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Le dénigrement de l’épargne et des épargnants est un sport national. L’épargne est accusée d’être excessive, de pénaliser la consommation et la croissance, d’être improductive. Or, sauf lorsqu’elle est placée sous le matelas, investie dans l’or ou en bitcoins, l’épargne ne dort pas. Elle constitue un levier essentiel de la croissance, une véritable matière première pour l’économie. Elle est à la base des crédits distribués par les banques. Elle finance, à travers le Livret A, le logement social, les collectivités locales et les PME. Elle permet l’acquisition de titres monétaires, d’obligations, d’actions. Cette épargne trop souvent décriée est en réalité un atout majeur pour la France. Elle contribue au financement des administrations publiques comme des entreprises. Les épargnants français, directement ou indirectement, acquièrent bon an mal an près de la moitié des émissions d’emprunts réalisées par le Trésor public. Par sa solidité, l’épargne nationale contribue à éviter une dégradation plus marquée de la notation de la dette souveraine.
L’assurance vie, premier placement des ménages, avec un encours dépassant 2 100 milliards d’euros, est aujourd’hui au cœur du financement de l’économie. Son apport au financement de l’économie nationale excède 1 200 milliards d’euros, dont près de 890 milliards bénéficient directement aux entreprises.
Aux yeux de certains, la France disposerait d’un excès d’épargne. En réalité, c’est l’inverse. Les besoins de financement, publics comme privés, sont orientés à la hausse. La France doit simultanément accroître son effort de défense, mener la transition écologique, moderniser ses infrastructures et relever le défi de l’intelligence artificielle. Les entreprises ont besoin de capitaux pour innover et investir. Certains opposent épargne et consommation. Certes, l’épargne correspond à une renonciation immédiate à la consommation, mais cette dernière ne peut se développer durablement que si le pays bénéficie d’une croissance pérenne, ce qui suppose un renforcement préalable de l’offre. Aujourd’hui, du fait de la désindustrialisation, toute relance de la consommation s’accompagne d’une dégradation de la balance commerciale. La France a donc tout à gagner à consolider en amont son appareil productif.
Il est également reproché à l’épargne française d’être mal orientée et insuffisamment productive. Cette critique n’est pas dénuée de fondement, mais la situation française ne diffère guère de celle de l’Allemagne ou de l’Italie. Les ménages sont peu enclins à prendre des risques, en grande partie en raison de l’absence de puissants fonds de pension traditionnellement investis en actions. Les Français ne sont ni Britanniques, ni Américains, ni Néerlandais. Il existe une prudence naturelle à l’égard de l’argent durement gagné. La contrepartie est la nécessité de recourir à l’intermédiation financière pour transformer une épargne majoritairement investie en produits de taux en crédits, obligations et actions. Cette intermédiation explique sans doute la puissance des banques et des assureurs français à l’échelle mondiale. Elle témoigne d’un savoir-faire financier reconnu en matière de gestion d’actifs.
L’épargne peut toutefois être rendue encore plus utile, au bénéfice de l’économie comme des épargnants eux-mêmes. Depuis plusieurs années, le nombre d’actionnaires progresse et leur profil se rajeunit. Le non-coté, autrefois réservé aux épargnants les plus fortunés, se démocratise, facilitant l’accès à des placements offrant un fort potentiel de rendement. Les fonds indiciels, qui répliquent des indices, se diffusent rapidement auprès du grand public. Les fonds dédiés à la défense rencontrent un réel succès, tout comme ceux qui contribuent au financement de la transition écologique.
L’enjeu n’est donc pas de stigmatiser l’épargne, mais de mieux la mobiliser. Dans une économie confrontée à des besoins d’investissement sans précédent, l’épargne constitue une ressource stratégique qu’il convient de préserver, d’orienter et de valoriser. Loin d’être un frein, elle est une condition de la souveraineté économique, de la croissance et de la capacité du pays à préparer l’avenir. La France ne souffre pas d’un excès d’épargne, mais d’un déficit de reconnaissance de son rôle central.
Jean-Pierre Thomas
Président du Cercle de l’Épargne
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