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Avec près de 230 milliards d’euros d’encours, plus de 13 millions de salariés bénéficiaires et plus de 440 000 entreprises équipées, l’épargne collective s’est imposée, en quelques décennies, comme une composante majeure du paysage financier français. Intéressement, participation, prime de partage de la valeur : ces dispositifs, longtemps considérés comme accessoires, ont progressivement changé de statut. Ils ne relèvent plus d’une simple politique salariale d’appoint ; ils participent désormais à une forme d’organisation du capitalisme, à mi-chemin entre rémunération, épargne et financement des entreprises.
Ce basculement est aujourd’hui pleinement perceptible dans les comportements des salariés. L’étude conduite ce printemps par le Cercle de l’Épargne avec Malakoff Humanis en apporte une illustration nette : le Plan d’Épargne Entreprise s’impose comme un produit d’épargne de premier plan, dont l’attractivité rivalise avec celle de l’assurance vie. 76 % des titulaires d’un PEE jugent ce placement intéressant. Plus significatif encore, 59 % des non-bénéficiaires partagent ce jugement, révélant une aspiration diffuse, mais réelle à y accéder. Loin d’être passive, cette appétence se traduit dans les faits : près des deux tiers des salariés affectent leurs primes d’épargne salariale sur un PEE ou un PERCOL. Derrière ces choix se dessine une inquiétude bien identifiée : la préparation de la retraite. La constitution d’un complément de revenu s’impose comme l’une des motivations centrales, sur fond de crainte largement partagée d’une baisse du niveau de vie au moment de la cessation d’activité.
À cette dimension patrimoniale s’ajoute une fonction sociale souvent sous-estimée. L’épargne salariale est devenue un outil de fidélisation. 59 % des bénéficiaires considèrent la présence d’un PEE ou d’un PERCOL comme un critère déterminant dans le choix d’une entreprise. Les moins de 30 ans, plus mobiles et plus attentifs aux formes différées de rémunération, y sont particulièrement sensibles. Dans un contexte de tensions sur le marché du travail, ces dispositifs ne relèvent plus du confort, mais de la compétitivité des entreprises.
Ce tableau ne doit pas masquer une réalité plus contrastée. La diffusion de l’épargne collective demeure profondément inégale. Dans les entreprises de moins de 10 salariés, seuls 14 % des salariés en bénéficient. Autrement dit, ceux qui auraient le plus à gagner d’un accès à ces dispositifs en sont souvent exclus. Ce décalage pose une question centrale : celle de la généralisation du PEE et de son volet retraite, le PERCOL. Derrière cet enjeu technique se joue en réalité une question plus large, celle de l’accès de tous les salariés à une forme de capitalisation, dans un pays qui en refuse encore largement le principe à l’échelle des régimes obligatoires.
À cette inégalité d’accès s’ajoute un déficit de compréhension. L’épargne salariale souffre d’un paradoxe : elle est à la fois appréciée et mal connue. Seuls 26 % des salariés déclarent bien maîtriser ces dispositifs, et ce taux ne s’élève qu’à 36 % parmi les bénéficiaires. Ainsi, près des deux tiers de ceux qui en disposent n’en comprennent pas pleinement les mécanismes. La moitié des salariés estime, par ailleurs, être insuffisamment informée par leur entreprise. L’empilement des dispositifs, leur technicité et le manque d’accompagnement nourrissent ce sentiment de complexité. Ce déficit d’appropriation constitue un frein à leur diffusion. La pédagogie, la transparence sur les frais et l’accès à des conseils personnalisés ne sont plus des options. Ils conditionnent le développement futur de l’épargne collective dont les enjeux dépassent largement le seul cadre individuel.
L’épargne salariale occupe une place singulière dans l’économie française. Elle est le seul produit d’épargne qui associe directement les partenaires sociaux à sa gestion. Elle constitue, de facto, une forme de fonds de pension à la française, sans en porter explicitement le nom. Par les encours qu’elle mobilise, elle contribue au financement des entreprises, tout en orientant une part croissante des flux vers des supports intégrant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), participant ainsi à la transition écologique.
Dans un pays où la question des retraites demeure dominée par la répartition, l’essor de l’épargne collective apparaît comme une réponse pragmatique, construite à bas bruit. Ni réforme systémique, ni rupture idéologique, elle avance par strates successives, portée par les entreprises et les comportements des salariés qui la plébiscitent. Les pouvoirs publics devraient les écouter et favoriser la diffusion de cet outil aux nombreuses vertus.
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