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La suspension partielle de la réforme des retraites introduit un ajustement non négligeable des paramètres d’âge pour les générations immédiatement situées à l’interface du basculement législatif. À compter du 1er septembre 2026, près de 2,2 millions d’assurés nés entre 1964 et 1968 seraient concernés. L’effet moyen est d’ampleur limitée – de l’ordre de 3 mois – mais son incidence agrégée est loin d’être marginale.
Le premier impact concerne le recalibrage du triptyque âge légal – durée d’assurance – taux plein. Pour la génération 1964, l’âge d’ouverture des droits serait ramené à 62 ans et 9 mois avec une durée d’assurance de 170 trimestres, contre 63 ans et 171 trimestres dans le dispositif antérieur. Le mouvement est similaire pour le début de la génération 1965 : les assurés nés entre janvier et mars pourraient liquider leurs droits à 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres, alors qu’ils relevaient initialement d’un âge de 63 ans et 3 mois avec 172 trimestres.
Pour les générations 1966 à 1968, l’ajustement est homogène : un décalage de 3 mois de l’âge légal, sans remise en cause de la trajectoire de convergence vers 64 ans. Les assurés nés à partir de 1969 demeurent, à ce stade, soumis au régime cible, soit 64 ans et 172 trimestres. La mesure s’apparente ainsi à une correction paramétrique ciblée, concentrée sur un segment restreint de la pyramide des âges.
Sur les 2,2 millions d’assurés concernés, environ 1,2 million pourraient avancer leur départ d’environ 3 mois. Pour près d’un million d’entre eux, l’effet ne se limite pas au calendrier ; il concerne également le niveau de pension. L’amélioration, modeste mais réelle, procède d’un mécanisme classique : abaissement de la durée d’assurance requise facilitant l’accès au taux plein, atténuation de la décote et, pour certains profils, déclenchement plus précoce de la surcote. À paramètres inchangés de salaire de référence, quelques trimestres peuvent produire un différentiel de pension non négligeable.
Le dispositif ne se limite pas aux assurés relevant du droit commun. Les bénéficiaires du mécanisme de retraite anticipée pour carrière longue sont également intégrés dans ce recalage. Les assurés nés entre 1964 et 1968 ayant validé 5 trimestres avant 20 ans (4 pour les naissances en fin d’année) voient leurs conditions d’ouverture des droits ajustées dans les mêmes proportions. Pour la génération 1964, l’âge de départ anticipé serait fixé à 60 ans et 3 mois avec 170 trimestres, contre 60 ans et 6 mois et 171 trimestres précédemment. Là encore, le gain est de 3 mois, mais il intervient sur des trajectoires de carrière longue où la sensibilité aux paramètres est élevée.
Au total, la mesure illustre un point récurrent du système français : la forte élasticité sociale et politique des paramètres d’âge. Un ajustement de quelques mois, circonscrit à 5 générations, affecte plus de 2 millions d’assurés et modifie, à la marge mais de manière tangible, les flux de départ et les niveaux de pension.
Ce type de correction met en évidence la nature profondément paramétrique du système de retraite. À défaut de réforme systémique, l’équilibre repose sur des ajustements successifs de l’âge, de la durée d’assurance et des modalités de calcul. Chaque modification, même limitée, agit comme un révélateur : celui d’un système où la frontière entre soutenabilité financière et acceptabilité sociale se joue souvent à quelques trimestres près.
La loi introduit également un assouplissement du dispositif de départ anticipé pour carrière longue. Jusqu’à présent, les trimestres accordés au titre des enfants – 4 pour la naissance et 4 pour l’éducation – ne pouvaient pas être pris en compte pour remplir les conditions de durée d’assurance requises pour ce dispositif.
À compter du 1er septembre 2026, les mères pourront désormais intégrer jusqu’à 2 trimestres liés aux enfants dans le calcul de la durée d’assurance permettant d’accéder à ce mécanisme de départ anticipé. Cette évolution vise à limiter les effets défavorables des interruptions de carrière liées à la maternité dans l’accès aux dispositifs de retraite anticipée.
Selon les projections de l’Assurance retraite, cette modification pourrait permettre à environ 12 000 assurées supplémentaires chaque année de bénéficier du dispositif de départ anticipé pour carrière longue.
Ces ajustements illustrent la volonté des pouvoirs publics de réduire une partie des écarts de pension entre les femmes et les hommes, écarts qui demeurent importants en France en raison de différences persistantes de carrière, de rémunération et de durée d’activité. Même si les gains individuels restent mesurés, ces mesures constituent une tentative d’adaptation du système de retraite aux réalités des parcours professionnels contemporains.
L’INSEE l’a annoncé dès le mois de janvier, le taux de fécondité continue de diminuer. De leur côté, les gains de productivité sont faibles depuis 2017. Or, ces deux facteurs interviennent dans les évaluations que réalisent chaque année le Conseil d’Orientation des Retraites. Son prochain rapport qui sera présenté au mois de juin devrait donner lieu à d’importantes révisions.
Plusieurs rapports ont ces derniers mois alerté les pouvoirs publics sur une possible nouvelle dérive des comptes de l’assurance retraite. La Cour des comptes évoquait un déficit supérieur à 6 milliards d’euros en 2030, proche de 15 milliards en 2035 et de l’ordre de 30 milliards en 2045. Le COR, l’année dernière, avait déjà souligné les risques d’une trajectoire des comptes retraite plus dégradée que prévu. Ces estimations reposaient toutefois sur un cadre démographique relativement stabilisé, construit à partir des projections de l’INSEE de 2021. Celles-ci retenaient un taux de fécondité de 1,8 enfant par femme. Une hypothèse prudente, mais encore compatible avec un renouvellement partiel des générations. Or, depuis, le taux de fécondité est passé à 1,56 enfant par femme. Les décès sont désormais supérieurs aux naissances. Le solde naturel est devenu négatif. Moins de naissances aujourd’hui signifie, mécaniquement, moins d’actifs demain. Si en plus l’immigration se réduit, les recettes des régimes de retraite diminueront quand dans le même temps le montant des pensions augmentera, le nombre de retraités devant passer de 17 à 23 millions d’ici 2070.
Les effets d’une chute récente de la natalité ne se feront certes pleinement sentir que dans deux ou trois décennies mais à terme, le rééquilibrage des régimes de retraite au-delà de 2050 sera plus compliqué d’autant plus que la croissance potentielle sera faible. Celle-ci dépend essentiellement de l’évolution de la population active et des gains de productivité. Or, ces deux moteurs sont en panne.
Jusqu’à maintenant, la population active augmente grâce à l’apport migratoire. Les scénarios du COR reposaient jusqu’ici sur un solde migratoire annuel de 80 000 personnes, avec une cible de 70 000. Or la réalité observée entre 2018 et 2022 fait apparaître un solde moyen de 186 000 personnes par an. Mais, de plus en plus de personnes sont opposées au maintien d’un tel flux migratoire. S’il vient à disparaître, la croissance potentielle passera en dessous de 1 %.
À ce choc démographique s’ajoute une dimension budgétaire. La suspension de la réforme des retraites de 2023, actée dans le dernier budget de la Sécurité sociale, représente un coût d’un peu moins de 2 milliards d’euros en année pleine. Sur la durée, l’impact cumulé avoisinerait 10 milliards d’euros. En 2027, après l’élection présidentielle, la question de la poursuite de la réforme se posera quel que soit le candidat élu.
Les projections que le COR publiera en juin seront attendues. Elles serviront de référence aux partenaires sociaux et alimenteront la campagne présidentielle. Des projections avec des déficits élevés seront également interprétées par les investisseurs au moment où la France peine à contenir sa dette publique. La dégradation des hypothèses démographiques réduit les marges de manœuvre. Si la population active progresse moins vite qu’anticipé, la croissance potentielle ralentit. Moins de croissance signifie moins de recettes sociales. L’ajustement devient plus exigeant.
En 2026, une nouvelle génération pourra potentiellement partir à la retraite, celle née en 1963 pour laquelle l’âge légal est fixé à 62 ans et 9 mois. Certains de ceux nés en 1963 pourront partir d’ici la fin de l’année 2025, ce sont ceux nés entre le 1er janvier et le 1er mars 1963. Les personnes nées après le 1er mars ne pourront partir qu’en 2026 selon le calendrier mentionné ci-dessous.
| Mois de naissance en 1963 | Date de départ à la retraite possible |
| Du 2 mars au 1er avril inclus | Le 1er janvier 2026 |
| Du 2 avril au 1er mai inclus | Le 1er février 2026 |
| Du 2 mai au 1er juin inclus | Le 1er mars 2026 |
| Du 2 juin au 1er juillet inclus | Le 1er avril 2026 |
| Du 2 juillet au 1er août inclus | Le 1er mai 2026 |
| Du 2 août au 1er septembre inclus | Le 1er juin 2026 |
| Du 2 septembre au 1er octobre inclus | Le 1er juillet 2026 |
| Du 2 octobre au 1er novembre inclus | Le 1er août 2026 |
| Du 2 novembre au 1er décembre inclus | Le 1er septembre 2026 |
| Du 2 décembre au 31 décembre inclus | Le 1er octobre 2026 |
Pour les personnes nées en 1964, il faudra attendre 2027, car l’âge légal pour cette génération est fixé à 63 ans.
Si les actifs ont la possibilité de prendre leur retraite à compter de l’atteinte de l’âge légal, cela ne signifie pas pour autant qu’ils toucheront leur retraite à taux plein. Pour cela, ils doivent justifier d’un nombre suffisant de trimestres cotisés validés.
Durée de cotisation nécessaire pour obtenir une retraite à taux plein
| Année de naissance | Nombre de trimestres nécessaires pour obtenir le taux plein |
| 1960 | 167 |
| Entre le 1er janvier et le 31 août 1961 | 168 |
| Entre le 1er septembre et le 31 décembre 1961 | 169 |
| 1962 | 169 |
| 1963 | 170 |
| 1964 | 171 |
| À partir de 1965 | 172 |
Ce n’est qu’à 67 ans que la retraite est accordée à taux plein sans référence à la durée de cotisation. En 2026, c’est la génération née en 1959 qui pourra toucher automatiquement une retraite à taux plein.
Les personnes ayant commencé à travailler jeunes, peuvent, sous certaines conditions, partir à la retraite avant l’âge légal avec le taux plein.
Dispositif carrière longue
| Âge de début d’activité | Âge minimum de départ à la retraite |
| Avant 16 ans | 58 ans |
| Avant 18 ans | 60 ans |
| Avant 20 ans | Entre 60 et 62 ans |
| Avant 21 ans | 63 ans |
Les personnes nées en 1968 et qui ont travaillé 5 trimestres avant la fin de l’année civile de leur 16e anniversaire (ou 4 trimestres pour celles nées au 4e trimestre), peuvent partir en retraite en 2026 à 58 ans. Celles qui sont nées avant 1968 et qui entrent dans le cas de la carrière longue avec un début d’activité avant 16 ans pourront partir quand elles le souhaitent étant donné qu’en 2026 elles auront déjà 58 ans ou plus. Pour toucher une retraite à taux plein, elles devront avoir cotisé 172 trimestres.
Les personnes nées en 1966 peuvent prétendre à une retraite dès 60 ans en 2026, si elles ont commencé à travailler avant 18 ans (validation de 5 ou 4 trimestres). Il leur faudra 172 trimestres pour percevoir une retraite à taux plein.
Pour les personnes ayant commencé à travailler avant 20 ans, en fonction de leur date de naissance, elles peuvent cesser leur activité entre 60 et 62 ans. La borne d’âge est relevée progressivement de trois mois pour toutes les générations nées à partir de l’année 1963. Ainsi, les actifs nés en 1963 qui ont commencé à travailler avant 20 ans peuvent prendre leur retraite à partir de 60 ans et 3 mois. Ils ont ainsi pu cesser leur activité dès le courant de l’année 2023.
En 2026, les personnes nées après le 2 mars 1965 sont concernées pour un départ en retraite pour une carrière commencée avant 20 ans. En effet, pour la génération 1965, le départ anticipé est possible à compter de 60 ans et 9 mois, âge atteint le 2 décembre 2025. Comme la retraite peut être prise le mois suivant cette borne d’âge, dans l’exemple présenté, il s’agira du 1er janvier 2026. Toute la génération née en 1965 pourra donc prendre sa retraite pour carrière longue en 2026 car elle aura atteint, voire dépassé, les 60 ans et 9 mois. Pour toucher une retraite à taux plein, les personnes éligibles devront avoir acquis au moins 172 trimestres. Pour celles nées en 1966, la borne d’âge pour un départ en retraite anticipé est fixée à 61 ans. Elles devront donc attendre 2027 pour pouvoir partir à la retraite.
En 2026, aucun nouveau retraité ne sera concerné par un départ anticipé à 63 ans, en cas de début de carrière avant 21 ans. En effet, l’âge légal, sans condition spécifique est fixé à 63 ans pour la génération née en 1964, dont les premières cohortes cesseront leur activité en 2027. Il faudra attendre la génération née en 1965 et donc 2028 pour voir cette mesure effective. L’âge légal passant à 63 ans et 3 mois, ceux qui auront commencé à travailler avant 21 ans pourront partir 3 mois plus tôt.
Les personnes atteintes d’un handicap pourront bénéficier d’un départ anticipé sous réserve d’avoir validé un certain nombre de trimestres et d’avoir un taux d’incapacité permanente au moins égal à 50 %. Si ces conditions sont remplies, la pension est calculée au taux plein.
Nouveaux concernés par un départ en retraite pour handicap en 2026
| Année de naissance | Âge possible de départ à la retraite | Nombre de trimestres cotisés exigés |
| 1967 | 59 ans | 70 |
| 1968 | 58 ans | 80 |
| 1969 | 57 ans | 90 |
| 1970 | 56 ans | 101 |
| 1971 | 55 ans | 111 |
Les personnes justifiant une incapacité permanente au moins égale à 20 %, due à une maladie professionnelle ou un accident du travail, et ayant cotisé au régime général, peuvent partir dès 60 ans avec une retraite à taux plein. En 2026, sera donc concernée la génération née en 1966.
Les personnes dont le taux d’incapacité permanente se situe entre 10 et 20 %, peuvent partir avec une retraite à taux plein deux ans avant l’âge légal. Ainsi, en 2026, la principale génération concernée par cette possibilité de départ sera celle née en 1965. L’âge légal étant de 63 ans et 3 mois, les personnes nées cette année-là pourront partir en 2026 à 61 ans et 3 mois.
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