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La retraite face au mur de la démographie

Retraite 9 juin 2026



Le nouveau rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) présenté le 11 juin dernier est dual. Si d’ici 2030, la situation demeure globalement sous contrôle, la situation se complique après en raison de l’accélération du vieillissement démographique sur fond de baisse de la fécondité. Selon les projections du COR, le déficit du système de retraite atteindrait 6,8 milliards d’euros en 2030, soit 0,2 % du PIB, puis 0,9 % du PIB en 2045. Ces chiffres sont proches de ceux publiés l’an dernier malgré la suspension de la réforme de 2023 et un environnement économique moins favorable. À partir du milieu du siècle, le déficit se creuserait fortement pour atteindre 2,4 % du PIB en 2070 contre 1,4 % dans les précédentes projections. Cette révision découle essentiellement des nouvelles perspectives démographiques établies par l’INSEE.

Une France moins nombreuse à l’horizon 2070

Selon les nouvelles projections de l’INSEE, la population française devrait atteindre son maximum vers 2037 avec près de 69,8 millions d’habitants. Elle diminuerait ensuite progressivement. Dans le scénario central, la France ne compterait plus que 65,9 millions d’habitants en 2070 contre 69,1 millions au début de l’année 2026. Le pays perdrait ainsi plus de 3 millions d’habitants en l’espace d’une génération.

Cette évolution constitue une rupture historique. Depuis la fin du XIXe siècle, la population française avait toujours progressé sur longue période malgré les guerres et les crises économiques. Pour la première fois, les démographes envisagent désormais un recul durable de la population. L’INSEE estime même que le nombre d’habitants pourrait varier entre 61 et 71 millions selon les hypothèses retenues en matière de fécondité, de mortalité et de migrations.

La fin du moteur naturel de la croissance démographique

Le solde naturel, c’est-à-dire la différence entre les naissances et les décès, est devenu négatif en 2025. Cette situation devrait désormais perdurer. L’INSEE retient un indice de fécondité de 1,45 enfant par femme à partir de 2028 contre 1,56 aujourd’hui et surtout contre 1,8 dans les précédentes projections du COR. La France, longtemps présentée comme l’exception démographique européenne, rejoint progressivement les pays confrontés à un déficit durable des naissances.

La croissance démographique du pays dépendrait désormais exclusivement de l’immigration. Dans son scénario central, l’INSEE retient un solde migratoire net de 150 000 personnes par an, soit plus du double de l’hypothèse utilisée dans les précédentes projections. Malgré cette révision significative, l’immigration ne suffirait plus à compenser le déficit naturel à partir de 2037.

Dans un système par répartition, le nombre de cotisants constitue la variable essentielle. Toute diminution durable de la population active finit mécaniquement par fragiliser l’équilibre des régimes sociaux.

Une France beaucoup plus âgée

La transformation la plus spectaculaire concerne toutefois la structure par âge de la population. Le nombre des personnes âgées de plus de 65 ans passerait de 15,3 millions aujourd’hui à près de 21 millions en 2070. Le nombre des personnes âgées de plus de 80 ans doublerait pour atteindre 8,9 millions contre 4,3 millions actuellement. Le nombre de centenaires serait quant à lui multiplié par quatre.

Cette évolution résulte à la fois de l’arrivée aux grands âges des générations nombreuses du baby-boom et de la poursuite de l’allongement de l’espérance de vie. Celle-ci atteindrait 89,5 ans pour les femmes et 86,7 ans pour les hommes en 2070.

Dans le même temps, les jeunes deviendraient nettement moins nombreux. Les moins de vingt ans passeraient de 15,5 à 10,7 millions. Ils seraient alors deux fois moins nombreux que les plus de 65 ans. La France compterait près de huit millions d’actifs potentiels de moins parmi les moins de 45 ans.

Le défi du ratio actifs-retraités

En 2026, la France compte environ quarante personnes âgées de plus de 65 ans pour cent personnes âgées de 20 à 64 ans.  En 2070, ce ratio atteindrait soixante-deux pour cent. La France subira de plein fouet un « effet ciseau », le nombre de retraités augmentant tandis que le nombre relatif de cotisants diminue.

Les conséquences dépassent la seule question des retraites. Elles concernent l’ensemble de notre modèle social avec en premier lieu les dépenses de santé et de  dépendance.

Un déficit structurel

Le déficit du système de retraite sera avant tout le produit de l’évolution démographique. Le COR souligne d’ailleurs que les dépenses de retraite resteraient relativement stables sur longue période, passant de 13,9 % du PIB en 2024 à 14,2 % en 2070. Le problème vient essentiellement de l’érosion progressive des ressources. La croissance économique ralentirait sous l’effet du recul de la population active tandis que le nombre de pensionnés continuerait d’augmenter. Les recettes représenteraient ainsi 12,8 % du PIB en 2070 contre 13,9 % aujourd’hui.

Quel avenir pour le système ?

Le COR rappelle que trois leviers existent : augmenter les cotisations, diminuer les pensions ou repousser l’âge de départ. Comme dans ses précédents rapports, il souligne que le recul de l’âge de départ demeure le seul levier susceptible d’améliorer simultanément les comptes publics et le niveau d’activité économique. Dans l’hypothèse où ce levier serait utilisé seul, l’âge moyen de départ devrait atteindre 64,4 ans en 2030, 65,8 ans en 2045 et 67,6 ans en 2070 pour assurer l’équilibre financier du système.

Au-delà de cette question d’âge de départ, la France doit avant tout améliorer son taux d’emploi qui demeure 10 points en-dessous de celui de l’Allemagne.

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