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Comment orienter l’épargne des Français vers l’investissement et le financement de la protection sociale ?

Dans un entretien accordé au Figaro, Philippe Crevel évoque les moyens pour optimiser son épargne.

PEL : «Faut-il conserver un vieux plan à 2,5% ou le transférer vers une assurance vie ?»

Depuis l’évolution du régime fiscal du PEL et baisse de sa rémunération, ce produit initialement destiné à se constituer un pécule en vue d’acquérir son logement est en perte de vitesse. Dans Capital, Philippe Crevel rappelle que ce produit peut toujours présenter un intérêt pour ses détenteurs. Face à l’assurance vie qui bénéficie d’un régime fiscal attractif après 8 années de détention, conserver son PEL peut s’avérer pertinent si l’épargne investie doit être débloquée avant l’expiration de ce délai. Il précise en revanche que passé 8 ans, l’assurance vie remporte le match, offrant des potentiels de rémunérations supérieurs et un régime fiscal avantageux.

Une collecte du livret A poussive en juin

Le Livret A a conclu le premier semestre avec une petite collecte lui permettant néanmoins de battre un nouveau record d’encours. Depuis le début de l’année, les Français maintiennent un effort important d’épargne tout en réduisant leurs versements sur leur Livret A. La baisse de la rémunération et l’augmentation du nombre de Livret A au plafond (15 % des titulaires concernés) expliquent le moindre engouement pour ce dernier.

Le Livret A : un encours record en juin

Après une décollecte de 200 millions d’euros au mois d’avril et une collecte de +1,22 milliard d’euros en mai, le Livret A enregistre, en juin, un résultat positif de 220 millions d’euros. Cette collecte est néanmoins inférieure à celle de 2024 (1,23 milliard d’euros) et à la moyenne de ces dix dernières années (873 millions d’euros).

En juin, depuis 2009, le premier produit d’épargne des ménages a connu quatre décollectes (2015 : -0,12 milliard d’euros ; 2014 : – 0,13 milliard d’euros ; 2010 : -0,15 milliard d’euros et 2009 : -1,39 milliard d’euros).

Le Livret A poursuit sa normalisation sur fond de baisse de son taux de rémunération. Sur le premier semestre 2025, la collecte atteint seulement 2,97 milliards d’euros contre 10,14 milliards d’euros sur la même période de 2024. Elle a été divisée par plus de trois en un an traduisant la fin d’une période de fortes collectes atypiques, le bon mois de mai étant en partie dû à des transferts en provenance de titulaires n’étant plus éligibles au Livret d’Epargne Populaire.

Le Livret A continue d’être ainsi affecté par la baisse de son taux de rémunération intervenue le 1er février dernier. Les ménages redéployent une partie de leur épargne de précaution vers des produits de long terme comme l’assurance vie, qui connaît un net rebond depuis le début de l’année. Cette normalisation n’est pas synonyme de crise de l’épargne réglementée, l’encours du Livret A battant un nouveau record à 445,5 milliard d’euros.

Le Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS) : un mois de juin moyen

Au mois de juin 2025, la collecte du LDDS s’est élevée à 280 millions d’euros, contre 590 millions d’euros en juin 2024. En moyenne au cours des dix dernières années, la collecte était de 305 millions d’euros. Depuis 2009, le LDDS a été en décollecte en juin à quatre reprises.  Au cours du premier semestre 2025, la collecte a atteint 3,06 milliards d’euros, contre 4,88 milliards d’euros sur la même période en 2024. L’encours du LDDS atteint en juin 2025, 163,6 milliards d’euros, un nouveau record.

Le LDDS est moins touché que le Livret A par la baisse de son taux de rémunération. Pour de nombreux ménages, il est associé aux comptes courants quand le Livret A est considéré comme un produit d’épargne.

Le Livret d’Épargne Populaire (LEP) : un mauvais premier semestre

Après deux décollectes, en avril et en mai, le LEP a renoué avec une collecte positive en juin, + 130 millions d’euros. En juin 2024, le LEP avait enregistré une collecte positive de 570 millions d’euros.

Les décollectes d’avril et de mai étaient en grande partie liées aux opérations de contrôle d’éligibilité. La collecte du mois de juin est conforme à celle du début d’année. Sur le premier semestre, le LEP est en décollecte de 2,42 milliards d’euros quand il avait enregistré une collecte positive de 4,52 milliards d’euros sur la même période en 2024. Avec les revalorisations de salaires intervenues en 2024, en lien avec l’inflation, de nombreux titulaires ont été contraints en avril et en mai de se défaire de leur LEP. L’encours du LEP s’élevait, fin juin, à 79,8 milliards d’euros à trois milliards de son record établi en mars dernier.

Pour le second semestre : effet taux et effet dépenses

Le taux du Livret A et du LDDS passera de 2,4 à 1,7 % le 1er août prochain et celui du LEP de 3,5 à 2,7 %. En un an, le taux du Livret A aura perdu 1,3 point. Même si son rendement réel reste positif, la baisse du taux nominal devrait accroître le recul de la collecte d’autant plus que traditionnellement le second semestre est plus dépensier qu’épargnant. Celui-ci est, en effet, marqué par une série de dépenses, vacances, rentrée scolaire et fêtes de fin d’année. Les décollectes y sont plus fréquentes que lors du premier semestre. Avec l’effet taux, la probabilité de leur survenue augmente… 

Où en est l’épargne des Français ?

Philippe Crevel était invité de Kevin Dufrêche dans la matinale de France Inter à commenter la baisse du taux du Livret A au 1er août.

Sur le plateau, il est revenu avec Olivier Garnier, chef économiste de la banque de France, et Guénaelle Gault, directrice Générale de l’Obsoco sur les objectifs du gouvernement à travers cette décision ainsi que sur les comportement d’épargne des Français.

Épargne populaire : un rapport critique

Les députés Jean-Philippe Tanguy et François Jolivet ont présenté au mois de mai dernier leur rapport sur « la rémunération de l’épargne populaire et des classes moyennes ». Les deux parlementaires sont critiques tant sur les produits et sur la réglementation en vigueur. Ils proposent une rationalisation de l’épargne afin de permettre aux épargnants modestes et intermédiaires d’accéder à des placements plus rémunérateurs.

Un patrimoine important mais mal orienté

Selon les auteurs du rapport, l’épargne financière des Français, plus de 6 000 milliards d’euros, demeure marquée par une aversion au risque et un attachement historique aux produits réglementés : livret A, LDDS, LEP, PEL… En 2024, ces produits représentaient près de 950 milliards d’euros, soit 15 % du patrimoine financier des ménages, contre plus de 2 000 milliards pour l’assurance vie.

La détention de livrets d’épargne est quasiment universelle, mais leur rendement, une fois l’inflation intégrée, est faible, voire négatif. Le livret A, par exemple, a connu un rendement réel inférieur à 0 % de 2016 à 2024. Un épargnant y ayant placé 1 000 euros en 2003 aurait à peine 1 400 euros en 2023, contre 2 700 euros s’il avait investi sur un indice boursier type CAC40.

Le LEP, pourtant rémunéré à 6 % en 2023, puis abaissé à 3,5 % en 2025, est faiblement diffusé. Seulement 11,8 millions de livrets ont souscrit ce produit quand 19,5 millions de Français sont éligibles. Ce non-recours révèle à la fois un défaut d’information, une offre bancaire passive et une faible incitation institutionnelle. Il est également imputable aux faibles capacités d’épargne des populations concernées.

L’assurance vie injustement critiquée

Produit favori des ménages français, l’assurance vie est mise en cause pour son rendement médiocre, notamment sur les unités de compte, qui ont accusé une perte moyenne de 8 % entre 1999 et 2021. Quant aux rendements des fonds en euros, après une forte baisse à la fin des années 2010 et au début des années 2020, ils ont, longtemps, plafonné à 1,3 %, avant d’enregistrer un rebond à 2,6 % en 2024, encore inférieur à l’inflation cumulée sur trois ans.

Les rapporteurs dénoncent des promesses de rendement parfois trompeuses. Ils indiquent que les ETF ont enregistré des progressions plus élevées. Ils oublient que les fonds euros bénéficient d’une garantie en capital qui a un prix et un coût.

Les rapporteurs, de manière un peu caricaturale, indiquent que le principal avantage de l’assurance vie réside aujourd’hui dans sa fiscalité et non dans sa performance intrinsèque. Or, en 2024, le rendement moyen des fonds euros a été de 2,6 % et celui des unités de compte de 4,6 %.

L’épargnant moyen face à un système discriminant

Pour les rapporteurs, les épargnants modestes et moyens seraient sciemment maltraités en étant orientés vers des produits garantis, liquides, peu risqués… et donc peu rémunérateurs. Cette orientation, loin de traduire uniquement une préférence des ménages, résulte aussi de biais dans le conseil, du poids des frais, et d’un déficit d’éducation financière.

Par contraste, les ménages les plus aisés accèdent à une palette de placements (private equity, immobilier géré, etc.) à rendement espéré plus élevé et volatilité maîtrisée sur le long terme, notamment via des intermédiaires spécialisés. Le capital n’est donc pas égalitaire ; il est socialement distribué selon la capacité d’accès à l’information et au conseil.

Pour une simplification de l’épargne en France

À juste titre, les rapporteurs soulignent le caractère illisible du paysage de l’épargne en France avec un foisonnement de produits réglementés :  livret A, LDDS, LEP, PEL, CEL, livret jeune, LEE… Le rapport prône la simplification de l’épargne réglementée à travers :

  • une unification des régimes fiscaux et des plafonds ;
  • la suppression des produits obsolètes (comme le livret d’épargne entreprise) ;
  • l’ajustement des règles du livret jeune, aujourd’hui déconnecté des besoins de son public.

Le PEL, quant à lui, est pointé du doigt pour son incohérence intergénérationnelle : un plan ouvert en 2009 peut offrir un rendement supérieur à 4 %, exonéré d’impôts, tandis qu’un plan de 2025 plafonne à 1,75 % brut et subit le PFU à 30 %.

Vers une démocratisation du rendement

Le rapport plaide pour une démocratisation raisonnée de l’accès aux actifs performants : fonds indiciels, capital-investissement, gestion passive à bas coût. Il insiste également sur la formation financière, condition nécessaire pour combler les inégalités patrimoniales à long terme. La France accuse ici un retard structurel, malgré les exigences légales de conseil, souvent inopérantes.

Ce rapport, comme d’autres précédemment, pose la question de l’orientation de l’épargne des ménages. Il met en évidence la surreprésentation de l’épargne de court terme mal rémunérée. Or, celle-ci répond en grande partie aux objectifs des ménages. Ces derniers souhaitent disposer d’une épargne liquide et sûre. Ils sont plus avertis qu’il n’y paraît. Ils ont ainsi, lors de la hausse du taux de rendement du Livret A entre 2022 et 2023, privilégié ce placement. Ils ont également opté alors pour les dépôts à terme qui pendant une vingtaine d’années avaient été complètement délaissés. Contrairement aux idées reçues, les épargnants français sont matures et n’entendent pas être instrumentalisés.

Légère baisse de la rémunération des livrets ordinaires

En octobre 2024, la rémunération des dépôts des ménages reste, selon la Banque de France stable à 1,86 %, tandis que celle des sociétés non financières (SNF) se replie de 6 points de base à 1,87 %. Si la baisse du taux des dépôts à vue se poursuit, la rémunération de l’encours des comptes à terme augmente légèrement dans la plupart des catégories, notamment pour les maturités les plus longues (cf. tableau ci-dessous). La rémunération des livrets d’épargne ordinaire des particuliers revient, en octobre, à 0,92 % contre 0,93 % en septembre.

La rémunération moyenne des encours de dépôts bancaires reste supérieure à celle d’octobre 2023, de 7 points de base pour les ménages et de 19 points de base pour les SNF.

Taux moyens de rémunération des encours de dépôts bancaires, en % et CVS (a)

Encours (Md€)Taux de rémunération
oct- 2024 (p)oct- 2023août- 2024sept- 2024 (r)oct- 2024 (p)
Dépôts bancaires (b)3 0841,731,871,861,85
dont Ménages1 8731,791,871,861,86
– dépôts à vue5520,060,070,070,06
– comptes à terme <= 2 ans (c)873,403,643,483,54
– comptes à terme > 2 ans (c)971,702,362,382,40
– livrets à taux réglementés (d)6943,253,063,063,07
dont : livret A3913,003,003,003,00
– livrets ordinaires2190,800,940,930,92
– plan d’épargne-logement2242,602,622,632,63
dont SNF8451,681,991,931,87
– dépôts à vue5100,670,790,780,72
– comptes à terme <= 2 ans (c)2643,433,923,713,61
– comptes à terme > 2 ans (c)713,013,663,563,61
Pour mémoire :
Taux de soumission minimal aux appels d’offres Eurosystème4,504,253,653,40
Euribor 3 mois (e)3,973,553,433,17
Rendement du TEC 2 ans (e), (f)3,292,622,432,35
Rendement du TEC 5 ans (e), (f)3,152,632,532,57

Données Banque de France

Note : En raison des arrondis, la somme peut légèrement différer du total des composantes

a. Les taux d’intérêt présentés ici sont des taux apparents calculés en rapportant les flux d’intérêts courus des mois sous revue à la moyenne mensuelle des encours correspondants. Pour les différents types de dépôts, y compris ceux dont la rémunération est progressive, ils correspondent à la moyenne des conditions pratiquées lors du mois sous revue par les établissements de crédit français sur les dépôts des sociétés et des ménages (y compris institutions sans but lucratif au service des ménages) résidents.
b. Outre les dépôts des ménages et des SNF, le taux de rémunération global intègre la rémunération des dépôts des autres secteurs détenteurs de monnaie (APU hors administration centrale, sociétés d’assurance, OPC non monétaires, entreprises d’investissement et organismes de titrisation)
c. Y compris les bons de caisse, autres comptes d’épargne à régime spécial, plans d’épargne populaire et emprunts subordonnés
d. Les livrets à taux réglementés comprennent les livrets A, livrets bleu, livrets de développement durable, comptes épargne-logement, livrets jeunes et livrets d’épargne populaire.
e. Moyenne mensuelle.
f. Taux de l’Échéance Constante 2 ans et 5 ans. Source : Comité de Normalisation Obligataire.
r. Données révisées.
p. Données provisoires.

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