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Épargne longue : le modèle suédois

Les éditos du Président 10 juillet 2026


La France a, après la Seconde Guerre mondiale, opté pour le tout-répartition en matière de retraite. Ce choix était dicté par l’urgence et par l’idéologie. Les pouvoirs publics souhaitaient, de manière légitime, être capables de verser rapidement des pensions aux retraités qui, par ailleurs, étaient peu nombreux. La crise des années 1930 et les destructions liées à la guerre avaient en outre anémié les structures capitalistiques du pays. Les syndicats, dans le cadre du Conseil national de la Résistance, ont défendu le principe de la répartition, symbole de justice sociale. La très grande majorité des partenaires de la France ont préféré mettre en œuvre un système à plusieurs piliers associant capitalisation et répartition. Le pays s’est ainsi privé d’une source de financement des entreprises qui lui fait cruellement défaut aujourd’hui. De nombreux rapports soulignent le manque de placements longs dans le pays. Cette absence s’explique avant tout par le poids très faible des fonds de pension. Les cotisations des différents produits d’épargne retraite représentent moins de 6 % de celles de l’ensemble des régimes de retraite par répartition et moins de 3 % des prestations quand, en moyenne, au sein de l’OCDE, ce dernier ratio atteint 15 %.

Malgré la mise en œuvre du Plan d’épargne retraite, créé par la loi PACTE de 2019, la France a accumulé un réel retard pour le financement des entreprises. Les actions restent marginales au sein du patrimoine des ménages. Afin d’obtenir une allocation de l’épargne plus performante, la France ferait bien de s’inspirer de la Suède et de son produit d’épargne devenu emblématique, l’Investeringssparkonto (ISK). Ce compte d’investissement, créé en 2012, constitue aujourd’hui l’un des plus grands succès européens en matière de démocratisation de l’investissement financier. Porté par une fiscalité incitative, ce produit a fait de sa simplicité sa force. Les revenus, dividendes et plus-values ne sont plus imposés au moment de leur réalisation. Ils sont remplacés par une taxation annuelle forfaitaire calculée sur la valeur moyenne du portefeuille. L’investisseur peut acheter, vendre ou arbitrer librement ses placements sans subir la moindre fiscalité sur chacune de ses opérations. Le gouvernement suédois a récemment décidé d’alléger encore le dispositif afin d’encourager davantage l’investissement des particuliers. Depuis le 1er janvier 2025, les 150 000 premières couronnes placées sur un ISK sont exonérées de la taxe forfaitaire. Ce seuil a même été porté à 300 000 couronnes à compter de 2026, soit près de 27 000 euros. Cette mesure bénéficie en priorité aux épargnants modestes et aux jeunes investisseurs qui débutent dans la constitution de leur patrimoine. Cette simplicité constitue probablement la principale innovation de l’ISK. Les ménages n’ont plus à arbitrer leurs décisions en fonction de considérations fiscales. Ils peuvent adapter leur portefeuille aux évolutions économiques sans pénalisation immédiate.

En un peu plus d’une décennie, plusieurs millions de Suédois ont adopté ce dispositif. Plus de la moitié de la population adulte détient désormais un ISK. Les encours dépassent aujourd’hui 1 900 milliards de couronnes suédoises, soit près de 170 milliards d’euros, représentant environ 30 % du PIB du pays. Avec l’ISK, les Suédois sont parmi les Européens les plus présents sur les marchés financiers. Les actions, les fonds indiciels et les fonds internationaux constituent une part significative de leur patrimoine. Cette orientation contribue au financement des entreprises innovantes, renforce la profondeur des marchés financiers nationaux et favorise l’accumulation de capital sur longue période.

La France dispose certes d’instruments performants – assurance vie, PER, PEA –, mais leur architecture demeure complexe. Les régimes fiscaux diffèrent selon les enveloppes, les règles de sortie varient, les plafonds se multiplient et les arbitrages restent souvent pénalisés. L’ISK montre qu’il est possible de concilier simplicité, efficacité économique et rendement budgétaire.

Pour accroître l’épargne longue et, plus précisément, l’épargne investie en actions, l’ISK constitue une solution particulièrement intéressante, d’autant plus que les besoins de financement des entreprises, avec la révolution de l’intelligence artificielle et la transition écologique, sont en forte hausse. Par ailleurs, pour conserver en France ou en Europe l’épargne des ménages, des supports attractifs et dynamiques doivent être proposés. Avec l’ISK, la Suède rappelle qu’une réforme fiscale bien conçue peut transformer durablement le comportement des épargnants.

Jean-Pierre Thomas

Président du Cercle de l’Épargne

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