce sont des salariés travaillant dans de grandes entreprises et percevant des rémunérations supérieures à la moyenne. Leur propension à augmenter leur consommation est faible. Les salariés des TPE, les plus modestes, ne sont pas, en règle générale, couverts. Or, ce sont ces derniers qui sont le plus confrontés aux problèmes de pouvoir d’achat.

Une contradiction dans les objectifs des pouvoirs publics

Les pouvoirs publics demandent aux Français d’épargner davantage sur le long terme et de contribuer au financement des entreprises. Ils les encouragent notamment à financer le secteur de la défense. Or, dans le même temps, ils prennent des mesures visant à débloquer le produit d’épargne le plus investi dans le financement des entreprises.

Les Français favorables à conserver leur épargne salariale

Si les salariés débloquent de moins en moins leur épargne salariale, c’est qu’ils considèrent majoritairement ce placement comme intéressant. Dans les faits, ils ont raison.

De 2010 à 2024, la performance totale nette de frais de gestion de la gestion pilotée de l’épargne salariale, selon les profils de risque, varie de +38,4 % pour un profil prudent à +111,2 % pour un profil dynamique. La performance annualisée est de +2,2 % pour le profil prudent sur 15 ans (+1,6 % sur 10 ans et +1,2 % sur 5 ans). Elle est de +3,7 % pour le profil équilibré sur 15 ans (+3,2 % sur 10 ans et +2,5 % sur 5 ans). Elle est de +5,1 % pour le profil dynamique sur 15 ans (+4,7 % sur 10 ans et +3,8 % sur 5 ans).

Par ailleurs, la première motivation pour placer son argent dans un PEE ou un PERCO PERCOL est la préparation de la retraite. De ce fait, il n’est pas surprenant que la grande majorité des salariés ne souhaitent pas puiser dans leur épargne salariale de manière anticipée.

Une épargne majoritairement investie dans les entreprises et en faveur de la transition écologique

62 % des flux bruts de l’épargne salariale au premier semestre 2025 ont été placés en fonds actions et en fonds diversifiés. Dans les dispositifs d’épargne retraite collective des entreprises (PERCOL et PERCO), les fonds actions et diversifiés représentent plus de 63 % des actifs gérés. Les encours en actionnariat salarié s’élèvent à 80,4 milliards d’euros (+15,2 % par rapport à juin 2024).

Selon l’Association française de la gestion (AFG), au sein de l’épargne salariale, 108 fonds labellisés ISR sont distribués, représentant 23,8 milliards d’euros d’encours, soit 10 % de l’ensemble.

Le paradoxe est complet. En cherchant à mobiliser une épargne abondante pour soutenir la consommation, les pouvoirs publics contribuent à altérer la nature de l’épargne salariale sans obtenir, en retour, un effet macroéconomique significatif. Le déblocage exceptionnel apparaît ainsi pour ce qu’il est : un instrument d’affichage.

La transmission du patrimoine : un enjeu majeur pour les prochaines années

Au début de l’année 2024, 41 % des ménages français ont, selon l’INSEE, déjà reçu un héritage au cours de leur vie. En France comme dans les autres pays occidentaux, la transmission joue un rôle croissant dans la formation des patrimoines. Compte tenu de la concentration du capital, la transmission contribue à la montée des inégalités patrimoniales. 

En France, le patrimoine brut moyen des ménages s’établit à 374 900 euros, mais atteint 515 400 euros pour ceux ayant déjà hérité. Les valeurs médianes respectives sont 205 100 euros et 306 600 euros. Ce phénomène de divergence devrait s’accentuer. Le flux annuel des transmissions (successions et donations) représente aujourd’hui entre 13 % et 15 % du PIB en France, contre moins de 5 % dans les années 1950 selon les estimations issues des travaux de Thomas Piketty. Cette progression résulte de la combinaison de trois facteurs : l’accumulation passée de capital, la hausse du prix des actifs – en particulier immobiliers – et le vieillissement démographique.

L’héritage agit comme un multiplicateur d’inégalités patrimoniales. La probabilité d’avoir hérité est fortement corrélée au niveau de patrimoine, ce qui traduit un phénomène de reproduction cumulative. Les ménages les mieux dotés sont à la fois ceux qui héritent le plus et ceux qui transmettent le plus, dans des montants plus élevés.

La temporalité des transmissions constitue un élément déterminant du processus d’accumulation. Les héritages interviennent majoritairement à un âge avancé, souvent au-delà de 55 ou 60 ans. D’un point de vue économique, ce décalage réduit leur efficacité allocative. Le capital transmis vient principalement consolider des patrimoines existants plutôt que de financer des investissements initiaux. Il contribue davantage à la gestion de la fin de cycle patrimonial qu’à l’entrée dans le patrimoine.

Les donations permettent de transmettre un patrimoine plus tôt, ce qui est susceptible d’avoir des effets sur son allocation. Les données montrent que les ménages ayant reçu une donation disposent d’un patrimoine moyen nettement supérieur, de l’ordre de 700 000 euros. Néanmoins, seuls 20 % des ménages déclarent avoir bénéficié d’une donation et à peine 7 % en avoir consenti une. Ce différentiel souligne une sous-utilisation relative des mécanismes de transmission anticipée. Il traduit des contraintes comportementales.

Au-delà des transmissions formelles, les flux intrafamiliaux jouent un rôle économique non négligeable. Les aides financières aux enfants – qu’elles soient ponctuelles ou régulières – interviennent comme des quasi-transferts en capital, en particulier lors des phases d’investissement (études, logement, installation professionnelle). Ces flux, souvent non enregistrés comme du patrimoine, contribuent néanmoins directement à la formation du capital des générations suivantes et à la réduction des contraintes d’accès aux actifs.

L’édito du Président du Cercle de l’Epargne – Jean-Pierre Thomas – mai 2026 : L’épargne salariale, un large plébiscite

Avec près de 230 milliards d’euros d’encours, plus de 13 millions de salariés bénéficiaires et plus de 440 000 entreprises équipées, l’épargne collective s’est imposée, en quelques décennies, comme une composante majeure du paysage financier français. Intéressement, participation, prime de partage de la valeur : ces dispositifs, longtemps considérés comme accessoires, ont progressivement changé de statut. Ils ne relèvent plus d’une simple politique salariale d’appoint ; ils participent désormais à une forme d’organisation du capitalisme, à mi-chemin entre rémunération, épargne et financement des entreprises.

Ce basculement est aujourd’hui pleinement perceptible dans les comportements des salariés. L’étude conduite ce printemps par le Cercle de l’Épargne avec Malakoff Humanis en apporte une illustration nette : le Plan d’Épargne Entreprise s’impose comme un produit d’épargne de premier plan, dont l’attractivité rivalise avec celle de l’assurance vie. 76 % des titulaires d’un PEE jugent ce placement intéressant. Plus significatif encore, 59 % des non-bénéficiaires partagent ce jugement, révélant une aspiration diffuse, mais réelle à y accéder. Loin d’être passive, cette appétence se traduit dans les faits : près des deux tiers des salariés affectent leurs primes d’épargne salariale sur un PEE ou un PERCOL. Derrière ces choix se dessine une inquiétude bien identifiée : la préparation de la retraite. La constitution d’un complément de revenu s’impose comme l’une des motivations centrales, sur fond de crainte largement partagée d’une baisse du niveau de vie au moment de la cessation d’activité.

À cette dimension patrimoniale s’ajoute une fonction sociale souvent sous-estimée. L’épargne salariale est devenue un outil de fidélisation. 59 % des bénéficiaires considèrent la présence d’un PEE ou d’un PERCOL comme un critère déterminant dans le choix d’une entreprise. Les moins de 30 ans, plus mobiles et plus attentifs aux formes différées de rémunération, y sont particulièrement sensibles. Dans un contexte de tensions sur le marché du travail, ces dispositifs ne relèvent plus du confort, mais de la compétitivité des entreprises.

Ce tableau ne doit pas masquer une réalité plus contrastée. La diffusion de l’épargne collective demeure profondément inégale. Dans les entreprises de moins de 10 salariés, seuls 14 % des salariés en bénéficient. Autrement dit, ceux qui auraient le plus à gagner d’un accès à ces dispositifs en sont souvent exclus. Ce décalage pose une question centrale : celle de la généralisation du PEE et de son volet retraite, le PERCOL. Derrière cet enjeu technique se joue en réalité une question plus large, celle de l’accès de tous les salariés à une forme de capitalisation, dans un pays qui en refuse encore largement le principe à l’échelle des régimes obligatoires.

À cette inégalité d’accès s’ajoute un déficit de compréhension. L’épargne salariale souffre d’un paradoxe : elle est à la fois appréciée et mal connue. Seuls 26 % des salariés déclarent bien maîtriser ces dispositifs, et ce taux ne s’élève qu’à 36 % parmi les bénéficiaires. Ainsi, près des deux tiers de ceux qui en disposent n’en comprennent pas pleinement les mécanismes. La moitié des salariés estime, par ailleurs, être insuffisamment informée par leur entreprise. L’empilement des dispositifs, leur technicité et le manque d’accompagnement nourrissent ce sentiment de complexité. Ce déficit d’appropriation constitue un frein à leur diffusion. La pédagogie, la transparence sur les frais et l’accès à des conseils personnalisés ne sont plus des options. Ils conditionnent le développement futur de l’épargne collective dont les enjeux dépassent largement le seul cadre individuel.

L’épargne salariale occupe une place singulière dans l’économie française. Elle est le seul produit d’épargne qui associe directement les partenaires sociaux à sa gestion. Elle constitue, de facto, une forme de fonds de pension à la française, sans en porter explicitement le nom. Par les encours qu’elle mobilise, elle contribue au financement des entreprises, tout en orientant une part croissante des flux vers des supports intégrant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), participant ainsi à la transition écologique.

Dans un pays où la question des retraites demeure dominée par la répartition, l’essor de l’épargne collective apparaît comme une réponse pragmatique, construite à bas bruit. Ni réforme systémique, ni rupture idéologique, elle avance par strates successives, portée par les entreprises et les comportements des salariés qui la plébiscitent. Les pouvoirs publics devraient les écouter et favoriser la diffusion de cet outil aux nombreuses vertus.

Jean-Pierre Thomas

Président du Cercle de l’Épargne

et de Thomas Vendôme Investment

L’assurance-vie poursuit sur sa lancée en mars

Cet article consacré aux résultats de l’assurance vie, cite le Directeur du Cercle de l’Epargne qui note que  «le premier trimestre de l’assurance-vie a été remarquable» et marqué «par un retour en grâce des fonds en euros dont le rendement est redevenu compétitif».

Épargne-vie : des gains pour l’avenir

Dans la Tribune de l’Assurance, Philippe Crevel explique pourquoi l’assurance vie tire son épingle du jeu dans un contexte économique morose. Il estime que l’année 2026 devrait continuer à être favorable à ce placement en réponse, indique que face  « aux tensions géopolitiques, au niveau élevé du déficit public et à la remontée du chômage, les ménages conserveront encore cette année un fort volant d’épargne de précaution dont profitera l’assurance vie ».

Épargne : pire mois depuis 17 ans, le Livret A perd-il de son attrait ?

Au micro de Sud Radio, Philippe Crevel comment les résultats du Livret A en mars.

Livret A : trimestre dans le rouge !

Cité dans le média Investir, Philippe Crevel relève que « le caractère anxiogène de la guerre au Moyen-Orient n’a pas eu d’effet important et, dans tous les cas, d’une ampleur moindre que celui constaté lors des précédents chocs (Covid, guerre en Ukraine, etc.) » sur la collecte du Livret A qui enregistre décollecte sur décollecte. Il précise par ailleurs qu’« avec un taux d’inflation qui atteint désormais 1,7 %, le rendement réel du Livret A redevient négatif« 

Rendement moins attractif, inflation… Le désamour pour le livret A se confirme

Dans cet article consacré au Livret A, Philippe Crevel précise que les résultats décevants du premier trimestre 2026 tranchent avec les précédentes années.

Avec un taux relativement bas, le Livret A a connu en mars son pire mois depuis 2009

Face à une reprise de l’inflation en lien avec le conflit au Proche-Orient, la rémunération des produits d’épargne réglementée sont appelés à être revalorisés le 1er août prochain. Pour Philippe Crevel, Directeur du Cercle de l’Épargne, le taux du Livret A, actuellement à 1,5 %, pourrait atteindre 2 % en cas d’enlisement de la sitatution.

PEL échu : ne restez pas les bras croisés !

Dans le journal Investir, Philippe Crevel est interrogé sur l’intérêt de conserver ou de souscrire un PEL dans le contexte actuel.

Inflation liée à la guerre en Iran : quelles conséquences pour votre patrimoine ?

Face au risque d’enlisement de la guerre et ses effets économiques, Philippe Crevel évoque, dans le journal Le Monde, les conséquences possible en cas de forte inflation sur les marchés boursier et les différents placements (assurance vie, livret A, OAT…).

Étude « les salariés et l’épargne collective » du Cercle de l’Épargne et Malakoff Humanis

LES SALARIÉS PLÉBISCITENT L’ÉPARGNE COLLECTIVE MAIS PEINENT ENCORE À LA COMPRENDRE

Enquête CECOP-IFOP pour Malakoff Humanis et le Cercle de l’Épargne

Plébiscitée par les salariés qui en bénéficient, l’épargne collective est perçue comme un dispositif particulièrement attractif au croisement de l’épargne et de la rémunération indirecte. Pour autant, derrière cet intérêt marqué, les mécanismes de l’épargne collective demeurent mal compris. L’étude conduite par le Centre d’études et de connaissances sur l’opinion publique (CECOP) et l’IFOP pour Malakoff Humanis et le Cercle de l’épargne décrypte ce paradoxe[1].

Ce qu’il faut retenir :

  • Un fort niveau d’adhésion : 66 % des salariés jugent le Plan d’Épargne Entreprise (PEE) intéressant, le plaçant en tête de leurs placements préférés juste après l’assurance-vie ;
  • Une logique d’épargne installée : 67 % des bénéficiaires de l’épargne collective déclarent placer leur prime d’intéressement ou de participation sur un PEE ou un PERCOL ;
  • Un levier pour les politiques RH : 76 % des salariés connaissant ces dispositifs en font un critère de choix ou de maintien dans leur entreprise ;
  • Mais un vrai déficit de compréhension : 61 % des salariés se jugent peu ou pas informés par leur entreprise.

« L’épargne collective est un dispositif performant, dont le potentiel reste à exploiter. L’enjeu n’est plus de démontrer son intérêt mais de la rendre lisible et accessible. Adossée à l’entreprise, souvent abondée par l’employeur, elle peut aussi contribuer à la réduction des inégalités financières entre les hommes et les femmes, en contournant les mécanismes d’auto-censure qui freinent encore trop souvent les femmes dans leurs choix d’épargne. Ces solutions constituent un levier de rééquilibrage précieux », déclare Isabelle Le Bot, Directrice du domaine Epargne de Malakoff Humanis et Directrice générale de La France Mutualiste.

Un placement désormais installé dans les pratiques d’épargne

Plus des trois quarts des salariés ayant accès à un dispositif d’épargne collective (76 %) le considèrent comme le placement financier le plus intéressant. Pour l’ensemble des salariés, l’épargne collective se classe en deuxième position, derrière l’assurance-vie.

Longtemps perçue comme un complément de rémunération un peu abstrait, l’épargne collective change de nature. Elle s’inscrit désormais dans la hiérarchie des placements de long terme qui comptent et participe pleinement aux choix d’épargne des Français.

La retraite, nouvel horizon de l’épargne collective

L’épargne collective est avant tout mobilisée comme un instrument d’épargne orienté vers le long terme. Lorsqu’ils perçoivent une prime d’intéressement ou de participation, 67 % des salariés choisissent de la placer (50 % sur un PEE et 17 % sur un dispositif retraite collectif). L’abondement de l’employeur et l’avantage fiscal jouent ici un rôle déterminant, orientant les flux vers des supports de long terme.

Ce choix traduit par ailleurs une évolution des comportements : la préférence pour l’épargne l’emporte sur la consommation immédiate.

La préparation de la retraite constitue désormais une motivation centrale (39 %) devant le financement d’un projet personnel (25%). L’épargne collective s’inscrit ainsi dans une logique de projection à long terme, en complément des dispositifs de retraite existants.

Un levier d’attractivité et de fidélisation dans la politique RH des entreprises

L’épargne collective dépasse aujourd’hui sa fonction initiale liée au partage de la valeur. Elle devient un véritable levier d’attractivité et de fidélisation pour les entreprises. C’est un critère important dans le choix d’une entreprise pour plus d’un salarié sur deux (51%), une proportion qui atteint 76 % parmi ceux qui en maîtrisent les mécanismes.

La connaissance et la maîtrise des dispositifs agit comme un amplificateur ; plus les salariés les comprennent, plus ils les intègrent dans leurs arbitrages professionnels. L’épargne collective devient ainsi un outil de politique sociale et un levier de compétitivité pour les entreprises.

Un déficit d’information persistant

Le succès de l’épargne collective s’accompagne toutefois d’un paradoxe. Si l’intérêt est réel, la compréhension demeure insuffisante :

  • 61 % des salariés se jugent peu ou pas informés ;
  • 33 % des salariés déclarent ne disposer d’aucun canal d’informations ;
  • 26 % des salariés seulement affirment bien connaître le PEE ;
  • 42 % des salariés ne connaissent pas le PERCOL.

Ce déficit d’information recoupe des clivages socioprofessionnels marqués : 44 % des cadres supérieurs déclarent bien connaître le PEE, contre 18 % des ouvriers. Or, la connaissance conditionne directement la confiance : 71 % des salariés bien informés font confiance aux organismes gestionnaires.

Les salariés n’attendent pas particulièrement des produits sophistiqués. Ils souhaitent surtout une meilleure lisibilité des rendements (41 %) et une clarification des supports d’investissement (32 %). En matière d’accompagnement, ils plébiscitent un conseil personnalisé et des outils digitaux dédiés.

Ce manque d’information freine non seulement l’appropriation des dispositifs par les salariés, mais également la capacité des entreprises à valoriser pleinement les avantages mis en place au bénéfice de leurs salariés.

L’épargne collective a changé de dimension. Elle n’est plus un simple complément de rémunération, mais un instrument structurant de préparation de la retraite et de partage de la valeur. Elle fait pleinement partie de l’épargne des ménages. Son développement pourrait être plus fort avec une amélioration de son appropriation qui passe par une plus large diffusion et un effort de communication accru au sein des entreprises.

Malakoff Humanis : une épargne claire pour tous

Avec son positionnement autour de la clarté, Malakoff Humanis met en œuvre des actions spécifiques pour que les salariés puissent s’approprier les dispositifs d’épargne collective :

  • Clarté des frais et des rendements ;
  • Coaching personnalisé avec des experts ;
  • Pour préparer sa retraite : un bilan personnalisé et des conseils adaptés en fonction de l’âge et de la situation ;
  • Visualisation de ce que finance concrètement son épargne : pourcentage investi dans la transition énergétique, l’économie solidaire ou l’emploi local ;
  • Programme de webinaires et d’e-learning sur les produits et les placements ;
  • Informations pour optimiser les placements au bon moment ;
  • Outils d’éducation financière : Application Flouze, cahier de vacances pour optimiser les versements au bon moment ;
  • Simulateurs pour découvrir son profil d’investisseur et estimer la croissance de son épargne ;
  • Aides financières en cas de situations spécifiques de déblocage.

À propos du Cercle de l’Épargne

Centre d’études et d’information, le Cercle de l’Épargne mène des études à dimension économique et sociale et des actions de formation pour comprendre les grands enjeux de la protection sociale.

À propos de Malakoff Humanis (chiffres au 31 décembre 2025)

Malakoff Humanis est un acteur majeur de la protection sociale paritaire et mutualiste, à but non lucratif. Le Groupe accompagne entreprises et particuliers en santé, prévoyance, épargne et retraite complémentaire, guidé par sa raison d’être : Partager pour protéger.

En assurance, il protège 400 000 entreprises et près de 10 millions de personnes. En tant qu’institution de retraite complémentaire Agirc-Arrco, Malakoff Humanis gère les cotisations de plus de 7 millions d’actifs et verse 45 Md€ d’allocations à 6,3 millions de retraités.

Sur le plan social et sociétal, le Groupe accompagne ses clients fragilisés et est engagé sur le handicap, le cancer, le bien-vieillir et les aidants. Près de 200 M€ sont dédiés chaque année à ces actions.

Les fonds propres du Groupe représentent 11,3 Md€. La solidité financière et la performance du Groupe sont confirmées par une notation A+ attribuée depuis 4 ans par S&P Global Ratings et Fitch Ratings. Sur les plans extra-financiers, Malakoff Humanis figure parmi les 2% des entreprises les mieux notées au monde en matière de critères RSE (Ecovadis, niveau Gold – 81/100 en 2026). Enfin, Malakoff Humanis est certifié Top Employer France par le Top Employers Institute depuis 3 ans. www.malakoffhumanis.com

[1] Les Français et l’épargne collective : enquête réalisée en ligne du 30 janvier au 6 février 2026 auprès d’un échantillon représentatif de 1 021 salariés du secteur privé et du secteur public (hors fonction publique). La représentativité a été assurée selon la méthode des quotas après stratification par région. Le terrain a été confié à l’IFOP.

Pour en savoir plus :

Près de 470 milliards d’euros de dépôts à vue fin 2025 en France

Les dépôts à vue des particuliers en France sont passés de 78,1 milliards d’euros en décembre 1993 à 469,9 milliards en décembre 2025. L’augmentation est de 391,8 milliards, soit +501,7 %. L’encours a donc été multiplié par 6,0 en 32 ans. Le rythme moyen de progression ressort à +5,8 % par an.

Même en prenant en compte l’inflation, la progression est forte. Sur la période, l’inflation cumulée a atteint +65,9 %. En euros de 1993, les 469,9 milliards de fin 2025 valent donc environ 283,3 milliards. Même après correction de l’inflation, la hausse s’élève à +262,7 %, soit un encours réel multiplié par 3,6. L’essor des dépôts à vue ne relève pas d’un simple effet de prix mais d’un changement de comportement des ménages.

La comparaison avec le revenu disponible confirme cette évolution. Selon l’INSEE ; le pouvoir d’achat du revenu disponible brut des ménages, en indice base 100 en 1960, passe de 321,7 en 1993 à 546,1 en 2024. Cela correspond à une progression réelle de +69,8 % seulement sur la période, contre une hausse de +262,7 % des dépôts à vue en volume. La liquidité détenue sur les comptes courants a crû près de 3,8 fois plus vite que le revenu réel.

De 1993 à 2000, les dépôts passent de 78,1 à 107,7 milliards d’euros, soit +37,9 % en valeur et environ +25,7 % en termes réels. La hausse est nette, mais encore contenue. Entre 2 000 et 2008, l’encours passe à 193,2 milliards, soit +79,3 % en nominal et +53,8 % en réel. Entre 2008 et 2019, l’encours augmente vivement de 193,2 à 406,4 milliards, soit +110,4 % en nominal et +88,2 % en réel. C’est durant cette longue phase, marquée par la crise financière, les politiques monétaires très accommodantes et la compression des rendements sans risque, que la banalisation de la liquidité s’accélère.

La rupture la plus spectaculaire intervient néanmoins entre 2019 et 2022. En 3 ans, l’encours passe de 406,4 à 522,9 milliards d’euros, soit +28,7 %. Corrigée de l’inflation cumulée de la période, la hausse reste de +19,8 %. Cette poussée est cohérente avec le choc pandémique et ses suites. L’épargne forcée, la baisse des dépenses de consommation pendant les confinements et le maintien des revenus ont alimenté une accumulation de trésorerie sans précédent. Avec le retour de l’inflation entre 2022 et 2024, les dépôts à vue régressent légèrement avant de se stabiliser puis de légèrement augmenter en 2025.

.Le ratio entre dépôts à vue et revenu disponible brut annuel donne une mesure concrète de ce phénomène. En retenant l’encours moyen annuel, les dépôts à vue représentent environ 29,9 % du RDB en 2020, 31,8 % en 2021, 32,1 % en 2022, puis encore 28,0 % en 2023 et 25,3 % en 2024.

Cercle de l’Épargne – données Banque de France

Les principales causes de décès en Europe

En 2023, l’Union européenne a enregistré 4,84 millions de décès parmi ses résidents. Cette mortalité demeure très largement dominée par les maladies de l’appareil circulatoire, à l’origine de 1,59 million de décès, soit 32,8 % de l’ensemble. Les cancers occupent la deuxième position avec 1,16 million de décès (23,9 %), suivis des maladies respiratoires qui ont entraîné 0,38 million de décès (7,8 %).

Derrière ce triptyque principal, d’autres causes contribuent de manière significative à la mortalité. Les causes externes de morbidité et de mortalité représentent 0,24 million de décès (5,0 %), tandis que les maladies de l’appareil digestif et les troubles mentaux et du comportement totalisent chacune 0,21 million de décès (respectivement 4,4 % et 4,3 %). Les maladies du système nerveux atteignent également 0,21 million de décès (4,3 %). Les maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques sont responsables de 0,17 million de décès (3,5 %), et la COVID-19 de 0,10 million (2,1 %).

À l’échelle de l’Union européenne, le taux de mortalité imputable aux maladies de l’appareil circulatoire s’établit à 313 décès pour 100 000 habitants en 2023. Ces pathologies recouvrent notamment les affections liées à l’hypertension artérielle, les maladies cardiaques ainsi que les atteintes des veines et des artères.

Les disparités territoriales demeurent particulièrement marquées. Les taux les plus élevés sont observés en Bulgarie, avec 923 décès pour 100 000 habitants, en Roumanie (787) et en Lettonie (726). À l’opposé, plusieurs pays d’Europe occidentale présentent des niveaux sensiblement plus faibles : la France (163), l’Espagne (200) et le Danemark (208) figurent parmi les États les moins touchés par ces pathologies. En France, la structure de la mortalité se distingue toutefois par la prééminence des cancers, qui constituent la première cause de décès.

Cercle de l’Épargne – données Eurostat

Les Français : des épargnants aguerris mais en mal d’éducation financière

Avec un taux d’épargne atteignant 18,3 % du revenu disponible brut en 2025, les ménages français figurent parmi les plus grands épargnants d’Europe. Cette abondance d’épargne alimente depuis longtemps un débat récurrent : les Français épargnent beaucoup, mais mal. De nombreux économistes estiment que la structure de leur patrimoine, largement orientée vers les placements sécurisés et l’épargne réglementée, traduirait un déficit d’éducation financière et une aversion excessive au risque, pénalisant à la fois les épargnants eux-mêmes et le financement de l’économie. Ce diagnostic, souvent repris dans le débat public, mérite pourtant d’être nuancé. La préférence pour les placements sûrs ne constitue ni une singularité française ni nécessairement le signe d’une mauvaise compréhension des mécanismes financiers. Elle s’inscrit aussi dans une histoire économique et institutionnelle particulière, marquée par le poids du système de retraite par répartition, par un cadre réglementaire protecteur et par une forte sensibilité collective aux risques patrimoniaux. L’évolution récente des comportements d’investissement invite d’ailleurs à relativiser l’idée d’une inertie des épargnants. La montée en puissance des placements boursiers, l’essor des ETF et l’arrivée d’une nouvelle génération d’investisseurs témoignent d’une transformation progressive du rapport des Français à l’épargne et au risque.

Au sommaire de l’étude :

  • Les épargnants en recherche de sécurité et de liquidité
  • Des épargnants de plus en plus opportunistes
  • Des épargnants agiles mais insuffisamment armés dans un environnement financier de plus en plus complexe

La loi Thomas : 30 ans après

La loi relative aux plans d’épargne retraite, dite loi Thomas du 25 mars 1997 demeure une grande occasion manquée pour la France tant sur le plan des retraites que sur celui du financement de l’économie européenne et plus particulièrement française. Cette loi intervient quelques années après l’adoption du Livre blanc sur les retraites de Michel Rocard. Elle visait à instituer en France un troisième pilier fondé sur la capitalisation, complémentaire du système par répartition. Son abandon, à la faveur de l’alternance politique de 1997, engagea, de manière silencieuse mais durable, une trajectoire différente pour l’économie française. Certes, en 2003 avec la loi Fillon puis en 2019 avec la loi PACTE, le législateur instaura des produits d’épargne retraite mais dont l’ambition était bien moindre par rapport à celle qui était inscrite dans la loi Thomas. Si Lionel Jospin n’avait pas décidé d’enterrer la réforme Thomas, où en seraient notre système de retraite et l’économie française ?

Au sommaire de l’étude :

  • Une réforme globale
  • Le temps perdu de la capitalisation
  • L’encours manquant : une perte patrimoniale et stratégique
  • Une portée européenne indéniable
  • Une épargne plus rentable pour les épargnants
  • Un complément de retraite structurant
  • Un levier d’équité intergénérationnelle
  • Un retour tardif et incomplet

Le patrimoine des retraités : les dangers du vieillissement démographique

Les retraités représentent, en France, un peu plus d’un tiers des ménages (36,2 %), mais détiennent, selon l’INSEE près de 38,5 % du patrimoine brut total (enquête patrimoine 2021). En moyenne, un ménage retraité dispose en 2021 d’un patrimoine brut de 336 900 euros, légèrement supérieur à celui des actifs (328 700 euros). Mais cette apparente proximité masque une divergence fondamentale : une fois l’endettement pris en compte, l’écart devient est plus marqué.

Le patrimoine net atteint 309 900 euros pour les retraités, contre 240 000 euros pour les actifs, soit un différentiel de près de 70 000 euros, équivalant à +29 %. Cette supériorité ne résulte pas d’une accumulation plus rapide mais d’un phénomène plus simple et plus décisif : la disparition progressive de la dette. Les retraités, ayant soldé l’essentiel de leurs emprunts immobiliers, ne supportent plus qu’un endettement résiduel de 6 700 euros en moyenne, quand les actifs restent exposés à hauteur de près de 69 000 euros. La richesse des retraités est ainsi une richesse consolidée, débarrassée du levier du crédit, stabilisée dans ses composantes.

L’immobilier, la base du patrimoine des retraités

Le patrimoine des retraités reste dominé par la pierre. Ils sont, en effet, pour plus de 73 % d’entre eux propriétaires de leur résidence principale. L’immobilier représente 64 % du patrimoine total, soit environ 216 000 euros en moyenne, un niveau légèrement supérieur à celui des actifs (201 000 euros). Cette prééminence immobilière traduit à la fois une stratégie patrimoniale de long terme et une protection contre les aléas financiers.

Les retraités sont également investis sur les produits financiers. Ils détiennent en moyenne 91 000 euros d’actifs financiers, contre 56 000 euros pour les actifs, soit un écart de +63 %. Leur patrimoine est ainsi plus diversifié, avec une part financière atteignant 27 %, contre 17 % seulement pour les actifs.

Cet écart a plusieurs origines. D’une part, la liquidation du patrimoine professionnel lors du passage à la retraite se traduit souvent par une transformation en actifs financiers ou immobiliers. D’autre part, la réception d’héritages, plus fréquente à des âges avancés, vient alimenter le stock de capital financier. Enfin, la stabilisation des besoins de consommation permet une accumulation continue d’épargne liquide ou investie en fin de carrière professionnelle et durant la première partie de la retraite. Le taux d’épargne des retraités est, en France, supérieur à celui de l’ensemble de la population.

Une accumulation patrimoniale portée par le cycle de vie… mais transformée par les mutations économiques

Entre 1998 et 2021, le patrimoine brut moyen des ménages a été multiplié par 2,5 en euros courants. Cette progression spectaculaire s’est opérée en deux temps.

La première phase, de 1998 à 2010, correspond à un véritable âge d’or patrimonial. Le patrimoine a presque doublé, porté à plus de 70 % par la hausse des prix immobiliers. L’accès au crédit, la baisse des taux d’intérêt et la valorisation continue du foncier ont permis une accumulation rapide, particulièrement favorable aux générations aujourd’hui retraitées.

La seconde phase, de 2010 à 2021, marque un ralentissement : la progression n’est plus que de 20 % pour les retraités et 23 % pour les actifs. L’immobilier continue de jouer un rôle moteur, mais la dynamique s’essouffle, tandis que le patrimoine professionnel se stabilise, voire recule pour les retraités.

En 1998, le pic patrimonial était atteint vers 55 ans. En 2010, c’était à 60 ans. Maintenant, il se situe au-delà de 65 ans. La richesse ne décroît plus immédiatement après la retraite ; elle se maintient, voire continue de croître.

Le patrimoine financier continue d’augmenter jusqu’à environ 70 ans, avant de se stabiliser. L’immobilier, quant à lui, ne commence à diminuer qu’après 75 ans, âge auquel les dépenses liées à la dépendance deviennent significatives. Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs : la relative générosité du système de retraite, la prise en charge des dépenses de santé, la volonté de transmission et le report de l’âge des héritages. Elle traduit une transformation profonde du rapport à l’épargne : celle-ci n’est plus seulement un outil de consommation différée, mais un instrument de sécurisation et de transmission.

Des inégalités atténuées mais solidement ancrées

Si les retraités apparaissent globalement plus homogènes que les actifs, les inégalités patrimoniales demeurent importantes. Les 10 % les plus riches détiennent 42 % du patrimoine, contre 51 % chez les actifs, signe d’une concentration moindre mais toujours élevée. Le patrimoine médian des retraités s’établit à 217 900 euros, soit 1,3 fois celui des actifs (173 200 euros). En haut de la distribution, les écarts se resserrent. Les 10 % des retraités les plus riches disposent d’au moins 718 400 euros, un niveau légèrement inférieur à celui des actifs les plus aisés (751 800 euros).

Les déterminants sociaux : une cartographie des inégalités

Le patrimoine reste profondément structuré par la trajectoire professionnelle. Les anciens cadres et professions libérales disposent en moyenne de 630 000 euros, soit près du double de la moyenne des retraités. Leur patrimoine est plus diversifié, avec une part financière atteignant 30 %.

Les anciens indépendants présentent également des patrimoines élevés, souvent constitués autour de leur outil de travail. Leur patrimoine moyen avoisine 488 000 euros, avec une composante professionnelle encore significative (11 %).

À l’inverse, les anciens salariés non-cadres – employés et ouvriers – disposent de patrimoines plus modestes, fortement concentrés sur l’immobilier, qui représente jusqu’à 71 % de leur richesse.

La famille, matrice invisible du patrimoine

La structure familiale joue un rôle déterminant dans l’accumulation patrimoniale. Les couples retraités disposent en moyenne de 473 700 euros, contre 229 900 euros pour les personnes seules. Le patrimoine est ainsi divisé par deux en l’absence de vie conjugale, traduisant l’importance des économies d’échelle et de la double capacité d’épargne.

Le nombre d’enfants influe également sur la constitution du patrimoine. Les ménages ayant eu 2 enfants présentent les niveaux les plus élevés (363 500 euros en moyenne), tandis que ceux ayant 4 enfants ou plus voient leur patrimoine diminuer (289 300 euros), signe des contraintes budgétaires associées à la taille de la famille.

Les trajectoires diffèrent également selon le genre. Les femmes seules avec enfants disposent d’un patrimoine inférieur d’environ 20 % à celles sans enfant, illustrant les effets cumulatifs des inégalités professionnelles et familiales.

L’héritage, clé de voûte des dynamiques patrimoniales

Les ménages ayant reçu un héritage disposent d’un patrimoine moyen de 442 000 euros, contre 238 000 euros pour les autres, soit un écart de près du simple au double. Environ 30 % des individus ont hérité au cours de leur vie, proportion qui atteint 53 % après 70 ans. Parmi les 10 % les plus riches, 44 % ont reçu un héritage, et 62 % lorsqu’ils cumulent haut patrimoine et haut niveau de vie. Les donations, plus encore que les héritages, accentuent ces écarts : elles concernent 43 % des ménages les plus aisés, contre 18 % en moyenne.

Vers une société de l’héritage ?

Avec le vieillissement de la population, le nombre de décès est amené de s’accroître et avec lui celui des héritages. Cette évolution renforcera la concentration du capital et les inégalités. Les héritages intervenant de plus en plus tard ; ce sont des retraités qui bénéficieront du patrimoine de leurs parents. Le risque est que ce capital soit placé de manière peu dynamique ce qui ne favorisera pas la croissance de l’économie.

Les données statistiques de l’Assurance retraite pour 2025 : une mécanique démographique implacable !

En France, le système de retraite par répartition demeure l’un des piliers du modèle social. Chaque année, les statistiques de l’Assurance retraite offrent une radiographie précise de cette institution centrale. L’édition 2025 confirme une tendance lourde : le régime général continue de s’étendre sous l’effet conjuguEn France, le système de retraite par répartition demeure l’un des piliers du modèle social. Chaque année, les statistiques de l’Assurance retraite offrent une radiographie précise de cette institution centrale. L’édition 2025 confirme une tendance lourde : le régime général continue de s’étendre sous l’effet conjugué du vieillissement démographique, de l’arrivée progressive des générations du baby-boom à la retraite et de l’allongement de la durée de vie.

Les données publiées par l’Assurance retraite illustrent la transformation silencieuse mais profonde de la société française : une société où les retraités occupent désormais une place croissante, tant en nombre qu’en poids économique.

Une population de retraités toujours plus nombreuse

À la fin de l’année 2024, l’Assurance retraite verse une pension à près de 15,4 millions de retraités au titre du régime général. Ce chiffre, en augmentation régulière depuis plusieurs décennies, témoigne du basculement démographique engagé depuis le début des années 2000.

Dans les années 1980, le régime général comptait moins de dix millions de pensionnés. En l’espace de quarante ans, leur nombre a donc progressé de plus de 5 millions. Cette croissance résulte principalement de l’arrivée à l’âge de la retraite des générations nées après la Seconde Guerre mondiale, générations particulièrement nombreuses.

Si le rythme d’augmentation s’est légèrement atténué depuis quelques années, la tendance reste orientée à la hausse. La France poursuit ainsi sa transition vers une société vieillissante, caractérisée par un rapport de plus en plus étroit entre actifs cotisants et retraités bénéficiaires.

Un flux annuel de nouveaux retraités toujours élevé

En 2024, près de 652 000 nouvelles pensions personnelles ont été attribuées par le régime général. Ce flux d’entrées demeure élevé, même si la réforme des retraites de 2023, qui relève progressivement l’âge légal de départ à 64 ans, commence à produire ses effets.

Les départs en retraite ne sont toutefois pas uniquement déterminés par l’âge légal. Ils dépendent également des dispositifs de départ anticipé, notamment :

  • les carrières longues ;
  • les départs pour inaptitude ou invalidité;
  • les situations liées à la pénibilité.

Ces mécanismes contribuent à maintenir un flux de nouveaux retraités important malgré les réformes successives.

Ces mécanismes contribuent à maintenir un flux de nouveaux retraités important malgré les réformes paramétriques successives.

À ces nouvelles pensions personnelles s’ajoutent plus de 200 000 pensions de réversion, confirmant l’importance persistante de ce mécanisme de solidarité conjugale dans le système français.

L’âge de départ : un mouvement de remontée progressive

Les statistiques de l’Assurance retraite indiquent que l’âge moyen de départ à la retraite s’établit autour de 63,6 ans pour les nouveaux retraités du régime général.

Depuis le début des années 2000, cet âge moyen a progressivement augmenté. Il était proche de 61 ans au début de la décennie 2010. L’évolution résulte principalement des réformes successives qui ont relevé :

  • l’âge légal de départ ;
  • la durée d’assurance requise pour une retraite à taux plein.

Cette remontée reste cependant modérée. Elle témoigne de l’importance persistante des dispositifs permettant des départs anticipés, notamment pour les assurés ayant commencé à travailler très jeunes. L’âge moyen effectif demeure ainsi inférieur à l’âge légal qui atteindra progressivement

64 ans à l’horizon 2030

L’Assurance retraite souligne également l’élévation continue de l’âge moyen des pensionnés. Celui-ci atteint désormais plus de 75 ans. Cette progression reflète l’amélioration de l’espérance de vie observée depuis plusieurs décennies. Même si les gains de longévité ont ralenti depuis la crise sanitaire, les retraités vivent en moyenne plus longtemps et perçoivent donc leur pension sur une durée plus étendue. Ce phénomène a des implications financières majeures. Dans un système par répartition, l’allongement de la durée de retraite augmente mécaniquement la charge globale du système, sauf à relever l’âge de départ ou à augmenter les ressources.

Un système marqué par la féminisation

Les statistiques du régime général confirment la féminisation croissante de la population retraitée.

Cette transformation résulte de deux dynamiques :

  • l’allongement de l’espérance de vie des femmes, supérieure à celle des hommes ;
  • l’augmentation progressive de la participation féminine au marché du travail depuis les années 1970.

L’Assurance retraite, premier régime français

Le régime général demeure de très loin le principal régime de retraite en France. Il couvre l’immense majorité des salariés du secteur privé et constitue la base du système français.

Son rôle central s’explique par la structure même du marché du travail français. La majorité des actifs relève en effet du salariat privé, ce qui confère au régime général un poids démographique et financier considérable. À ce régime de base s’ajoutent les régimes complémentaires obligatoires, notamment l’Agirc-Arrco, qui complètent la pension versée par l’Assurance retraite.

Un système confronté à un défi structurel

Les chiffres de l’Assurance retraite publiés en 2025 confirment :

  • l’arrivée à la retraite des générations nombreuses du baby-boom ;
  • l’allongement de l’espérance de vie ;
  • la progression plus lente de la population active.

Dans les décennies à venir, le rapport entre cotisants et retraités continuera de se dégrader avec l’augmentation du nombre de retraités qui pour le régime général atteindra 19 millions en 2050.

Cercle de l’Épargne – données Assurance retraite

Suspension de la réforme des retraites : près de 2,2 millions de personnes concernées

La suspension partielle de la réforme des retraites introduit un ajustement non négligeable des paramètres d’âge pour les générations immédiatement situées à l’interface du basculement législatif. À compter du 1er septembre 2026, près de 2,2 millions d’assurés nés entre 1964 et 1968 seraient concernés. L’effet moyen est d’ampleur limitée – de l’ordre de 3 mois – mais son incidence agrégée est loin d’être marginale.

Le premier impact concerne le recalibrage du triptyque âge légal – durée d’assurance – taux plein. Pour la génération 1964, l’âge d’ouverture des droits serait ramené à 62 ans et 9 mois avec une durée d’assurance de 170 trimestres, contre 63 ans et 171 trimestres dans le dispositif antérieur. Le mouvement est similaire pour le début de la génération 1965 : les assurés nés entre janvier et mars pourraient liquider leurs droits à 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres, alors qu’ils relevaient initialement d’un âge de 63 ans et 3 mois avec 172 trimestres.

Pour les générations 1966 à 1968, l’ajustement est homogène : un décalage de 3 mois de l’âge légal, sans remise en cause de la trajectoire de convergence vers 64 ans. Les assurés nés à partir de 1969 demeurent, à ce stade, soumis au régime cible, soit 64 ans et 172 trimestres. La mesure s’apparente ainsi à une correction paramétrique ciblée, concentrée sur un segment restreint de la pyramide des âges.

Sur les 2,2 millions d’assurés concernés, environ 1,2 million pourraient avancer leur départ d’environ 3 mois. Pour près d’un million d’entre eux, l’effet ne se limite pas au calendrier ; il concerne également le niveau de pension. L’amélioration, modeste mais réelle, procède d’un mécanisme classique : abaissement de la durée d’assurance requise facilitant l’accès au taux plein, atténuation de la décote et, pour certains profils, déclenchement plus précoce de la surcote. À paramètres inchangés de salaire de référence, quelques trimestres peuvent produire un différentiel de pension non négligeable.

Le dispositif ne se limite pas aux assurés relevant du droit commun. Les bénéficiaires du mécanisme de retraite anticipée pour carrière longue sont également intégrés dans ce recalage. Les assurés nés entre 1964 et 1968 ayant validé 5 trimestres avant 20 ans (4 pour les naissances en fin d’année) voient leurs conditions d’ouverture des droits ajustées dans les mêmes proportions. Pour la génération 1964, l’âge de départ anticipé serait fixé à 60 ans et 3 mois avec 170 trimestres, contre 60 ans et 6 mois et 171 trimestres précédemment. Là encore, le gain est de 3 mois, mais il intervient sur des trajectoires de carrière longue où la sensibilité aux paramètres est élevée.

Au total, la mesure illustre un point récurrent du système français : la forte élasticité sociale et politique des paramètres d’âge. Un ajustement de quelques mois, circonscrit à 5 générations, affecte plus de 2 millions d’assurés et modifie, à la marge mais de manière tangible, les flux de départ et les niveaux de pension.

Ce type de correction met en évidence la nature profondément paramétrique du système de retraite. À défaut de réforme systémique, l’équilibre repose sur des ajustements successifs de l’âge, de la durée d’assurance et des modalités de calcul. Chaque modification, même limitée, agit comme un révélateur : celui d’un système où la frontière entre soutenabilité financière et acceptabilité sociale se joue souvent à quelques trimestres près.

Un accès facilité au dispositif de carrière longue

La loi introduit également un assouplissement du dispositif de départ anticipé pour carrière longue. Jusqu’à présent, les trimestres accordés au titre des enfants – 4 pour la naissance et 4 pour l’éducation – ne pouvaient pas être pris en compte pour remplir les conditions de durée d’assurance requises pour ce dispositif.

À compter du 1er septembre 2026, les mères pourront désormais intégrer jusqu’à 2 trimestres liés aux enfants dans le calcul de la durée d’assurance permettant d’accéder à ce mécanisme de départ anticipé. Cette évolution vise à limiter les effets défavorables des interruptions de carrière liées à la maternité dans l’accès aux dispositifs de retraite anticipée.

Selon les projections de l’Assurance retraite, cette modification pourrait permettre à environ 12 000 assurées supplémentaires chaque année de bénéficier du dispositif de départ anticipé pour carrière longue.

Ces ajustements illustrent la volonté des pouvoirs publics de réduire une partie des écarts de pension entre les femmes et les hommes, écarts qui demeurent importants en France en raison de différences persistantes de carrière, de rémunération et de durée d’activité. Même si les gains individuels restent mesurés, ces mesures constituent une tentative d’adaptation du système de retraite aux réalités des parcours professionnels contemporains.

Le plafond de la retraite de base relevé en 2026

Le montant maximal de pension est rarement au cœur des débats publics. Il est pourtant révélateur de la nature même du système français : un dispositif qui protège, mais qui borne ; qui assure, mais qui ne promet pas la reproduction des niveaux de vie les plus élevés.

Dans le régime général, la règle est simple et, en un sens, brutale : la pension de base est plafonnée à 50 % du plafond annuel de la Sécurité sociale. En 2026, avec un plafond mensuel fixé à 4 005 euros, le maximum théorique s’établit à 2 002,50 euros par mois, soit 24 030 euros par an. Ce plafond ne concerne que les pensions liquidées à partir de cette date et suppose une carrière complète au taux plein. En pratique, peu d’assurés l’atteignent.

Ce niveau, modéré au regard des standards de rémunération des cadres, n’est pas le fruit du hasard. Il traduit un choix ancien : celui de dissocier partiellement le montant de la retraite des revenus d’activité. Le régime de base n’a jamais eu vocation à être proportionnel à l’infini. Il s’arrête volontairement en chemin.

Ce plafonnement produit un effet immédiat sur les taux de remplacement. Pour un salarié rémunéré autour du plafond de la Sécurité sociale, la pension de base peut représenter près de la moitié du revenu antérieur. Pour un cadre percevant 2, trois ou 4 fois ce plafond, la proportion chute rapidement. Le système devient de moins en moins assurantiel à mesure que les revenus augmentent.

La retraite complémentaire, en particulier celle gérée par l’AGIRC-ARRCO, corrige en partie cette rupture. Elle introduit une relation plus étroite entre cotisations et droits, via un système de points. Mais là encore, la progression n’est pas illimitée. Les salaires pris en compte pour cotiser sont plafonnés à huit fois le plafond annuel de la Sécurité sociale. En 2026, cela correspond à 384 480 euros de revenus annuels. Au-delà, les cotisations n’ouvrent plus de droits nouveaux.

Il n’existe donc pas de plafond explicite de pension dans le régime complémentaire, mais une limite d’assiette qui produit un effet équivalent. Le rendement du système devient nul pour les très hauts revenus. Le message est clair : la retraite obligatoire a une borne, même si elle n’est pas toujours affichée.

L’articulation entre ces 2 mécanismes – plafond de prestation pour la base, plafond de cotisation pour la complémentaire – dessine une frontière. En deçà, le système fonctionne selon une logique contributive encadrée. Au-delà, il s’efface progressivement.

Cette frontière a des conséquences concrètes. Elle explique, en grande partie, le développement de l’épargne retraite individuelle et collective. Pour les cadres supérieurs et les dirigeants, le système obligatoire ne permet pas de maintenir le niveau de vie antérieur. Il impose de compléter par d’autres canaux – PER, assurance vie, dispositifs d’entreprise.

Le plafond joue ainsi un rôle de signal économique. Il oriente les comportements d’épargne sans passer par la contrainte. Il organise une complémentarité implicite entre répartition et capitalisation.

Sa revalorisation annuelle, indexée sur l’évolution des salaires, en modifie les contours à la marge. Après +1,6 % en 2025 et +2 % en 2026, le plafond progresse, mais sans rupture. La pension maximale de base suit ce mouvement, sans que cela change la logique d’ensemble : celle d’un système qui garantit un socle, mais qui n’accompagne pas indéfiniment la montée des revenus.

Au fond, le montant maximal de pension n’est pas seulement une donnée technique. C’est une ligne de partage. Il dit jusqu’où va la solidarité collective, et à partir de quel niveau elle laisse place à d’autres mécanismes. En France, cette ligne est basse en apparence, mais cohérente avec une tradition qui privilégie la redistribution à la stricte proportionnalité.

Comment retrouver son épargne perdue ?

En France, l’encours de l’épargne financière des ménages dépasse 6 000 milliards d’euros selon la Banque de France. Celle-ci est répartie entre une multitude de supports : livrets, comptes-titres, assurance vie, plans d’épargne entreprise, plans d’épargne en actions, plans d’épargne retraite, etc.

Cette profusion, fruit des évolutions successives du cadre législatif et fiscal, a son revers. Des épargnants peuvent oublier l’existence de certains produits, à l’occasion notamment de déménagements ou de changements d’employeur. De même, en raison d’informations incomplètes ou non actualisées, les bénéficiaires de contrats d’assurance vie peuvent être difficiles à identifier.

Plusieurs milliards d’euros seraient ainsi non réclamés ou en déshérence. Depuis une dizaine d’années, le législateur a renforcé les dispositifs visant à permettre à chacun de récupérer les sommes qui lui reviennent.

La loi Eckert : un cadre réglementaire pour l’épargne non réclamée

Jusqu’au début des années 2010, la gestion des avoirs non réclamés reposait largement sur les pratiques internes des établissements financiers. La loi Eckert du 13 juin 2014, entrée en vigueur le 1er janvier 2016, a instauré un cadre homogène pour ces avoirs.

Elle impose aux banques et aux assureurs :

  • d’identifier les comptes inactifs et les contrats non réclamés ;
  • de consulter régulièrement le RNIPP afin de détecter les décès ;
  • d’engager des démarches actives de recherche des titulaires ou des bénéficiaires.

Depuis son entrée en vigueur, les établissements sont tenus d’assurer un suivi effectif des comptes et contrats qu’ils gèrent. À ce titre, ils doivent :

  • vérifier si leurs clients sont en vie, notamment en croisant leurs fichiers avec le RNIPP de l’Insee ;
  • informer les titulaires, leurs représentants légaux ou ayants droit de l’inactivité des comptes ;
  • encadrer les frais appliqués ;
  • transférer les avoirs à la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) après un certain délai.

Ce délai est en principe de 10 ans à compter de la dernière opération ou manifestation du client. Pour les plans d’épargne logement, il est porté à 20 ans.

En cas de décès du titulaire d’un compte bancaire, ce délai est ramené à 3 ans. En revanche, pour les contrats d’assurance vie, le délai reste de 10 ans après la connaissance du décès.

Une fois les fonds transférés à la CDC, les titulaires ou leurs ayants droit disposent d’un délai de 20 ans pour les réclamer. Au-delà, soit 30 ans au total, les sommes sont définitivement acquises à l’État.

Le service AGIRA pour les contrats d’assurance vie non réclamés

L’Association pour la gestion des informations sur le risque en assurance (AGIRA) est une structure mise en place par le secteur de l’assurance afin de faciliter la recherche des bénéficiaires de contrats d’assurance vie. Elle est opérationnelle depuis le 1er mai 2006.

Toute personne — héritier, proche ou tiers — estimant pouvoir être bénéficiaire d’un contrat peut la saisir.

La demande, accompagnée d’un acte de décès, est transmise dans un délai de quinze jours à l’ensemble des assureurs, qui doivent vérifier l’existence éventuelle d’un contrat et, le cas échéant, contacter directement le bénéficiaire.

Dès lors que l’assureur a connaissance du décès et des coordonnées du bénéficiaire, il doit le prévenir dans un délai de quinze jours et procéder au versement des capitaux dans un délai d’un mois après réception des pièces nécessaires.

Après le décès, l’assureur conserve les fonds et doit activement rechercher les bénéficiaires. Si, au terme de dix ans, ceux-ci n’ont pas été identifiés ou ne se sont pas manifestés, les capitaux sont transférés à la Caisse des Dépôts et Consignations. Ce transfert marque un changement de nature : l’épargne quitte la sphère assurantielle pour relever d’une gestion publique conservatoire.

En l’absence de réclamation pendant vingt années supplémentaires, soit trente ans après le décès, les sommes deviennent définitivement acquises à l’État.

Ciclade : retrouver les sommes transférées à la Caisse des Dépôts des Consignations

Afin de faciliter la restitution des avoirs transférés, la Caisse des Dépôts a mis en place un service en ligne gratuit : Ciclade.

Ce service permet de rechercher les sommes issues :

  • des comptes bancaires inactifs ;
  • des livrets d’épargne,
  • de l’épargne salariale ;
  • et des contrats d’assurance vie non réclamés.

Selon les données publiées par la Caisse des Dépôts, le dispositif monte en puissance. En 2025, près de 200 000 dossiers ont donné lieu à une restitution positive, aboutissant à 174 000 paiements pour un total de 164,4 millions d’euros, en hausse de 8 % sur un an.

Le montant moyen restitué, proche de 943 euros, illustre la diversité des situations, du simple livret oublié à des contrats plus significatifs.

Depuis son lancement, Ciclade a permis de restituer plus d’un milliard d’euros. Dans le même temps, les établissements financiers continuent d’alimenter le dispositif : en 2025, ils ont transféré 671 millions d’euros correspondant à plus de 750 000 comptes.

Au total, près de 10 milliards d’euros ont été confiés à la Caisse des Dépôts depuis l’entrée en vigueur de la loi. Lorsque les fonds ne sont pas réclamés dans le délai de trente ans, ils sont définitivement reversés à l’État.

Les produits d’épargne retraite désormais intégrés

Le champ de la déshérence a été étendu aux produits d’épargne retraite. La loi du 26 février 2021 a introduit une obligation pour les gestionnaires de transmettre chaque année au GIP Union Retraite les informations nécessaires à l’identification des bénéficiaires.

Elle renforce également l’information des salariés lors de leur départ de l’entreprise, afin de limiter les situations de déshérence.

Sont concernés :

  • les anciens dispositifs (PERP, contrats article 83, PERCO) ;
  • ainsi que les plans d’épargne retraite (PER) issus de la loi Pacte.

Comme pour les autres produits, les fonds sont transférés à la Caisse des Dépôts après dix ans d’inactivité, puis peuvent être réclamés pendant vingt ans. Au terme de trente ans, ils deviennent définitivement propriété de l’État.

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