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Le système de retraite français est confronté à un vieillissement accéléré de la population, lié à la montée en âge des générations du baby-boom et à la baisse rapide du taux de fécondité. Par ailleurs, depuis six ans, l’économie française, comme celle des autres pays, évolue de crise en crise. Pour l’élaboration de son rapport 2026, le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) a été conduit à actualiser les hypothèses servant de base à ses scénarios. S’il a révisé les données démographiques, il maintient en revanche ses hypothèses économiques telles qu’arrêtées en 2025.
Le système de retraite dépend du nombre de retraités et de celui des actifs. Le premier est fonction de l’âge de départ à la retraite et de l’espérance de vie ; le second dépend de l’évolution de la population active et du taux d’emploi. Sur un horizon de quarante ans, à l’échéance 2070, le nombre de naissances et donc la fécondité constituent également un déterminant essentiel.
Le fait marquant récent est la chute de la fécondité. En 2025, l’indicateur conjoncturel de fécondité s’établit à 1,56 enfant par femme, contre 1,61 en 2024 et environ 1,9 au milieu des années 2010. Le COR souligne que ce niveau est historiquement bas, inédit depuis la fin de la Première Guerre mondiale. En 2025, la France a enregistré 645 000 naissances, soit 2,1 % de moins qu’en 2024 et 24 % de moins qu’en 2010, dernier point haut. La baisse est continue, voire s’accélère, depuis 2017.
Pour l’INSEE, cette évolution impose une révision des projections de 2021. Le scénario central retenait alors un indice conjoncturel de fécondité (ICF) de 1,80. L’hypothèse centrale est désormais abaissée à 1,45 enfant par femme à partir de 2028, avec un scénario bas à 1,20 dès 2030 et un scénario haut à 1,70. Parallèlement, l’âge moyen à la maternité continuerait de progresser jusqu’à 33 ans en 2050, avant stabilisation. La France, longtemps en situation d’exception en Europe, converge ainsi vers la moyenne du continent.
Cette révision s’appuie également sur l’évolution des comportements : le nombre idéal d’enfants souhaité est passé de 2,7 à 2,3 en vingt-cinq ans. Les femmes de 18 à 24 ans n’en envisagent plus en moyenne que 1,9, celles de 25 à 34 ans autour de 2.
Deuxième inflexion : l’espérance de vie. En 2025, elle atteint 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes. Le scénario central de 2021 l’avait légèrement surestimée. Pour le nouvel exercice, l’INSEE a retenu plusieurs périodes de référence (2005-2025, 2010-2025 et 2015-2025), en neutralisant les années de pandémie. Toutes conduisent à des trajectoires plus basses en 2070. L’option privilégiée aboutit à une espérance de vie à la naissance de 89,5 ans pour les femmes et 86,7 ans pour les hommes en 2070, contre respectivement 90,0 et 87,5 ans dans les projections antérieures. À 65 ans, l’espérance de vie serait de 26,3 ans pour les femmes et 24,4 ans pour les hommes. Les gains de longévité se poursuivent, mais à un rythme ralenti.
La population n’en continue pas moins de vieillir. En 2025, 22 % des Français ont 65 ans ou plus, soit presque autant que les moins de 20 ans. Avec l’arrivée aux grands âges des générations du baby-boom, le nombre de décès augmentera fortement dans les prochaines décennies. Selon l’INED, la hausse pourrait atteindre 200 000 décès supplémentaires d’ici 2050.
Troisième point de bascule : les migrations. En 2025, le solde naturel devient légèrement négatif (-6 000 personnes), une première depuis la Seconde Guerre mondiale. La population continue néanmoins d’augmenter, atteignant 69,1 millions d’habitants au 1er janvier 2026, grâce à un solde migratoire estimé à +176 000 personnes. Le COR souligne que ce solde migratoire est supérieur au solde naturel depuis 2018 (hors exception de 2019). Il est passé de +59 000 en moyenne annuelle entre 2006 et 2016 à +163 000 entre 2017 et 2021.
Les projections de 2021 avaient sous-estimé ce phénomène. Le nouveau scénario central retient désormais +150 000 entrées nettes par an à partir de 2026, avec une fourchette allant de +70 000 à +230 000.
Pour les retraites, la conséquence est nette : si le nombre de retraités dépend toujours de la longévité, celui des cotisants dépendra de plus en plus des flux migratoires.
Pour son rapport 2026, le COR conserve les hypothèses économiques définies en 2025 : une progression de la productivité du travail de 0,7 % par an à terme (atteinte en 2040) et un taux de chômage de 7 % à cet horizon. Les variantes de sensibilité retiennent une productivité de 0,4 % ou 1,0 % et un chômage compris entre 5 % et 10 %.
Cette stabilité des hypothèses traduit une forme d’optimisme, régulièrement critiqué. Pour le COR, le ralentissement de la productivité observé depuis 2017 relèverait davantage d’un accident de parcours que d’une inflexion structurelle. L’argument repose sur une lecture longue : la productivité horaire a progressé d’environ 1,0 % par an sur 35 ans, de 0,7 % sur 25 ans et de 0,4 % sur les 15 dernières années. En 2024, elle n’aurait augmenté que de 0,4 %, après les reculs de 2021 et 2022. Toutefois, la note de conjoncture de mars 2026 de l’INSEE signale un redressement, proche de +1 % par an.
S’agissant du marché du travail, le COR souligne que le taux de chômage ne s’est pas durablement établi sous les 7 % ces dernières années. Le taux d’activité des 60-64 ans progresse, dans le sillage de la réforme de 2023, conformément aux projections. L’amélioration de l’emploi des seniors est ainsi déjà intégrée dans les scénarios. La remontée du chômage observée début 2026, proche de 8 %, est interprétée comme conjoncturelle.
Pour son rapport 2026, le COR acte le changement de tendance de la fécondité, mais ne remet pas en cause ses hypothèses économiques. L’inflexion de la fécondité réduit les possibilités de retour à l’équilibre à l’horizon 2070, surtout si l’immigration diminue. Les hypothèses économiques retenues peuvent être jugées optimistes minorant les besoins de financement pour les prochaines années. La stabilité des hypothèses économiques peut traduire une difficulté à intégrer les ruptures en cours — ralentissement structurel de la productivité, incertitudes géopolitiques, transformations du travail.
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