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L’épargne salariale représente 230 milliards d’euros d’encours en 2025 et 13 millions de salariés bénéficiaires. Elle a pour objectif d’associer le salarié à la performance de l’entreprise et de l’inscrire dans une logique d’épargne de long terme, permettant ainsi le financement des entreprises. Régulièrement, les pouvoirs publics mettent en place des déblocages exceptionnels afin de relancer la consommation. Les dernières expériences en la matière ont été décevantes, ce qui n’empêche pas qu’une nouvelle proposition de loi soit en cours de discussion.
Les sommes issues de l’intéressement, de la participation, des primes de partage de la valeur et des abondements, versées sur un Plan d’Épargne Entreprise (PEE), sont en principe bloquées pendant cinq ans.
Le législateur a néanmoins prévu des cas de déblocage anticipé permettant aux salariés de récupérer leur épargne sans pénalité fiscale. Initialement, ces sorties anticipées concernaient des événements de la vie (décès, invalidité, perte d’emploi, mariage, divorce, création ou reprise d’entreprise, surendettement). Elles ont été étendues à l’acquisition ou à la rénovation de la résidence principale, à l’achat d’un véhicule propre ou à l’activité de proche aidant.
Par ailleurs, les pouvoirs publics instituent régulièrement des périodes de déblocage exceptionnel. Celles-ci sont généralement liées à des difficultés de pouvoir d’achat provoquées par la survenue d’une crise ou d’un choc (crise financière, Covid, guerre en Ukraine, etc.).
Depuis le début du siècle, quatre déblocages exceptionnels ont été opérés, avec des résultats toujours plus faibles :
Ces déblocages ne servent que marginalement la consommation. En 2004, à peine 1,5 milliard d’euros, soit environ 20 %, a été effectivement consommé. Le reste a été réalloué vers d’autres formes d’épargne ou conservé sous forme de liquidités. Ce constat n’a jamais été démenti depuis. Pour les derniers cas de déblocage, les pouvoirs publics les ont conditionnés à la présentation de preuves d’achat, mais cela n’empêche pas les ménages d’accroître leur effort d’épargne par ailleurs. Les déblocages génèrent avant tout des effets d’aubaine. Les ménages qui débloquent leur épargne salariale avaient l’intention d’acheter, avec ou sans ce dispositif.
En 2008, 1,6 million de salariés avaient utilisé le dispositif de déblocage exceptionnel, contre 471 000 en 2013 et 309 000 en 2022. Malgré un contexte d’inflation élevée, les montants débloqués en 2022 sont restés marginaux au regard des masses en jeu : 1,3 milliard d’euros, à comparer à plus de 26 milliards de flux annuels et à plus de 100 milliards d’encours.
Le déblocage exceptionnel ne crée pas de pouvoir d’achat. Il modifie le calendrier d’utilisation d’une épargne existante. S’il autorise une consommation anticipée – souvent partielle – ou un simple déplacement d’actifs, il ne génère pas une consommation nouvelle. L’effet macroéconomique est, dès lors, mécaniquement limité.
Pour éviter la réallocation vers d’autres produits d’épargne, la loi de 2022 avait prévu, jusqu’au 31 décembre 2022, un déblocage exceptionnel dans la limite de 10 000 euros pour les sommes issues de la participation et de l’intéressement affectées au PEE, à condition de financer des biens ou des services et d’en conserver les justificatifs. Le dispositif excluait les produits de retraite collective (Perco, PER d’entreprise collectif), les fonds solidaires et certaines formes d’actionnariat salarié.
La proposition de loi en discussion au printemps 2026 prolonge cette logique tout en en modifiant le calibrage. Elle prévoit un déblocage exceptionnel sur une durée d’un an, dans la limite de 5 000 euros, sans condition de ressources, portant sur les droits de participation et d’intéressement placés sur des plans d’épargne salariale, à l’exclusion des dispositifs de retraite et de certains supports spécifiques. Les sommes devraient, comme en 2022, financer des biens ou des services, avec obligation de justification.
Les salariés disposant d’une épargne salariale significative appartiennent majoritairement aux catégories les mieux insérées sur le marché du travail. Pour l’essentiel, ce sont des salariés travaillant dans de grandes entreprises et percevant des rémunérations supérieures à la moyenne. Leur propension à augmenter leur consommation est faible. Les salariés des TPE, les plus modestes, ne sont pas, en règle générale, couverts. Or, ce sont ces derniers qui sont le plus confrontés aux problèmes de pouvoir d’achat.
Les pouvoirs publics demandent aux Français d’épargner davantage sur le long terme et de contribuer au financement des entreprises. Ils les encouragent notamment à financer le secteur de la défense. Or, dans le même temps, ils prennent des mesures visant à débloquer le produit d’épargne le plus investi dans le financement des entreprises.
Si les salariés débloquent de moins en moins leur épargne salariale, c’est qu’ils considèrent majoritairement ce placement comme intéressant. Dans les faits, ils ont raison.
De 2010 à 2024, la performance totale nette de frais de gestion de la gestion pilotée de l’épargne salariale, selon les profils de risque, varie de +38,4 % pour un profil prudent à +111,2 % pour un profil dynamique. La performance annualisée est de +2,2 % pour le profil prudent sur 15 ans (+1,6 % sur 10 ans et +1,2 % sur 5 ans). Elle est de +3,7 % pour le profil équilibré sur 15 ans (+3,2 % sur 10 ans et +2,5 % sur 5 ans). Elle est de +5,1 % pour le profil dynamique sur 15 ans (+4,7 % sur 10 ans et +3,8 % sur 5 ans).
Par ailleurs, la première motivation pour placer son argent dans un PEE ou un PERCO PERCOL est la préparation de la retraite. De ce fait, il n’est pas surprenant que la grande majorité des salariés ne souhaitent pas puiser dans leur épargne salariale de manière anticipée.
62 % des flux bruts de l’épargne salariale au premier semestre 2025 ont été placés en fonds actions et en fonds diversifiés. Dans les dispositifs d’épargne retraite collective des entreprises (PERCOL et PERCO), les fonds actions et diversifiés représentent plus de 63 % des actifs gérés. Les encours en actionnariat salarié s’élèvent à 80,4 milliards d’euros (+15,2 % par rapport à juin 2024).
Selon l’Association française de la gestion (AFG), au sein de l’épargne salariale, 108 fonds labellisés ISR sont distribués, représentant 23,8 milliards d’euros d’encours, soit 10 % de l’ensemble.
Le paradoxe est complet. En cherchant à mobiliser une épargne abondante pour soutenir la consommation, les pouvoirs publics contribuent à altérer la nature de l’épargne salariale sans obtenir, en retour, un effet macroéconomique significatif. Le déblocage exceptionnel apparaît ainsi pour ce qu’il est : un instrument d’affichage.
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