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Une passe de trois inédite
Le Livret A a réalisé la passe de trois sur le premier trimestre 2026 avec une nouvelle décollecte en mars. C’est la première fois depuis 2009, date de début de la série statistique tenue par la Caisse des Dépôts, que le Livret A est en décollecte. La guerre en Iran n’a pas provoqué un rebond de la collecte. Malgré tout, la décollecte est inférieure à celle de janvier et de février. Par ailleurs, une légère décollecte est constatée pour le Livret d’Épargne Populaire, ce qui peut signifier que les ménages les plus modestes ont été contraints de tirer sur leur épargne de précaution.
Un record de décollecte au premier trimestre pour le Livret A
Jusqu’à maintenant, le mois de mars était plutôt favorable pour le Livret A, avec une collecte moyenne, ces dernières années, de 2 milliards d’euros. En 2025, elle s’était encore élevée à 400 millions d’euros.
Le cru du mois de mars 2026 est dans le prolongement des mois précédents avec une décollecte de 490 millions d’euros. Sur l’ensemble du premier trimestre, la décollecte atteint 3,1 milliards d’euros, quand, à la même époque l’année dernière, la collecte était positive de 1,73 milliard d’euros. Jamais, depuis 2009, le Livret A n’avait connu une décollecte aussi importante au premier trimestre. Ce résultat constitue une réelle rupture sachant qu’en règle générale, le début d’année est favorable à la collecte quand le second semestre est plutôt marqué par les décollectes.
Le Livret A paie toujours la baisse de son taux de rémunération à 1,5 % intervenue le 1er février dernier. Le caractère anxiogène de la guerre au Moyen-Orient n’a pas eu d’effet important et, dans tous les cas, d’une ampleur moindre que celui constaté lors des précédents chocs (Covid, guerre en Ukraine, etc.). Avec un taux d’inflation qui atteint désormais 1,7 %, le rendement réel du Livret A redevient négatif.
Depuis le début de l’année, les épargnants ont privilégié l’assurance vie dont les rendements sont supérieurs à ceux de l’épargne réglementée.
Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) stable en mars
À la différence du Livret A, le LDDS a enregistré une collecte positive, +80 millions. Le LDDS est plus volatil que le Livret A, en étant davantage associé aux mouvements des comptes courants. Cette collecte positive, qui est inférieure à la moyenne de ces dix dernières années (760 millions d’euros), témoigne de la volonté des ménages de maintenir un volant d’épargne de précaution.
Depuis 2009, le Livret de développement durable a connu quatre décollectes en mars entre 2009 et 2012, mais aucune depuis.
Le Livret d’épargne populaire (LEP) : en décollecte en mars
Pour la première fois depuis mai 2025, le LEP renoue avec la décollecte en mars, avec –120 millions d’euros. En mars 2025, la collecte du LEP avait été de 140 millions d’euros.
Ce mouvement de décollecte peut témoigner des problèmes de pouvoir d’achat rencontrés par les ménages modestes au moment où le prix de l’essence est en forte hausse.
Hausse ou pas hausse du taux du Livret A le 1er août prochain
En vertu de la formule en vigueur depuis 2021, le taux du Livret A est fixé deux fois par an, en prenant en compte le taux d’inflation et le taux Ester des marchés monétaires, constatés au cours du semestre précédent. Pour la révision du taux le 1er août prochain, l’inflation sera en hausse et pourrait se situer, sur le semestre, en rythme annuel autour de 2 %. Le taux Ester dépend de son côté directement des taux directeurs de la Banque centrale européenne. Il évolue actuellement autour de 1,9 %. En cas de relèvement des taux directeurs d’ici la fin juin, il pourrait se situer autour de 2/2,1 % en moyenne sur le semestre. Le taux du Livret A pourrait donc être révisé à 1,8, voire à 2 %, en fonction de la progression des taux d’inflation et de l’Ester. Malgré tout, le gouverneur de la Banque de France pourrait préconiser de ne pas relever le taux du Livret A au nom de circonstances exceptionnelles. En effet, l’inflation pourrait rapidement décélérer avec le déblocage du détroit d’Ormuz. L’augmentation du taux du Livret A pourrait être perçue comme une reconnaissance d’un retour durable de l’inflation. Elle aurait, par ailleurs, comme conséquence le renchérissement des coûts de financement des banques, avec, à la clé, une augmentation des taux de crédits, en premier lieu pour les bailleurs sociaux.

Données Caisse des dépôts

Données Caisse des dépôts
Au premier semestre 2025, le patrimoine financier brut des ménages s’élevait, en France, à près de 6 596 milliards d’euros. Ce montant représente environ 40 % de leur patrimoine total, l’immobilier demeurant majoritaire. Sur ce montant, 4 770 milliards d’euros sont placés auprès d’institutions financières au deuxième trimestre 2025. Autrement dit, l’essentiel du patrimoine financier est confié à des intermédiaires : banques, assureurs, sociétés de gestion.
Quand ils confient leur argent à des intermédiaires, les ménages financent à 58 % des actifs situés en France, à 19 % dans le reste de la zone euro, et à 23 % hors zone euro. Ces ratios mettent à mal l’idée que l’épargnant français rechignerait à investir dans son pays ou en Europe. En effet, près de 80 % de l’épargne intermédiée française reste investie en Europe. L’exposition véritablement mondiale représente environ un cinquième des encours confiés aux professionnels.
Pour l’épargnant, cette ouverture n’est pas toujours un choix géographique conscient. Elle est intégrée dans le produit souscrit, unités de compte de contrat d’assurance vie, fonds diversifiés, ETF, etc. Elle obéit à une logique de diversification qui est une des meilleures protections pour un patrimoine financier.
Seuls 15 à 20 % détiennent des valeurs mobilières en direct. En dehors des placements intermédiés, les ménages détiennent directement :
La part réellement investie à l’étranger dans ces détentions directes reste faible. L’exposition internationale directe est estimée entre 2 et 4 % du patrimoine financier total.
Les ménages français ne sont pas des investisseurs ayant une forte ouverture internationale, celle-ci, passant, par ailleurs majoritairement par des produits en gestion collective.
Avec environ 2 100 milliards d’euros d’encours, l’assurance vie constitue le pilier du patrimoine financier des ménages. Les fonds en euros, privilégiés pour leur stabilité, restent majoritairement investis en obligations françaises et européennes. Leur exposition internationale est limitée, de l’ordre de 5 à 10 %. Les unités de compte qui représentent 38 % de l’encours de l’assurance vie ont une exposition internationale plus importante. Au total, l’assurance vie contribue pour 5 à 8 % du patrimoine financier à l’exposition étrangère globale.
Hors assurance vie, les fonds d’investissement — OPCVM, ETF, SICAV — représentent environ 20 % du patrimoine financier des ménages. Ils constituent le principal vecteur d’ouverture internationale.
Leur allocation moyenne s’établit autour de :
Cette composante génère à elle seule 10 à 15 % d’exposition internationale du patrimoine financier total. Les ETF jouent ici un rôle important dans l’ouverture internationale des épargnants. En permettant d’investir dans les grandes capitalisations mondiales, ils renforcent l’exposition aux marchés étrangers et en particulier américains. De nombreux ETF reproduisent les grands indices de Wall Street.
Les dépôts bancaires et l’épargne réglementée — Livret A, LDDS, LEP, PEL — représentent environ 30 % du patrimoine financier. Leur exposition internationale est quasi nulle. Ils financent prioritairement le logement social, les banques françaises et la dette publique.
L’immobilier détenu à l’étranger demeure marginal. Les estimations disponibles suggèrent que moins de 5 % des ménages possèdent un bien hors de France, pour un poids global compris entre 1 et 3 % du patrimoine total, concentré sur les ménages les plus aisés. Les SCPI qui ont été largement souscrites dans les années 2010 permettent aux épargnants d’accéder à des opérations immobilières à l’étranger, essentiellement en Europe. En 2024 et en 2025, près de 20 % des acquisitions réalisées par les SCPI n’ont pas été effectuées sur le marché immobilier national, mais en Europe. Cette part tend à augmenter, le marché français étant déprimé en particulier en ce qui concerne les bureaux.
En 2024, les fonds gérés par les SCPI ont alloué environ 2,3 milliards d’euros d’acquisitions à l’étranger au sein de l’Union européenne. Si la majorité des SCPI restent diversifiées (avec des portefeuilles répartis entre France et Europe), plusieurs véhicules récents se caractérisent par une forte ouverture sur l’étranger.
15 à 20 % du patrimoine financier des ménages français est exposé à l’étranger, principalement via des supports intermédiés. Inversement, 75 à 85 % des avoirs restent investis en France ou en zone euro. L’internationalisation est donc réelle, mais elle demeure limitée.
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