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Comment résoudre la question du vieillissement de la population active ?

Retraite 9 novembre 2021

Le vieillissement de la population et ses effets sont annoncés depuis une trentaine d’années. En France, la publication du Livre Blanc sur les retraites de Michel Rocard, il y a trente ans, a servi de révélateur. Depuis, les pays occidentaux tentent d’adapter leur système de retraite à la contrainte démographique. Les ajustements sont d’autant plus difficiles à réaliser que les gains de productivité s’estompent depuis le début du siècle.

Moins d’actifs et des charges en augmentation

Au sein de l’OCDE, la population active (14/64 ans) qui augmentait dans les années 1990 de plus de 0,5 % par an, diminue depuis 2017. À la fin des années 2020, la baisse atteindra plus de 0,3 % par an. La proportion des plus de 65 ans au sein de la population active dépassera 26 % en 2040, contre moins de 14 % en 1990.

Les pays de l’OCDE suivent, à quelques encablures, le Japon. Dans ce pays, près de 30 % de la population a plus de 65 ans, contre 16 % aux États-Unis et 22 % pour l’Union européenne. D’ici 2050, l’Europe et, dans une proportion moindre, les États-Unis se rapprocheront du Japon. L’âge médian de la population japonaise est de 48 ans, contre 38 ans aux États-Unis et 43 ans en Europe. La part des plus de 85 ans atteindra ainsi plus de 28 % au sein de l’Union européenne en 2050. La population japonaise perd plus de 300 000 habitants par an du fait du non-renouvellement des générations. Au sein de l’Union européenne, douze pays enregistrent également un solde naturel négatif (excès de la mortalité sur la natalité) et neuf un solde global négatif (en incorporant le solde migratoire).

La population active (âgée de 15 à 64 ans) de l’Union européenne a diminué pour la première fois en 2010, et devrait baisser chaque année jusqu’en 2060. La proportion des personnes âgées de 80 ans ou plus dans la population de l’Union devrait plus que doubler d’ici à 2050, pour atteindre 11,4 %. En 2006, quatre personnes en âge de travailler (entre 15 et 64 ans) étaient comptées pour chaque personne âgée de 65 ans ou plus, quand en 2050, ce ratio devrait être de seulement deux pour une. Par le simple jeu de la démographie, toute chose étant égale par ailleurs, la croissance des pays de l’OCDE devrait passer de 1,2 % qui était son taux avant la crise sanitaire à 0,7 % dans les années 2020-2030. Une population active vieillissante, au-delà des charges de retraite supportées, est supposée moins productive. L’âge médian des populations occidentales dépasse désormais 40 ans et devrait se rapprocher de 45 ans d’ici le milieu du siècle. En France, sur une population active de près de 30 millions de personnes, plus de 9 millions ont plus de 50 ans.

Des solutions difficiles à mettre en œuvre

L’immigration constitue un des moyens permettant de contrecarrer la contraction de la population active et son vieillissement. Y recourir recours peut en outre contribuer à réduire les goulots d’étranglement en période de croissance. L’Allemagne a, entre 2015 et 2017, ainsi accueilli 1,5 million de migrants. Au sein de l’OCDE, pour des raisons notamment politiques, la tendance est à la diminution de l’immigration même si quelques pays ont continué à faire appel à la main-d’œuvre étrangère. C’est le cas de la Nouvelle Zélande, du Canada, de l’Australie, de la Corée du Sud et de l’Espagne dont la population immigrée a augmenté de +0,6 à +1 % par an par rapport à la population active. Les États-Unis, la Suède et le Royaume-Uni (avant le Brexit) se placent en matière d’immigration juste derrière tandis que la France a réduit son recours à l’immigration avec un taux de croissance de 0,2 % en moyenne par an sur cette même période. Le Japon reste le pays de l’OCDE le plus fermé aux travailleurs étrangers.

L’augmentation de la population active peut également être obtenue en améliorant le taux d’emploi, en particulier des seniors, à travers un relèvement de l’âge effectif de départ à la retraite. Les pays qui ont les taux d’emploi des 60/64 ans les plus importants sont le Japon, la Suède, la Nouvelle Zélande (plus de 55 %). Avec la Belgique et l’Autriche, la France est le pays où le taux d’emploi des plus de 60 ans est le plus faible (autour de 20 %). Depuis 1995, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Nouvelle Zélande et la Finlande ont fortement accru le taux d’emploi des seniors (hausse de plus de 30 %). La France, qui était très en retrait en la matière a enregistré une progression de 20 % de son taux d’emploi des 60/64 ans avec l’engagement des différentes réformes des retraites. Pour améliorer le taux d’emploi des séniors, un des moyens les plus efficaces est le report de l’âge de la retraite et, dans une moindre mesure, l’allongement de la durée de cotisation. Or, les Français sont hostiles à toutes les mesures d’âge. L’opposition à la réforme sur le système unique en débat avant la crise sanitaire s’est d’ailleurs cristallisée quand le Premier Ministre de l’époque avait avancé le concept d’âge pivot à 64 ans.

À défaut de jouer sur la taille de la population active, l’augmentation de la productivité des actifs constitue une autre solution. Cela suppose un effort d’innovation, d’investissement et de formation pour accroître la production par tête. En matière de gains de productivité, les États-Unis sont en tête (+60 % de 1995 à 2019) devançant la Suède (+50 %) et le Danemark (+40 %). En un quart de siècle, la productivité par tête s’est accrue de 25 % en France et de 5 % en Italie. Le Japon, dont la population active s’est contractée en moyenne de 0,6 % par an depuis 1995, a connu une hausse de la productivité de 18 %. Ces quinze dernières années, la productivité tend à s’étioler au sein des pays de l’OCDE, ne permettant pas une compensation du vieillissement de la population. Pour certains, cette baisse serait la conséquence de la mauvaise appréciation des effets de la digitalisation quand, pour d’autres, les économies occidentales seraient confrontées à un processus de stagnation séculaire. L’évolution des gains de productivité, qui est la clef de la croissance des prochaines années, relève donc d’un grand mystère. La crise sanitaire s’accompagne d’un recul de la productivité. La population active ayant un emploi a moins reculé que la production, en particulier en Europe et au Japon. Depuis la sortie des confinements, elle a tendance à augmenter plus vite que cette dernière ce qui, une fois de plus, joue contre la productivité et devrait peser sur la croissance à terme.

Pour le moment, tous les grands facteurs de compensation du vieillissement sont en panne. Face aux besoins que génère ce dernier, une progression des déficits est incontournable. Ces dernières semaines, le Royaume-Uni prouve qu’il est difficile pour une économie développée de fonctionner normalement sans le volant de l’immigration. La soutenabilité de l’immigration sera donc un sujet clef des prochaines années, tout comme la question de l’augmentation du taux d’emploi en incitant des personnes d’âge actif à revenir sur le marché du travail et en favorisant celui des seniors. La diffusion du progrès technique sans effet de polarisation constitue un autre défi auquel sont confrontés les pays occidentaux. Ces dernières années, le digital a conduit à la substitution d’emplois industriels à valeur forte ajoutée par des emplois peu qualifiés, entraînant une stagnation de la productivité. Lors des précédentes révolutions industrielles, le progrès technique provoquait le remplacement d’emplois à faible valeur ajoutée par des emplois plus productifs. La révolution digitale n’a pas encore donné lieu à un tel processus. La constitution de situation de rente de la part des GAFAM, l’intégration partielle des apports de cette révolution au niveau du travail et l’ampleur des investissements à réaliser pour l’exploiter au mieux expliquent peut-être pourquoi, du moins pour le moment, le caractère créateur de richesse ne l’emporte pas massivement sur le caractère destructeur. La compensation du vieillissement passe sans nul doute par une augmentation forte et durable des gains de productivité permettant de générer les richesses nécessaires pour financer le surcroît de dépenses, sachant que ces richesses seront également fort utiles pour la transition énergétique.

A lire dans le Mensuel N°91 de novembre 2021

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