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« Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? »

Retraite 9 juillet 2019

 

L’édito de juillet de Jean-Pierre Thomas, Président du Cercle de l’Épargne

 

 

 

Les régimes de retraite seront à l’équilibre en 2056 ou en 2070. Cette prévision émane du dernier rapport du Conseil d’Orientation des Retraites (COR). J’ai beaucoup de respect pour les membres de cette vénérable institution qui a comme mission d’étudier la soutenabilité financière de nos régimes de retraite. Leurs prévisions reposent sur des évolutions projetées du taux de chômage, de la productivité du travail, du nombre d’actifs, de l’immigration ou de l’âge de départ à la retraite. Le retour à bonne fortune est conditionné par un grand nombre de paramètres qui depuis des années se jouent avec malice du talent de nos meilleurs prévisionnistes. En effet, force est de constater que le taux de chômage qui devait revenir rapidement à 7 voire à 4,5 %, fait depuis des années de la résistance au-delà de 8 %. De même, la croissance ou la productivité qui devrait se situer autour de 1,5 % par an, tend à se dérober année après année. Par ailleurs, le taux de fécondité lui aussi est moins vaillant qu’escompté. Il est passé de 2010 à 2018 de 2,03 à 1,87. Au niveau de l’immigration, le nombre d’entrées nettes serait passé de 100 000 à 58 000 par an entre le début du siècle et maintenant. Même en matière d’espérance de vie, les prévisions deviennent hasardeuses. Les gains auraient été divisés par deux depuis l’an 2000. Les marges d’erreur sont donc importantes. Cela n’interdit pas pour autant de tenter de revenir à l’équilibre dans les meilleurs délais afin de ne pas laisser une charge supplémentaire aux générations futures.

 

Un temps, l’idée était de préempter la contribution à la réduction de la dette sociale (CRDS) qui finance la Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale (CADES), en charge de remboursement de la dette sociale et dont l’extinction était espérée dans les prochaines années afin de financer le surcroît de dépenses liées à la montée en puissance de la dépendance. Or, une petite musique de nuit se fait entendre comme quoi la CADES pourrait bien poursuivre son activité en faveur de la Sécurité Sociale et des régimes de retraite bien au-delà de 2024, année qui aurait dû voir, selon l’actuel Gouvernement, sa disparition. Avec un déficit qui ne sera effacé qu’après 2056 ou 2070, comment pourrait-il en être autrement ? Le CRDS est une dépouille courtisée avant même que l’avis de son décès ne soit publié. C’est surtout un prélèvement qui connaît d’importants gains d’espérance de vie. Il devait s’éteindre initialement en 2014 et a été prorogé, tout comme la CADES.

 

L’intérêt d’un rapport du COR ne réside pas dans ses projections qui seront obligatoirement remises en cause par les aléas de la conjoncture ou qui peuvent subir les affres des influences politiques. II témoigne de la persistance, d’année en année, des mêmes questions. Comment améliorer le taux d’emploi des seniors ? Comment garantir un niveau de vie correct pour les retraités dans les prochaines années ? Comment mettre en place un système pérenne et efficient pour la dépendance ? Ces points simples qui transparaissent à la lecture des écrits du COR attendent toujours une réponse. Il n’est pas garanti que le futur régime universel résolve ces problèmes. En effet, les tergiversations sur la notion d’âge de départ à la retraite ou sur le traitement des mécanismes de solidarité prouvent qu’en matière de retraite la route n’est pas très droite même si la pente est forte pour paraphraser Jean-Pierre Raffarin.

À lire dans le Mensuel de juillet N°63

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