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Comment surmonter le vieillissement démographique ?

Retraite 10 septembre 2026

Le vieillissement réduit progressivement la contribution du travail à la croissance. Pour préserver leur niveau de vie et financer leurs systèmes sociaux, les économies concernées devront produire davantage avec moins d’actifs. L’intelligence artificielle peut devenir un puissant levier, mais la technologie ne produit des gains de productivité que si elle se diffuse réellement dans l’ensemble de l’économie.

Les retraités ne forment pas un bloc homogène. Leur niveau de vie moyen est aujourd’hui proche de celui de l’ensemble de la population, mais les écarts de revenus et de patrimoine restent considérables. Plutôt que d’opposer les générations, l’effort collectif devrait être apprécié en fonction de la capacité contributive de chacun.

Le vieillissement démographique constitue désormais l’un des principaux défis économiques des pays développés et de plusieurs grandes économies émergentes, au premier rang desquelles figure la Chine. La diminution de la population en âge de travailler pèse sur la croissance potentielle au moment même où les dépenses de retraite, de santé et de dépendance sont appelées à augmenter. Dans ce contexte, les gains de productivité deviennent plus que jamais indispensables. La robotisation et, désormais, l’intelligence artificielle nourrissent l’espoir de produire davantage avec une main-d’œuvre moins nombreuse.

La baisse de la fécondité est devenue un phénomène largement partagé. En France, l’indicateur conjoncturel de fécondité est tombé à 1,56 enfant par femme en 2025, contre plus de 2 au début des années 2010. L’Allemagne se situe à 1,32. Aux États-Unis, la fécondité reste autour de 1,6 enfant par femme. La Chine se situe désormais aux environs d’un enfant par femme. La Corée du Sud demeure dans une situation extrême : malgré une légère remontée en 2025, son taux de fécondité n’atteint que 0,80 enfant par femme.

Ces évolutions modifient progressivement la structure des économies. Moins d’actifs signifie, toutes choses égales par ailleurs, moins d’heures de travail disponibles pour produire des richesses. Pour maintenir la progression du PIB par habitant et financer des dépenses publiques croissantes, les pays vieillissants doivent donc agir sur les autres moteurs de la croissance : le taux d’emploi, la durée du travail, l’investissement et, surtout, la productivité.

La robotisation ne suffit pas à garantir la productivité

La diffusion des robots industriels constitue l’une des réponses apportées depuis plusieurs années à la raréfaction de la main-d’œuvre. Les pays les plus exposés au vieillissement figurent d’ailleurs souvent parmi les plus automatisés.

Selon l’International Federation of Robotics, la Corée du Sud possède la densité de robots industriels la plus élevée au monde, avec 1 220 robots pour 10 000 salariés de l’industrie manufacturière. L’Allemagne et le Japon figurent également parmi les économies les plus robotisées, avec respectivement 449 et 446 robots pour 10 000 salariés. Les États-Unis, avec 307 robots, se situent également dans le haut du classement mondial. La France reste nettement en retrait par rapport aux principaux pays industriels. Pour autant, le lien entre automatisation et productivité n’est pas automatique.

Les États-Unis ont enregistré en 2024 une progression de 2,2 % de leur productivité horaire, soit l’une des meilleures performances parmi les grandes économies avancées. Dans le même temps, elle reculait de 0,4 % en Allemagne et de 1,3 % au Japon, tandis qu’elle ne progressait que de 0,4 % en France. Les premières estimations pour 2025 font état d’une hausse de 1,7 % aux États-Unis, de 1,8 % en Corée du Sud et de 1,3 % au Japon.

Ces écarts rappellent que la présence de robots ne suffit pas, à elle seule, à générer des gains d’efficacité. La productivité dépend également de l’organisation des entreprises, de la qualité de la main-d’œuvre, de l’investissement, de la capacité d’innovation et de la diffusion des nouvelles technologies à l’ensemble du tissu économique.

L’avantage américain

Les États-Unis disposent aujourd’hui d’un avantage particulier. Leur population vieillit moins rapidement que celles du Japon, de l’Italie, de l’Allemagne ou de la Corée du Sud et leur économie bénéficie d’une forte capacité d’innovation. Le dynamisme des investissements technologiques, le développement de l’intelligence artificielle et l’importance des grandes entreprises numériques contribuent à soutenir les gains de productivité.

Leur situation suggère que les nouvelles technologies peuvent, au moins partiellement, amortir les conséquences économiques du vieillissement. Il serait néanmoins prématuré d’en déduire que l’intelligence artificielle permettra partout de compenser la contraction de la population active.

La situation de l’Allemagne et du Japon illustre cette difficulté. Ces deux pays disposent d’un appareil industriel fortement automatisé, mais connaissent depuis plusieurs années des gains de productivité faibles. La technologie ne peut produire tous ses effets lorsqu’elle intervient dans une économie marquée par un investissement insuffisant, une faible diffusion de l’innovation ou une diminution rapide de la population active.

Le retard français peut devenir une réserve de croissance

La France occupe une position différente. Son vieillissement est moins avancé que celui de l’Allemagne, de l’Italie, du Japon ou de la Corée du Sud, mais elle souffre d’une moindre diffusion des robots et des technologies numériques dans les entreprises.

Ce retard constitue évidemment une faiblesse, mais il peut également être considéré comme une réserve potentielle de productivité. Une accélération de l’investissement dans l’automatisation et l’intelligence artificielle pourrait permettre à la France de rattraper une partie de son retard et d’améliorer son efficacité productive.

L’enjeu ne réside pas seulement dans le développement de quelques entreprises spécialisées dans l’IA. La véritable rupture interviendra lorsque ces technologies seront utilisées à grande échelle dans les PME, l’industrie, les services, les administrations ou encore le secteur de la santé. Comme lors des précédentes révolutions technologiques, les effets macroéconomiques dépendent moins de l’invention elle-même que de sa diffusion dans l’ensemble de l’économie.

L’intelligence artificielle, une promesse encore à confirmer

Les attentes placées dans l’intelligence artificielle sont d’autant plus fortes que les contraintes démographiques vont s’accentuer. Les pays vieillissants devront financer davantage de retraites, de soins et de dépenses liées à la dépendance avec une population active qui progresse peu ou diminue.

Dans ces conditions, quelques dixièmes de point supplémentaires de gains de productivité peuvent avoir, sur longue période, des conséquences considérables pour la croissance et les finances publiques.

Il reste cependant impossible de mesurer avec précision l’effet que l’intelligence artificielle aura sur la productivité globale. Son adoption est encore récente et ses effets peuvent mettre plusieurs années à apparaître dans les statistiques. Les précédentes vagues d’innovation ont d’ailleurs montré qu’un décalage important pouvait exister entre l’apparition d’une technologie et sa traduction en gains de productivité.

La démographie impose donc une forme de course contre la montre. Dans les économies vieillissantes, l’augmentation de la productivité n’est plus simplement souhaitable : elle devient une condition du maintien de la croissance et du financement des systèmes sociaux. L’intelligence artificielle et la robotisation peuvent contribuer à relever ce défi, mais elles ne dispenseront ni d’investir, ni de former, ni de mieux organiser le travail. Les prochaines années permettront de savoir si la révolution technologique annoncée sera suffisamment puissante pour contrebalancer, au moins en partie, le choc démographique.

LE CHIFFRE CLÉ
0,8 enfant par femme

C’est le taux de fécondité en Corée du Sud

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