Accueil > Actualités > Les éditos du Président > 2026 >
Pour la prochaine élection présidentielle de 2027, les candidats seront amenés à se prononcer sur le devenir de la réforme des retraites de 2023. Celle-ci, pour le moment suspendue, devrait, faute d’intervention législative, reprendre son cours à l’automne 2027. Compte tenu du débat passionnel qu’elle a provoqué au sein de la population, son application en l’état apparaît difficile à imaginer. Certains candidats se sont prononcés pour son abrogation pure et simple, d’autres sont favorables à un aménagement plus ou moins important. Au-delà des gesticulations de campagne, le contexte, en revanche, est sans appel. Le déficit des régimes de retraite est voué à s’accroître, d’ici le milieu du siècle, pour atteindre une trentaine de milliards d’euros, et bien davantage si l’on prend en compte les systèmes de la fonction publique. Ces déficits sont imputables à l’évolution de la démographie — papy-boom avec le passage de 17 à 23 millions de retraités, allongement de l’espérance de vie, baisse de la fécondité — ainsi qu’au faible taux d’emploi, en particulier chez les jeunes et les seniors. L’affaissement de la croissance, lié par ailleurs à un nombre insuffisant d’emplois, complique la donne. Cette problématique est relativement connue, même si aucun consensus n’existe pour la régler. Il est fort probable que des solutions d’ajustement au fil de l’eau soient retenues.
Quelles que soient les mesures prises, de manière indolore mais bien réelle, année après année, le taux de remplacement — le rapport entre les pensions et les revenus d’activité — ainsi que le niveau de vie relatif des retraités par rapport à l’ensemble de la population diminueront dans les vingt prochaines années. Le niveau de vie des retraités, qui était supérieur à celui de l’ensemble de la population de deux points en 2024, devrait lui être inférieur d’environ dix points vers 2050, et cela sans même prendre en compte d’éventuelles réformes qui pourraient d’ici là être adoptées.
Le débat clé de l’élection présidentielle en matière de retraite devrait être celui du niveau de vie des retraités pour les prochaines décennies. Celui-ci doit-il être assuré, comme c’est le cas aujourd’hui, à 85 % par les régimes par répartition ou faut-il envisager une montée en puissance de l’épargne retraite, qui ne représentait en 2024 que moins de 3 % des prestations vieillesse ?
Après la Seconde Guerre mondiale, pour des raisons économiques, démographiques et idéologiques, la France a fait le choix du tout-répartition. En quatre-vingts ans, la donne a complètement changé. Faut-il maintenir, ou non, le statu quo ? Au nom de la diversification, je suis favorable au développement de la capitalisation qui permet, en outre, de faire bénéficier les retraités de la croissance mondiale et les entreprises de nouvelles sources de financement. Si la loi sur l’épargne retraite dont j’étais l’auteur avait été appliquée en 1997, l’encours de la capitalisation aurait certainement atteint, aujourd’hui, autour de 800 milliards d’euros contre environ 300 milliards actuellement.
Le problème numéro un de l’épargne retraite réside aujourd’hui dans sa diffusion imparfaite. Les cadres supérieurs, les indépendants et les professions libérales sont relativement bien couverts quand les ouvriers ou les employés, surtout au sein des PME, le sont peu ou pas du tout. Au total, environ un actif sur cinq a accès à un produit de retraite supplémentaire. Les faibles montants versés sur les plans actuellement ouverts constituent l’autre faiblesse de la capitalisation à la française.
Pour élargir la diffusion de l’épargne retraite, plusieurs moyens sont envisageables. Le plus simple serait de procéder comme pour la complémentaire santé, dont la généralisation a été opérée par un accord national interprofessionnel. L’autre voie consisterait à doter tous les actifs d’un plan d’épargne retraite en reprenant le principe du compte personnel de formation. Ce plan aurait vocation à recevoir les primes issues de l’épargne salariale, les primes de partage de la valeur, les abondements éventuels des employeurs ainsi que les versements volontaires. Les actifs auraient la possibilité de choisir l’établissement gestionnaire de leur plan retraite et, par défaut, celui-ci pourrait être logé à la Caisse des Dépôts et Consignations.
Un effort financier devrait être consenti en faveur des personnes les plus modestes qui, aujourd’hui, ne tirent aucun avantage de la déduction fiscale du Plan d’épargne retraite. En contrepartie, certaines niches fiscales liées à l’épargne pourraient être remises en cause. Aujourd’hui, les pouvoirs publics soutiennent toutes les formes d’épargne, du court terme au long terme. Il serait logique que cette dernière soit prioritaire en matière d’incitations fiscales.
L’objectif pourrait être qu’à l’horizon 2050, la capitalisation assure environ 10 % des revenus des retraités. Cette montée en puissance ne signifierait en aucun cas la remise en cause de la répartition. D’autres pays sont parvenus à la cohabitation des deux régimes, la Suède, le Danemark et l’Italie.
La question idéologique de la capitalisation est dépassée. Les Français répondent sur ce sujet en épargnant pour leur retraite. La question est donc de savoir si elle restera réservée aux catégories les plus favorisées ou si elle deviendra un outil collectif au service de tous les actifs et de l’économie.
Jean-Pierre Thomas
Président du Cercle de l’Épargne
et de Thomas Vendôme Investment
contact@cercledelepargne.com