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Le Cercle a décidé de suivre les principales propositions des candidats à l’élection présidentielle et de les analyser chaque mois. L’analyse ci-dessous a été réalisée en fonction des propositions connues.
Édouard Philippe a précisé sa position le 29 septembre. Il veut porter progressivement l’âge légal à 65 ans et la durée de cotisation à 45 ans, en moins de dix ans. Son projet assume un allongement de la vie professionnelle, avec l’engagement de ne pas augmenter les cotisations ni diminuer de manière générale les pensions. Le chiffre de 67 ans, souvent associé à ses anciennes déclarations, ne correspond donc pas à la proposition présentée cet automne. Il annonce le maintien des départs anticipés pour carrières longues et pour raisons de santé, ainsi qu’une négociation sur la pénibilité. Selon son objectif, un Français sur trois pourrait partir avant 65 ans. Il campagne prévoit également de développer la retraite progressive, le cumul emploi-retraite et l’accompagnement professionnel après 50 ans.
La combinaison de 65 ans et de 45 annuités mérite autant d’attention que l’âge affiché. Dans un exemple purement arithmétique, une personne ayant commencé à valider des droits à 23 ans et poursuivi une carrière sans interruption n’atteindrait 45 annuités qu’à 68 ans. Le résultat individuel dépendrait néanmoins des trimestres assimilés, des droits familiaux, des règles d’annulation de la décote et des dispositions transitoires. La publication de ces paramètres sera indispensable pour mesurer la portée du projet. L’allongement ne produira, par ailleurs, pleinement ses effets que si les entreprises conservent ou recrutent les salariés concernés.
Gabriel Attal propose une transformation plus structurelle. Il souhaite abandonner le pilotage par l’âge légal au profit de la durée de cotisation, avec une minoration de la pension pour les départs précoces et une majoration pour les départs tardifs. Ses déclarations de campagne évoquent également un système universel à points. L’assuré disposerait ainsi d’une plus grande latitude sur sa date de départ, mais le montant de sa pension deviendrait le principal instrument d’incitation à prolonger son activité. Les annonces du Président du groupe Ensemble pour la République ne permettent pas, pour le moment, d’établir un barème complet de décote et de surcote, ni les conditions de conversion des droits déjà acquis. Le choix de partir tôt ne pourrait être évalué sans connaître la pension effectivement proposée. Un régime à points peut fonctionner par répartition. L’Agirc-Arrco en constitue l’exemple. La technique de calcul des droits et le mode de financement sont deux questions distinctes. Pour apprécier une éventuelle réforme universelle, il faudrait connaître la valeur d’acquisition du point, sa valeur de service, leurs règles d’évolution et les garanties accordées aux assurés. Les droits liés aux enfants, au chômage, à la maladie, aux carrières longues et à la pénibilité seraient tout aussi déterminants que l’unification annoncée.
Bruno Retailleau a, le 22 septembre, présenté une architecture différente. Le départ serait possible à partir de 63 ans, avec une décote annoncée de 7 % par année d’anticipation, tandis que le taux plein automatique interviendrait à 65 ans. Il envisage de faire évoluer cette dernière borne avec l’espérance de vie. L’abaissement de l’âge d’annulation de la décote, actuellement fixé à 67 ans dans le cas général, est notamment présenté comme une réponse aux carrières interrompues des femmes. Des adaptations seraient discutées pour la pénibilité, le handicap, les maladies et les carrières longues. Le départ à 63 ans serait donc assorti d’un arbitrage financier substantiel. Les annonces doivent encore préciser l’articulation entre la durée cotisée, la décote et la proratisation de la pension.
Xavier Bertrand défend, lui aussi, le principe d’une vie professionnelle plus longue, sans fixer dans les propositions consultées une nouvelle borne générale. Il souhaite permettre des départs volontaires plus précoces avec décote et abaisser, pour les femmes, l’âge auquel cette pénalité disparaît, sans annoncer encore l’âge retenu. Il propose de confier aux partenaires sociaux la gestion du régime de base. Sur le pouvoir d’achat des retraités, il s’oppose à la désindexation des pensions.
La fiche de Nouvelle Énergie actualisée le 16 octobre précise, pour sa part, que David Lisnard refuse de revenir sur la réforme de 2023, tout en la jugeant insuffisante. Elle ne fixe pas de nouvelle borne d’âge.
Le Rassemblement national maintient une orientation opposée sur l’âge de départ. Marine Le Pen défend un retour à 62 ans, avec un départ à 60 ans pour les personnes ayant commencé à travailler avant 20 ans et cotisé 40 ans. Pour les autres parcours, les déclarations de rentrée évoquent une durée pouvant atteindre 42 annuités, avec une progression tenant compte de l’âge d’entrée dans la vie active. La référence à 62 ans ne signifie donc pas que tous les assurés percevraient à cet âge une pension sans réduction. Elle souhaite aussi alléger les cotisations pour encourager la poursuite d’activité après l’acquisition des droits. Le coût de 9 milliards d’euros en année pleine constitue une estimation politique annoncée, dont les hypothèses complètes restent à documenter. Le RN doit encore préciser le financement de l’ensemble de sa réforme et ses effets par génération.
À gauche, Jean-Luc Mélenchon et LFI articulent désormais deux étapes. Le document budgétaire présenté le 14 octobre prévoit d’abord l’abrogation de la réforme Borne et le retour à 62 ans. Le mouvement attribue à cette première étape un coût de 9 milliards d’euros. Le retour à 60 ans interviendrait ensuite au cours du quinquennat. La revendication de 60 ans avec 40 annuités a été réaffirmée pendant la campagne. Il faut donc distinguer la mesure de début de mandat, son estimation et l’objectif final. Le coût annoncé pour la première ne constitue pas le financement intégral du second. La présentation complète du programme est annoncée pour novembre et son chiffrage pour le début de 2027.
Le socle programmatique antérieur de LFI comporte également une pension au moins égale au SMIC revalorisé pour une carrière complète, un minimum vieillesse porté au seuil de pauvreté, l’indexation des pensions sur les salaires et la suppression de la décote. Il prévoit d’élargir les ressources aux revenus financiers et à certains éléments de rémunération aujourd’hui soumis à des règles spécifiques. Ces orientations sont à distinguer des mesures budgétaires explicitement annoncées le 14 octobre. En particulier, le niveau en euros d’une pension minimale dépendrait du SMIC retenu au moment de la mise en œuvre.
Le Parti socialiste défend une autre combinaison. Son projet propose d’abroger la réforme Borne, de conserver un âge légal de 62 ans et de retenir 43 annuités, réductibles en fonction de la pénibilité des métiers exercés. Une conférence sociale définirait la nouvelle architecture. Le PS veut rétablir les quatre facteurs de pénibilité retirés du dispositif ouvrant des droits spécifiques, concernant les charges lourdes, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et les agents chimiques dangereux. Pour financer le système, il envisage d’affecter une partie de l’imposition du capital et d’assujettir certains compléments de rémunération des plus hauts revenus aux cotisations. Son texte vise aussi les rémunérations d’heures supplémentaires des salariés gagnant plus de trois SMIC et insiste sur l’emploi des seniors, des femmes et des jeunes. Cette proposition ne se confond pas avec les 40 annuités défendues par LFI.
Raphaël Glucksmann place les écarts d’espérance de vie et les conditions de travail au centre de sa réflexion. Le 30 septembre, il a évoqué un retour à 62 ans comme base, accompagné d’un système de décote, tout en affirmant que certaines catégories devraient travailler plus longtemps. La durée de retraite en bonne santé serait l’un des critères de justice recherchés. Les modalités exactes de différenciation entre métiers, les durées requises et le financement restent à préciser dans les annonces consultées. Sa proposition ne peut donc être résumée à un retour uniforme à 62 ans à taux plein.
François Hollande s’écarte, quant à lui, de la position officielle du PS. Dans les propositions présentées à la fin août autour de son livre Unir, il retient un âge situé autour de 63 ans en 2028. Il privilégie ensuite un ajustement des durées de cotisation en fonction de l’espérance de vie et des déséquilibres démographiques, confié aux partenaires sociaux. La durée d’assurance deviendrait ainsi un instrument de régulation continu.
Bernard Cazeneuve défend également la durée de cotisation comme levier principal, avec une reprise négociée de la trajectoire engagée en 2014, la restauration des critères de pénibilité et un meilleur traitement des carrières longues. Sa proposition de règle d’or sociale prévoit notamment une compensation des exonérations et un équilibre apprécié sur un cycle de cinq ans. Ces positions montrent que la gauche réformiste ne présente pas un projet unique.
Les Écologistes proposent d’abroger la réforme Borne, de revenir immédiatement à 62 ans et de viser 60 ans en donnant la priorité aux carrières précoces et pénibles. Leur programme de juillet prévoit une conférence travail-retraite visant l’équilibre en 2050. Il rétablit les quatre critères de pénibilité supprimés, ajoute les risques psychosociaux et permettrait une reconnaissance par métier au niveau des branches. Le minimum contributif et l’ASPA seraient progressivement rapprochés du seuil de pauvreté, avec un rendez-vous d’accès aux droits à 55 ans pour les assurés exposés à une petite retraite. L’indexation serait différenciée selon la situation des pensionnés. Le financement passerait notamment par une hausse des cotisations vieillesse de 0,2 point par an pendant le quinquennat, un point supplémentaire de cotisation déplafonnée pour les salaires dépassant le plafond de la Sécurité sociale et l’élargissement de l’assiette à certains compléments de rémunération. Le programme prévoit enfin d’unifier les droits familiaux et conjugaux des régimes publics et privés.
François Ruffin apporte une proposition précise sur la pénibilité. Son cahier consacré aux travailleurs essentiels prévoit l’attribution automatique d’un trimestre supplémentaire pour quatre trimestres cotisés dans un métier exposé. Il entend ainsi faire reposer les droits sur la reconnaissance de l’exposition professionnelle. Son cahier sur les loisirs propose également de valider des trimestres au titre de l’engagement associatif. Le projet socialiste retient, de son côté, l’octroi de trimestres par tranche de dix années de bénévolat. Ces mesures posent une question commune, celle de la valorisation des activités utiles à la collectivité qui ne donnent pas aujourd’hui les mêmes droits qu’un emploi rémunéré. Leur portée dépendra du nombre de trimestres accordés, des plafonds et des possibilités de cumul..
Le PCF conserve la retraite à 60 ans à taux plein parmi ses engagements. Son contre-projet parlementaire de 2023 allait plus loin en proposant 37,5 annuités, la suppression de la décote et la validation de périodes d’études, de stages et de chômage.
Dominique de Villepin privilégie une méthode de reconstruction du compromis. Son texte du 24 mai propose une conférence sociale préparée par une commission de sages, une convention citoyenne sur les questions dépassant les seuls paramètres de la répartition, puis un débat parlementaire. Un référendum pourrait intervenir, si nécessaire, dix-huit mois après le début du processus. Cette proposition décrit une procédure de décision sans fournir à elle seule un nouvel âge légal.
Nicolas Dupont-Aignan a, selon les déclarations du 11 octobre recensées par Déchiffrer 2027, demandé le maintien de l’âge à 62 ans et 9 mois. Cette position devrait être complétée par un calendrier précis selon les générations et une durée de cotisation.
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Dans le projet initial de financement de la Sécurité sociale pour 2027, le gouvernement a proposé de limiter la revalorisation automatique des pensions de base, tout en protégeant celles des assurés dont le total des pensions ne dépasse pas 1 260 euros par mois. Le texte prévoit des mécanismes de lissage et des coefficients fixés par décret au-delà du seuil. Le montant pris en compte pour déterminer la catégorie de revenu comprend les pensions obligatoires de base et complémentaires, ainsi que les pensions de réversion. La mesure de revalorisation porte sur les régimes de base. Elle ne fixe pas la valeur du point Agirc-Arrco. Le gouvernement a initialement annoncé un objectif de 5,5 milliards d’euros d’économies sur les retraites pour 2027, dont 4,1 milliards liés à la revalorisation et 1,4 milliard à une restriction de l’abattement fiscal. Jean-Pierre Farandou a aussi évoqué une négociation annuelle de la revalorisation avec les partenaires sociaux. Ces pistes introduisent un arbitrage entre le niveau de vie des pensionnés et les prélèvements supportés par les actifs. Elles ont suscité des réserves jusque dans les groupes proches de l’exécutif.
Les droits familiaux font l’objet d’un second chantier. L’article 34 du projet initial de financement de la Sécurité sociale prévoit de transformer les majorations proportionnelles pour enfants en montants forfaitaires, pour les pensions prenant effet à compter du 1er juillet 2027. Le montant et les modalités seraient précisés par décret. Le gouvernement présente cette réforme comme un moyen de réduire les écarts entre petites et grandes pensions, notamment entre femmes et hommes. Cette proposition doit être distinguée des droits déjà constitués et des autres bonifications liées aux enfants.
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