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Afin d’atteindre plus rapidement une retraite à taux plein, les actifs disposent de la faculté de racheter des trimestres manquants, notamment au titre des années d’études supérieures. Ce mécanisme, juridiquement qualifié de « versement pour la retraite », permet de compenser des périodes durant lesquelles l’assuré n’a pas, ou insuffisamment, cotisé. Limitée à trois années, cette option peut sembler, de prime abord, rassurante pour celles et ceux dont les carrières ont débuté tardivement ou ont été marquées par des discontinuités. Elle n’en demeure pas moins une décision engageante, coûteuse et irréversible, qui appelle une analyse approfondie et individualisée.
Le rachat de trimestres permet d’augmenter la durée d’assurance validée ou d’améliorer le taux de liquidation de la pension de base. Il peut ainsi neutraliser, partiellement ou totalement, l’effet de la décote. En revanche, il convient de rappeler un point souvent mal compris : les trimestres rachetés n’entrent pas dans le calcul du salaire annuel moyen, fondé sur les vingt-cinq meilleures années dans le régime général. Leur effet est exclusivement quantitatif. Ils corrigent une durée, non un niveau de revenu de référence.
Cette caractéristique limite mécaniquement le rendement implicite du rachat, notamment pour les assurés aux carrières ascendantes, dont les meilleures années se situent en fin de parcours.
L’intérêt d’un rachat dépend étroitement de la législation en vigueur. Le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite et l’allongement de la durée de cotisation ont, par construction, accru le nombre de trimestres validés pour les personnes restant en activité ou inscrites au chômage. Dans de nombreuses situations, ce simple allongement suffit désormais à atteindre le taux plein, rendant le rachat superflu. La décision doit être mûrement réfléchie car elle est irréversible. Toute réforme ultérieure, susceptible de modifier les règles d’âge, de durée ou de calcul peut en réduire, a posteriori, l’intérêt économique.
Dans le régime général, le coût du rachat est fixé par un barème officiel, celui de l’Assurance retraite, révisé chaque année. Il dépend de l’âge de l’assuré au moment de la demande, de son niveau de revenu — apprécié au regard du plafond annuel de la Sécurité sociale — et de l’option retenue :
Plus la demande est tardive, plus le coût unitaire du trimestre est élevé. Selon les situations, le prix d’un trimestre peut varier d’un peu plus de 1 000 euros à plus de 6 000 euros. Les sommes versées sont intégralement déductibles du revenu imposable, et le paiement peut être échelonné sur plusieurs années, moyennant une majoration des sommes restant dues.
Les sommes versées au titre du rachat sont définitivement acquises au système par répartition. Elles ne constituent ni un capital, ni un actif transmissible. Leur rendement implicite dépend exclusivement du différentiel de pension obtenu et de la durée de perception.
Prenons le cas d’un salarié de 60 ans, percevant 65 000 euros de revenus annuels. Le rachat d’une année de cotisation lui coûtera environ 22 000 euros en brut. Après prise en compte de l’avantage fiscal, le coût net s’établit autour de 16 000 euros pour un célibataire. Le gain annuel de pension peut être estimé à environ 1 250 euros. Le point mort est atteint après 12 à 13 années de retraite. Toute espérance de vie inférieure à ce seuil réduit significativement l’intérêt de l’opération.
Longtemps régi par un empilement de textes, le rachat des années d’études pour les fonctionnaires a été profondément réorganisé par le décret n° 2025-1340 du 26 décembre 2025. Ce texte codifie le dispositif dans le Code des pensions civiles et militaires de retraite et en modernise les paramètres financiers.
Contrairement au régime général, le coût du rachat pour les fonctionnaires est désormais exprimé en pourcentage du traitement indiciaire brut ou de la solde brute soumise à retenue pour pension, apprécié à la date de la demande. Cette logique renforce la cohérence actuarielle du dispositif : plus le traitement est élevé, plus le coût du rachat l’est également.
3 configurations sont possibles :
Les pourcentages appliqués augmentent avec l’âge, introduisant une pénalisation progressive du rachat tardif, comparable dans son esprit à celle du régime général.
Prenons le cas d’un fonctionnaire de catégorie A, âgé de 58 ans, percevant un traitement indiciaire brut annuel de 48 000 euros. Le coût du rachat d’un trimestre, dans l’option « liquidation et durée », peut s’établir autour de 4 500 à 5 000 euros selon l’âge exact et le barème applicable. Le rachat de quatre trimestres représente ainsi un effort financier brut de l’ordre de 18 000 à 20 000 euros.
En contrepartie, le gain annuel de pension peut être estimé entre 900 et 1 200 euros, selon la durée manquante et l’effet sur la décote. Le point mort se situe, là encore, au-delà de dix années de retraite, sans prise en compte du risque de décès prématuré ni de l’absence de transmissibilité.
Le décret de 2025 introduit un étalement possible jusqu’à sept ans pour les rachats les plus importants, avec indexation des versements sur l’évolution des prix à la consommation. Cette souplesse améliore la soutenabilité budgétaire pour les agents, mais accroît l’incertitude sur le coût réel en cas de persistance de l’inflation.
Si les paramètres diffèrent, la logique économique demeure la même que dans le secteur privé. Le rachat constitue un pari implicite sur la longévité et sur la stabilité du cadre réglementaire. Face à lui, les dispositifs d’épargne retraite individuelle offrent rendement financier, flexibilité et, le cas échéant, transmissibilité.
Face à cette logique de versement à fonds perdu, la comparaison avec le Plan d’Épargne Retraite (PER) s’impose. Un versement équivalent de 22 000 euros sur un PER déductible procure le même avantage fiscal immédiat, tout en conservant la propriété du capital. Placé à un rendement annuel moyen de 3,7 %, ce capital atteindrait environ 29 000 euros à 67 ans. Converti en rente viagère, il pourrait générer un revenu annuel voisin de 1 700 euros, supérieur au gain procuré par le rachat, avec une flexibilité bien plus grande en matière de sortie et de transmission.
Le rachat de trimestres, qu’il concerne les salariés du privé ou les agents publics, ne saurait être appréhendé comme une solution automatique. Il constitue un arbitrage patrimonial à part entière, engageant des sommes importantes pour un gain futur incertain et non transmissible. Dans un contexte de réformes récurrentes, d’allongement de la vie active et de diversification des outils d’épargne retraite, il doit être analysé avec méthode, chiffres à l’appui, et comparé systématiquement aux alternatives disponibles.
S’il peut se justifier dans certaines configurations spécifiques, il apparaît, dans un nombre croissant de situations, dominé par des solutions d’épargne offrant davantage de souplesse et de rendement. En matière de retraite, la sécurité apparente est parfois la plus coûteuse des illusions.
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