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« Pour vivre heureux, faut-il toujours vivre caché et modeste ? ».

Economie 10 décembre 2020

Aujourd’hui, le patrimoine, l’épargne sont suspects. Pour autant, jamais les Français n’ont été aussi riches de leur histoire, plus de 11 000 milliards d’euros. Ce patrimoine est composé pour les deux tiers de biens immobiliers. Les placements financiers représentent plus de 5 400 milliards d’euros de placements financiers. Les Français comptent, en Europe, parmi les épargnants les plus assidus ; en revanche, les révélations concernant le patrimoine de telle ou telle personne tournent vite à une mise en accusation. Si en outre, les personnes concernées sont des femmes et des hommes politiques, elles sont par nature coupables d’enrichissement indu. La France, pays de la liberté, des droits de l’homme, a imposé un régime de voyeurisme sans limite au nom de la transparence. La conséquence est que pour faire de la politique, il faut surtout ne pas avoir eu de vie avant, être pauvre et le rester. Il ne faut pas s’étonner que les talents, les diplômés se détournent de la vie publique. La France pratique ainsi le nivellement par le bas au nom d’un égalitarisme qui est dans les faits peu démocratique. La République devrait se féliciter que des avocats talentueux, des chefs d’entreprise, des artistes consacrent du temps à la chose publique, sachant qu’ils y ont plus à perdre qu’à y gagner sur le plan financier. Cette phobie du patrimoine dépasse la vie politique française. Avec la crise sanitaire, certains rêvent de réintroduire feu l’ISF, d’autres d’instituer un impôt pour astreindre les ménages qui ont osé se constituer un bas de laine depuis le début de la crise covid. Selon le dernier sondage du Cercle de l’Épargne – Amphthéa – AG2R LA MONDIALE, 22 % des Français déclarent avoir épargné plus, mais ils sont 56 % à affirmer que les Français ont beaucoup épargné depuis le début de la crise. En deux mots, ce sont les voisins qui ont épargné. Il ne faut surtout pas indiquer même à un institut de sondage que de l’argent a été mis de côté. Cela pourrait attirer le mauvais œil et générer bien des jalousies. L’épargne qui était autrefois louée, est ainsi aujourd’hui vilipendée. Nous n’avons jamais eu autant besoin d’épargne, pour financer les déficits publics, pour renforcer les fonds propres de nos entreprises, pour moderniser nos infrastructures et pour améliorer nos retraites. Nous devrions nous féliciter de la réussite de nos voisins, de nos entrepreneurs voire de nos hommes et femmes politiques. Pourquoi seuls les footballeurs dont certains ont un véritable talent seraient les seuls à pouvoir se constituer des fortunes ? Quelques questions peuvent se poser. Est-ce que l’argent a été honnêtement gagné, est-ce qu’il est le produit d’un talent, d’un savoir-faire, d’une compétence ? Le point clef, c’est l’usage de cet argent ; est-ce qu’il est bien utilisé ? Aux États-Unis, nombreux sont ceux qui se réjouissent que Bill Gates et quelques autres milliardaires financent des fondations qui investissent dans les domaines de la santé ou de la transition énergétique. Pour une fois, nous aurions tout à y gagner d’être un peu plus américains…

Pour conclure, je souhaiterais rendre hommage au Président Valéry Giscard d’Estaing pour lequel j’ai eu l’honneur de travailler et qui était un ardent défenseur de l’épargne. Ainsi, en 2000, il écrivait « L’épargne est orientée d’une manière telle que les Français possèdent une part trop faible de leurs entreprises. C’est le résultat d’une longue culture fiscale qui a frappé lourdement les détenteurs de capitaux considérés comme les membres d’une classe privilégiée et qui a pénalisé au lieu d’encourager la détention d’actions pendant une longue durée ».

Jean-Pierre Thomas

A lire dans le Mensuel n°80 de décembre 2020

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