Accueil >
Au début de l’année 2024, 41 % des ménages français ont, selon l’INSEE, déjà reçu un héritage au cours de leur vie. En France comme dans les autres pays occidentaux, la transmission joue un rôle croissant dans la formation des patrimoines. Compte tenu de la concentration du capital, la transmission contribue à la montée des inégalités patrimoniales.
En France, le patrimoine brut moyen des ménages s’établit à 374 900 euros, mais atteint 515 400 euros pour ceux ayant déjà hérité. Les valeurs médianes respectives sont 205 100 euros et 306 600 euros. Ce phénomène de divergence devrait s’accentuer. Le flux annuel des transmissions (successions et donations) représente aujourd’hui entre 13 % et 15 % du PIB en France, contre moins de 5 % dans les années 1950 selon les estimations issues des travaux de Thomas Piketty. Cette progression résulte de la combinaison de trois facteurs : l’accumulation passée de capital, la hausse du prix des actifs – en particulier immobiliers – et le vieillissement démographique.
L’héritage agit comme un multiplicateur d’inégalités patrimoniales. La probabilité d’avoir hérité est fortement corrélée au niveau de patrimoine, ce qui traduit un phénomène de reproduction cumulative. Les ménages les mieux dotés sont à la fois ceux qui héritent le plus et ceux qui transmettent le plus, dans des montants plus élevés.
La temporalité des transmissions constitue un élément déterminant du processus d’accumulation. Les héritages interviennent majoritairement à un âge avancé, souvent au-delà de 55 ou 60 ans. D’un point de vue économique, ce décalage réduit leur efficacité allocative. Le capital transmis vient principalement consolider des patrimoines existants plutôt que de financer des investissements initiaux. Il contribue davantage à la gestion de la fin de cycle patrimonial qu’à l’entrée dans le patrimoine.
Les donations permettent de transmettre un patrimoine plus tôt, ce qui est susceptible d’avoir des effets sur son allocation. Les données montrent que les ménages ayant reçu une donation disposent d’un patrimoine moyen nettement supérieur, de l’ordre de 700 000 euros. Néanmoins, seuls 20 % des ménages déclarent avoir bénéficié d’une donation et à peine 7 % en avoir consenti une. Ce différentiel souligne une sous-utilisation relative des mécanismes de transmission anticipée. Il traduit des contraintes comportementales.
Au-delà des transmissions formelles, les flux intrafamiliaux jouent un rôle économique non négligeable. Les aides financières aux enfants – qu’elles soient ponctuelles ou régulières – interviennent comme des quasi-transferts en capital, en particulier lors des phases d’investissement (études, logement, installation professionnelle). Ces flux, souvent non enregistrés comme du patrimoine, contribuent néanmoins directement à la formation du capital des générations suivantes et à la réduction des contraintes d’accès aux actifs.

Dans les 15 prochaines années, un basculement silencieux se produira en France avec la montée en âge des générations du baby-boom, nées entre 1945 et 1965, qui détiennent aujourd’hui plus de la moitié du patrimoine des ménages. Avec leur disparition progressive, une vaste rotation patrimoniale s’opérera, entraînant de nombreuses conséquences économiques, financières et sociologiques. D’ici 2040, plusieurs milliers de milliards d’euros d’actifs — logements, contrats d’assurance vie, entreprises familiales — changeront de mains.
contact@cercledelepargne.com