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Depuis le début du siècle, les ménages français ont bénéficié d’un enrichissement patrimonial considérable. Entre 1998 et 2021, leur patrimoine brut moyen a progressé de près de 90 % en euros constants, selon l’Insee. L’immobilier a constitué le principal moteur de cette augmentation, sous l’effet de la hausse des prix des logements et du foncier. Le patrimoine financier a également fortement augmenté, porté par l’accumulation de l’épargne et la valorisation des placements. Cet enrichissement, inégalement réparti, contraste avec la faiblesse de la croissance économique et les difficultés persistantes des finances publiques.
Depuis 1990, le patrimoine, qu’il soit financier ou immobilier, a connu, en France ainsi que dans la quasi-totalité des pays occidentaux, un puissant processus de valorisation qui trouve ses origines dans la baisse des taux d’intérêt et la financiarisation de l’économie. Il a été également porté par un important mouvement d’épargne. Selon l’Insee, le patrimoine net des ménages atteignait 15 505 milliards d’euros fin 2025, après déduction de leurs dettes. Les actifs non financiers représentaient 10 310 milliards d’euros et les actifs financiers 7 309 milliards d’euros. Selon l’enquête Patrimoine de l’Insee, entre 1998 et 2021, le patrimoine brut moyen des ménages a été multiplié par 2,5 en euros courants et par 1,9 en euros constants. En un peu plus de vingt ans, la richesse patrimoniale moyenne a ainsi progressé de près de 90 % en termes réels.
L’immobilier a été le premier moteur de cette augmentation. Entre 1998 et 2021, le patrimoine immobilier moyen des ménages a progressé de 181 % en valeur nominale. Sur cette période, la masse totale du patrimoine immobilier a augmenté de 233 %. Selon l’Insee, 80 % de cette hausse s’explique par le renchérissement des logements anciens, les constructions nouvelles ne contribuant que pour une part minoritaire à cette progression.
Le patrimoine financier a également connu une progression importante, mais selon une dynamique différente. Entre 1998 et 2021, sa valeur moyenne a augmenté de 110 % en euros courants. À la fin de 2025, les ménages détenaient 2 126 milliards d’euros sous forme de numéraire et de dépôts, 2 232 milliards en actions et parts de fonds d’investissement et 2 285 milliards sous forme de droits liés à l’assurance et à la retraite. Ces chiffres témoignent de la constitution progressive d’un patrimoine financier diversifié. Celui-ci s’est construit sur fond de ralentissement de la croissance. Le rendement annuel moyen du S&P 500, dividendes réinvestis, a dépassé 10 % depuis 1982, soit une progression bien supérieure à celle de l’économie mondiale et des salaires. L’augmentation de la valeur des actifs a été accentuée par les politiques monétaires des banques centrales menées après la crise des subprimes de 2008.
La baisse des taux directeurs et les rachats d’obligations ont favorisé une inflation des prix des actifs financiers comme immobiliers. Entre 2007 et 2022, le bilan de la Fed est passé de 900 à près de 9 000 milliards de dollars, tandis que celui de la BCE atteignait près de 8 800 milliards d’euros en 2022. Depuis, les deux banques centrales ont engagé une réduction de leur bilan. Cet accroissement sans précédent des liquidités a favorisé la valorisation de la pierre et des actions. Il s’est accompagné du développement de l’intermédiation financière non bancaire, dont les actifs représentaient près de 257 000 milliards de dollars fin 2024, soit plus de la moitié des actifs du système financier mondial.
Les facilités monétaires se sont accompagnées d’un fort mouvement d’endettement à l’échelle mondiale. Les États, dont les besoins de financement se sont accrus avec la succession de chocs – Covid, guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, vieillissement démographique, transition écologique –, ont eu recours au déficit, faute de pouvoir compter sur une croissance suffisante. Depuis 2022, les États entrent également en concurrence avec les entreprises du secteur de la haute technologie, dont les besoins en capitaux pour financer le développement de l’intelligence artificielle sont en forte croissance. Dans ce contexte, les taux d’intérêt à long terme connaissent une hausse importante et rapide.
Dans la zone euro, les rendements des obligations souveraines qui étaient, pour certains, proches de zéro en 2022, dépassent désormais 3 %. En France, en raison du niveau élevé de l’endettement et des incertitudes politiques, le taux des obligations d’État à dix ans a dépassé 5 % en octobre 2026, atteignant son plus haut niveau depuis 2002. Dans le même temps, l’inflation, qui avait été largement contenue durant les vingt premières années du siècle, a fait son grand retour à partir de 2022.
Pour le moment, les revenus des ménages ne suivent pas totalement l’inflation, conduisant certains d’entre eux à puiser dans leur épargne. Dans ce contexte, l’effet de levier lié à l’endettement s’atténue et le coût d’acquisition des biens immobiliers augmente, pénalisant ce type d’actifs. Les livrets, les dépôts à terme et les SICAV monétaires peuvent bénéficier de la hausse des taux, sous réserve que leur rémunération permette de compenser l’inflation.
Actuellement, le Livret A n’est guère compétitif en termes de rendement réel, car son taux de 1,7 % est inférieur à celui de l’inflation, qui atteignait 3,1 % en septembre 2026. Pour les fonds en euros de l’assurance vie, la situation est duale. D’un côté, les assureurs, en souscrivant de nouvelles obligations, peuvent améliorer progressivement le rendement moyen de leurs fonds ; de l’autre, le poids des anciennes obligations, moins rémunératrices, ralentit cette amélioration, tandis que la remontée des taux peut générer des moins-values latentes sur leurs portefeuilles obligataires.
Une hausse rapide des taux est généralement préjudiciable aux actions, car elle renchérit le coût du financement des entreprises et peut peser sur leur valorisation. Elle peut également s’accompagner d’un ralentissement de la croissance et d’une baisse des résultats. Actuellement, les marchés d’actions restent néanmoins dynamiques en raison de l’engouement pour l’intelligence artificielle et de la résilience des entreprises. Un ajustement n’est toutefois pas impossible, surtout si une récession s’installait en Europe.
Les prochaines années pourraient être marquées par des tensions inflationnistes et par le maintien de taux d’intérêt plus élevés que durant les deux décennies précédentes, ce qui devrait ralentir le processus de valorisation du capital. En outre, les revendications en faveur d’un partage de la valeur plus favorable aux salariés se multiplient. Pour dégager des revenus et préserver la valeur réelle de leur patrimoine, les épargnants devront ainsi être plus sélectifs et plus mobiles, en conservant toujours comme principe la diversification des risques. La nouvelle époque pourrait surtout se caractériser par un besoin de financement élevé faisant de l’épargnant la clé de voûte du système.
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