menu

Accueil > Actualités > Retraite > 2026 > Le cumul emploi/retraite réformé en profondeur

Le cumul emploi/retraite réformé en profondeur

Retraite 13 janvier 2026

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 n’a pas seulement acté la suspension, jusqu’à fin 2027, des paramètres centraux de la réforme des retraites de 2023 — relèvement de l’âge légal et allongement de la durée de cotisation – elle opère, de manière plus discrète, mais potentiellement plus structurante, une remise en cause du régime du cumul emploi-retraite qui depuis 2003 a fait l’objet de nombreuses modifications. Depuis plus de 20 ans, les pouvoirs publics hésitent entre assouplissement et durcissement. La réforme de la LFSS 2026 figure catégoriquement dans cette deuxième catégorie.

Alors que la réforme portée par Élisabeth Borne avait, en effet, assoupli ce dispositif en rétablissant la possibilité d’acquérir de nouveaux droits à retraite après liquidation, le législateur en 2025 a adopté une logique inverse avec une diminution de l’intérêt financier du cumul et l’orientation des seniors vers d’autres formes de transition, en particulier la retraite progressive, jusqu’ici marginale.

Un dispositif ciblé par la Cour des comptes

Cette inflexion s’inscrit dans le prolongement des analyses de la Cour des comptes. Dans ses travaux récents, celle-ci identifie environ 700 000 personnes en situation de cumul emploi-retraite, soit un peu plus de 5 % de l’ensemble des retraités.

La Cour distingue quatre profils types :

  • 27 % de cadres disposant de pensions élevées ;
  • 27 % de professions intermédiaires, aux pensions plus modestes ;
  • 24 % d’anciens actifs aux carrières longues, percevant des pensions moyennes ;
  • 22 % de retraités aux carrières heurtées, majoritairement des femmes, avec des pensions faibles.

Le cumul emploi-retraite est utilisé comme un mécanisme de compensation de pensions insuffisantes pour une fraction non négligeable des retraités. Elle profite plutôt aux retraités aisés qui ont la possibilité de maintenir une activité durant les premières années de leur retraite.

Le droit en vigueur avant la réforme

Jusqu’à présent, deux régimes coexistaient :

Le cumul intégral

Quand un assuré liquide sa retraite à taux plein — soit en atteignant l’âge légal et la durée requise, soit en atteignant l’âge du taux plein automatique (67 ans) — il peut reprendre ou poursuivre une activité professionnelle sans aucune limite de revenus. Les revenus d’activité ne réduisent pas la pension.

Le cumul plafonné

En l’absence de taux plein, le cumul reste possible, mais plafonné. Le total des revenus d’activité et de pension ne peut excéder :

  • 160 % du SMIC brut, soit environ 2 820 euros bruts mensuels en 2025 ;
  • ou le dernier salaire brut perçu avant la liquidation, le plafond le plus favorable étant retenu.

Le nouveau cadre applicable à compter du 1er janvier 2027

La réforme introduit une rupture nette en distinguant désormais trois situations selon l’âge.

Avant l’âge légal de départ à la retraite

Pour les personnes liquidant leur retraite de manière anticipée, chaque euro de revenu professionnel sera déduit à 100 % de la pension, dès le premier euro. Autrement dit, le cumul devient économiquement neutre, voire dissuasif.

Entre l’âge légal et 67 ans

Le cumul reste autorisé, mais sous condition. Les revenus d’activité supérieurs à un seuil annuel d’environ 7 000 euros — seuil cohérent avec les plafonds sociaux existants, bien qu’encore à confirmer par décret — entraîneront une minoration de pension équivalente à 50 % de la part excédentaire.

Exemple :

Un retraité de 65 ans percevant 10 000 euros de revenus d’activité verra la fraction excédant 7 000 euros, soit 3 000 euros, entraîner une réduction annuelle de pension de 1 500 euros.

À partir de 67 ans

Le cumul redevient intégral. La pension n’est plus affectée par les revenus d’activité.

Objectifs affichés et économies attendues

Le Gouvernement espère dégager plusieurs centaines de millions d’euros d’économies par an, un ordre de grandeur cohérent compte tenu du nombre de cumulants et de la concentration des revenus d’activité chez les profils les plus qualifiés.

L’autre objectif est comportemental. Les pouvoirs publics escomptent que les seniors retardent la liquidation de leurs droits à la retraite et qu’ils opteront en priorité à la retraite progressive. Or ce dispositif ne concerne aujourd’hui qu’environ 30 000 personnes, soit moins de 0,5 % des assurés proches de la retraite, malgré des assouplissements successifs.

Des effets redistributifs et économiques ambigus

Cette réforme constitue une rupture avec la philosophie suivie depuis 2003, qui visait à lever les freins à l’activité des seniors. Elle affectera en priorité :

  • les cadres ;
  • les anciens indépendants ;
  • les professions libérales.

Ces trois catégories sociales sont celles qui recourent le plus au cumul emploi-retraite et génèrent les revenus les plus significatifs.

Les conséquences possibles sont multiples :

  • perte de pouvoir d’achat pour certains retraités ;
  • désincitation à l’activité déclarée, au profit de formes informelles ;
  • érosion des recettes sociales et fiscales, via une baisse des cotisations et de l’impôt sur le revenu.

Le retour au cumul intégral à 67 ans pose une difficulté structurelle. En France, l’âge moyen effectif de départ à la retraite s’établit autour de 62 ans et demi. Exiger une interruption d’activité de plus de quatre ans avant de pouvoir retravailler librement apparaît peu réaliste, tant du point de vue des compétences que de l’employabilité. De fait, une majorité des cumulants actuels ont moins de 65 ans, ce qui laisse penser que le dispositif risque davantage de réduire l’offre de travail senior que de la réorienter. Il risque également de favoriser le travail non déclaré.

Partagez cet article

Suivez le cercle

recevez notre newsletter

le cercle en réseau

contact@cercledelepargne.com