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Avec plus de 6 500 milliards d’euros de patrimoine financier, l’épargne des Français suscite toutes les convoitises. Pourtant, à force de vouloir la réorienter, la taxer, la flécher ou la réglementer, les pouvoirs publics risquent d’affaiblir ce qui en constitue le socle : la confiance. Plus que de nouveaux dispositifs, l’épargne a besoin de stabilité, de lisibilité et de liberté de choix.
L’épargne est partout. Pas une journée, ou presque, sans qu’elle fasse la une de la presse, qu’il s’agisse de sa réorientation, de sa fiscalité ou de sa rémunération. Avec 6 551,3 milliards d’euros de patrimoine financier, l’épargne des Français fait rêver. Elle apparaît comme une manne, une immense cassette exposée à toutes les tentations. Certains y voient la solution à la dette publique, oubliant qu’elle la finance déjà largement. D’autres entendent la mobiliser au service de telle ou telle cause. La proximité de l’élection présidentielle de 2027 incite candidats déclarés ou putatifs à faire preuve d’une imagination débordante.
Dans ce foisonnement de propositions, la cohérence n’est pas toujours au rendez-vous. À quelques jours d’intervalle, certains ont réclamé le relèvement du plafond du Livret A à 30 000 euros quand d’autres entendent imposer les gains obtenus sur les sommes excédant l’actuel plafond de 22 950 euros.
L’épargnant est, par ailleurs, régulièrement montré du doigt. Il serait coupable de jouer contre la consommation ou de « s’enrichir en dormant ». S’il épargne, ce serait qu’il est riche et qu’il n’a pas été suffisamment imposé sur ses revenus. Le patrimoine qu’il a constitué est parfois présenté comme illégitime. Il serait une source majeure des inégalités sociales. Cette vision oublie une réalité simple : épargner suppose, au départ, de renoncer à une consommation immédiate. L’épargne est un effort, une mise en réserve d’une partie de son revenu pour l’avenir. Elle constitue également l’un des piliers de l’économie contemporaine. Son existence conditionne le crédit, l’investissement et, in fine, la croissance. Le développement des marchés d’actions, qui a accompagné l’essor du capitalisme industriel au XIXe siècle, repose lui-même sur la capacité des ménages et des investisseurs à immobiliser une partie de leurs ressources sur une longue période.
En France, chaque année, plus de sept ménages sur dix épargnent. Ce geste, en apparence banal, repose avant tout sur la confiance, celle de pouvoir retrouver son argent et, si possible, de le récupérer accru d’un rendement. Pourquoi les Français épargnent-ils ? Par précaution pour faire face aux aléas de la vie, pour préparer un projet, acquérir un logement, financer les études des enfants, compléter leur retraite ou transmettre un patrimoine. Il existe mille et une raisons d’épargner, qui varient selon les individus, les revenus et les âges de la vie.
L’épargne est ainsi un acte profondément personnel. Les ménages acceptent les incitations, notamment fiscales, mais apprécient beaucoup moins que les pouvoirs publics prétendent décider à leur place de l’utilisation de leur argent. Ils veulent pouvoir arbitrer entre sécurité, disponibilité et rendement en fonction de leurs propres besoins.
Les débats sur l’orientation de l’épargne ne datent pas d’hier. Dès 1978, le ministre de l’Économie René Monory souhaitait inciter les Français à investir davantage en actions. Depuis, les appels et les dispositifs se sont succédé, avec des fortunes diverses. Certains produits, comme les contrats d’assurance vie DSK puis NSK, n’ont jamais véritablement rencontré leur public. Plus récemment, le Plan d’épargne avenir climat a connu un démarrage pour le moins confidentiel. L’expérience est pourtant constante : un produit trop complexe ou ne répondant pas à un besoin clairement identifié des ménages a peu de chances de s’imposer, quelles que soient les intentions de ses concepteurs.
La fiscalité de l’épargne risque, elle aussi, d’occuper une place importante dans les débats des prochains mois. Avec la campagne électorale, un florilège de propositions est à prévoir. Certains souhaiteront remettre en cause le régime de l’assurance vie, quand d’autres proposeront de nouvelles exonérations en faveur des donations. Il convient pourtant de rappeler un principe simple : une fiscalité efficace repose sur des assiettes larges et des taux modérés, à l’inverse d’un système multipliant niches, exceptions et régimes particuliers. Or, la fiscalité française du patrimoine est devenue un véritable maquis. Presque toutes les formes d’épargne bénéficient aujourd’hui d’un traitement spécifique, qu’il s’agisse de l’épargne liquide avec le Livret A, de l’épargne retraite avec le PER, de l’investissement en actions avec le PEA ou encore de l’assurance vie.
La prochaine élection présidentielle ne devrait pas ajouter de la complexité à la complexité. Si des avantages doivent être maintenus ou renforcés, ils devraient prioritairement favoriser l’épargne longue, celle qui peut durablement financer les entreprises, les infrastructures et les grands investissements dont le pays a besoin.
Les prochains mois risquent pourtant d’être marqués par une multiplication de messages contradictoires. Or l’épargne a horreur de l’instabilité. Sa matière première est la confiance. Modifier en permanence les règles fiscales, annoncer de nouveaux prélèvements ou créer sans cesse de nouveaux produits finit par inciter les ménages à privilégier les placements les plus liquides et les moins risqués, précisément à rebours de l’objectif affiché de financement à long terme de l’économie.
L’abondance de l’épargne constitue pourtant un atout majeur pour la France. Sans elle, le financement de l’économie et des administrations publiques serait plus difficile et plus coûteux. Contrairement à une idée régulièrement avancée, notre problème n’est pas que nous disposons de trop d’épargne. Les besoins en capitaux n’ont, au contraire, jamais été aussi importants.
Défense, transition énergétique, infrastructures, éducation, intelligence artificielle, retraite, dépendance ou santé : tous ces défis nécessitent des investissements considérables et de long terme. L’épargne nationale ne permet d’ailleurs pas, à elle seule, de satisfaire l’ensemble de ces besoins. La France fait appel aux capitaux étrangers aussi bien pour financer l’État que ses entreprises.
Cette présence de capitaux internationaux témoigne de l’attractivité du pays. Sa position géographique, la qualité de ses infrastructures, la profondeur de son système financier et l’importance de son marché intérieur constituent de solides atouts. Ces flux ne sont toutefois jamais acquis. Une dégradation durable des comptes publics, une instabilité politique prolongée ou une perte de confiance pourrait conduire les investisseurs à rechercher ailleurs de meilleures conditions.
LE CHIFFRE CLÉ
6 551 milliards d’euros : Montant du patrimoine financier brut des ménages français au premier trimestre 2026, selon la Banque de France.
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